Bonjour :-[ Ça fait des mois que je ne suis pas venue ici et je m'en excuse, surtout d'avoir laissé mes lectures de côté. Je reviens avec un nouveau texte. Et je ne pense me remettre à la lecture incessamment sous peu! Avant de partir en vacances, ça me passera le temps et vu que j'en ai de nouveau, autant le mettre à profit pour ce forum!
Alors bienvenue dans mon monde à ceux qui ne me connaissent pas et j'ai hâte de lire ce que vous écrivez! Bonne lecture :aah:
Ushuaïa.
Elle marchait, calmement et paisiblement. Maria aimait se promener dans les rues d'Ushuaïa, respirer l'air frais de ce bout du monde. Elle ne savait plus exactement depuis quand elle était ici, ni pourquoi elle avait quitté Buenos Aires, mais elle aimait cet environnement apaisant. A vrai dire, à chaque fois qu'elle sortait elle avait l'impression de voir ce paysage singulier pour la première fois. Ces petites maisons colorées et cette montagne au loin. Un décor de carte postale.
Maria regardait les pêcheurs prenant du plaisir à tirer les filets et sortir une ribambelle de poissons. Les vieilles femmes assises sur les bancs le long de la berge les regardaient, elles souriaient et devaient colporter quelques ragots de grands-mères, histoire d'égayer un peu leurs journées. Ces reliques d'Ushuaïa avaient vu le changement débarquer sur cette partie de l'Argentine en même temps que les touristes et leurs appareils photos dernier cri, qu'elles n'auraient jamais les moyens de s'offrir.
Toujours, quand elle se retrouvait à Ushuaïa, Maria portait une longue robe blanche, qui caressait l'herbe fraîche du matin et les innombrables fleurs qui venaient de terminer leur nuit. Pieds nus, c'est de cette façon qu'elle aimait se balader. Les cailloux et autres brindilles dérangeantes pour ses petits pieds sensibles n'étaient rien, c'est à peine si elle sentait une chatouille. Parfois même, elle se demandait si tout était bien réel, ce paysage magnifique comme sorti d'un rêve, et ses odeurs qui la faisaient voyager dans des endroits qu'elle ne connaîtrait jamais.
Ce n'était pas la première fois qu'elle voyait ces montagnes au loin, plusieurs fois elle avait voulu s'y rendre, comme ça, sans se poser de question. Mais quelque chose la retenait d'y aller, alors elle restait là, assise, près de la berge à observer la nature qui l'entourait de toutes parts.
Elle ne connaissait personne en Terre de feu, seulement quelques visages familiers. Cependant, aujourd'hui Maria entendit son nom, lointainement ou comme un murmure au creux de ses oreilles... elle ne savait pas très bien. Alors elle se retourna, cherchant qui pourrait bien l’interpeller ici, elle ne vit personne. Personne, excepté deux hommes, mystérieux, tout de blanc vêtus, ils discutaient ensembles, le regard porté sur Maria.
Elle ne s'attarda pas sur eux, c'est à peine si elle les avait remarqués. Elle continua de se laisser bercer par le vent, et par tous ces frémissements émanant de la faune locale.
Cette jeune femme pouvait rester des heures entières assise, seule, dans un coin de verdure s'il n'y avait que la nature pour lui tenir compagnie. Elle avait toujours préféré se sentir libre comme l'air plutôt qu'entourée d'un tas de personnes plus futiles les unes que les autres. Elle n'en aimait qu'une, mais elle ne savait plus qui elle était et où elle était passée. Tout devenait flou, d'un coup, comme toutes les fois où elle restait ici sans bouger. Alors elle se leva, elle se dit que marcher lui ferait peut-être du bien et l'aiderait sûrement à retrouver ses esprits.
Elle la regarda, à nouveau, comme attirée par elle, on pouvait voir qu'elle tenait à la rencontrer, mais elle n'y parviendrait jamais. Maria se dirigea vers elle, cette montagne, si grande, si imposante, elle voulait se trouver à ses pieds.
