Le Monde de L'Écriture
Encore plus loin dans l'écriture ! => L'Aire de jeux => Discussion démarrée par: Rain le 27 Janvier 2007 à 22:31:40
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Cadavre Exquis achevé !
L'Epopée d'Arzan, l'intégrale.
La nuit était sombre, la lune pleine brillait de mille feux, éclairant le passage de la sombre silhouette, accompagnée d'une ombre silencieuse.
Au loin se dressait le château, imposant et majestueux, qui reflétait l'astre de nuit.
Ce château avait appartenu au duc de Ker Atlantis, mort depuis près de 10000 ans. De nos jours, plus personne ne savait à qui il appartenait vraiment, si ce n'est aux fantômes du passé... C'était là que se rendait Arzan, seul, venant chercher son héritage qui lui revenait de droit.
Il chevauchait un grand destrier bai. L'animal se cabra, flairant le danger. Arzan descendit de sa monture, et avança jusqu'à la porte du château. C'était une grande porte de marbre blanc, sculptée ça et là de divers symboles des temps anciens...
Arzan se racla la gorge, puis énonça d'une voix forte :
"Que le Seigneur de la Sainte Citadelle ouvre ses portes à moi, Bâtard Arzan, de la lignée des rois Thaumaturges !"
Le silence fut sa seule réponse.
Ces maudites traditions et leurs discours pompeux...
Fatigué, il sortit son fusil-mitrailleur et tira une bonne rafale dans la porte. D'un coup de pied, elle céda.
Il rangea son fusil-mitrailleur. Il se demanda rapidement pourquoi on appelait cela un fusil. Un fusil, il savait ce que c'était, bien sûr. Les cuisiniers s'en servaient pour affûter les couteaux. Il imagina que c'était parce que dire "arbalète à répétition aux multiples coups simultanés ou presque", c'était un peu long durant une bataille.
Le capitaine qui commençait à lancer cet ordre avait toutes les chances de se faire trucider d'une flèche dans la gorge avant d'arriver à "multiples". Et dire "arbalète à répétition à aaaaaaaargh", cela le faisait moins quand vos hommes attendent un ordre précis. Il referma cette parenthèse mentale et entra.
Ce qu'il vit alors le terrifia.
De sa vie, pourtant mouvementée et violente, il n'avait jamais vu autant de cadavres ayant été autant mutilés. Réprimant son envie de vomir (et de s'enfuir à toutes jambes), il s'approcha d'un des corps et l'observa, cherchant des indices lui permettant de deviner qui était la cause de ce carnage et pourquoi il l'avait fait.
Il ne sentit pas une ombre se faufiler derrière lui et une pointe glacée lui transpercer le cœur.
Arzan se réveilla en sursaut, la main à son épée.
Quelle plaie, ces téléportations ! Bien pratique sur le moment, mais l'énergie dépensée était telle que vous vous endormiez n'importe où... Il épousseta sa cape nerveusement, et examina le corps mutilé, se giflant pour garder les yeux ouverts.
Les armoiries de l'uniforme du mort révélaient son appartenance au clan Shield. Le propre clan du père d'Arzan. Le jeune homme jura, puis entreprit de fouiller le corps. Rien de vraiment utile. Il se releva, et entreprit d'explorer les lieux. Si quelqu'un avait survécu à ce massacre, il comptait l'interroger.
Arzan tira son arme au clair. Dans le pire des cas, il ne serait pas pris par surprise...
Un carreau d'arbalète siffla à ses oreilles. Azran pria qu'il ne s'agisse pas d'un fusil mitrailleur... Et se jeta à terre, parmi les cadavres...
Le souffle court, il rampa jusqu'à une porte secondaire, et se rua dans un corridor. Il y avait tant de portes ! Laquelle choisir ?
Il tourna à gauche, un cul-de-sac ! Trop tard, il entendait les pas se rapprocher.
