Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Poésie => Discussion démarrée par: Gros Lo le 02 Février 2007 à 16:24:46
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Voici mon texte A la vie succède le néant, un peu remanié...
j'ai pensé qu'il pouvait être considéré comme un poème en prose... :-\ A vous de voir ! ;)
On me pousse. L’air libre, un dernier instant. Je sombre. Une lente chute, et mes chaînes glissent, mes chevilles se dégagent de leur étreinte fatale. Un peu trop tard cependant. Je cherche à avaler une goulée d’air, j’avale une goulée d’eau. Dame la Mort me frôle. Inerte, dérivant au gré des courants, je suis rapidement entraîné dans les profondeurs. Mes poumons doivent ressembler à deux outres pleines. La descente ne me donne pas le tournis. Remplis d’eau et plus d’air…
Automate désarticulé, errant dans les abysses sombres et insondables, jouet des courants changeants. De petits tourbillons auxquels je prends part, dansant au milieu de cet univers inconnu. Léger, faisant un avec l’élément liquide, mon corps disgracieux obéit un temps aux règles de la valse, puis en sort inopinément. A nouveau entraîné, rejeté, aspiré encore par cette spirale capricieuse, un courant plus violent m’en extrait, m’emporte ailleurs. Une marionnette, qui s’abandonne à la main experte qui la dirige. Métamorphose. Etre insensible.
Je m’enfonce dans les ténèbres froides. Si mes yeux voyaient encore, si mon corps m’appartenait, je pourrais lever la tête et, loin en haut, apercevoir la petite tache lumineuse d’où je viens. Mais mes muscles n’obéissent pas, et la surface s’éloigne toujours davantage, fuyant mon regard mort. L’eau, elle, me berce, tranquille. Je demande à mes doigts de bouger. Ils ne le souhaitent pas. Soit. Je ne me suis pas senti si apaisé depuis… quand ? Je ne saurais dire.
Mes sens un à un s’endorment. Les flux aquatiques ont perdu de leur vigueur. Je suis dans une sorte de fosse. Le cocon d’une marionnette. Qu’est-ce d’autre ? Des fonds sous-marins, des… Penser est difficile. Tant de connexions à effectuer, d’idées à formuler. Rester là pour l’éternité, et goûter au repos des calmes abysses. La paix, enfin. Une pensée rôde dans la périphérie de mon esprit. Sous l’eau… serais-je… non. N’est-il pas vrai qu’à la vie succède le néant ?
Le fluide me cerne. Je suis seul, dans l’univers, et, tout autour de moi, l’eau. Que suis-je, au milieu de cette immensité ? D’ailleurs, suis-je au milieu ? Comme un signal, l’idée traverse à nouveau mon esprit, vérité inattaquable. Tant que je penserai, je serai. Et pourtant, quelque chose s’insinue en moi, qui tend à me faire arrêter toute réflexion. La fatigue ? Je ne suis pas fatigué, non. Si je lui impose de se plier, mon doigt se pliera.
Un frôlement. Du froid sur mon flanc. Quelque chose me touche, de rugueux et de lisse. Qu’est-ce ? Une dernière fois, je fouille dans ma mémoire, cherche une sensation identique. La chose cherche aussi. Palpe, rampe comme… un serpent ? Comme un serpent d’eau. Un long corps mince et froid. Sur et sous ma cheville s’en enroule un second, corde molle et musclée. Deux serpents. Ils se cherchent. Puis trois. Puis un autre. Puis… rien. Les serpents coordonnés ont fui.
Souvenir… d’avoir pris une décision, antérieure à la visite des corps. Que voulais-je ? Je ne sais plus. Mon être aspire à se reposer ici, n’aspire qu’à se reposer ici. Immobile. En accord avec cet élément hospitalier. Partout, cette eau, que je croyais dangereuse, si accueillante… Une pensée frêle, éclose il y a si longtemps, me revient. Deux outres pleines. Une opposition fatale entre air et eau. Etrange. Pourquoi ai-je pensé cela ? A quoi donc cela se rapporte-t-il ?
