Ils étaient au salon. Joseph était allongé, lascif dans l'immense canapé aux teintes beige sable. Daniel, enfoncé dans son fauteuil, le dévisageait en jouant avec son stylo plume. Il adorait tenter de deviner son corps à travers ses vêtements fluides. A cet instant, il cherchait la courbe de son épaule dessinée sous le coton blanc de sa chemise.
Les yeux mi clos, l'observé fredonnait une symphonie du bout des lèvres. Dehors, la lumière jouait avec les feuillages des arbres. Il y avait un peu de ce calme diaphane qui pénétrait par les portes fenêtres grandes ouvertes.
" Sais tu combien je t'aime ? " demanda Daniel de sa voix mesurée. Joseph ne répondait pas. Il entonnait un passage allegro et s'occupait de quelques trilles avec un sourire amusé signifiant que oui, il savait.
Le temps s'était arrêté avant le grand portique. Il grognait et grondait des rumeurs et des menaces. Mais, à l'intérieur, dans ce souffle suspendu, il n'y avait rien d'autres qu'eux deux et le silence précieux de l'éternité.
Daniel ne put se contenir plus longtemps. Il abandonna carnet, stylo, et espoir d'écrire quoi que ce soit. Il s'approcha de Joseph, cherchant à le prendre par surprise. Ce dernier fit mine d'ignorer sa présence, pour, lorsqu'il fut assez proche, lui voler un baiser et l'attirer jusqu'à le basculer sur lui. Leur rire retentit dans la pièce, déplaçant l'immobilité poussiéreuse des meubles et des objets.
L'intense texture de leur étreinte consuma quasiment leurs vêtements dont quelques rescapés finirent en vrac sur le sol. Daniel respira le torse de Joseph avec une délectation infinie. Il y goûtait les plaines et les vents du sud, l'été et les épices, le désert et l'océan. Il était toute la puissance créatrice condensé en un seul être, une seule présence, une précieuse unité.
Quand il le pénétra avec profondeur, une jouissance sourde vint cascader à travers ses veines et bourdonner dans ses oreilles avec fracas. Au plus sensible de sa volupté, Joseph se mit à chanter contre ses reins, si intensément, si passionnément qu'il ne put retenir plus longtemps les rênes de son contrôle.
Ils achevèrent leur plaisir dans un baiser incandescent. Puis échangèrent des mots murmurés qui les faisaient sourires et rêver comme des enfants. Tout était si simple. Si merveilleusement simple.
[ Extrait d'un projet plus vaste ]