Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Hssan Chrifi le 17 Août 2014 à 22:45:57
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« Tu ne peux pas imaginer à quel point je t'en veux et te hais! Tu as détruit le peu d'estime de moi-même qui me restait, merci. Tu m'as fait sentir comme un déchet... Tu as même réussi des fois à me persuader que je n’étais pas digne d’être aimée. Qu'est ce que j'étais pour toi ? Une escale entre deux grosses parties de jeu? Une tentative échouée de prouver que tu étais capable d’éprouver des sentiments pour d’autres que toi-même ? Te voilà retrouvant ce qui fait ton "bonheur" comme tu dis. Ton sentiment d'appartenance à quelque chose...Bravo et félicitations. Tu es chanceux de trouver ton bonheur ailleurs, mais pour moi tu étais Le Bonheur… Peu importe ce que je dis là, car ton indifférence n’a d’égal qu’à ton égoïsme, ma colère et mon désarroi partiront un jour et je t’oublierais, je me le dois ça après tout ce que je tu m’as fait subir. Je me promets de te considérer comme mort, les morts on ne les voit plus, on ne leur parle plus ! Je ne sais pas ce qui m’a pris de tomber dans ton piège, comment ai-je pu éprouver quelque chose pour quelqu’un comme toi. Le pire dans tout ça, c’est que je savais quelle personne tu étais réellement, mais je m’obstinais à souhaiter que ce côté de toi, qui apparaissait rarement, qui pouvait me calmer pendant mes crises les plus intenses, pouvait prendre le dessus. Je paie le prix de ma naïveté j’imagine. Adieu, adieu, à Dieu ! »
Voilà le premier message qu’avait reçu Gabriel à son réveil, cela faisait maintenant onze fois qu’il le lisait, essayant de trouver un sens à tout cela. Il ne trouva aucune explication à une réaction pareille de sa part, mais en même temps, ce n’était pas la pire des disputes qu’ils avaient eues. Il avait décidé de s’endormir afin de calmer l’atmosphère et en discuter calmement le lendemain à tête reposée. Et bien qu’il fut habitué à de réactions pareilles. Cette fois-ci, il n’avait aucun moyen de la contacter : son numéro était injoignable, son profil sur tous les réseaux sociaux avait disparu, et il y avait plus de trois-cent kilomètres qui les séparaient. Pour la première fois, le spectre de l’inquiétude avait commencé à le hanter, il ne comprenait même pas ce qui s’était passé, elle semblait bien étrange ces derniers temps mais rien d’alarmant. Il commençait à bien la connaître, voire anticiper ses actions alors qu’il ne l’avait jamais vue en vrai, une relation virtuelle qui avait évolué à l’abri des regards. Eux-mêmes ne s’étaient jamais mis d’accord sur la chronologie de cette relation, elle n’avait jamais officiellement commencé, cela se fit naturellement, un beau jour l’un a dit « Bonjour » et l’autre répondit « Je t’aime », mais ils n’avaient aucun souvenir de qui avait dit quoi. Mais comment mettre terme à quelque chose qui n’avait jamais vraiment commencé ?
Désorienté, il décida de faire ce qu’il faisait à chaque fois qu’il se confrontait à un problème sans solutions : Rien du tout. Il se contenta de se gratter allègrement la barbe et s’allonger sur son lit, armé de son paquet de cigarettes, qui n’allait pas le tenir très longtemps au passage .Il se dit qu’il aurait dû anticiper, mais ce n’était pas son point fort. Quel calvaire ! Au moment même où il posa sa tête contre son oreiller, son téléphone sonna. Il ne décrocha pas, vu que l’appareil était de l’autre côté de la pièce, mais il commença à se demander « Et si c’était-elle ? ». Il maudit le ciel et se leva pour décrocher. Ce n’était même pas elle, mais plutôt un ami :
- Non mais mec, tu fous quoi ? ça fait une heure que j’attends, y a quoi de neuf hein ?
- Ben écoute rien d’intéressant, suis pas d’humeur à suivre ce qui se passe.
- Non mais vas-y fais pas ta péripatéticienne, on va s’faire quelques verres tu te sentiras mieux.
- Je n’ai vraiment pas envie de voir du monde Samy. Et ce n’est pas un peu tôt pour boire ?
- Tu dis ça parce que je suis noir ?
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- Fantastique, dans une trentaine de minutes à l’auberge, mec.
