Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: trompette sournoise le 19 Septembre 2008 à 18:37:39
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Elle s’était enfermée dans notre chambre depuis le début de l’après-midi pour donner libre cours à sa dépression passagère. Comme je n’avais rien contre à priori et qu’il y avait bien longtemps que je voulais passer un dimanche tranquille, je n’avais rien tenté pour la sortir du lit conjugal, qu’elle inondait copieusement de ses sanglots étouffés. Mais il était à présent 20h15 et mon estomac, un organe d’une ponctualité irréprochable, commençait à manifester les signes d’une sous-alimentation inhabituelle. Bref, je souffrais d’une dalle affreuse et mon épouse semblait plongée à jamais dans un spleen incompatible avec la préparation amoureuse du ragoût de veau dominical. Notre couple était en danger. Surtout le mien.
M’arrachant péniblement du canapé ergonomique, je décidai donc d’aller consoler le triste cordon bleu. J’ouvris sans frapper la porte de notre chambre.
- Chérie, il est grand temps que tu réagisses. Tu ne peux pas continuer ainsi à chialer comme une môme alors que tu n’as rien avalé depuis des heures.
C’était finement amené mais la réponse de ma femme m’inquiéta au plus haut point.
- Si tu crois que j’ai la tête à manger…
Ce serait moins facile que prévu. Il allait falloir jouer serré sous peine de sandwiche à la mousse de canard, accompagné d’un morceau de camembert. Mais avions-nous seulement du pain ?
- Ecoute ma puce, je comprends tout à fait que tu ne sois pas dans ton assiette mais si on pouvait parler de tout ça autour d’un bon repas, je suis sûr que les choses finiraient par s’arranger.
Je tenais la grande forme. C’était subtil et convivial à la fois.
- Je n’ai pas envie de parler avec toi. Tu n’es qu’un salaud !
Je fus contraint de m’asseoir car celle que j’avais épousée il y a 15 ans venait de m’insulter sans vergogne. Elle s’était redressée sur le lit pour me dévisager. Son nez coulait abondamment en dépit du bon goût et ses yeux étaient rouges et fatigués. Faisant abstraction de sa déchéance physique, je me lançai dans une déclaration amoureuse inspirée :
- Ma petite pupuce adorée. Je t’aime mais je vais compter jusqu’à 10. Si tu ne lèves pas tes grosses fesses molles de ce lit, je ne réponds plus de rien.
Je jouais le tout pour le tout. Je n’avais aucune idée de ce qu’il conviendrait de faire au terme de cet ultimatum absurde. Fort heureusement, elle s’exécuta sans broncher. Alors qu’elle remettait de l’ordre à ses cheveux abîmés, je salivais déjà. Si tout se passait selon le plan, nous pourrions nous mettre à table avant 21 heures, juste à temps pour le film. Malheureusement, ma femme tira un tabouret, s’y percha sans aucune grâce et entreprit de descendre sa valise en carton du haut de l’armoire.
-Pardonne ma curiosité maladive, fis-je, mais pourrais-tu m’expliquer avec tact l’utilisation précise que tu comptes faire de ce modeste bagage ?
-Je me tire d’ici, répondit-elle.
-Le ventre vide ? m’inquiétai-je.
Elle me lança un chandelier massif au visage. Je l’esquivai avec souplesse et l’ustensile termina son vol dans le cadre de mauvais goût qui emprisonnait notre photo de mariage. Je trouvais cela un peu convenu comme geste mais je m’abstins de le faire remarquer à la furie détestable qui me servait d’épouse. D’autant plus qu’elle s’avançait à présent en brandissant une de mes raquette de tennis.
-Excuse moi chérie mais je ne suis pas d’humeur à disputer un double à l’heure qu’il est, plaisantai je.
-Fous le camp de cette chambre immédiatement !!!!!
C’est étrange les femmes. Des années de paisible docilité s’étaient envolées en une après-midi. Fuyant aussi vite que possible ma femme exaspérée et dangereuse, je fonçai vers la cuisine et m’y préparai le sandwiche du désespoir. Puis je repris ma place traditionnelle au salon, mon ordinateur portable sur les genoux.