Il vit l'ombre de son attaquant se profiler. Puis il le vit entrer. Il était habillé en noir, portait une capuche cachant son visage mais Arzan parvint à entrevoir ce dernier. Il n'en crut pas ses yeux... Un Démon mineur! Ce n'était qu'une créature de légende pourtant dès qu'il le vit, il fut sûr que c'était bien un membre de cette engeance maudite.
Derrière le démon se firent entendre des voix rauques, des bribes de paroles aux accents étrangers, exotiques. Arzan adressa une prière à Ghéïel, saint patron des voleurs, en espérant qu'il le camoufle dans sa cape d'ombre.
- Il y a quelqu'un, là ! souffla la créature. Je le flaire !
- Il s'est pas lavé depuis des lustres, à en juger par son odeur ! renchérit un homme derrière le démon, accompagnant sa réplique d'un rire gras.
Arzan, découvert et blessé dans son honneur, se résolut à agir, et surgit vaillamment des ténèbres... mais sa vaillance ne fit pas long feu, car il se cogna violemment à un pan de plafond et tomba mollement à terre.
Avant de sombrer dans l'inconscience, il eut juste le temps de tirer une rafale dans le tas. Tout devint noir ...
Il faisait noir ici... Une chaleur étouffante régnait. Il ne savait pas depuis combien de temps il s'était réveillé. Une heure, un siècle...
Quelle importance !
Il n'avait plus son épée, ni son fusil-mitrailleur. L'air empestait et il se demandait si on allait venir le chercher. Il commençait à avoir sérieusement faim.
Il faisait noir, ici... Cette noirceur le rendait fou. S'il ne sortait pas vite de là, il ne tarderait pas à perdre ses moyens...
Il faisait noir ici...
"Atchaaaaa !"
Arzan maugréa. Il faisait noir et froid. Pour un peu, il claquait des dents. Il ne savait pas où on l'avait enfermé, mais une chose était sûre : il était loin, bien loin des steppes qui bordaient le château de Ker Atlantis. Il éternua à nouveau, et le bruit se répercuta dans sa cellule.
La porte s'ouvrit à la volée. Un mystérieux gardien voilé le prit sur son dos ... Arzan ne savait plus ...
Dix minutes plus tard, Arzan était violemment déposé par terre. Il leva les yeux et vit celui qui devait être le chef de ses ravisseurs.
En fait, il ne vit que ses yeux. De grands yeux rouges. Pas injectés de sang, non : deux globes écarlate. Arzan voulut se pincer pour se réveiller, mais ses mains étaient solidement liées. Autant dormir, alors. Ses paupières s'alourdissaient quand un coup de pied bien placé le fit sursauter et gémir de douleur.
« Brute ! » s’écria-t-il inconsciemment et quelques rires rauques se firent entendre autour – si l’on pouvait appeler cela des rires.
Arzan releva les yeux pour rencontrer ceux de son agresseur. Extrêmement déstabilisant cette couleur, songea-t-il. Il tourna la tête avec difficulté pour observer la salle humide dans laquelle il se trouvait. Mais il n’eut pas vraiment le temps de détailler le décor...
Le démon l'attrapa par les cheveux et le souleva.
- Voici donc le dernier membre du clan Shield ? Un bâtard ! Et une lopette en plus !
Derrière lui, ses hommes éclatèrent de noouveaux de rire. Enfin, pas vraiment des hommes, eux non plus. Tous avaient les yeux rouges.
- Et que viens faire quelqu'un comme toi par ici. Hein ? Réponds !
De sa main gantée de métal, le démon frappa Arzan.
Un coup dans la mâchoire ... le sang perla au coin de sa bouche. Le groupe se mit à rire de plus de belle.
Du coin de l'oeil, Arzan repéra soudain l'ombre qui l'avait attendu à l'extérieur. Silencieuse, elle se faufilait entre les gardes dans la pièce sombre, les fauchant un à un. Lorsque l'un d'eux s'aperçut de la disparition de trois de ses camarades, il cria. La tension montait tandis que l'ombre trouvait une quatrième victime.
