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Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Johan le 24 Novembre 2014 à 18:23:34

Titre: Trou Noir "contenu explicite"
Posté par: Johan le 24 Novembre 2014 à 18:23:34
Trou noir

Les bouches de métro sont des allers sans retour. Un labyrinthe ferroviaire où serpente un royaume prospère. C'est un antre noir où se perdent les jours. Son roi n'a ni voix ni visage ; on le surnomme d'un terme impropre mais commun – crack. Ses émissaires patrouillent, inlassables, le long des voies. On les appelle modous, ces silhouettes noires aux poches pleines et aux sourires plastifiés. Altières elles dégueulent leurs saintes pierres aux poches des mendiants avides. Sous les plastiques si vite défaits les cailloux tant désirés. Le regard absorbé par le blanc, l'exaltation du crépitement sur le cuivre noirci, une inspiration jusqu'à l'asphyxie et la fumée qui s'envole, avec les lendemains et les peurs. Et puis le flash, ce quasi bonheur, le cœur à mille à l'heure. Aux lèvres un sourire complaisant et à l'esprit une obsession bienfaisante. Parfois s'y dessine la jouissance aveugle de la première bouffée, parfois même l'image craquelée d'une enfance à la lointaine lumière en parcelles. Mais la plénitude est partielle et sitôt goutée, sitôt dissipée dans sa volute de fumée. Des extases avortées, répétées qui laissent exsangue ; en proie à la descente tyrannique, cette petite mort qui vide. Une quête sans fin, sinon celle de la trachée en cratère et des poumons en putréfaction ; ils le savent, ces crackheads livides, amers, affaissés sous le poids de leurs propres espoirs.

Les bouches de métro sont des trous noirs. Elles dévorent la lumière et les rêves et en recrachent la fumée. Ce sont des entonnoirs qui broient lentement les âmes ; les âmes perdues les armes depuis longtemps rendues, aux regards las et aux visages figés, qui errent hagardes, au craving insatiable faisant sans cesse offrande des amnésies enfumées. Elles déambulent le long des rames et, suicides après suicides, lorgnent vers la pâle lumière au loin, attirées comme des insectes par les mots doux et leur chimère qui poudroie – "Comme à la première fois"