7 euros 50. Les enchères n’allaient pas bon train. C’était vraiment idiot de m’être brouillé avec Ralphita ( je peux vous garantir qu’elle possède le physique de son prénom) pour une somme si dérisoire. Elle était tombée sur l’annonce par hasard, ce matin, alors que j’avais oublié de fermer ma session sur E-Bay.
« Vends femme 45 ans, parfait état de marche. Très peu servi. Excellente cuisinière. Accessoires fournis. Papiers en règle. Entretien minimum. Jamais malade. Cause voyage à l’étranger »
C’était plus une blague qu’autre chose. Je n’avais pas du tout l’intention de partir à l’étranger.
Le film commençait. Dans la chambre, j’entendai Ralphita s’agiter dans tous les sens. La porte de l’appartement claqua. Le silence revint. Je supprimai l’annonce passée sur le site d’enchère, n’ayant plus rien à troquer. Je mis les pieds sur la table et entrepris de me gratter les roubignoles.
Je ne suis pas homme à m’en faire pour une poignée d’euros.
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XD
C'est vraiment sympa à lire ^^ l'aspect décalé est bien mené. Côté corrections, j'ai rien relevé qui me choque ^^
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arghhhhhh!!!!
mais c'est trop bien!
nan franchement le côté décalé est supre, le perso macho à souhait
t'aurais pas lu du Montherlant ? ::)
enfin bref, j'aime bien :D
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Si tu ne lèves pas tes grosses fesses molles de ce lit, je ne réponds plus de rien.
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-Le ventre vide ? m’inquiétai-je.
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Je trouvais cela un peu convenu comme geste
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le sandwich du désespoir
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C’était plus une blague qu’autre chose. Je n’avais pas du tout l’intention de partir à l’étranger.
:coeur:
pour le reste, quelques lourdeurs, maladresses et "mal dit", mais j'aime beaucoup les phrases citées et le côté Montherlant^^
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Excellent :D court, vif, drôle, décalé, un petit bonheur :)
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Bon, les gens ont vraiment l'air unanimes, alors j'vais m'la jouer décalé en expliquant ce qui ne va pas, pour moi :huhu:
ce qui cloche, ce sont les finitions. Tu as les phrases acerbes et misogynes, et l'humour nécessaire. Ce qui, j'trouve, va moins, c'est la longueur des phrases, qui te poussent à faire de mauvaises formulations et des lourdeurs.
(ah, pendant que j'y pense : un point d'exclamation suffit, pas la peine d'en mettre plus d'un ;) ah, et côté ortho, c'est a priori et non à priori, et sandwich, sans e -par contre pluriel "-es", c'est peut-être ça qui te trompe)
Et côté chiffres/nombres, en toutes lettres ! pour l'heure, c'est mieux aussi, d'ailleurs.
Quelques exemples :
Je l’esquivai avec souplesse et l’ustensile...
...à la furie détestable qui me servait d’épouse.
-Excuse moi chérie mais... [avec une ou deux virgules, ça coulerait mieux, et un trait d'union pour excuse-moi]
...entrepris de me...
Ce sont des détails, mais, accumulés, ça baisse la qualité d'ensemble, parce que ce sont des maladresses, parce que le fluidité est une des premières choses à maîtriser. C'est pas moralisateur, hein : certains d'mes textes en manquent vachement aussi xD
Bref, voilà, j'ai beaucoup aimé le cynisme misogyne (j'y porte pas caution, lol) et tu le rends très bien ; si tu n'as rien lu de Montherlant, je te conseille d'acheter Les Jeunes Filles. Mais je relève tous ces détails, histoire de protester un peu contre l'avis hyper-positif de tout l'monde.
enfin t'en penses quoi?