Le chef, surpris et en colère, lâcha Arzan dont la tête rebondit sur la pierre. Il tomba, encore une fois, dans l'inconscience ayant juste le temps de voir une main se pencher vers lui.
Les ténèbres se firent, Arzan sombra dans un fleuve cotonneux au cours paisible. Il ne savait plus où ni qui il était, il se laissait juste dériver parmi les brumes de l'inconscience. Au loin, malgré sa cécité, il distingua une lueur blanche. A mesure qu'il faisait un peu plus corps avec le courant, la lumière se rapprochait, et bientôt il fut à son niveau. Et la traversa.
Il mourut.
Et suivit le courant, dont l'impétuosité grandissait.
Alors il se réveilla en sueur. Il était dans cette satanée auberge que son imbécile de frère gérait et, surpris d'être en vie, se demanda : "Aurais-je rêvé ?"
Son frère était à son chevet.
- Tu es réveillé ? Trois semaines, que tu dors ! Depuis que nous t'avons trouvé au seuil de mon établissement !
Trois semaines ? Et puis, dans son dernier souvenir, il était dans le château de Ker Atlantis, et...
Et il se souvint. Dans le flot impétueux, il était mort. Il avait acquis la connaissance que cela apportait, puis il avait ressucité, signe qu'il était l'une des rares personnes élues. Il avait atteint son but, il possédait le pouvoir des Thaumaturges.
Il ouvrit les yeux, et il vit que trois présences floues, insubstantielles, étaient présentes.
A présent, il pouvait voir les morts, et leur parler.
Crénom, sacré changement ! Arzan se sentait presque maître du monde ! Mais, dès qu'il réalisa toute l'ampleur de son pouvoir, le doute s'instilla en lui : d'autres pouvaient les voir. D'autres pourraient se dresser sur sa route. Sa décision était donc prise : pour faire régner le bien sur le monde, il devait éliminer le mal.
Vous arrêtez, oui, avec votre manichéisme de merde ? C'est pas demain la veille que vous aurez en vous la graine héroïque ! Maintenant restez immobile que je vous ausculte !
Arzan soupira, accablé. Les infirmières ironisaient et lisaient dans les pensées... Chiant comme tout.
Et soyez pas vulgaire comme ça !
Arzan soupira encore et, pour contenter l'infirmière, se mit à penser aux papillons qui voletaient au-dehors, derrière la petite fenêtre qui éclairait la pièce. Il sentait la vieille femme le palper, prendre son pouls, examiner ses os... Trois semaines, par la cape de Géhïel, c'était long ! Il était plus faible que le dernier bambin de son frère ! Et qui sait s'il n'était pas en danger maintenant...
Les trois semaines passèrent, sans encombre...
Quand il put enfin partir, Arzan fit sceller son cheval, bien décidé à retourner au château Ker Atlantis afin d'élucider le mystère (et aussi pour se venger... )
Trois semaines... cela faisait trois semaines qu'il chevauchait sans relache. Ou sa carte était fausse, ou les Dieux se fichaient de lui. Pour son équilibre mental, il optait pour la première solution. Enfin, un soir, dans les lueurs apocalyptiques du crépuscule, une silhouette noire et pointue se découpa dans le lointain. Ker Atlantis ? Le donjon semblait avoir changé de forme. Il éperonna sa monture, sans savoir qu'il se jetait dans la gueule du loup...
La tour, tellement biscornue qu'on pouvait légitimement se demander comment elle tenait debout, ressemblait à un vautour guettant sa proie. Arzan ne ralentit pas pour autant son allure. Le sentier était désert jusqu'au château, et cela ne faisait que renforcer cette impression sinistre qui avait saisit le cavalier lorsqu'il avait aperçu l'édifice. Lorsqu'il arriva enfin à bonne distance des portes, il s'immobilisa. Son cheval écumant semblait lui exprimer toute sa profonde gratitude : la pauvre bête n'en pouvait plus. Arzan contempla la grande porte avec perplexité...
