Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: camdailclot le 13 Octobre 2008 à 04:43:48
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Saudade
Me voilà à nouveau en relation avec elle. Fidèle dès que les larmes coulent sur mon visage et que la joie me quitte.
Dans sa robe couleur de pluie, avec son visage si émouvant et si clair, elle est venue vers moi lentement et m'a pris par la main.
Sa main menue était froide, elle se réchauffe dans la mienne. Elle m'a attiré dans un grand nuage couleur de fumée et nous avons parcouru quelques millénaires en un soupir.
Nous sommes arrivés dans un jardin qui dominait la mer du haut de sa falaise crayeuse.
Au pied d'un olivier centenaire, à l'abri de son ombre, un beau vieillard en toge blanche pinçait harmonieusement les cordes d'un luth en récitant un poème. Saudade me conduisit vers lui à pas lents. Et lorsque la mélodie arriva à son terme, elle me présenta au poète.
Il posa son instrument, se leva, et m'étreignit comme un ami. Nous restâmes un long moment sans bouger à mélanger les battements de nos cœurs.
Il chuchota à mon oreille des paroles de réconfort en me contant sa vie.
« Toi qui souffre du manque de ton aimée, tu connais mon histoire, depuis ce jour funeste où je me suis retourné, par manque de foi, dans le chemin qui nous conduisait hors des enfers, je suis condamné à ne vivre avec mon Eurydice que du printemps à la fin de l'été. Pendant les tristes saisons de l'automne et de l'hiver elle m'est arrachée pour aller séjourner dans le pays des morts.
Alors mon ami, mon frère en poésie, tu n'as pas à te plaindre pour quelques jours de séparation. Pense à ma peine qui se renouvelle chaque année, essaye de mesurer ton chagrin et en le comparant à l'aune du mien et tu verras que ce n'est qu'un petit rien »
Le silence s'installa à nouveau, notre étreinte prit fin, il alla se rasseoir sous son olivier, reprit son luth et se remit à jouer et à réciter. Mes larmes s'étaient muées en sourire.
Saudade me reprit par la main et me ramena chez moi. Elle ne m'a jamais paru aussi belle et lointaine, son visage s'est éclairé un instant lorsqu'elle m'a quitté.
« mon amour tu me manques mais je t'attendrai en souriant dans la lumière de l'espoir, je t'aime »
camdailclot
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Hé, je l'aime bien, ce texte !
La première et la dernière phrase, moins. Mais la dernière est une kassdédi, c'est ça ? reste, peut-être, à réfléchir à la première.
Dans sa robe couleur de pluie, avec son visage si émouvant et si clair, elle est venue vers moi lentement et m'a pris par la main.
Sa main menue était froide, elle se réchauffe dans la mienne. Elle m'a attiré dans un grand nuage couleur de fumée et nous avons parcouru quelques millénaires en un soupir.
:coeur: juste, elle "s'est réchauffée"
Bon, la "leçon" d'Orphée est un peu basique, j'trouve "tu te crois malheureux ? pense à ceux qui sont dans un cas encore pire". Mais j'ai bien aimé la manière de raconter.
yep.
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je plussoie, j'aime pas la première phrase
"être en relation avec quelqu'un" c'est horrible comme expression :-¬?
sinon, hum... j'ai toujours du mal avec les choses un peu "fleur-bleue" :mrgreen:
disons que je trouve ça tellement personnel que je me bloque directement ><
mais en fait c'est surtout qyue c'est quand mêm pas mal descriptif et quand on évoque l'amour, je trouve que ça détruit tout
j'ai l'impression d'assister à une scène figée avec des gestes quasi mécaniques
or je pense et j'espère que ce n'est pas du tout comme que ça se passe avec la personne :mrgreen:
il y a trop de "il" , trop d'actions superposées, elles ne semblent pas découler les unes des autres
maus c'est un avis purement personnel, j'accroche pas avec des histoires comme ça :-[
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Merci pour vos critiques et remarques.
Saudade n'est pas une personne, c'est le nom donné par les Brésiliens à un état d'âme intermédiaire entre la mélancolie et la langueur teintée de tristesse comme certaines Bossas novas ( ex la chanson d'orphée tirée du film orpheo negro )
Elle ne vient donc pas comme une compagne mais comme un coup de blues.
La dernière phrase est effectivement une kassdédi, je l'ai laissée mais elle est sans doute inutile pour les autres que la destinataire.
Bien vu pour la rupture temporelle dans le réchauffement de la main, le passage au présent est mal venu.
La leçon d'Orphée est basique, mais quand on souffre on se raccroche souvent à des branches bien minces, ce n'est pas une excuse, juste une explication.
C'est vrai que je suis « fleur bleue » c'est comme ça depuis ma plus tendre enfance. Je commence seulement à comprendre la valeur dramatique des grands amours ténébreux de la littérature comme le mythe de Pyrame et Thisbée qui inspira de nombreux dramaturges.
C'est effectivement très personnel, mais je pense sincèrement qu'aucun écrivain ne peut s'exprimer sans mettre dans ses écrits une part d'autobiographie. Cela m'effrayait au début, ça n'est plus le cas.
Mais je peux comprendre les réticences de chacun.
Le côté descriptif est sans doute un artefact de la pudeur.