Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Cauzart le 18 Novembre 2014 à 13:39:01
-
Je travail sur ce texte en ce moment, bon, c'est un peu long mais j'aimerai bien que quelques uns d'entre vous le lisent. J'ai du mal à trouver la fin, j'en parlerais suite à vos retours. N'hésitez pas à être critique, à noter les phrases qui vous gênent, et dites moi ce que vous pensez de l'histoire. Des bises à tous, merci de prendre ce temps là.
Prends ton âme et tire-toi !
La main claque contre le genoux, écrase la mouche qui explose, grasse, dans sa paume en purée blanche. L'homme observe un instant cette tâche informe, les ailes collées, les yeux broyés, une patte doucement se déplie ; écœuré d'aversion, il rejette l’insecte d'une pichenette de la main gauche.
Plus loin, quelqu'un tousse.
De là où il est, il ne voit personne. Voilà bientôt cinq heures qu'il est assis dans un inconfort auquel il n'est pas habitué ; occupant son regard tantôt avec les motifs abstraits de la mousse du dos du siège auquel il fait face – mousse bleue fluorescente, parsemée de traits rouges et jaunes rongés par le temps et les chewing-gum, tantôt laissant tomber sa joue contre la tiédeur de la vitre vibrante, les yeux au dehors, dans ce paysage qui défile inlassablement, semblable à un décor de théâtre. Christophe n'a jamais aimé les voyages en bus, il préfère les airs et la souplesse de l'avion à l'odeur plastique. Ce qui l'insupporte avant tout, c'est cette radio brouillée, musique à peine audible, imposée par un conducteur muet aux origines douteuses. Si certains ont peur de voyager en avion, lui c'est la route, beaucoup plus dangereuse. Non seulement les accidents y sont plus fréquents, mais il s'y sent coincé, piégé par la terre. Il lui manque la distance, cette vue de dessus offert par le vol, vieux rêve de l'Homme. Il aurait préféré, oui, largement préféré venir par les airs comme il en avait l'habitude, mais sa situation financière, en ces temps de crise, ne lui a pas permis de faire comme il le souhaitait.
Une mouche noire, épaisse, se pose sur la vitre, bourdonne. Après un rapide regard en coin, sans y songer, il approche ses doigts de géants, ferme l'enclos, prend le temps de sentir l'insecte vibrer contre ses ongles, battre des ailes ; il appuie, le corps éclate, vomi sa gelée.
Christophe, poussant un soupire de dépit, se redresse sur son siège. Il retire ses lunettes, ferme un moment les yeux en pinçant doucement le cartilage du haut de son nez ; une goutte de sueur coule sur sa tempe. L'air est lourd. La climatisation du bus souffle trop froide sur sa gorge. Remettant ses lunettes, il se laisse tomber dans une molle contemplation du paysage ; dans le coin gauche – celui du bas de la fenêtre, une mouche tente de percer la vitre.
Dehors, le ciel est gris ; sous les nuages écrasés, pas un avion en vue. En bas, entre deux pointillés blancs, les véhicules filent dans un long sifflement infini de pneus. Derrière les barricades délimitant la voie autoroutière, des centaines de cabanes en tôle se succèdent, trop vite. À peine le temps d'apercevoir les visages mates des habitants du bas-quartier. Des femmes errent, cheveux attachés en chignon, les épaules bordées de tissus coloré, le corps emmitouflé dans la pollution. La vision de cet immense bidonville rassure Christophe : il ne devrait plus tarder à arriver à destination.
Un instant, le rythme de son cœur s'accélère. C'est la hâte. La peur aussi. Aucune raison de s'inquiéter, pourtant on a toujours une angoisse face à l'inconnu, « la peur de la peur », comme disait son père. Christophe pense à Marc. Combien de temps ? Au moins huit ans qu'ils ne se sont pas vus. Qui sait comment évolue un homme en huit ans. Il ne se reconnaîtrait pas lui-même ; plus maigre, ses épaules se sont affaissées, son esprit s'est voilé d'un manteau de solitude. Six ans de chômage laissent des traces. C'est en tous cas chic de la part de Marc de l'accueillir chez lui après huit ans sans contact. On peut faire confiance à un vieil ami. À peine Christophe a t-il émis cette pensée, qu'un doute apparaît dans son souvenir de Marc. S'entendaient-ils si bien que ça, à l'époque ? Des querelles de jeunesse, oui, clairement, il y en a eues. Ce n'est pas pour rien qu'ils sont restés aussi longtemps sans nouvelles ni de l'un, ni de l'autre. Rien de grave, non. L'eau a coulé. Puis ils sont grands à présent, adultes responsables capable de passer outre ce genre de bagatelles. Marc a dit qu'il l'accueillerait avec plaisir, il l'a dit. C'est dit, pourquoi s'inquiéter d'avantage ? Il avait même l'air, au téléphone, particulièrement heureux à l'idée de le revoir, lui, Christophe. Et quand il lui a annoncé qu'il comptait même peut-être rester vivre dans la ville, Marc a paru très satisfait de cette nouvelle malgré une crise de toux survenue exactement à ce moment là. Les crises de toux, ça arrive, surtout si Marc continue de fumer deux paquets de cigarettes par jour comme il en avait l'habitude à l'époque. Il ne faut donc pas prendre cette crise de toux de façon personnelle, mais bien la remettre à sa position hasardeuse, saugrenue. Tout se passera bien, oui, aucune raison de s'inquiéter.
Sur la vitre, la mouche s'agite piteusement. Il met fin à son bourdonnement en l’aplatissant sereinement du majeur.
Le bus passe devant un terrain de foot boueux où des enfants jouent au ballon. Leurs cheveux sont noirs et leur peau est sale, ils courent. Derrière eux, dans le lointain, les hautes montagnes dessinent l'horizon bleuté. Immobiles, les géants dorment, comme Dieu, très probablement.