Arrête-toi ici, voyageur... Depuis trois semaines, ce lieu est maudit !Arzan se retourna, pour découvrir la silhouette fantômatique d'un vieillard mort. Une question lui vint :
- Pourquoi tout dure trois semaines, en ce moment ? Mon voyage, ma convalescence, mon coma, et puis ça maintenant...
Hein ? Aucune idée. "Trois" est sûrement ton chiffre porte-bonheur. Bref, où en étais-je ? Ah, oui. Tu devrais rebrousser chemin, avant que les démons de ces lieux ne te torturent dans une lente agonie...
- Qui durera trois semaines ? Je n'en ai rien à faire, si je suis là, c'est pour la vengeance.
Arzan descendit de cheval, et s'approcha du vieillard...Il était à trois pas de lui lorsque ce dernier s'évanouit dans les brumes en disant : Je t'ai prévenu, voyageur ! Prends garde !
Le jeune homme ne l'écoutait pas et se retourna pour détailler la porte. Elle aussi avait changé : le marbre blanc sculpté avait laissé la place à une pierre noire brillante couverte de symboles rouges. Arzan ne connaissait pas le matériau mais supposait avec horreur que cette peinture avait quelque chose à voir avec du sang.
Pas très râgoutant... Bon, que faire ? S'imprégner les mains de sang pour pousser une porte fermée à double-tour ? Escalader des remparts de vingt pieds de haut dont le sommet arborait des pieux impressionnants ? Pourquoi les emmerdes conflluaient toujours vers lui ? Le chevalier Arzan, aimant des emmerdes... ça sonnait bien.
Un loup poussa un long gémissement, quelque part sur une colline désolée. Le vent se leva, balayant la lande. Un bruit sourd se fit entendre. Arzan préféra frapper à la porte, l'atmosphère le mettait mal-à-l'aise. Et pour cause...
Il attendit quelques minutes, frappa à nouveau, patienta encore. Mais rien ni personne n'ouvrit. Il tenta de forcer la porte, mais comme il s'y attendait, elle était fermée à clé. Il regarda alentour pour voir si une prise facile lui permettrait d'escalader l'enceinte du château, mais peine perdue : les murs étaient aussi lisses que le menton d'un gamin. Arzan soupira, d'un soupir où se mêlaient soulagement et résignation.
"Impossible de pénetrer le château par mes propres moyens, se dit-il. Je ne me vengerai pas ce soir, mais je ne mourrais pas ce soir non plus. Je vais devoir trouver le roi et demander aux sages de m'aider. Ca ne m'enchante pas de dire à ces vieux fous que ma famille a libéré les démons d'Atlantis, mais je n'ai pas le choix."
En fait, il supposait seulement qu'il s'agissait de ces démons là - ceux qui, selont les légendes, avaient presque réussi à détrôner les dieux, et qui auraient réussi sans l'intervention de son propre ancêtre, Jaskol Atlantis, armé du pouvoir des Thaumaturges et d'une arme inconnue mais apparemment redoutable. Il soupira encore. Cette fois, c'était la galère assurée...
Nan mais t'as pas fini de te plaindre? On a du mal à croire que tu descends des Thaumaturges, en te voyant... Un vrai pleurnicheur!
Arzan sursauta en entendant la voix qui semblait venir de nulle part. Puis il distingua le fantôme flou de jeune fille qui venait de surgir à ses côtés. Ah oui. Dans la liste des emmerdes, il avait oublié les esprits fatiguants, aussi.
Je t'ai entendu!, prévint l'adolescente fantômatique en envahissant l'espace d'un air...menaçant? Oui, on va dire menaçant. Le fait qu'un gosse de six ans n'en aurait pas eu peur ne compte pas. Et tu as de la chance de ne pas être tombé sur un démon, abruti!
-Pourquoi? Ils font encore plus peur que toi? Et puis qu'est-ce que tu fais là, d'ailleurs, toi? S'il y avait eu des filles dans ce château, je le saurais, non?
Ah, parce que tu crois que je viens tout juste de mourir? J'ai 10 000 ans, mon vieux...
