Salut tout le monde !
Voilà une nouvelle que j'ai écrite il y a deux jours pour cet exercice (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,14654.0.html). Je vous invite à ne pas forcément le regarder avant le début, parce que c'est une nouvelle à chute et que ce serait dommage de ne pas profiter de la surprise. Et puis surtout j'aimerais bien savoir si elle marche :D.
Par contre c'est juste une bafouille écrite à deux heures du matin, n'y cherchez rien de hautement travaillé pour l'instant. Il y a probablement des trucs bizarres et d'autres qui fonctionnent moins. Cela dit maintenant que le NaNo est fini je vais pouvoir me repencher plus sérieusement dessus mais pour l'instant je fais une petite pause :D
Bonne lecture !
Jour de marché
C'était jour de marché à Galende. Il faisait un temps magnifique et un soleil de plomb. La journée s'annonçait invivable, peut-être la pire de toute la saison sèche. Mais pour l'instant, il faisait encore assez bon pour que les gens sortent de chez eux. Il y avait foule entre les étals, une cohue joyeuse et bon enfant remplie des rires des petits, des cris des poissonnières et des coups de marteau des forgerons. La paix régnait en ville, loin des soucis de guerre et de famine qui frappaient le nord.
Alba se tenait au centre de la place en compagnie de son amie Claudia. Les mains en visière pour se faire un peu d'ombre, elle parcourait du regard le marché.
« Comment comptez-vous trouver ce que vous cherchez dans une telle affluence ? demanda Claudia, le nez plissé de dégoût.
— L'essentiel, très chère amie, c'est de savoir où regarder. Voyez plutôt. »
La demoiselle désigna du doigt un trou dans la cohue, révélant un étal qui sortait de l'ordinaire.
« Alba, je ne suis pas certaine que...
— Allez, venez Claudia, ne faites pas votre indécise. Les passants vont bientôt commencer à nous regarder si nous ne nous dépêchons pas.
— Ils vont très certainement nous regarder si nous nous approchons de ce... bazar.
— Vous chipotez. Nous n'attirons pas tant l'attention que ce que vous semblez croire. » Elle nota la mine sceptique de son amie et ajouta : « Promis, nous n'y resterons pas très longtemps.
— Très bien, soupira Claudia. Je vous suis à l'abattoir. Mais faites vite alors, je ne supporterai pas longtemps la présence de ces bêtises. Il y a mieux à faire que vous adonner à vos plaisirs futiles et je serai hautement rassurée lorsque nous pourrons rentrer au château.
— Où nous nous adonnerons sans doute à des activités ô combien intellectuelles, telles que tenir la jambe à vos stupides prétendants, » répliqua Alba, un peu amère. Claudia ne répondit rien, laissant son amie ouvrir la voie à travers la foule.
L'étal était aussi désert qu'il en avait l'air de loin. Quelques badauds s'arrêtaient parfois pour jeter un rapide coup d'oeil, mais personne ne semblait véritablement intéressé par ce qu'il y avait à vendre. Une honte, selon Alba, tant les articles exposés semblaient de qualité. La tenancière croisa le regard des demoiselles et leur fit un sourire avenant.
« Approchez donc, jolies dames. J'vois que mon ouvrage vous fait de l'oeil.
— C'est bien possible, dit Alba d'un ton allègre. Je me passionne pour ce genre de tricot.
— Ah, j'vous comprends, ma dame. Rien d'tel que quelques mailles bien agencées pour égayer vot' journée. Un art délicat si vous m'en croyez, hélas trop peu connu dans vot' pays. Rapport à la chaleur insupportable que vous avez par ici.
— Oui, ce n'est pas tellement le genre de laine que l'on porte facilement sous le soleil. Pourtant j'y trouve à mon sens une certaine beauté — ainsi qu'un réconfort sans pareil. Cela me rappelle mon enfance, les voyages familiaux dans les contrées plus au nord. Des conditions tout aussi rudes, quoique j'y trouve le climat bien plus clément.
— J'suis bien d'accord. Là-haut on peut ajouter des couches tant qu'on en a besoin. Chez vous, arrive un moment où on n'a plus grand chose à enlever, hum ?
— Au moins, nous n'avons pas honte d'exposer ce que la nature nous offre, railla Claudia. Je trouve plus d'honneur et de fierté à me dévoiler telle que je suis plutôt qu'à cacher le moindre bout de chair qui dépasse.
— Ça, on peut dire que vous déployez admirablement vos arguments. Mais dites-moi plutôt c'que j'peux faire pour vous, jolies dames. Sûrement que vous êtes pas venues simplement pour le plaisir de discuter avec une pauvre marchande de tricots. Vous cherchez quelque chose en particulier, un vêtement vous fait envie ? Ah mais vous êtes peut-être vous-même tricoteuses... Attendez un instant. »
La vendeuse farfouilla un instant dans ses affaires derrière elle et se retourna avec, dans les mains, un bel objet.
« La grande aiguille que voilà... » commenta Claudia d'un ton sarcastique. Elle tendit la main pour la saisir mais la commerçante eut un mouvement de recul.
« On touche pas ma dame. Sauf votre respect, vous pourriez vous piquer.
— Je ne suis pas stupide au point de me blesser avec un tel outil, s'agaça Claudia. Je n'ai peut-être pas l'habitude d'en manipuler mais je sais encore par quel bout les tenir.