Soudain, le paysage disparaît. Tunnel. Noir. Traits de lumières sur ses yeux. Les néons défilent. Effet kaléidoscopique. Ça aveugle sans aveugler. La vitre ne reflète plus que son visage. Rides enfoncées d'ombres et les ombres qui passent sur sa peau comme autant d'oiseaux noirs, couvrant et découvrant ses formes ; les modifiant elles redessinent ses contours, son nez fin et courbé tâche sa joue mouvante, ses cheveux blancs ondulent, gris dans la vitre, raides et courts, ils se déploient en mousse marine, valsent en boucle comme un disque rayé ; à chaque sursaut de lumière son menton pointu se plie de ténèbres mal rasées, ses joues se tendent comme une vieille bâche en plastique, sa mâchoire s'avance, carnassière, son front sévère se plisse sans âge ; ses yeux s'enfoncent dans les ombres toujours mouvantes, ses yeux noirs, presque inexistant, cachés par ses petites lunettes rondes, yeux d'assassin assassiné, yeux qui se contemplent, s'hypnotisent, fabriquent le secret de son propre visage, voyagent dans sa chair recouverte d'oiseaux morts, noirs, rapaces sur ses plis, mangent sa bouche, avalent ses lèvres sèches, corbeaux froids, sans becs, ailes immenses, plumes de l'enfer, passent et repassent comme autant d'ombres, hypnotiques, sur le visage qui s'observe, semble percevoir quelque chose, touche l'idée, creuse jusqu'au tournis, jusqu'à l'insensible nausée de lui-même, son âme.
Le bus sort du tunnel. La lumière revient. Avec elle, le reflet disparaît pour laisser place au paysage citadin.
Les montagnes et le bidonville ne sont plus. Dehors, c'est la grande civilisation. La ville en verre reflète le ciel. Tout de glace, les immeubles s'étirent, transforment l'horizon en lignes verticales. Vers eux, l'autoroute s’engouffre, grimpe au dessus d'autres voies. Les véhicules filent en masse, sans feux rouges ni déviations. Sur ce labyrinthe d'asphalte à plusieurs étages, tout roule à grande vitesse, monte, descend. Les routes tourbillonnent, en haut, en bas, elles tracent un système compliqué où l'orientation se perd. Le bus glisse dans ce manège contemporain, tourne, prend la sortie, descend soudainement vers une nouvelle voie.
Christophe en a le tournis des transports. Ce jeu de l'oie pour grands enfants lui plaît ; les yeux éblouis, il observe les autos innombrables en prenant conscience de la vie qui l'attend. Il avait oublié ce que c'était, une grande ville. Bien que citadin, il a passé ses dernières années dans une commune de taille moyenne, bien inférieure à cette mégalopole, summum de la technologie. Ce qui le frappe le plus, c'est l'immensité, ce sentiment de grandeur mêlé d'angoisse. Il sait que son avenir est là, au cœur de la civilisation. Vers lui la ville s'avance, avec ses possibilités multiples, sa puissance vibratoire.
En sortant du métro, il regarde la carte sur son téléphone portable : dix minutes de marche pour arriver chez Marc. Cherchant des yeux le nom des rues, il remarque qu'elles n'en ont pas. Non seulement sur son téléphone elles apparaissent numérotés selon leur bloc, mais encore face à son regard, il n'y a pas un seul panneau indiquant sa position. Tout le monde fonctionne au G.P.S. Heureusement victime des dernières technologies, son téléphone lui indique son cheminement.
Il lève la tête, l'éclat du ciel gris l'aveugle. Les rayons transpercent la voûte nuageuse et viennent frapper contre les parois en verre. Après avoir rebondis de murs en murs, ils errent sans fin dans la ville. L'air lourd pèse de tout son poids sur des colonnes de fumée, et les tours brillent, ondulent dans les mirages de la soif. Christophe en a la gorge sèche, un poids sur l'estomac. La chaleur lui monte au cerveau. Ébahi par la multitude, notre homme met sa main en visière pour pénétrer l'horizon. Au loin, il repère la tour d'Alistaz dont le sommet se perd dans le brouillard échappé des pots. Elle émerge, majestueuse, du dédale citadin. Tout en miroir poli, elle se confond dans le ciel, disparaît dans son reflet. C'est le plus haut bâtiment du monde avec ses 1623 mètres, la « nouvelle Babel » comme disent les journaux. Suivant la courbe du regard, il se perd dans cette folie des grandeurs. Un instant, tout tourne devant ses yeux écarquillés. Le vent des hauteurs fait danser les immeubles qui frémissent, qui se balancent doucement sous les nuages empaquetés. Ou peut-être n'est-ce qu'une impression. Fixant intensément les sommets mouvants, un léger vertige manque de lui faire perdre l'équilibre. Il se ressaisit, se met en marche, sourire aux lèvres dans les avenues taillées en bloc ; l’extension des grands jours. Aux feux rouges, il observe les passants. Il est frappé par le peu de personnes âgées. Ce sont presque tous des jeunes entre trente et quarante ans. Un casque sur les oreilles, un micro devant les lèvres, ils vont le regard franc, les yeux rivés sur cette route que chacun trace devant soi. Dans sa tête, les voix s'entremêlent. Il reconnaît de l'anglais, de l'espagnol, du russe. Le tout forme un brouhaha inaudible de murmures assourdissants. Personne ne regarde personne. Les lèvres bougent à peine, communiquent uniquement à travers le micro. Quand le feu passe au vert, ce sont comme deux armées qui s'avancent devant une rangée de phare. Les troupes se croisent, glissent des épaules pour se faufiler les uns au travers des autres. Christophe tourne la tête. L'avenue file jusqu'à l'horizon, large d'une soixantaine de mètres, ses bordures sont composées de gratte-ciel et de panneaux télévisuels à la publicité continue.
Heureux, il va à grand pas, rejoint le trottoir. Cela fait longtemps qu'il ne s'était pas senti aussi bien. Dans la foule, invisible, personne ne le juge ni ne critique. Il est, insecte dans l'immensité, fourmi dans la fourmilière. Les gens grouillent, vont, viennent, sans un regard. Il peut sauter, danser, tout le monde s'en fout, ce n'est plus l'affaire de personne. Enfin, il trouvera sa place, rejoindra les grands flux et houles de la civilisation. Utile au progrès, il fera de sa modeste existence un rouage de l'évolution. Lui qui se croyait unique, prend enfin conscience de son destin lilliputien. Il n'est rien, cette idée le rassure. Son droit à l'erreur est d'autant plus valable. Finalement libre.
Depuis qu'il a posé le pied sur cette terre cimentée, il n'est plus le même homme. L'énergie des grandeurs l'envahit. À chaque pas, à chaque regard, il mange, dévore les buildings, les gens, et toutes ces nouvelles sensations. S'ouvre à l'intérieur de lui comme un gouffre immense, un trou noir prêt à tout avaler. Mètre après mètre, la cité le pénètre, reflète son âme comme elle reflète le ciel. Il est là, sur ce trottoir, et l'instant d'après ce trottoir est en lui, inscrit à jamais. Ces sommets inatteignables, ces vitres lisses, ce sont les siennes. L'immensité est son immensité. Ils ne font qu'un, lui, la ville, les gens. L'ensemble du décor n'est qu'une infime partie de son cortex cérébral. Il est bâtisseur issu de la communauté des hommes, fils du ciel et de la terre. Le sang qui a érigé ces merveilles coule dans ses veines. Un lien mystique entre son être et la ville, entre la ville et la galaxie, entre son être et les êtres, entre présent et passé, et son savoir comme un futur, se tisse dans sa conscience. La ville, point fixe, s'étire dans sa nouvelle vision panoramique. Il s'y sent à la fois propriétaire et minuscule composant.