Il raccrocha brusquement. Décidément rien à faire, celui là on ne peut pas lui faire changer d’avis. Gabriel eut peur qu’on le prenne pour un dégonflé et qu’on se doute qu’il avait des problèmes de cœur. Après tout, les hommes, les vrais, n’avaient pas de problèmes de cœur.. Il se mit debout tant bien que mal, enfilant le premier pantalon qu’il trouva et quitta son sanctuaire. Arrivant au rez-de-chaussée, se rendit compte qu’il faisait vraiment froid dehors, mais hors de questions de remonter trois étages. Mais pour une fois il avait de la chance, même pas deux secondes d’attente qu’un taxi se présenta. Au moins son agonie pouvait se faire au chaud et il pouvait réfléchir un peu à ce qu’il allait faire, mais sa transe fut sèchement interrompue par le chauffeur qui s’écria :
- Ah mais si je te le dis, ce pays a besoin d’un dictateur ! Regarde moi un peu ces gens, aucune organisation, une anarchie, je te le dis..
- Vous avez certainement raison, rétorqua le jeune homme, prêt à dire n’importe quoi pour avoir la paix.
- Bien sûr que j’ai raison ! S’ils me donnaient les rênes de cette patrie rien qu’un jour tu le verras, ce changement.
- J’en doute pas..
- Ahah , de mon temps à moi.. dit le chauffeur avant d’être interrompu par Gabriel.
- Ah excusez moi je voudrais m’arrêter ici j’ai un truc à régler, c’est combien ?
- Vous voulez que je vous attende ?
- Non merci ça ira.
- Rien que deux dinars alors.
C’est fou à quel point on ne prenait jamais le temps de méditer un peu sur notre sort, et quand on essayait le destin faisait tout pour nous en empêcher. Peut être qu’en marchant il pourrait être plus tranquille... Malgré sa mémoire de poisson rouge, le dernier message de sa bien-aimée raisonnait encore au fond de son être. Le considérer comme mort ? C’était bizarre à quel point tout ce qu’elle disait ces derniers temps avait un rapport avec la mort ! Mais qu’avait-il fait de mal exactement ? Une petite dispute de rien de tout, il avait simplement remarqué que ça devenait dur d’être si loin d’elle, se réveiller avec la seule perspective de passer une journée catastrophique dans un cube en béton, avec comme seule compensation quelques heures de conversation derrière un écran froid. Etre si proche de quelqu’un, et pourtant si loin, aimer intensément et ne même pas avoir l’occasion de la regarder dans les yeux afin d’y verser ce déluge d’émotions... En levant la tête il aperçut son ami qui l’attendait devant la porte, haussant les sourcils à son apparition.
- T’es en retard mec, j’allais venir chez toi te tabasser un peu. Ah et puis merde pourquoi t’es tout pâle? Ne me dis pas que tu t’es fait larguer une énième fois ?
- Fous-moi la paix.
- Ahahah faut que tu me racontes tout ça mec, allez rentre.
Ce bar n’était pas des plus luxueux, mais à force d’y venir souvent, ils étaient considérés comme des fidèles, et développèrent une sorte d’affection pour cet endroit qui acceptait de leur offrir les joies de l’évanouissement alors qu’ils étaient encore mineurs. Ils y étaient tellement habitués qu’aller dans un autre bar aurait été considéré comme un acte de trahison. A chaque fois, la scène était la même : Quelques ivrognes dispersés sur les tables ici et là, murmurant des idioties, mettant fièrement chaque bière de finie sur la table comme pour contempler ce majestueux achèvement, quelques dépressifs sur le comptoir concentrés sur leurs verres qui se vidaient et se remplissaient à une vitesse irréelle, quelques adolescents tapis à l’ombre guettant n’importe quel entrant de peur que ce ne soit une connaissance, ainsi que de rares prostituées attendant patiemment que quelques uns soient suffisamment ivres pour s’intéresser à elles. Les deux jeunes hommes, eux, se dirigèrent vers leur havre habituel, une table en bois au fond.
D’un geste de la main Samy commanda deux bières, esquissa un sourire et dit :
- Alors ma poulette tu vas accoucher ? Qu’est ce qui se passe ?
- Y a rien qui se passe, je me sens pas bien c’est tout.