Mon corps est las. On m’a emprisonné, tout à la fois détenu et geôlier, le trousseau m’échappe, je reste dans ma prison de chair. L’univers liquide m’accepte, me fait figurer à la liste de ses sujets. Mon esprit débile saisit des sons, des appels, des signaux. Belle idée que d’être l’eau. Incapable de m’en arracher, mon corps reste étranger à toute sensation, comme si ses sens s’étaient à jamais assoupis… Inerte, il demeure, mort. A la vie succède le néant.
Ma léthargie est à nouveau troublée par une visite. Un fil ténu qui parcourt mon côté droit. Tendu, fort. Rapidement suivi d’autres, identiques, ils allient leurs forces. Pas tous parallèles au premier, tous s’emploient à ma capture, insidieux, fourbes. Ils tentent de m’enlever à mon cocon liquide. Mon cocon de marionnette. Sous une carapace d’indifférence, quelques haillons de conscience qui paniquent. Les fils me tirent. Réguliers dans leur tâche, ils montent. Que veulent-ils ? M’aident-ils à m’évader de moi-même ?
Lentement, l’assemblage de fils me remonte vers la surface. Affaibli, la fusion entre eau et être n’est plus. Les profondeurs apaisantes s’éloignent, irrémédiablement. Le repos que je goûtais là-bas laisse place à une lassitude pénible. Un soubresaut agite soudain mon corps, m’empêtre dans les fils. Les fils… filet ? Le mot me plaît. Quoi qu’il en soit, son but n’est pas de me libérer. Il me remorque, m’arrache à ma paix à demi trouvée ; mais ne me délivre pas.
Les fils ont cassé. Je suis retombé. Léger. Comme une… feuille morte qui descend au gré du vent… du courant. Etrange comparaison, liée à tant de souvenirs lointains, pénibles à retrouver… Je n’essaie pas. Les flux me déposent sur une avancée d’algue et de sable, loin du cocon de marionnette. Un contact avec le sol, après si longtemps. Je n’y prends garde. Somme toute, mon corps n’est plus un obstacle à ma liberté. Alors je m’échappe, vers une autre vie.
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C'est vraiment très beau... Tu l'avais publié sur les Rivages, je crois, mais je ne l'avais jamais lu.
Que dire ? Il laisse une impression de calme, de silence assourdi comme lorsque, la tête sous l'eau, on ne pense à rien d'autre que ce qu'on voit... ce qu'on lit, en l'occurence.
Quant à savoir si c'est un poème en prose... Bonne question. Ma seule certitude c'est qu'il est indéniablement poétique, et qu'il a sa place ici !
Désolée, je n'ai rien à dire de vraiment constructif... je suis encore sous l'eau ;)
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:)
Content que ça te plaise !
Pour infos, A la vie succède le néant était composé de 11 strophes de 95 mots chacune :P Ici, 11 strophes de 80 mots chacune^^
Ah, et que pensez-vous du titre ? ???
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J'aime beaucoup la sensation de calme et sérénité qui s'en dégage.
Ca a été quelques instants de paix que je ne pourrais décrire.
Sublime vraiment chapeau! :D
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:)
Heureusement, Wind va venir pour mitiger un peu tout ça ! :D
Et... concernant le titre ? :-[
:P
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Heureusement, Wind va venir pour mitiger un peu tout ça !
^^ rhoo, il va finir par croire que tu lui en veux...
Le titre est bien, ça fait encore plus ressortir le côté marionnette/fils dont tu parles et qui aurait peut-être été un peu plus survolé sinon... je ne sais pas. J'ai réussi à me sortir de l'eau, et je ne suis donc plus dans ton texte, mais en tout cas, il correspond aussi très bien à ton poème (autant sinon plus que A la vie succède le néant... je le préfère, peut-être parce qu'il n'y a pas de verbe :P)
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Ton texte est redondant, et de plus me fait stresser car je ressens plus une émotion de noyé en le lisant qu'une émotion évasive :p
J'ai un peu l'impression que tous tes paragraphes disent la même chose, seuls les mots varient (à quelques exceptions près ;))
La référence à Descartes, je ne sais pas si elle est la bienvenue 8)
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Moui, mais justement, jvoulais transcrire cet état fugitif entre la vie et la mort, ou plutôt entre la "mort latente" et la "mort effective", et le moyen que j'ai trouvé était celui-là, de ralentir le temps au maximum et de diluer les quelques événements.