Par la cape, les sandales et la hache de Géhïel, et par toutes les divinités majeures et mineures ! 10 000 ans ? L'âge de son propre ancêtre, Ker... Ker Atlantis avait été un duc bon pour ses sujets, se préoccupant plus d'eux que de lui même. Il avait vécu bien des millénaires avant Jaskol, et à part tout ceci, on ne savait rien de lui. Il ne restait même pas de portrait !
Evidemment ! Tu ne crois quand même pas qu'une peinture tiendrait si longtemps ! Par contre, je peux te parler de Ker. Ca fait longtemps que je n'avais pas discuté avec un vivant...
- Ca ne m'interesse pas. Ce vieux débris est mort depuis 10 000 ans, en quoi serait-il utile de connaître sa vie ?
Vieux débris ?? Respecte tes ancêtres, gamin ! C'était un homme de bien et ce n'est pas le premier gosse qui passe qui pourra se permettre de l'insulter devant moi !
- Oh ? Et que vas tu bien pouvoir faire ? Tu es morte...
J'ai quelques années de plus que toi, figure toi, et j'en connaît bien plus sur l'art des Thaumaturges qu'aucun de tes contemporains. En fait, tu es le plus fort que j'ai rencontré jusque là de ton époque, et tu es à peine capable de me voir, c'est pitoyable. Mais soit, je vais te montrer.
Elle lui balança son poing dans l'estomac, et Arzan se plia en deux sous la douleur, le souffle coupé.
Il se réveilla juste à temps pour voir un grand couteau plonger vers son thorax, plus tout devint noir.
De drôles de créatures blanchâtres lui parlèrent d'une voix éthérée, et Arzan comprit que la mort n'était pas si terrible, après tout.
*********
[Archives]
Déplacement du Cadavre exquis.
Connaissez vous le principe du "cadavre exquis"
? C'est une sorte de jeu. Chacun met un mot, pour former une phrase. Dans le genre "
Une vache torture le directeur sur la planète 1925". Vous l'aurez compris, cela donne parfois des choses bizarres.
Mais voila, sur un forum, ce n'est pas très pratique. Alors, quelqu'un a inventé une variante : Chacun écrit une ou deux phrases, voire quelques lignes, et au final, cela donne une histoire. En général, après son propre tour, avant de réécrire, on attend qu'il y ait 2 ou 3 messages de plus.
Vous l'avouerez, sur un forum
d'écriture, ce genre de sujet à plus ou moins sa place, non ?
La partie en gras, c'est l'endroit où nous nous sommes arrêtés, que j'ai écrite.
La nuit était sombre, la lune pleine brillait de mille feux,
éclairant le passage de la sombre silhouette, accompagnée
d'
une ombre silencieuse.
Au loin se dressait le château,
imposant et majestueux, qui reflétait l'
astre de nuit.
Ce
château avait appartenu au duc de Ker Atlantis, mort depuis près de
10000 ans. De nos jours, plus personne ne savait à qui il appartenait
vraiment, si ce n'
est aux fantômes du passé...
C'
était là que se rendait Arzan, seul, venant chercher son
héritage qui lui revenait de droit.
Il chevauchait un grand
destrier bai. L'
animal se cabra, flairant le danger. Arzan
descendit de sa monture, et avança jusqu'
à la porte du
château. C'
était une grande porte de marbre blanc, sculptée ça
et là de divers symboles des temps anciens...
Arzan se racla la
gorge, puis énonça d'
une voix forte :
"
Que le
Seigneur de la Sainte Citadelle ouvre ses portes à moi, Bâtard Arzan,
de la lignée des rois Thaumaturges !"
Le silence
fut sa seule réponse.
Ces maudites traditions et leurs discours
pompeux...
