L'Histoire de la Princesse Lulu commença le jour où elle rencontra le fils du voisin qui était beau, qui était fort et qui sentait bon le chocolat chaud : Mathéo. Il habitait juste à côté, dans la maison aux orties. Mamie me disait toujours que c'était un vilain garçon qui cassait ses fleurs. "Sorcière" qu'il lui répondait, Mathéo.
En effet, Mamie, c'était la méchante sorcière qui retenait prisonnière la belle princesse Ludivine du haut d'une haute tour de dix mètres. Mais, la belle princesse Lulu savait déjouer les pièges de l'horrible grand-mère. Elle était championne du groupe Escalada de Basse-Normandie. Grimper ou descendre durant 10000 millimètres sur un lierre gardé par d'ignobles araignées assoiffées de sang ne lui faisait pas peur. Quant à Pato, le cerbère de la maison qui veillait au pied du lierre, un vieux caniche noir, il tremblait devant Tonnerre, le fidèle destrier de Mathéo, une biquette aux cornes usées.
Désormais réunis, agrippés l'un à l'autre, nous allions alors terrasser la tribu des affreux Encapuchonnés, ces dangereux extraterrestres, aussi appelés épouvantails. Après notre passage, il ne restait plus qu'un tas informe de bois, de paille, de chemise puant l'eau de Cologne ainsi qu'une sinistre trace couleur citrouille. Le cavalier noir et sa belle complice avaient encore frappé et rétabli la justice dans le monde volatile.
Ivres de gloire, nous allions ensuite fêter cela chez la marraine la bonne fée, cette gentille dame aux grosses joues rouges dans sa demeure aux senteurs sucrées. Tout y était doré et tout se mangeait. Mathéo, en noble prince généreux laissait toujours à cette dame une somme rondelette -car il était riche. Sur son comptoir pleuvait une pluie de centimes.
Mais, un jour, tout ce bonheur prit fin car la guerre fut déclarée. Et là, ça a été terrible. Il y a même eu un drame. Ce fut la grand-mère qui commença les "hosties-lit-thé". Elle enferma la pauvre princesse Lulu parce que le vieux monsieur du champ - le complice des extraterrestres - s'était plaint. La grand-mère entra alors dans une colère noire et condamna la princesse Lulu à ne plus manger que du pain et non des brioches, à boire du thé et non du chocolat chaud et à rester enfermée dans sa chambre, allongée sur son lit. Elle avait même fait couper le lierre et provoqué par la même occasion le premier génocide arachnéen.
Mais heureusement le fidèle Mathéo avait plus d'une corde à son arc et plus d'une pierre dans son sac. (Oui, j'ai oublié de vous dire que Mathéo ne se déplaçait jamais sans son arc et son lance-pierre). Meilleur stratège que Napoléon (le chien d'un autre voisin), il a d'abord eu recours aux sommations: la maison de Mamie fut victime d'un violent bombardement tous les jours de 15h53 à 16h. Toutes les barrières - qui étaient pourtant en double vitrage - furent détruites. Mais l'ennemi ne se rendit point. Il contre-attaqua au contraire. Le pauvre Mathéo fut attrapé et violemment molesté par la main félonne de la marâtre. Cependant, sa voix chaude s'obstinait à hurler: "un héros meurt mais ne se rend pas" .
Et en effet, il ne se rendit pas. Il ne cessa pas de tourmenter sa proie en lui faisant chaque jour d'horribles surprises telles que déposer des serpents dans sa poubelle ou se déguiser avec du linge blanc à la tombée de la nuit.
La pauvre grand-mère qui n'avait pas un coeur de pierre - ça non, au contraire, il était faible comme un nouveau né et en piteux état, son coeur, plus friable qu'un gâteau sec - eut une attaque le jour où ayant parfaitement visé ce gibier (de potence), elle vit une flèche de Mathéo se planter à deux centimètres de son visage. Son coeur - qui n'attendait que ce moment pour se faire la malle - la lâcha et elle mourut, tout simplement et sans bruit, Mathéo ayant eu la délicatesse de lui épargner une mort dans d'atroces souffrances.
Après cette victoire éclatante, la Princesse Lulu fut libre. Devenue Princesse Lulu l'Orpheline, elle fut recueillie par la noble famille de Mathéo. Elle devint Reine de la maison aux orties et eut avec Mathéo plein d'autres aventures.