- Bien, vous avez dix minutes pour nous présenter votre Evénement. Comme stipulé dans le code, vous avez le droit de traiter votre travail sur le sujet qui vous inspire, de la manière qui vous inspire. Ce travail doit se suffire à lui seul, c’est pourquoi il ne vous sera posé aucune question durant cet examen.
Vous pouvez commencer.
- Merci.
Tout d’abord … je me revendique tel que je suis, à savoir un adolescent en pleine effervescence sexuelle. C’est sur ce thème on ne peut plus classique que je vais m’adresser à vous aujourd’hui.
Mais avant tout, je tiens à vous rappeler mes origines Maailmaiennes, et tout particulièrement la capacité qu’ont les personnes de mon espèce à voyager entre les univers parallèles.
C’est tout naturellement par le biais de cet outil que j’ai commencé mes recherches, qui se sont rapidement focalisées sur une espèce perdue au fin fond de notre galaxie, parce que même pour une production d’art étudiant, ces gens ne revendiqueront pas de droit dessus, pour la simple et bonne raison qu’ils ignorent tout de ce qui se trame en dehors de leur petit monde, et tout particulièrement de l’Universion.
Ces gens se sont orientés, à partir d’un certain point de divergence, dans trois voies différentes, dans tous les univers parallèles qui existent, que je vais vous présenter l’une après l’autre.
Je me suis donc propulsé dans la première branche de l’arborescence, et j’y ai rencontré un expert en la matière, un sexologue.
Je me suis présenté en tant qu’alien solitaire et curieux, et il a commencé à m’expliquer la situation. Il a dit : ‘Notre société a parfaitement géré la sexualité des gens, à partir du moment où nous avons comprit que nous ne pouvions nous soustraire au sexe. Comme l’a dit l’un des notre, ‘tout est sexe’. Nous l’avons rendu obligatoire.
Une fois par jour, avec un partenaire, tiré au hasard par un programme informatique. Celui-ci tient compte de l’âge, et mixe les gens d’une manière équitable entre tous.
On s’ouvre alors à toutes les formes de sexualité au cours d’une vie, en fonction des fantasmes et habitudes de chacun. On vit de tout avec tout le monde, et statistiquement on retombe régulièrement sur nos préférences, qui deviennent plus des tendances occasionnelles que des diktats habituels. Les hétéros couchent en moyenne une fois sur deux avec un partenaire qui les excite, tout comme les homos. Ceux qui sont attirés par le physique tombent également, à des fréquences variables selon la difficulté de leurs goûts, sur des coups qui valent le coup. Il en va de même pour ceux qui se reconnaissent dans la performance de l’acte, que ce soit dans l’intensité ou la durée.
Ensuite, pour pimenter le plaisir, nous accordons à nos citoyens le moyen de varier les expériences, en mettant en place un moyen, pour ceux qui le souhaitent, de vivre des ébats avec des personnes d’âges différents, qui sont, eux, régis par des listes d’attentes qui sont, admettons-le, très bien équilibrées depuis presque le début du sexe obligatoire, car depuis, tout le monde désire tout le monde.
Nous n’avons néanmoins pas négligé la part de sentiment qu’il peut y avoir dans un couple, et avons donc instauré pour ceux qui désirent vivre ensemble des calendriers où ils pourraient se voir trois jours sur sept pour élever un enfant, ou simplement se retrouver plus souvent qu’avec les autres personnes.
En définitive, nous sommes esclaves du sexe, mais nous en profitons pleinement.’
Puis, je me suis immiscé dans la deuxième branche de l’arborescence, et j’y ai rencontré un expert en la matière, un historien.
Quand je lui ai dit que je m’intéressais au sexe, il a haussé un sourcil du genre : ‘mais qui s’y intéresse encore’. Et il m’a expliqué : ‘Notre société a parfaitement géré la sexualité des gens. En l’abolissant. Il y a eut plusieurs étapes décisives là dedans, toutes dues à la technologie. Premièrement, le sexe est devenu obsolète lorsque les gens ont prit peur de leur propre corps. Toutes ces histoires de bactéries, d’hygiène, de maladies. Les gens se lavaient quinze fois par jour, se désinfectaient tous les orifices dès que quelque chose en sortait ou en entrait. On se trouvait si sale que plus personne n’excitait personne. On ne copulait plus que pour faire des gosses, ce n’était plus mainstream, comme ils appelaient à l’époque ce qu’ils étaient le plus nombreux à aimer.
Et puis il y a eu les couveuses, et alors là tout s’est terminé. Il n’y avait plus besoin de se reproduire, pour se reproduire. On a alors inventé tous ces produits pour anéantir les accès de libido qu’il nous restait, et on a tout simplement arrêté de faire l’amour.
Depuis cette période là, il n’y a plus de frustrés, plus d’accros, mais aussi plus de guerres, et plus d’inégalités. Les gens se sont reconnu des émotions qu’ils n’avaient jamais envisagées de leurs vies. Les amitiés et les amours étaient comme enflammées par l’absence de ce parasite qu’est le sexe, et tout est entré dans l’ordre.
Nous vivons de plus avec un quotient intellectuel supérieur, un niveau de spiritualité plus élevé, et un taux de bonheur relatif jamais égalé dans l’histoire.’
Enfin, je me suis infiltré dans la troisième branche de l’arborescence, et j’y ai rencontré un expert en la matière, un prêtre.
Je ne lui ai rien dit, mis à part de me parler de sa vision du monde du sexe, et il m’a joyeusement expliqué : ‘C’est marrant, c’est rare qu’on vienne me demander ça. Peut-être parce que nous, les prêtres, faisons vœux de chasteté. Peut-être ont-ils peur de faire naitre en nous une jalousie frustrée. Ils doivent penser qu’on n’y connait rien, alors qu’en réalité, nous sommes ceux qui en entendent la plus grande variété d’échos.
En tout cas ce que je peux vous dire, c’est que notre société gère sa sexualité sous la bannière de la liberté. On a le droit de coucher avec tout le monde, du moment que le monde est consentant.
Cela crée, comme partout dans la vie, une hiérarchie entre les gens, qui se vérifie en fonction de critères sociaux établis. La beauté, la performance sexuelle, l’argent, l’habileté sociale, parfois l’intelligence, sont autant de facteurs qui vous positionnent sur l’accessibilité sexuelle qui vous définit. Bien sûr, cette accessibilité sexuelle peut varier au cours du temps, mais il y a néanmoins des limites palpables pour tout un chacun.
On peut cependant dire que, conformément aux mystères de la culture de masse, la plus grande partie des gens se suffit à sa condition et y prend même du plaisir. Mais on ne peut pas oublier que selon cette même loi des masses, la majorité des gens concernés par le sexe, y compris ceux qui n’y participent pas, par choix ou non, souffrent à un moment ou un autre de leur situation.
Mais c’est cela, là vie. Le bien et le mal imbriqués ensemble, pour le meilleur et pour le pire.’
Voilà, j’en ai fini avec les formes de sexe des univers de ce petit monde. Bien sûr, en tant que Maailmanien, je n’y comprends rien puisque le seul rapport sexuel que j’aurai dans me vie sera fatal pour moi.
Mais je ne me plains pas, il parait que chez d’autres espèces, ne pas avoir de rapports durant trop longtemps est mortel. Je ne supporterais pas une telle épée de damoclès.
Je termine sur cette petite touche d’humour humble en vous demandant à vous, membres du jury, êtres de lumières et purs esprits, quelle est votre conception imaginaire de la sexualité ?