Fatigué, il sortit son fusil-mitrailleur et tira une
bonne rafale dans la porte. D'
un coup de pied, elle céda.<br
/>Il rangea son fusil-mitrailleur. Il se demanda rapidement pourquoi on
appelait cela un fusil. Un fusil, il savait ce que c'
était,
bien sûr. Les cuisiniers s'
en servaient pour affûter les
couteaux. Il imagina que c'
était parce que dire
"
arbalète à répétition aux multiples coups simultanés ou
presque"
, c'
était un peu long durant une bataille.<br
/>Le capitaine qui commençait à lancer cet ordre avait toutes les
chances de se faire trucider d'
une flèche dans la gorge avant
d'
arriver à "
multiples"
. Et dire
"
arbalète à répétition à aaaaaaaargh"
, cela le
faisait moins quand vos hommes attendent un ordre précis. Il referma
cette parenthèse mentale et entra.
Ce qu'
il vit alors le
terrifia.
De sa vie, pourtant mouvementée et violente, il
n'
avait jamais vu autant de cadavres ayant été autant mutilés.
Réprimant son envie de vomir (et de s'
enfuir à toutes jambes),
il s'
approcha d'
un des corps et l'
observa,
cherchant des indices lui permettant de deviner qui était la cause de
ce carnage et pourquoi il l'
avait fait.
Il ne sentit pas
une ombre se faufiler derrière lui et une pointe glacée lui transpercer
le cœur.
Arzan se réveilla en sursaut, la main à son épée.<br
/>Quelle plaie, ces téléportations ! Bien pratique sur le moment, mais
l'
énergie dépensée était telle que vous vous endormiez
n'
importe où... Il épousseta sa cape nerveusement, et examina
le corps mutilé, se giflant pour garder les yeux ouverts.
Les
armoiries de l'
uniforme du mort révélaient son appartenance au
clan Shield. Le propre clan du père d'
Arzan. Le jeune homme
jura, puis entreprit de fouiller le corps. Rien de vraiment utile. Il
se releva, et entreprit d'
explorer les lieux. Si
quelqu'
un avait survécu à ce massacre, il comptait
l'
interroger.
Arzan tira son arme au clair. Dans le pire
des cas, il ne serait pas pris par surprise...
Un carreau
d'
arbalète siffla à ses oreilles. Azran pria qu'
il ne
s'
agisse pas d'
un fusil mitrailleur... Et se jeta à
terre, parmi les cadavres...
Le souffle court, il rampa
jusqu'
à une porte secondaire, et se rua dans un corridor. Il y
avait tant de portes ! Laquelle choisir ?
Il tourna à gauche, un
cul-de-sac !! Trop tard, il entendait les pas se rapprocher.
Il
vit l'
ombre de son attaquant se profiler. Puis il le vit
entrer. Il était habillé en noir, portait une capuche cachant son
visage mais Arzan parvint à entrevoir ce dernier. Il n'
en crut
pas ses yeux... Un Démon mineur! Ce n'
était qu'
une
créature de légende pourtant dès qu'
il le vit, il fut sûr que
c'
était bien un membre de cette engeance maudite.
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/>Derrière le démon se firent entendre des voix rauques, des bribes de
paroles aux accents étrangers, exotiques. Arzan adressa une prière à
Ghéïel, saint patron des voleurs, en espérant qu'
il le
camoufle dans sa cape d'
ombre.
- Il y a
quelqu'
un, là ! souffla la créature. Je le flaire !
- Il
s'
est pas lavé depuis des lustres, à en juger par son odeur !
renchérit un homme derrière le démon, accompagnant sa réplique
d'
un rire gras.
Arzan, découvert et blessé dans son
honneur, se résolut à agir, et surgit vaillamment des ténèbres... mais
sa vaillance ne fit pas long feu, car il se cogna violemment à un pan
de plafond et tomba mollement à terre.
Avant de sombrer dans
l'
inconscience, il eut juste le temps de tirer une rafale dans
le tas. Tout devint noir ...
Il faisait noir ici ... Une
chaleur étouffante régnait. Il ne savait pas depuis combien de temps il
s'
était réveillé. Une heure, un siècle ...
Quelle
importance !