— J'en doute pas une seule seconde, ma dame, mais comme on dit par chez moi, « prudence est mère de sûreté ». Les constables de chez vous sont du genre scrupuleux et malheureusement pour moi, je f'rais très mauvais genre si j'laissais une dame de bonne famille comme vous manier un instrument pareil avant de l'avoir acheté.
— J'imagine que vous avez raison, admit Claudia de mauvaise grâce.
— De toute façon, s'empressa d'ajouter Alba, nous ne sommes pas vraiment là pour les aiguilles à tricoter. Quoique j'admire honnêtement la finesse de votre travail. Vous venez de loin ? Y a-t-il une chance de vous revoir prochainement à Galende ? J'aimerais vraiment discuter avec vous un jour où je pourrai vous consacrer tout le temps que vous méritez.
— J'viens de plutôt loin, en effet, ma dame. Et j'ai encore une trotte à faire avant d'atteindre le bout d'mon voyage. J'comptais repartir demain pour tout vous dire. Ça fait déjà une semaine que j'suis arrivée dans le coin. J'aimerais ne pas traîner plus que nécessaire en route si j'veux pouvoir rentrer chez moi avant l'hiver. Cela dit, si vous avez l'temps dans la matinée, on pourra sans doute s'arranger. Sinon faudra attendre l'automne que j'repasse par ici.
— C'est bien ce que je craignais, répondit Alba d'un air déçue. Tant pis, j'attendrai.
— Bon. Et si c'est pas d'une aiguille que vous avez besoin, qu'est-ce qu'il vous faut ?
— A vrai dire, j'admirais plutôt vos couvre-chef. Cela fait quelques temps que j'en cherche un pour compléter ma tenue.
— Ah, excellent choix ! s'exclama la marchande. Vous avez l'oeil, hein ? Des oeuvres de haute couture, ceux-là.
— « Ridicule » serait le terme que j'emploierais plus volontiers, déclara Claudia. Bien sûr, je ne suis pas au fait des dernières tendances de ce type de mode.
— Oh, je ne suis pas d'accord, Claudia. Je leur trouve un charme tout à fait intimidant au contraire. Tenez, regardez celui-là.
— Avec cet espèce de bec pointu qui vous tomberait sur le front ? Voyons, Alba, un peu de sérieux. Vous tenez vraiment à ressembler à un perroquet ?
— Hum... Oui, je comprends vos réserves et je perçois la ressemblance maintenant que vous l'évoquez. Que pensez-vous de celui-ci plutôt ? Cette large visière me semble tout à fait adéquate au temps qu'il fait en cette saison.
— Là, c'est vous qui devenez ridicule. Vous troquez le bec d'oiseau contre le clapet du canard.
— Peut-être bien. Il n'empêche que je ne serais pas fâchée de pouvoir me protéger les yeux un tant soit peu. Le soleil tape fort et les murs blancs des maisons ne font rien pour arranger les choses.
— Alors vous devriez vous tourner vers l'un des modèles qui vous voileront franchement les yeux. En toute honnêteté, ils ont l'air plus esthétique — et probablement plus adéquats à l'usage que vous souhaitez en faire. Tenez, celui le plus à gauche vous conviendrait à merveille, je pense.
— Vous n'y pensez pas vraiment, j'espère ? Il est certes plutôt joli, mais je n'y verrais plus rien si je devais porter une telle coiffe !
— Mais le but est-il de voir ? L'important n'est-il pas plutôt la manière dont vous apparaissez ? Il me semble que l'effet produit est tout aussi, voire plus, primordial que le reste. Une impression forte marquera à coup sûr votre entourage et vous conférera un avantage certain dans nombre de situations.
— Par exemple, au milieu de la cour de vos prétendants, ma chère Claudia ? » taquina Alba.
Un petit silence de réflexion s'installa tandis que Claudia examinait pensivement l'étal. Son regard sautait comme une puce d'un article à l'autre. Alba pouvait presque sentir les rouages de son esprit se mettre en place.
« Vous savez, Alba, je commence à me dire que vous avez peut-être raison. Ces garçons savent se montrer ennuyants. Il est peut-être temps de s'amuser un peu.
— Voilà enfin que vous prenez une décision pertinente, acquiesça une Alba radieuse. Depuis le temps que je cherche à vous éduquer, vous commencez finalement à tirer parti de mon enseignement. Je suis fière de vous, mon amie !
— Ce n'est que naturel lorsqu'on est guidée avec tant de sagesse, très chère, ironisa Claudia. Et puis, pour tout dire, votre extravagance m'inspire. Le château serait bien assommant sans l'étincelle de votre folie. Aujourd'hui, je me sens d'humeur à l'attiser.
— Alors vous avez fait votre choix, jolies dames ? demanda la tenancière de l'étal. Dites-moi tout. »
Après d'âpres et intenses négociations, ainsi que la promesse de revenir voir la vendeuse au marché d'automne, Alba et Claudia entrèrent finalement en possession de leurs biens. Avec un regard de connivence, les demoiselles se parèrent de leurs armes, un heaume menaçant pour l'une, une rapière meurtrière pour l'autre. Puis d'un pas nonchalant, elles se dirigèrent vers le château de Galende, la main dans la main, le sourire aux lèvres.