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Lo, j'en ai marre de lire ce texte. Je l'ai lu deux fois sur PF (dans ses deux versions), relu pour le recueil PF, relu pour le recueil MdE... Lol.
Et pourtant, il me semble toujours aussi chouette ! Vraiment bien écrit, bien rendu, pas trop d'emphase, assez captivant, on ressent très bien l'atmosphère, on se sent un peu comme le narrateur, après...
Bon, ça va toujours, les chevilles ? J'arrête là, donc. Mais il est vraiment bien. Par contre, je me demande en quoi c'est plus un poème en prose qu'une nouvelle...
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Oui j'ai toujours hésité pour la catégorie...
merci pour le reste ! j'sais combien t'es difficile pour les poèmes...
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De rien. C'est peut-être parce que je le vois plus comme une nouvelle...
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lu ou relu, j'sais plus
moi, je préfère l'autre :-\
celui-ci, bon, c'est quand même très proche, pas trop envie de me lancer dans un commentaire comparé
mais je préfèrais l'autre
celui-ci.... il y a trop de questions :mrgreen:
oui, ce sont vraiment les questions qui me gênent, je les trouve un peu... fades ? nan.
enfin, en gros, j'y crois pas trop à ces questions :-\
mais je préfère l'autre, hein ? ;)
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Une lente chute
Je ne sais pas trop si la forme est bien utilisé pour cette phrase avec ce qui suit...
avaler une goulée d’air, j’avale une goulée d’eau.
Répétition voulu ?
Dame la Mort me frôle. Inerte, dérivant au gré des courants, je suis rapidement entraîné dans les profondeurs.
Bien construit ! les paragraphes qui suivent également.
C'est une part de l'inconscient qui agît dans le cocon, les serpent sont les fils, j'ai eu peur qu'une momie en sorte :D
N’est-il pas vrai qu’à la vie succède le néant ?
Il faudrait demander à Einstein.
Mon corps est las. On m’a emprisonné, tout à la fois détenu et geôlier, le trousseau m’échappe, je reste dans ma prison de chair. L’univers liquide m’accepte, me fait figurer à la liste de ses sujets. Mon esprit débile saisit des sons, des appels, des signaux. Belle idée que d’être l’eau. Incapable de m’en arracher, mon corps reste étranger à toute sensation, comme si ses sens s’étaient à jamais assoupis… Inerte, il demeure, mort. A la vie succède le néant.
J'ai une sensation de déjà lu ici. Surtout la fin, la dernière phrase.
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La conclusion à la fin est bien mais tu pourrais peut-être développer un peu plus ton sujet. Sinon je pense avoir bien compris le message de ce texte, c'est le lien entre la Vie et la Mort, plus précisement après la Mort ou pendant l'heure de l'incertaine Mort, non ?
L'idée du cocon est bien pensé, j'ai moi même travaillé sur un texte avec la mort et ses cocons blancs pour mon nouveau projet mais pas aussi développé que ça.
Merci pour avoir remonter le texte !
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(oui répétition voulue)
il faut que j'reprenne ce texte pour l'AT Griffe d'Encre, je posterai le résultat quand j'en aurai fini (quelque chose me dit qu'il faudrait donc que je commence).
Oui, la mort qui hésite et le point de non-retour, la mort qui se profile et l'incapacité à rejoindre les vivants. Bref.
Pour les serpents, c'est une pieuvre qui passe par là, surtout.
Merci d'avoir lu ;) j'essaie de me mettre à l'AT dès que j'ai fini ma nouvelle de Noël :-¬? (qui parle de tout sauf de Noël, c'est juste la temporalité de la rédaction qui est liée à Noël, bref je m'égare)
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Je ne suis pas trop les AT étant présent sur ce site depuis très peu. Je sais même pas ce que c'est...
Sinon merci pour les détails concernant le texte et tes projets. Bonne continuation !
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Les Appels à Textes ;) que font les fanzines. Les éditions Griffe d'Encre ont fait un AT sur l'eau, pour leur future anthologie.
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D'accord. Bonne chance à tous alors !
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J'comptais faire quelques modifs sur ce texte, mais c'est probablement celui qui en aurait le plus besoin, et je l'ai déjà remasterisé pour l'intégrer à Au-delà de la houle... du coup autant le laisser comme ça en tant que version originelle.?