Il n'
avait plus son épée, ni son
fusil-mitrailleur. L'
air empestait et il se demandait si on
allait venir le chercher. Il commençait à avoir sérieusement faim.<br
/>Il faisait noir, ici ... Cette noirceur le rendait fou. S'
il
ne sortait pas vite de là, il ne tarderait pas à perdre ses
moyens...
Il faisait noir ici ...
"
Atchaaaaa
!"
Arzan maugréa. Il faisait noir et froid. Pour un peu,
il claquait des dents. Il ne savait pas où on l'
avait enfermé,
mais une chose était sûre : il était loin, bien loin des steppes qui
bordaient le château de Ker Atlantis. Il éternua à nouveau, et le bruit
se répercuta dans sa cellule.
La porte s'
ouvrit à la
volée. Un mystérieux gardien voilé le prit sur son dos ... Arzan ne
savait plus ...
Dix minutes plus tard, Arzan était violemment
déposé par terre. Il leva les yeux et vit celui qui devait être le chef
de ses ravisseurs.
En fait, il ne vit que ses yeux. De grands yeux
rouges. Pas injectés de sang, non : deux globes écarlate. Arzan voulut
se pincer pour se réveiller, mais ses mains étaient solidement liées.
Autant dormir, alors. Ses paupières s'
alourdissaient quand un
coup de pied bien placé le fit sursauter et gémir de douleur.
<br
/>« Brute ! » s’écria-t-il inconsciemment et quelques rires rauques se
firent entendre autour – si l’on pouvait appeler cela des rires.<br
/>Arzan releva les yeux pour rencontrer ceux de son agresseur.
Extrêmement déstabilisant cette couleur, songea-t-il. Il tourna la tête
avec difficulté pour observer la salle humide dans laquelle il se
trouvait. Mais il n’eut pas vraiment le temps de détailler le
décor...
Le démon l'
attrapa par les cheveux et le
souleva.
- Voici donc le dernier membre du clan Shield ? Un bâtard
! Et une lopette en plus !
Derrière lui, ses hommes éclatèrent de
noouveaux de rire. Enfin, pas vraiment des hommes, eux non plus. Tous
avaient les yeux rouges.
- Et que viens faire quelqu'
un
comme toi par ici. Hein ? Répond !
De sa main gantée de métal, le
démon frappa Arzan.
Un coup dans la mâchoire ... le sang perla au
coin de sa bouche. Le groupe se mit à rire de plus de belle.
<br
/>Du coin de l'
oeil, Arzan repéra soudain l'
ombre qui
l'
avait attendu à l'
extérieur. Silencieuse, elle se
faufilait entre les gardes dans la pièce sombre, les fauchant un à un.
Lorsque l'
un d'
eux s'
aperçut de la
disparition de trois de ses camarades, il cria. La tension montait
tandis que l'
ombre trouvait une quatrième victime.
<br
/>Le chef, surpris et en colère, lâcha Arzan dont la tête rebondit sur
la pierre. Il tomba, encore une fois, dans l'
inconscience
ayant juste le temps de voir une main se pencher vers lui.
<br
/>Les ténèbres se firent, Arzan sombra dans un fleuve cotonneux au
cours paisible. Il ne savait plus où ni qui il était, il se laissait
juste dériver parmi les brumes de l'
inconscience. Au loin,
malgré sa cécité, il distingua une lueur blanche. A mesure
qu'
il faisait un peu plus corps avec le courant, la lumière se
rapprochait, et bientôt il fut à son niveau. Et la traversa.
<br
/>
Il mourut.
Et suivit le courant, dont
l'
impétuosité grandissait.
Alors il se réveilla en
sueur. Il était dans cette satanée auberge que son imbécile de frère
gérait et, surpris d'
être en vie, se demanda:"
Aurais
je rêver? "
Son frère était à son chevet.
- Tu es
réveillé ? Trois semaines, que tu dors ! Depuis que nous
t'
avons trouvé au seuil de mon établissement !
Trois
semaines ? Et puis, dans son dernier souvenir, il était dans le château
de Ker Atlantis, et...