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Très fort :D ! Il y a vraiment un humour cynique et misogyne dans ton texte - ton personnage macho est parfait xD
J'ai beaucoup aimé les tentatives du protagoniste pour se remplir l'estomac (j'ai aussi beaucoup aimé l'importance qu'il y accordait) :D
Bref... Un petit plaisir à lire , ce texte ! ^^
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Je vais plussoyer les autres: macho, cynique, bonne chute! :D
Bravo, c'est très sympa à lire :)
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Hey salut !
Bien cool si ça vous a fait sourire.
Maintenant, va falloir que je me jette sur Montherlant, dont j'avais jamais entendu parler avant, comme quoi j'ai bien fait de revenir faire un tour ici.
Bon, Loredan, pour les fautes d'orthographe, je plaide la sieste en cours de 5ème, la flemme en général, mais j'ai honte hein, j'ai un peu honte, en fait... un peu... merci de les avoir relevées en tout cas, j'en ferai bon usage. Pour ce qui est du style et des lourdeurs, c'est sans doute vrai aussi, parce que j'écris trop vite, ce qui est bon pour la fraîcheur mais pas toujours formidable côté finition, en même temps, j'ai une espèce de passion pour les phrases longues, je peux pas m'empécher, des fois ça passe, des fois non... bref, faudrais sans doute que je me relise un peu plus..
Bon, thanks again les gens. bon week-end.
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moi aussi, j'ai vachement aimé.
Je n'ai rien a ajouter, si ce n'est que les deux graphies sont acceptées : à priori et a priori
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Tout simplement excellent :D
Mais la réaction de la femme est peut-être démesurée(enfin, quand on voit les réactions de son mari aussi... =p ).
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C'est un texte, en effet, qui manque cruellement de mesure.
Pour la petite histoire quand même, il est inspiré d'une histoire vraie, glanée sur les pages très inspirantes de yahoo, actualités insolites.
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J'ai bien apprécie aussi!^^
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J'ai beaucoup aimé
je mettrai cependant quelques réserves
le langage en moyenne assez sobre et correct devient parfois vulgaire sans que ce soit nécessaire pour souligner le propos.
Le scénario est superbe avec juste ce qu'il faut de suspens et un beau cynisme dans l'humour noir
Bravo !
Camdailclot
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Loooool. J'aime. J'ai bien ri. J'ai pas trouvé que ce soit si maladroit que ça, moi ; c'est écrit de façon un peu orale (une répétition par-ci par-là pourrait être corrigée). Bizarrement, c'est tellement macho que c'en est rafraichissant, lol ! Et j'adore le titre... ! Bien joué ! ;)
J'ai relevé :
à priori
a priori
Notre couple était en danger. Surtout le mien.
Mdr :mrgreen:
celle que j’avais épousée il y a 15 ans
Concordance des temps : il faut du passé...
Excuse moi
Manque un tiret
plaisantai je
idem
C’était plus une blague qu’autre chose. Je n’avais pas du tout l’intention de partir à l’étranger.
MDR ^^
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Il n'y a pas à dire, j'ai grincé des dents, surtout lorsque Ralphita obtempère et se lève. Ce qui ne signifie pas que je n'ai pas été sensible à l'humour présent tout au long du texte, au contraire.
Le premier dialogue, ou monologue plutôt, m'a particulièrement plu, notamment à cause des petites précisions "C’était finement amené", "C’était subtil"... Le personnage, quoique décalé, est crédible dans son rôle - ignoble, le rôle x) -
Côté détails, le saut de plusieurs lignes m'a laissé perplexe. Aussi, le début m'a paru un peu long ( les deux premières phrases, en fait )
Mais avions-nous seulement du pain ?
lol
C’est étrange les femmes. Des années de paisible docilité s’étaient envolées en une après-midi. Fuyant aussi vite que possible ma femme
Moitié, peut-être ?
Je trouvais cela un peu convenu comme geste mais je m’abstins de le faire remarquer à la furie détestable qui me servait d’épouse.
Ici comme dans certaines autres phrases, j'aurais bien ajouté quelques virgules
En bref, j'ai aimé ^^
Au plaisir de te lire encore,