« Quand on veut, on peut. »
C'est à cette pensée qu'elle prit son courage à deux mains et se dirigea vers cette inconnue qui l'attendait.
Elle n'avait pas mal aux pied, malgré leur nudité. Elle marchait depuis de longues minutes et commençait à être dans l'obligation de prendre des petits chemins escarpés qui allaient rejoindre la montagne.
Il ne restait que quelques vieilles personnes dans cet endroit reculé, marquées par les années qu'elles avaient derrière elles. Leurs maisons n'étaient que des petites bicoques faites de tôles grises et de bâches bleues.
Ils l'observaient, intrigués qu'une jeune femme si peu vêtue entame cette ascension interminable. Seulement, les vieillards des montagnes ne s'attardèrent pas sur elle, non, plutôt sur eux.
Maria ne les avait même pas remarqué, et pour cause, c'était la première fois qu'elle parvenait à aller aussi loin sur le chemin de Cerro Martial. Elle se disait, qu'enfin, elle parviendrait à se hisser au sommet, qu'elle surplomberait tout Ushuaïa. Alors elle continuait, encore et encore.
Arrivée au pied d'un chemin sinueux, seule devant elle se dressait de la roche, semblable à une gigantesque porte. Elle voulait continuer, gravir chaque recoin, chaque forme harmonieuse que lui offrait la montagne. Elle attrapa un morceau de roche avec une de ses mains, aussi douce que tranchante, Maria ne sentit pas qu'elle venait de lui entailler la main, elle s'en fichait. Elle continuerait, coûte que coûte.
Après sa main, ce fût au tour de son pied de se poser sur cet énorme cailloux. Il l'aida à se hisser un peu plus haut, en direction du sentier et de son but ultime.
Il ne lui restait que quelques mètres. Elle avait beau être une jeune femme, mince et frêle, sa force semblait comme accentuée. L'inconnue et le désir de réaliser quelque chose la poussait à aller encore plus loin.
Quelques petits cailloux se détachaient de la paroi, Maria aurait dû y prêter attention, après plusieurs mètres, et au pied du chemin de la montagne, son pied glissa, son genou heurta une pierre. Elle dégringola.
- Non...
Ce petit son, presque inaudible, était la seule chose que Maria était en mesure de faire à présent. Elle releva la tête, regarda en l'air et vit s'étendre Cerro Martial à perte de vue. C'est à ce moment là qu'elle prit conscience qu'elle n'était pas seule, et elle avait besoin d'aide.
- Est-ce que ça va Maria ?
L'un des deux hommes s'avançait vers elle et lui tendait une main amicale pour l'aider à se relever. Il lui sourit afin de la mettre en confiance. Maria était tellement triste et déçue qu'elle ne s'était pas rendue compte que l'homme l'avait appelé par son prénom. Elle le regarda, les larmes aux yeux et lui prit la main.
- Que s'est-il passé, pourquoi avez-vous tenté d'escalader ?
- Je … j'en avais besoin.
- Pourquoi ?
- Elle le veut, j'en suis sûre. Elle ne me laissera jamais tant que je n'aurai pas réussi à lui montrer que je le veux, que j'en suis capable.
- Montrez lui que vous êtes plus forte qu'elle, laissa la derrière vous.
- Je ne peux pas... elle a tellement d'emprise sur moi vous savez.
- Prouvez lui le contraire. Allez !
A ces mots Maria se mit à pleurer, cet homme avait raison, elle s'était blessée à cause d'elle, personne n'avait le droit de lui faire du mal comme ça. Elle le regarda, esquissa un petit sourire et acquiesça ce qu'il venait de dire. Ils s'éloignaient de la montagne et petit à petit le paysage magnifique d'Ushuaïa se dissipa, laissant place à des couleurs moroses. L'océan n'était plus, la montagne chuta telle une femme venant de perdre son grand amour. Il n'y avait plus que Maria. Elle, et ses deux inconnus. Alors, elle se retourna dans l'espoir de voir sa montagne, une dernière fois, mais elle ne vit rien de tel, simplement un écriteau.
Hôpital Psychiatrique Saint Anne.