- Tu sais très bien que je le sens quand un truc tourne pas rond, et là ça recommence, je préfère que tu me le dises de ton plein gré plutôt que de tout balancer alors que tu danses avec ta bouteille.
- Impossible de te faire lâcher toi hein ? Je t’ai dit qu’il n’y avait rien, quelques problèmes avec ma copine rien de grave.
- La quelle déjà ? Me dit pas que c’est ton amie imaginaire dont tu m’as parlé y a quelques semaines à cette table même ?
- C’est bien elle oui.
La conversation fut interrompue par le serveur qui vint avec les boissons, Samy prit une bonne gorgée et ajouta :
- Ecoute mec je sais bien que t’aimes faire mumuse avec tes trucs virtuels et que je suis pas assez « raffiné » pour comprendre l’ampleur de tes sentiments réservés à l’élite qui lisent des bouquins mais quand même. Tu vaux bien mieux que ça, réveille toi t’es un homme mec.
- Fallait bien finir avec le coup de l’homme hein ? Ben écoute de toute façon c’est fini entre nous j’espère que t’es satisfait.
- Non mais je m’en tape hein.
- Alors pourquoi ce petit discours à deux balles ?
- Tu poses trop de questions, laisse toi aller et laisse l’alcool corrompre ton sang mec ça fait un bail qu’on s’est pas fait une cuite à l’ancienne.
- Tu l’as dit, allez santé !
Gabriel n’avait jamais autant bu que ce jour là. D’habitude il ne dépassait pas quelques verres, mais là, ils n’avaient pas arrêtés de la journée, à tel point qu’arriver chez lui en vie était en lui-même un accomplissement gigantesque. Dès son entrée, il ôta ce qui pouvait l’être de ses vêtements et se jeta sur son lit… l’esprit gangrené par l’alcool, un long silence régna, un néant absolu l’entoura. Tout à coup il retrouva toute son énergie et se dirigea vers son ordinateur, déterminé à trouver une solution pour tout remettre en ordre. Il avait eu ce qu’il croyait être une excellente idée : il contacta la meilleure amie de sa dulcinée, peut être avait elle une idée de ce qui se passait vraiment, espérant qu’elle pouvait le conseiller.
- Bonsoir Flore, désolé de te déranger mais comme tu le sais probablement, on a eu quelques problèmes et je n’ai trouvé aucun moyen pour lui parler, tu pourrais lui transmettre un message ?
- Ca risque d’être difficile ça…
- Hein ? Qu’est ce qui se passe ?
- Tu ne le savais pas ? J’aime pas le fait d’être le corbeau de mauvaise augure tu sais..
- Non mais accouche !
- Ben comment dire... On l’a retrouvée morte hier soir, elle s’est coupée les veines… On vient de l’enterrer.
Le temps s’était réellement figé autour de lui, il fut entièrement paralysé, même le petit son qu’émettait son horloge sur le mur s’était tu… perdant le contrôle de son corps, seuls ses yeux pouvaient encore bouger, il perdit le contrôle de ses mains tellement elles tremblaient.
Des larmes coulèrent involontairement de ses yeux, parcourant ses joues pour se joindre au niveau de son menton. Après quelques minutes de paralysie totale, c’était au tour du déni de prendre place « Elle n’est pas morte, elle ne peut pas mourir c’est une blague de mauvais goût, ou une tentative machiavélique pour attiser ma culpabilité, en plus elle n’est pas du genre à se suicider, j’ai toujours su qu’elle mourrait tuée ou entrain d’accoucher, non non ». Il se répétait ses négations insensées, n’arrivait pas à réaliser que cette fois, tout comme la fumée de la cigarette qu’il avait maladroitement allumée, elle s’était dissipée pour ne jamais plus revenir. Ses derniers mots raisonnaient encore au fond de lui « Adieu, adieu , à Dieu ! », et si c’était vraiment un adieu ? Qu’était il supposé faire maintenant ? Tout cet amour, il le rangerait où ? Tous ces rêves, il en ferait quoi ? Comment pouvait-il continuer à vivre sans jamais avoir vu ce qu’il considérait comme son âme sœur ? Ne pas avoir goûté au plaisir d’effleurer ses lèvres, ni celui de la prendre dans ses bras, ni celui de la regarder dans les yeux et lui dire ce qu’il ressentait vraiment ? Il perdait la raison, jamais il n’avait autant pleuré, jamais il n’avait autant crié, mais la seule personne qui fut capable d’entendre ses cris de l’autre côté de la planète était maintenant partie ?