S'arrêtant à un passage piéton pour tourner dans l'avenue n°42-3-25, Christophe remarque que sa respiration est haletante. Emporté par le rythme de ses réflexions, il en a trop fait. D'épaisses gouttes de sueurs dégoulinent sur son visage et, sous sa chemise, depuis ses aisselles jusqu'à sa hanche. Son cœur tambourine, il n'a plus vingt ans. Une bouffée de chaleur remonte son organisme, injecte ses yeux de sang. Soudain, ça pique en épingle dans sa poitrine compressée, comme un couteau enfoncé trop profondément et qui coupe la chair à vif au moindre mouvement. Il bouge un bras, ça le tire en grimace, sa respiration se coupe. Sa vue se floute, il se sent partir, là, maintenant. Sa tête se tourne vers une forêt d'épaule. Un rayon filtre à travers les nuages, perce sa pupille. Il se rattrape, cherche l'équilibre. Ça revient. Respire. Le couteau se fond dans sa poitrine. Il se ressaisit, souffle, inspire un bon coup. Vert. On le pousse dans le dos. Il marche, traverse.
C'est le temps, la chaleur l'insupporte, les deux heures de décalage horaire aussi, et puis le bus, la climatisation et maintenant cet air pesant. Il n'a plus l'habitude de voyager. Une question d'habitude, oui, il s'habituera, comme au reste. D'ailleurs déjà, il se sent mieux malgré un point de côté. Il ralentit simplement le pas, change de trottoir et avance dans la rue.
47 – 42-3-25 ; il sonne.
Dans son dos, un groupe d'étudiantes passe. Elles rient avec négligence.
Personne ne répond.
Il sonne de nouveau. Attend. Une mouche vient se poser sur son nez. Il la chasse d'un revers de la main, mord très légèrement ses lèvres. Où est donc Marc ? Il prend son portable, appelle. Attend. Répondeur.
« Allo Marc, c'est Christophe. Bon. Je suis devant chez toi, j'espère que tu n'as pas oublié que j'arrivais aujourd'hui. Rappelle-moi. »
Christophe raccroche, retire ses lunettes et masse doucement le cartilage de son nez avec sa main gauche. Sa gorge gratte, il a soif. Il comptait sur sa présence pour un petit rafraîchissement. Il a dû avoir un empêchement, un rendez-vous oublié. Il finira bien par rentrer. Oui, pas de quoi s'inquiéter. Il est tôt encore, 16h seulement. Son entretient d'embauche n'est que demain matin, 8h. Il a le temps. C'est même inutile de rester attendre ici. Il remet ses lunettes, serre la poignée de sa valise, tourne la tête à gauche, puis à droite, et s'élance.
La ville en verre reflète le ciel. Les nuages bourdonnent dans les gratte-ciels, point trop chatouilleux. Après quelques minutes de marche, deux avenues plus loin, Christophe repère une enseigne : « Au Bar Vert ». Derrière la baie vitrée, quelques tables en bois vides hormis une où un couple discute ; devant, sous l'enseigne, un indien fait la manche. Son visage ravagée par la rue tombe de fatigue. Christophe s'approche, pousse la porte et pénètre dans l'enceinte.
Le barman accoudé lève un sourcil en direction du nouvel entrant. Face à lui, un large type aux petits yeux rouges baragouine quelques paroles inaudibles en sirotant un verre de blanc. La tête large et boursouflée, le teint alcoolique, il cache la calvitie naissante de ses cheveux gris sous une casquette de marin. Au fond de la salle, deux hommes noirs observent l'écran d'un ordinateur portable. Tout en échangeant d'un ton sérieux quelques paroles professionnelles, ils touillent le sucre dans leur tasse à café. L'air est plein de mouches.
Christophe hésite. Maintenant qu'il est là, qu'on le regarde, il n'ose plus repartir. Il ne trouvera pas mieux de toute façon. Au moins, ici, il n'y a pas de musique. Il ne supporte pas la musique, sauf Denis Dufour. Christophe s'approche donc du bar, commande une bière et va s'asseoir à la table la plus proche, dos à la porte. À sa gauche, le couple rit en s'embrassant.
Il a chaud. Il déboutonne le premier bouton de sa chemise. Le barman, bonhomme rond, court sur patte, vient poser sa bière devant lui. Pas un mot ni un sourire. À sa gauche, le type suce le cou de sa conjointe. Elle glousse. Christophe écoute le pétillement de sa bière. Les secondes passent. Il attend que la mousse descende. Deux mouches se battent sur la table. Est-ce qu'elles se battent ou est-ce qu'elles s'accouplent ? On ne sait jamais avec ces bestioles-là. Le marin jette de la petite monnaie sur le comptoir, serre la main du barman, puis sort. Les mouches bourdonnent. D'un plat précis de la main, il les écrase. Le coup qu'il a porté sur la table résonne dans l'établissement. Un court silence s'ensuit. Le regard fixé sur sa bière, il sent qu'on le regarde. Encore quelques secondes. Les deux noirs du fond reprennent leur discussion. Voilà, l’événement est oublié. Le couple rit, s'embrasse, murmure sa moquerie du monde et ses mots d'amours.
Il pense à Nathalie.
