Un jour particulier dans la vie...
Allongée tranquillement, Stéphanie avait sur le visage un sourire paisible qui se dessinait sur le coin des lèvres. Cela faisait longtemps qu'elle ne semblait pas aussi apaisée pensa Emilie. Deux ans auparavant, Stéphanie apprit qu'elle avait une grave maladie. Un cancer. Emilie était présente lors de cette annonce. Depuis, elle avait accompagné Stéphanie tant qu'elle le pu, dans les bons comme les mauvais moments. Elle la considérait comme sa mère. C'est pourquoi, en ce jour particulier dans la vie de Stéphanie, la jeune fille se devait d'être là...
Pendant longtemps, toutes deux étaient restée seules. Il n'y eut que Richard, le père d'Emilie, qui, très attaché à Stéphanie, les avait soutenu. Chaque jour était un réel combat. Opération lourde, traitement intensif, choc de la perte des cheveux, les malaises créés par les regards pressants et pitoyables des passants,... Tout y était passé !
Même quand sa famille lui faisait l'honneur de sa présence, Stéphanie était triste. Aucun de ses enfants ne lui demandait de nouvelle. Tous, attablés au salon pendant qu'elle s'afférait en cuisine, se plaignaient de leur petite vie. Pour l'un, son travail ne l'intéressait plus. Pour l'autre, son rhume l'empêchait de dormir correctement. Un troisième s'affolait d'avoir pris quelques kilos. Stéphanie, elle, avait due abandonner son travail, trop faible pour tirer les palettes dans le supermarché. Stéphanie, elle, ne dormait que deux heures par nuit depuis un mois, tant la douleur dans son bas ventre était intense. Stéphanie, elle, avait perdue 15 kilos en moins de six mois, parce que sa maladie lui astreignait un régime draconien et que son corps rejetait toute nourriture ingurgitée. Etait-ce une manière pour eux de ne pas sombrer dans la tristesse, faire comme si de rien n'était? Pourtant Stéphanie n'y voyait là qu'un pur égoïsme de leur part. Elle leur avait sacrifié presque toute sa vie. Qu'en avait-elle retiré? Indifférence. Mais, même si sa maigreur lui donnait les trait d'une cadavre, elle était bien vivante. Elle voulait hurler! Dire à quel point elle souffrait! Mais personne ne voulait le savoir. Emilie et Richard, vivant avec elle, étaient acteurs de cette souffrance. Mais Stéphanie, les aimant trop, ne voulait pas les inquiéter plus qu'ils ne semblaient déjà l'être. Quand ils lui demandaient d'extérioriser ce qu'elle ressentait, elle se forçait à leur sourire. Elle ne leur en voulait. Elle existait bien pour eux. Mais que ses propres enfants l'ignorent, elle ne pouvait le supporter. Ainsi, chaque jour, la douleur physique était surpassée par une souffrance morale, se répandant en elle tel un poison mortel.
Pourtant aujourd'hui, jour particulier dans la vie de Stéphanie, ils étaient là. Amis, famille, tous se rassemblaient autour d'elle. Emilie se demandait si finalement Stéphanie était satisfaite de les voir tous ici. Aujourd'hui, chacun s'intéressait à elle et plein de questions se lisaient sur les lèvres.
"Quelle était cette maladie?"
"Depuis combien de temps en était-elle atteinte?"
"Souffrait-elle?"
"Ses cheveux sont-ils naturels aujourd'hui ou était-ce une perruque?"
"Mon Dieu! Ses enfants doivent souffrir!"
Stéphanie, elle ne souffrait pas. Elle ne souffrait plus. Allongée tranquillement, un sourire paisible au coin des lèvres, elle se vit offrir un ultime baiser par Richard qui ferma ensuite sur elle, le couvercle du cercueil...