En pleine phase de géhenne, il avait esquissé un sourire inquiétant, qui avait rapidement évolué en un silencieux rire mesquin, avec un regard vide.. Il commença à se parler lui-même :
-Et alors, même si elle est morte pourquoi je n’aurais pas le droit de l’aimer ? De la voir, et partager avec elle ce que l’on n’a pas été capables de partager quand elle était vivante ? Si la vie ne nous a pas permis d’être ensemble, pourquoi ne pas essayer la mort ?
- Oui, la mort n’est pas si mal que ça, en plus c’est dur de juger quelque chose qu’on n’a jamais essayée, c’est peut être bien après tout, en plus elle est fraîchement enterrée, la nature n’a même pas commencé à lui faire ces bizarreries qu’elle fait.. je te le dis mon pote, faut demander à être incinéré une fois l’heure venue.
- On a le temps t’inquiète pas, mais allez faut que j’aille la voir le temps presse… Je vais appeler Samy attends.
Il prit son téléphone et appela ce qu’il considérait être comme son meilleur ami, celui-ci avait une voiture qu’il pouvait lui prêter, le trajet n’en sera que plus rapide :
- Allo, Samy ?
- Bon Dieu…, tu veux quoi ? T’as vu l’heure ?
- Oui je sais désolé mais j’ai besoin de venir prendre ta voiture.
- Non mais t’es fou ou quoi je bosse demain, pourquoi t’as l’air bizarre mec ? Me dis pas que tu as continué à te bourrer la gueule tout seul !
- Non non je te le promets, écoute y a ma tante qui est morte et c’est un peu loin, j’ai grandi chez elle donc je la considère un peu comme une mère, mais si tu peux pas je comprendrais.
- Oh mais n’en faisons pas tout un film, désolé mec tu peux venir, tu veux que je vienne avec toi ?
- Non ça ira merci mon pote, je te la remettrais comme neuve.
- T’as intérêt…
On aurait dit que quelqu’un s’était amusé à jouer avec les lignes temporelles car tout semblait si rapide, en un clin d’œil il était chez Samy, une conversation rapide eut lieu et il démarra. S’il conduisait rapidement, trois heures et quelques pouvaient suffire, il prit donc la route, enchaînant cigarette après l’autre. Il faisait très froid ces temps-ci, et surtout à cette heure, mais quand on aime on fait des sacrifices. Il ne comprenait pas pourquoi il n’était jamais venu la voir, ni pourquoi elle n’en avait jamais parlé non plus, peut être que ce qui se passait entre eux semblait tellement parfait qu’ils craignaient que se voir réellement pouvait briser le charme. Le chemin fut étonnamment court, il avait perdu la notion du temps mais en tout cas il était vite arrivé, il connaissait vaguement la ville, des souvenirs d’enfance quand il venait passer l’été avec ses cousins. Il se souvenait surtout du cimetière, où il s’amusait avec eux à essayer d’invoquer les morts, mais peut être que maintenant c’était enfin possible. A peine arrivé, il jeta un coup d’œil aux alentours et se rendit compte qu’un des avantages de vivre dans un pays sous développé était que personne ne faisait son travail, il n’y avait même pas de gardien.
Ne s’était pas trompé celui qui avait dit que les morts ne nous quittent jamais, une étrange aura émanait de chaque parcelle de cet endroit perfide. Gabriel s’était mis à chercher l’endroit où gisait sa moitié, ce n’était pas très difficile vu que la terre l’entourant serait encore fraîche, la pluie effaçant les gravures des anciens tombeaux comme le temps enfouit le chagrin Accentuant l'ambiance lugubre, quelques oiseaux noirs aiment à venir croasser et se nourrir des vers, gras de la chaire des cadavres… Cela ne prit pas longtemps pour qu’il la retrouve, mais pas seulement elle, la pelle du fossoyeur avait été abandonnée au milieu du cimetière, c’était un signe divin, comme si l’énergie de l’univers même le soutenait, après tout, ne s’appelait il pas Gabriel ?
Se tenant d’un pas ferme devant sa tombe, il ne fit pas un traître mouvement pendant une dizaine de minutes, il ne faisait que
contempler ce qu’elle était devenue, et un sourire niais naissait peu à peu sur son visage… :
- Je sais que tu n’aimes pas la solitude chérie, je viens !