Une autre mouche vient se poser sur son verre après avoir buté contre son nez. Il la chasse. Qu'elle aille poser sa merde ailleurs. La bouche du couple claque. Leurs baisers font écho. Il pense à ses cheveux châtains, ils rebiquaient au niveau de ses oreilles. Ses grands yeux verts, son sourire. Nathalie. Ça lui fait encore un vilain pincement au cœur. C'est quelque chose qui, sans doute, ne partira jamais. Il se demande ce qu'elle est devenue, si elle va bien. Très probablement. C'est une optimiste, Nathalie. Parfois il se demande, s'il avait fait autrement... Non, absurde. Si les choses se sont passées ainsi, c'est qu'elles devaient se passer ainsi. Il a agi tel qu'il était, selon ce qui lui semblait le plus raisonnable. C'est cela qu'elle n'avait pas compris. Elle était trop utopiste. Voilà, c'est le mot. Nathalie était une utopiste. Elle lui en a voulu, trop voulu, pour des choses qui... C'est du passé. Il espère qu'elle est heureuse, que ses rêves ne la font pas trop souffrir. Le monde est compliqué, la matière est solide. Il sait de quoi il parle. Quand, après son départ, il ne se souciait plus de rien, se lever le matin n'avait plus le moindre intérêt. Il passait ses journées à cauchemarder dans une espèce de suicide. Il s'était, oui, laisser mourir de faim, idiot. Si son frère n'avait pas été là, il ne serait plus de ce monde. C'est important la famille, on ne peut pas s'en sortir sans sa famille. Oui. Idiot, lâche, il avait été lâche. Il a fini par comprendre que ça n'en valait pas la peine. Non, absolument pas. L'amour... abstrait. Elle pensait l'aimer, il a fait, tel qu'il était, simplement lui. Elle est partie. Parce qu'elle ne l'aimait pas. C'est elle qui s'est trompée, pas lui. Il faut avancer. Vivre avant tout. Réaliser quelque chose, se rendre utile et non pas rester là à... à... À quoi bon avoir des rêves si c'est pour se faire détruire par eux ? Nathalie était devenue comme un rêve, oui, destructeur. Une image, une illusion qui n'avait plus rien à voir avec la réalité qui elle, est faite d'une autre matière. Il s'était vu, oui, monstrueux dans ses yeux à elle. Et Nathalie... Rien que de prononcer son nom, il en a encore une cicatrice sensible. Enfin, il espère qu'elle est heureuse, voilà. Ce n'est de toute façon, pas le moment de repenser à tout ça, il ferait mieux de se concentrer sur son rendez-vous, demain, 8h. Sera t-il à la hauteur ? Et si jamais ça ne marchait pas ? Non, aucune raison, ce sont même eux qui l'on contacté. Ce ne sont pas des gens à contacter ainsi pour rien. Ils veulent mettre à leur service ses talents inexploités. C'est très normal, Christophe était reconnu dans le milieu de l'informatique. Il est intelligent, sérieux, inventif, efficace. Demain, 8h, c'est déjà dans la poche. Ce n'est qu'une question de rituel. Il faut un entretien avant de prendre la décision finale. Il ne s'en fait pas, non. Pourquoi l'auraient-ils contacté si ce n'est pas pour l'engager ? Il est talentueux, il a des choses à offrir au monde. Il a toujours été prêt à aider, à construire, pour un monde meilleur. C'est d'ailleurs le slogan de l'entreprise Alistaz : « Pour un monde meilleur. » C'était aussi le titre du blog qu'il avait réalisé pendant son adolescence. Il est fait pour cette ville, il est fait pour cette entreprise, pour ce travail. Il le sent, c'est là, inscrit très profondément dans son être. C'est mystique. Il ne croit pas particulièrement en Dieu, mais qu'il y ait des énergies qui nous gouvernent, c'est pour lui une évidence. Garder sa confiance, voilà tout ce qu'il doit faire, croire en lui, absolument. Croire sans être aveugle. Voilà. La réalité, et non l'illusion. La frontière, parfois, n'est pas évidente. Une période compliquée. Oui ça, il a eu une période compliquée. Ça peut arriver à tout le monde, même aux meilleurs. Il était tombé au fond du trou, peut-être, mais à présent on lui lançait une corde. Non pas pour le pendre, mais pour le hisser. Parce qu'il en vaut la peine. Tout simplement, oui. Quoi qu'en pense Nathalie. Elle n'est pas toute puissante. Trop... utopiste. Peu importe de toute façon, oui, ce qu'elle en pense. C'est du passé. Exactement. Tout se passera bien, aucune raison, non, aucune raison de s'inquiéter. Demain, 8h, le monde sera meilleur.
Sorti de ses pensées, il attrape sa bière et va pour la porter à ses lèvres.
- Bois pas.
Il s'arrête, la main en suspension.
- Bois pas.
La voix est grave, cassée. Une voix d'homme malade. Il se retourne. Dans son dos, assis sur une chaise à trois quart retourné, l'indien le contemple. Il ne l'a pas entendu entrer. Le type est à peine plus âgé que lui, mais son visage est celui d'un vieillard. Il a de longs cheveux bruns et crépus, une mèche recouvre son œil gauche. Ses sourcils épais, les rides de son front, sont plissés par l'angoisse, par une espèce de paranoïa viscérale. Il porte un manteau de laine colorée, parsemé de trous, on voit des bouts de son torse nu à la peau mate. Un collier d'os tombe autour de son cou. Ses lèvres sont sèches, ses yeux noirs et profonds, son nez épais comme un gros morceau de terre. Il a le regard fou.
- Bois pas. Rentre chez toi. Bois pas, mange rien.
Christophe se paralyse. Qu'est-ce qu'il veut ? On peut s'attendre à tout avec ce genre de type. Les lèvres tremblantes, il écoute le battement de son cœur. Le gars reste là,face à lui, un duvet de bave blanche au coin des lèvres. Il le fixe, ses yeux pétillent et ses pupilles sont dilatées. Le type est sur les nerfs, ça se sent, au moindre accrochage, il est capable de virer rouge, de sortir un couteau et de le planter là, fin de l'histoire. Christophe se sent pâlir. Ses jambes tombent en coton, perdent leur poids. L'indien murmure de sa voix grave, et c'est comme une panique, une urgence qui fait mouvoir sa langue.
- Bois pas, surtout, bois pas. Mange rien. Tu m'entends ? Tu es là ? Bois pas, c'est pas toi, pas chez toi.
Doucement, il tend ses mains vers Christophe qui tente de disparaître dans le coussin de sa chaise. Heureusement, le barman hurle en venant à son secours :
- Qu'est-ce que tu fous là ? Bordel de Dieu ! Dégage d'ici !
Le couple se pétrifie et, au fond de la salle, les deux noirs font messe basse. Le barman fait le tour du comptoir pour s'approcher de l'indien. Il l'attrape par le bras, serre, et l'oblige à se lever.
- Je t'ai déjà dit de ne pas entrer. Tu le comprends ça ? Tu rentre pas. C'est clair, non ? Je ne veux pas que tu dérange mes clients. Allez, dehors, dégage !
L'indien ne bouge pas. Debout, il fait une tête de plus que le petit homme colérique. Il continu de fixer Christophe d'un regard pénétrant, terriblement calme. Le barman tire sur le bras, pousse l'homme qui soudain, d'un mouvement brusque, se dégage de l'étreinte. Il lève le bras comme pour frapper le propriétaire, se calme, articule sèchement.
- Quoi ? Tu me laisses, oui ? Je suis un homme, je discute, je parle, j'ai envie. C'est quoi que tu veux ? Raciste ! Du fric ? Tiens !
D'un geste dédaigneux l'indien attrape au fond de la poche de son jean déchiré, de la petite monnaie qu'il lance en l'air. Les pièces tombent en pluie, rebondissent, roulent, vont se cogner contre le pied des chaises ou dessinent des cercles, de plus en plus petits, jusqu'à se taire tout à fait.
- Ramasse, et sert moi un café ! S'exclame l'indien en claquant des doigts.
- Très bien, j'appelle les flics.
Le barman s'éloigne, disparaît derrière le comptoir pendant que l'indien se rassoit, face à Christophe.
- Ce type est un connard, connard, tu comprends ? C'est un connard.
Ses rides se plissent comme des griffures sur sa peau sèche, on a l'impression qu'à tout moment ça peut éclater, s'ouvrir en larges ravins de sang. Il fixe de nouveau Christophe, qui, craintif, demeure sur son socle de marbre. L'indien approche son visage du sien, l'odeur est insupportable, un mélange de rat crevé, d'urine, et de nicotine froide. Il murmure d'un ton angoissé :
- Écoute, ça dépend de toi maintenant. Tu poses ça, et tu te casses. Tu comprends ? Il va pleuvoir, ça va tomber à grosses gouttes sur tes cheveux sensibles. Merde Jésus, écoute, écoute-moi. Les apôtres sont partis, on peut plus rien faire ici, rien. Rentre chez toi Jésus, rentre. Bois pas, mange rien. Y a trop de mouches, bzzzz, bzzzz, connasses, écrase-les. Faut pas hésiter, tu écrases, crac. Je t'ai vu faire Jésus, bzzzz, bzzzz, claque, tu fais bien. Dégueulasse, frappe, écrase. Mais y en a trop, tu les auras pas toutes. Alors rentre, rentre, on se retrouvera là-bas, clair ? Rentre Jésus, ça va tomber.
Son visage se ferme, sa bouche se tait. Il reste un instant encore là, face à Christophe. Silence. D'un geste brusque il tente d'aplatir une mouche en frappant sur la table. Raté, l'insecte s'envole. Au même moment, le barman revient.
- Ils arrivent.
- Je t'emmerde connard, raciste, répond l'indien en se levant.
- C'est ça, dégage, dégage de chez moi. Plus jamais je te laisserai faire la manche devant mon établissement. Ça va bien la gentillesse. Putain de drogués, dégage, va donc crever dans un caniveau !
L'indien sort, Christophe, lui, reste interloqué, la bière toujours à la main, en suspension entre ses lèvres et la table.
Le barman reste devant la porte, il crie dans la rue à l'homme qui s'éloigne.
- Vas t-en! C'est ça, court donc ! La prochaine fois, je te troue le bide moi-même. Que je te revois plus par ici !
Puis, fermant la porte derrière lui, sourcils froncés, il retourne à son comptoir, se tourne vers Christophe.
- Navré du dérangement, monsieur. La consommation est offerte.
Christophe remercie, souffle un coup, lève son verre et bois une gorgée.
Quand il ingurgite la dernière gorgée de sa seconde bière, la nuit tombe et son portable sonne. C'est un texto : « Je suis rentré, passe quand tu veux. Marc ».
Avant de sortir, il profite de l'établissement pour soulager sa vessie. Dehors, les premières gouttes de pluie tombent et rafraîchissent l'atmosphère. Les nuages grondent.
Le temps de payer et de pousser la porte, c'est par litres que l'eau se met à dégringoler du ciel. Le vent fait tournoyer les gouttes qui frappent, épaisses, le visage anxieux de Christophe. Il ne sait plus bien par où il est venu. Le temps de prendre son portable, celui-ci s'éteint par manque de batterie. Il hésite à retourner dans le bar demander un parapluie et la direction. Il s'y refuse, prévoit de toutes façons un refus. L'appartement de Marc n'est pas si loin, c'est un grand garçon, il devrait s'en sortir seul.
Les avenues sont désertes, les rares passants vont à grands pas, le visage caché par un imperméable sombre. Par dizaines, les voitures filent dans les flaques d'eaux sous un ciel sombre, sans étoiles. Christophe cherche des points de repère, il croit reconnaître une pharmacie, avance. Après une dizaine de minutes à errer, il comprend qu'il est perdu. Il ne retrouvera pas son chemin seul. La pluie chaude dégouline sur ses cheveux sensibles, il éternue. Ce serait bête de tomber malade maintenant. Il resserre son étreinte autour de la poignée de sa mallette.
- Excusez-moi.
On ne l'entend pas. Il continu d'essayer d'arrêter quelqu'un. Un homme moustachu finit par freiner son allure.
- Qu'est-ce que vous voulez ?
- Je suis perdu. Je cherche l'avenue n° 42-3-25.
Le type laisse passer le silence de la pluie pendant quelques longues secondes. Il observe l’énergumène d'un air hautain. Christophe n'aime pas ce regard qui juge. Il pense à l'indien.
- C'est pas compliqué, finit par répondre l'homme dans un soupire, vous prenez par là, vous laissez passer trois blocs, au quatrième, vous tournez à gauche, puis ce sera à droite à la prochaine.
- Merci.
L'homme s'éloigne aussitôt de son grand pas, disparaît parmi les ombres.
Christophe reprend sa marche dans le vent et la pluie. Il a le corps plein de frissons et les jambes molles, l'impression qu'il va s'écrouler là, qu'il ne parviendra jamais à destination. Pensée absurde. Il le sait. Ce sont les bières. Elles coulent dans ses veines et l'alcool lui monte au cerveau. Les bières, le voyage, la chaleur et maintenant l'humidité de l'orage. C'est un tout étrange qui déforme ses perceptions. Il perd pied avec la réalité, sous la pluie, dans le vent et la lumière des lampadaires, tout se teinte d'un éclat onirique. Il se sent comme dans un rêve, un cauchemar. Son corps s'enveloppe d'édredons, ses paupières battent comme les ailes d'un papillon.
Il suit les indications de l'homme avec appréhension. Il a la sensation que ce type ne lui a pas donné la bonne route à suivre, il ne reconnaît rien. En même temps, toutes les avenues se ressemblent. Il tourne à gauche, puis à droite. C'est une impasse.