Et il se mit à creuser pendant un bon moment, à chaque fois qu’il jetait la terre derrière lui il était de plus en plus près du but… Et après un effort surhumain, il l’avait vue, enfin. Sa mort était sa résurrection, il la prit dans ses bras, l’émoi régnant sur ses traits, il la déposa sur le sol, se mit à côté d’elle passant ses mains sur son visage, ses cheveux et son corps nu … Elle était tellement froide, pâle, mais on aurait dit qu’elle était contente qu’il la retrouve et la sauve de la noirceur de la terre. Cependant, il devait faire vite, il aurait tout le temps de la contempler une fois qu'elle sera sienne, pour toute la vie. Pour une fois il était en position de force, il avait le choix de faire des choix.
Il l’avait donc prise tant bien que mal sur son dos, et la déposa dans la voiture puis démarra rapidement, profitant de l’obscurité sans témoins... Et conduit sans dire un mot, Quelques kilomètres plus loin, il trouva la cachette parfaite, à l’entrée d’une petite forêt où personne ne semblait vouloir y aller. Il alluma une cigarette et l’a rejoignit.
- Tu sais ma chérie, je t’ai toujours imaginée comme ça, pas aussi pâle pour être honnête mais je ne vais pas me plaindre. Tu es tellement belle quand tu es morte, à un point que je n’éprouve aucune nostalgie quand je me rappelle de toi vivante.. Je t’aime morte, ne reviens jamais à la vie mon ange.
- …
- Oui je pense aussi, mais honnêtement, je n’en ai rien à carrer de ce que peuvent penser les gens, je suis avec une parcelle de mon âme qui résidait dans un corps extérieur, son état physiologique ne m'intéresse guère, elle est morte, et alors ? Pourquoi n'aurais-je pas le droit de continuer de l'aimer même si son heure avait sonnée trop tôt ? Je ne fais de mal à personne.
- …
- Ce n’est pas à toi de décider.
Il la tenait fermement dans ses bras, impatient de joindre ses lèvres aux siennes. Elles furent tellement froides, la mort lui avait transmis une partie de sa beauté, et la soirée en amoureux passa relativement vite. Il fit les expériences le plus folles sur son corps sans vie, et alors qu’ils étaient en pleins ébats, une mélodie étrange se fit entendre au loin, s’amplifiant progressivement. Le son était de plus en plus fort, à un point que ça raisonnait au fond de son crâne. Il la tenait de plus en plus fort, contemplant son visage, mais là, contre toute attente, elle cligna des yeux, et un cri strident se fit entendre...
Gabriel s’était réveillé en sursaut, le visage en sueur. Était-ce un rêve ? Etait il damné au point que ses rares moments de bonheur ne pouvaient avoir lieu que dans un songe ? Quelqu’un était entrain de l’appeler, un numéro inconnu, il décrocha :
- Vous savez quelle heure il est ?
- Gabriel... Faut qu’on parle.
- C’est…c’est… toi ? Vraiment toi ?
- Oui, je dois te dire.
- M….
- Ne dis rien, contente toi de m’écouter, je t’en prie.
-M…
-Comment s'appelle ce sentiment quand tu ne peux pas en vouloir à quelqu'un malgré tout ce qui peut se passer comme mochetés entre vous? Que tu te vois amené à lui trouver explication et excuse à tout ce qu'il peut te causer comme tort? Que la simple vue de ses yeux, de son sourire efface toute rancœur et ravive une atroce nostalgie ? Qu'en te rappelant les méchancetés qu'il a proférées ce jour là, tu l'excuses rapidement en te rappelant combien il était toujours affectueux et respectueux envers toi ? Qu'un douloureux quart d'heure de réel effondrement se tasse facilement par le constat du degré de l’affection dont il vous fait part ? Comment s'appelle ce sentiment qui met à plat tout orgueil, tout raisonnement logique chez toi, qui te laisse malgré tout toujours rêveur de ce qui relève de l’impossible que ça en dépasse même l'optimisme ? Comment, après avoir vécu tant de choses, et croyant en conséquence qu'on a déjà connu l'amour, on se rend finalement compte qu'on n'a jamais aimé avant cette fois-ci? Je t’aime, je te vénère, et je suis prête à tout faire pour me faire pardonner, dis moi, que dois-je faire ?
- Meurs.