Il s'arrête, le ventre noué par l'angoisse. Un éclaire foudroie le ciel, sa lumière se reflète contre les vitres des immeubles. Au fond de l'impasse, il y a un mur, au pied de ce mur, Christophe croit percevoir des formes humaines, empaquetées, allongées en tas dans les flaques d'eaux au milieu des cartons. Sur le mur, il y a une fresque, un immense graffiti. Il représente une grande scène de massacre. Des hommes nus à la peau mate, hurlant dans une mare de sang face à des chevaliers aux armures argentés. Dans les ombres, les formes humaines bougent, une tête se lève. C'est une femme borgne à la bouche édentée. Elle crie quelque chose qu'il ne comprend pas. Stupéfié, il ne peut reculer. La femme s'avance, d'autres formes se lèvent et s'approchent. Le tonnerre explose, fait vibrer ses tympans. La vieille bouche malade hurle de nouveau. Il ne connaît pas cette langue, tremble de peur et de froid. Ses jambes ne répondent plus, sa tête vide de pensée contemple le flot des damnés s'avançant dangereusement vers lui. On le montre du doigt, un rire s'élève.
Une main se pose sur son épaule. Il sursaute, manque de tomber à terre.
- Qu'est-ce que vous faites ici ?
C'est un policier en costume. Il prend son talkie-walkie.
- Je les ai.
Puis se tournant de nouveau vers Christophe, il demande :
- Monsieur, qu'est-ce que vous faites ici ?
- Je... je me suis perdu, je cherche l'avenue n° 43-3-25.
- C'est la prochaine à droite. Par ici. Vous avez vos papiers ?
Il fait oui de la tête. L'agent lui fait signe que c'est bon. Christophe remercie, s'éloigne, le cœur encore battant. Dans son dos, il entend une sirène qui approche. Avant de tourner, il ose jeter un regard en arrière. Un camion bleu s'arrête devant l'impasse, des militaires en armure noir descendent de l'arrière du véhicule. Les cris se perdent dans le hurlement de la pluie.
Au 47 – 42-3-25, il sonne.
Dans un déclic, la porte s'ouvre. Ses habits dégoulinent sur le sol marbré du hall de l'immeuble. Un ascenseur l'attend, il monte.
Au quatrième étage, il n'a pas le temps de frapper à la porte : elle s'ouvre d'elle-même. Marc est sur le seuil. Il a vieilli. Huit ans, ce n'est pas rien effectivement. Ses cheveux bouclés ont blanchi, d'épaisses poches noires se sont formées sous ses petits yeux humides et fatigués. Il a la peau malade, la figure ronde et pâle, le menton recouvert d'une barbe décharnée.
- Et ben, qu'est-ce qu'il y a ? Entre, reste pas là.
Marc s'écarte pour laisser le passage libre. Christophe avance dans le salon. Il sait aussitôt que son ami vit seul. L'appartement sent le renfermé. Sur la table, le cendrier déborde de mégots à côté d'une assiette sale posée maladroitement sur des tas de feuilles gribouillées de croquis.
- Tu peints toujours ? Demande Christophe.
- Non. Enfin, oui, je dessine pour la pub. Je fais des logos.
Marc ferme la porte, traverse la pièce et disparaît derrière un rideau. Seul, Christophe n'ose toucher à rien. Il passe en revue les murs jaunes, la bibliothèque pleine de livres aux titres inconnus, les deux fauteuils rougeâtres, troués, recouverts d'affaires diverses. Une loupe traîne sur le sol, un caleçon sèche sur une corde tendue, une mouche grignote dans l'assiette. C'est petit, puant, inconfortable. Il s'y sent immédiatement mal à l'aise. Ça lui rappelle chez lui.
Il attend debout, le tissu de sa chemise s'est collé contre sa peau, il sent désagréablement des gouttes d'eaux couler le long de son entrejambe. Quand Marc reparaît, il n'a pas bougé, la main encore serrée sur sa valise.
- Et ben ? Fais de la place, pose toi. Si tu as faim il y a un reste de poulet au frigo. Moi j'ai déjà mangé. Tu m'excuses, j'ai pas eu le temps de prendre une douche, je vais faire ça. Il y a un canapé dans mon bureau, ça te servira de chambre, O.K. ? Bon, on parlera après.
Avec des gestes confus, il fouille dans les tiroirs de sa bibliothèque, les referme, finit par trouver son paquet de cigarette sous un brouillon qu'il froisse et jette au hasard. Il sort son briquet, allume sa tige de nicotine, puis sans un regard à son invité, il disparaît de nouveau derrière le rideau.
Christophe frissonne. Il cherche une serviette, quelque chose pour se sécher. Il n'y a rien. Il reste là, sans trop savoir quoi faire ni où se mettre. Son ventre grogne, mais il n'entend que le bourdonnement de la mouche et la pluie qui frappe contre la fenêtre.
-
Je me permet de remonter ce sujet, car j'aimerais bien avoir quelques retours tout de même.
Merci à ceux qui prendront le temps
-
Salut Cauzart,
je me mets en mode micro-détail, y'a certainement pas mal de remarques à ne pas prendre en compte, subjectivité et pinaillages réunis.
La main claque contre le genoux, écrase la mouche qui explose, grasse, dans sa paume en purée blanche.
"sa paume en purée blanche" fait bizarre, et si tu ajoutes une virgule c'est lourd/pas rythmé, donc...
J'aime beaucoup cette entame par un geste. (et j'imagine que la mouche reste collée sur doigt qui fait une pichenette !)
de la mousse du dos du siège auquel il fait face
un peu dur ça
Par ailleurs dans ce §, tu sépares les deux "tantôt" par un point virgule, ça se fait ça ?
La phrase est super longue mais j'aime bien.
il préfère les airs et la souplesse de l'avion à l'odeur plastique.
je mettrais "à l'odeur plastique" avant. (l'avion à l'odeur plastique...)
sa situation financière, en ces temps de crise, ne lui a pas permit de faire
permis
ferme l'enclot,
enclos
J'aime bien aussi ce paragraphe, tu nous pose bien le perso, son contexte et sa folie (?), bien dégueu le coup de la mouche.
dans le coin gauche (celui du bas) de la fenêtre, une mouche tente de percer la vitre.
pourquoi des parenthèses ? ça sort du style je trouve ; ça interpelle le lecteur, genre l'auteur qui dit "c'est une histoire que je vous raconte".
Sinon, la psychose de la mouche c'est cool.
pas un avion en vu.
en vue
La vision de cet immense bidonville rassure Christophe : il ne devrait plus tarder à arriver à destination.
encore plus dégueulasse que les mouches !
Six ans de chômage laisse des traces.
laissent
À peine Christophe a t-il émit
émis
qu'un doute apparaît dans le souvenir de Marc.
le souvenir qu'il a de Marc (bon c'est moche, faut écrire ça bien, mais c'est pas le souvenir de Marc, c'est le sien)
"dans son souvenir de Marc" (moche aussi)
il y en a eues.
eu (je crois)
Et quand il lui a annoncé qu'il comptait même peut-être rester vivre dans la ville, Marc a paru très satisfait de cette nouvelle malgré une crise de toux survenue exactement à ce moment là.
avant cette phrase j'ai déjà flairé la fin, le Marco il va lui niquer sa race à l'enfoiré de Christophe qui écrase les mouches et les habitants des bidonvilles, nan ? (en plus, le titre...)
les modifiants
modifiant
son menton pointu se pli
plie
Rides enfoncées d'ombres et les ombres qui passent sur sa peau
j'enlèverais le "les"
La phrase est méga longue, un petit trip dans le noir. Parfois déroutant parfois très beau. Plusieurs répétitions volontaires, peut-être une de trop (les oiseaux). Sinon, ça percute tout en longueur, sans qu'on reprenne son souffle. Un peu estomaqué mais c'est l'effet voulu, non ?
Le bus sort du tunnel. La lumière revient. Avec elle, le reflet disparaît pour laisser place au paysage citadin.
Les montagnes et le bidonville ne sont plus. Dehors, c'est la grande civilisation. La ville en verre reflète le ciel.
c'est bien d'enchaîner avec des phrases très courtes. Y'en a peu être une ou deux de trop.
(la ville en verre reflète le ciel c'est chouette, beau contraste avec ce qui précède)
Christophe en a le tournis des transports.
t'as déjà utilisé "le tournis" peu avant, et c'est pas un mot super joli je trouve
Il sait que son avenir est là, au cœur de la civilisation.
je préfèrerais finir le § sur la phrase précédente qui est plus forte. elle dit quasi la même chose (le sous-entend)
Il y a dix minutes de marche pour arriver chez Marc.
on peut virer le "il y a", non ?
Heureusement relié aux satellites, son téléphone lui indique son cheminement.
heu, on sait que le GPS c'est le satellite... T'écris pour les générations futures qui ne sauront plus ce qu'est un téléphone, un GPS ? :D
Il lève la tête, l'éclat du ciel gris l'aveugle. Les rayons transpercent la voûte nuageuse et viennent frapper contre les parois en verre. Ils rebondissent de murs en murs, errent sans fin dans la ville. L'air est lourd, pesant, et les tours brillent, ondulent dans les mirages de la soif.
parois de verre, non ?
Un peu lourd je trouve, un peu cliché ce qui est en gras.
l'eau sous sa peau s'échappe en fumée au niveau de son col.
se serait plutôt de la vapeur. Et c'est pas un peu trop ? Dans l'air lourd on ne voit pas la vapeur (ou alors, faut y aller !).
le sommet se perd dans le brouillard.
pas méga original comme formulation
sourire aux lèvres dans les avenues taillées en bloc ; l’extension des grands jours.
point virgule ici ?
La grande majorité sont des jeunes entre trente et quarante ans.
la grande majorité c'est du singulier... j'aime pas trop, à reformuler ?
que chacun trace devant soit.
soi
L'avenue file jusqu'à l'horizon, large de plusieurs centaine de mètres.
centaines
et pis ça fait méga large ! Deux cents mètres c'est deux terrains de foot en longueur (beurk le foot), la tout Eiffel fait 150m de large à sa base. On peut la poser au milieu de ton avenue... quelle nécessité ? ;)
Il est, insecte dans l'immensité, fourmi dans la fourmilière.
une piste pour capter qu'il va se faire écrabouiller ?
Christophe marche, ni ne chante, ni ne danse.
bof
Il portera sa tâche, utile au progrès, rouage de l'évolution. Il n'a pas besoin d'être original, ses mains et sa tête suffiront. Lui qui se pensait unique, important, prend enfin conscience de la petitesse de son existence. Il n'est rien, cette idée le rassure. Son droit à l'erreur est d'autant plus valable. Libre, enfin.
bien dégueu aussi ça !
Mètre après mètre, la cité le pénètre, reflète son âme comme elle reflète le ciel. Il est là, sur ce trottoir, et l'instant d'après ce trottoir est en lui, inscrit à jamais.
cool ça
L'ensemble du décor n'est qu'une infime partie de son cortex cérébrale.
cérébral
Une bouffée de chaleur remonte son organisme,
remonter l'organisme ? Pour moi organisme c'est assez conceptuel comme terme, pas très imagé, palpable
cet air lourd, pesant.
"lourd, pesant" je trouve ça lourd ! :mrgreen: et tu l'as déjà utilisé pareil au début
que j'arrivai aujourd'hui.
arrivais
Il comptait sur sa présence pour un petit rafraîchissement.
le "sa" renvoie à Marc qui est un peu loin dans les phrases précédentes
La ville en verre reflète le ciel.
tu te répètes au niveau des reflets. Voulu ou pas, perso ça ne m'enchante pas
Les nuages bourdonnent dans les gratte-ciels, points trop chatouilleux.
les nuages sont des points ?
Bon, je fais une pause. Y'a du bon (le perso, l'intrigue, la tension qui monte, certains passages pour le style, mes images, les idées) et du qui me plait moins (je sens venir la fin, certaines images et tournures sont clichés, je trouve)
Bon, c'est un avis de pinailleur qui lit en décorticant lentement le truc, donc forcément pour le fond je rentre moins dedans que si je lisais sans chercher la petite bête. Mais je relirai d'un bloc plus tard pour un avis de fond. Je te donnerai aussi un avis détaillé sauf si quelqu'un d'autre veut bien décortiquer les deux derniers paragraphes.
Bref, on sent un gros taf sur le texte et y'a des trucs bien et un gros potentiel.
ils touillent le sucre
:) on dit pas ça que dans l'nord ?
Le marin jette de la petite monnaie sur le comptoir. Il serre la main du barman, puis sort. Les mouches bourdonnent. D'un plat précis de la main, il les écrase.
le "il" change du grisonnant à Christophe, bizarre
Si les choses se sont passées ainsi, c'est qu'elles devaient se passer ainsi.
définition du salud selon Sartre (ouais je sais je casse les .... avec Sartre)
donc j'adore !
Si les choses se sont passées ainsi, c'est qu'elles devaient se passer ainsi. Ce qui est fait est fait. Il a agi, il a agi tel qu'il était, sans plus. Il a agi selon ce qui lui semblait le plus raisonnable. C'est cela qu'elle n'avait pas compris. Elle était trop utopiste. Voilà, c'est le mot. Nathalie était une utopiste. Elle lui en a voulu, trop voulu,
bon ok pour un peu de répétitions, mais là...
Le monde est compliqué, la matière est solide.
ça c'est super chouette
Je pense que tu peux élaguer ton texte pour mettre en valeur ce type d'élément
la réalité qui elle, est faite d'une autre matière, plus solide.
bah non pourquoi réutiliser ? ça déprécie selon moi
Ce paragraphe où tu évoques Nathalie est soit trop long, soit manque de contenu un peu plus original (genre le dernier regard c'est quand même déjà vu)
Il faut un entretient
entretien
Et je flaire que c'est un piège de Marc, mais bon...
aucune raison de s'inquiéter.
pas déjà dit ça ?
Garder sa confiance en lui-même,
virer le "même" ?
Ça peut arriver à tout le monde, même aux meilleurs.
cliché
Il était tombé au fond du trou,
cliché
et ensuite encore pas mal de répétition dans ce §
les rides de son fronts,
front
parsemé de troues,
trous
un duvet de bave
?
terriblement mal à l'aise, demeure dans une position de statue pétrifiée.
encore cliché "terriblement mal à l'aise" et "statue pétrifiée" c'est bof
dans le silence de ses mots.
?
il cri dans la rue à l'homme
il crie
Par dizaine, les voitures
dizaines
Une immense fatigue l'envahit,
pas original
Ce sont les bières sûrement. Elles coulent dans ses veines et l'alcool lui monte au cerveau. Les bières, le voyage, la chaleur et maintenant l'humidité de l'orage. C'est un tout étrange qui déforme ses perceptions.
exemple d'élagage, j'enlèverais la phrase du milieu. (tu peux dire : ce sont les bières dans ses veines. Les bières...)
Dans un dé-clique,
déclic ?
Il passe en revu
revue
un reste de poulet au frigos. Moi j'ai déjà mangé. Tu m'excuse,
frigo
excuses
Com de fond :
Bon, moi je voyais ça finir gore avec Marc qui a tendu un piège à cet ordure de Christophe (qui est moins antipathique sur la fin d'ailleurs). C'est bien écrit mais avec trop de répétitions, de tournures toutes faites et des longueurs. Dommage pasqu'y a des trucs chouettes, un bonne ambiance. La fin me semble moins bien écrite que les deux premiers paragraphes mais j'avoue que je n'ai pas le courage de relire.
J'espère que mon com pourra t'aider, désolé si je suis un peu raide, j'ai pas relevé ce qui me plaisait (c'est pas ça qui aide même si ça fait du bien ;)), j'étais en mode pinaillage.
Je pense qu'il faut condenser, voir si tu fais qque chose de Nathalie, du boulot et de Marc... t'as prévu une fin ? déjà écrite ?
A+
Rémi
-
Bon, je ne vais pas pouvoir te donner un avis critique d'écrivain confirmée. Mais au moins celui d'une lectrice qui a lu jusqu'au bout. Personnellement j'ai beaucoup aimé. Tes métaphores me parlent (et même si parfois tu répètes la même image avec plusieurs métaphores, ce qui peut pour certain rajouter des longueurs inutiles, je me suis délectée de chacune d'entre elles.). L'ambiance et les décors sont très bien depeints, on se promène dans les rues avec lui sans faire d'efforts. C'est vrai que christophe est antipathique mais c'est quelque chose que me plaît et au final c'est ce nous pousse a continuer la lecture, on veut être la quand il se prendra un mur!
Je rejoins remidelille sur le fait que les deux premiers paragraphes sont meilleurs que le reste. On te sent plus inspiré dans ce passage là ce qui crée une petite déception a la lecture du reste.
Bon, globalement je suis conquise, mais j'attends la fin.
-
Merci de vos commentaires !
Rémidelille : merci beaucoup pour toutes tes remarques, je ne suis pas d'accord sur tout mais il y a des trucs que j'ai pris en considération, j'ai modifié certaines phrases et corrigé les fautes.
Je suis content de voir que tu ne penses pas à la fin que j'ai prévu. Tant mieux, tant mieux, mais j'ai besoin encore de plus de réflexion avant de me décider.
Merci en tous cas et qui veux, peut me commenter, j'en ai crucialement besoin ^^
-
La main claque contre le genoux, écrase la mouche qui explose, grasse, dans sa paume en purée blanche.
le terme de "purée" est peut-être un poil excessif ?
L'homme observe un instant cette tâche informe,
:vaurien:
tache (moyen mnémotechnique : mettre un accent circonflexe, ça demande un effort, donc "tâche", c'est pour l'obligation, la chose à faire)
les ailes collées, les yeux broyés, une patte doucement se déplie ; écœuré d'aversion, il rejette l’insecte d'une pichenette de la main gauche.
hm, je croyais que la mouche était devenue de la purée :\?
les motifs abstraits de la mousse du dos du siège auquel il fait face
louuuurd
vomi sa gelée
vomit
Christophe, poussant un soupire de dépit,
soupir
adultes responsables capable de passer outre ce genre de bagatelles
capables
- Ramasse, et sert moi un café ! S'exclame l'indien en claquant des doigts.
sers-moi
- C'est pas compliqué, finit par répondre l'homme dans un soupire,
soupir
- Tu peints toujours ? Demande Christophe.
peins / demande (pas de majuscule)
- Et ben ? Fais de la place, pose toi
pose-toi
Dans l'ensemble, j'ai trouvé la lecture pesante et très longue. C'est peut-être dû à ma fatigue ceci dit. N'empêche que je trouve ça long à lire surtout qu'il ne se passe rien.
Y a des trucs que je n'ai pas très bien compris, en particulier cette focalisation sur les mouches. J'imagine que ça se verra justifié dans la suite.
Faut voir avec la suite, pour le moment, je pense que tu gagnerais beaucoup à élaguer. ^^
-
écœuré d'aversion, non, ça va pas ; écoeuré suffit amplement, ou "plein d'aversion", mais c'est moins bien.
J'ai pas trop accroché, désolé.
J'aime pas les mouches.