Et il se souvint. Dans le flot impétueux,
il était mort. Il avait acquis la connaissance que cela apportait, puis
il avait ressucité, signe qu'
il était l'
une des rares
personnes élues. Il avait atteint son but, il possédait le pouvoir des
Thaumaturges.
Il ouvrit les yeux, et il vit que trois présences
floues, insubstentielles, étaient présentes.
A présent, il pouvait
voir les morts, et leur parler.
-
Ouf rain a transféré le plus
important
;
D
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La
nuit était sombre, la lune pleine brillait de mille feux, éclairant le
passage de la sombre silhouette, accompagnée d'une ombre
silencieuse.
Au loin se dressait le château, imposant et
majestueux, qui reflétait l'astre de nuit.
Ce château avait
appartenu au duc de Ker Atlantis, mort depuis près de 10000 ans. De nos
jours, plus personne ne savait à qui il appartenait vraiment, si ce
n'est aux fantômes du passé... C'était là que se rendait
Arzan, seul, venant chercher son héritage qui lui revenait de droit.
/>Il chevauchait un grand destrier bai. L'animal se cabra,
flairant le danger. Arzan descendit de sa monture, et avança
jusqu'à la porte du château. C'était une grande porte de
marbre blanc, sculptée ça et là de divers symboles des temps
anciens...
Arzan se racla la gorge, puis énonça d'une voix
forte :
"Que le Seigneur de la Sainte Citadelle ouvre ses
portes à moi, Bâtard Arzan, de la lignée des rois Thaumaturges
!"
Le silence fut sa seule réponse.
Ces maudites
traditions et leurs discours pompeux...
Fatigué, il sortit son
fusil-mitrailleur et tira une bonne rafale dans la porte. D'un
coup de pied, elle céda.
Il rangea son fusil-mitrailleur. Il se
demanda rapidement pourquoi on appelait cela un fusil. Un fusil, il
savait ce que c'était, bien sûr. Les cuisiniers s'en
servaient pour affûter les couteaux. Il imagina que c'était parce
que dire "arbalète à répétition aux multiples coups simultanés ou
presque", c'était un peu long durant une bataille.
Le
capitaine qui commençait à lancer cet ordre avait toutes les chances de
se faire trucider d'une flèche dans la gorge avant d'arriver
à "multiples". Et dire "arbalète à répétition à
aaaaaaaargh", cela le faisait moins quand vos hommes attendent un
ordre précis. Il referma cette parenthèse mentale et entra.
Ce
qu'il vit alors le terrifia.
De sa vie, pourtant mouvementée
et violente, il n'avait jamais vu autant de cadavres ayant été
autant mutilés. Réprimant son envie de vomir (et de s'enfuir à
toutes jambes), il s'approcha d'un des corps et
l'observa, cherchant des indices lui permettant de deviner qui
était la cause de ce carnage et pourquoi il l'avait fait.
Il
ne sentit pas une ombre se faufiler derrière lui et une pointe glacée
lui transpercer le cœur.
Arzan se réveilla en sursaut, la main à
son épée.
Quelle plaie, ces téléportations ! Bien pratique sur le
moment, mais l'énergie dépensée était telle que vous vous
endormiez n'importe où... Il épousseta sa cape nerveusement, et
examina le corps mutilé, se giflant pour garder les yeux ouverts.
/>Les armoiries de l'uniforme du mort révélaient son appartenance
au clan Shield. Le propre clan du père d'Arzan. Le jeune homme
jura, puis entreprit de fouiller le corps. Rien de vraiment utile. Il
se releva, et entreprit d'explorer les lieux. Si quelqu'un
avait survécu à ce massacre, il comptait l'interroger.
Arzan
tira son arme au clair. Dans le pire des cas, il ne serait pas pris par
surprise...
Un carreau d'arbalète siffla à ses oreilles.
Azran pria qu'il ne s'agisse pas d'un fusil
mitrailleur... Et se jeta à terre, parmi les cadavres...
Le
souffle court, il rampa jusqu'à une porte secondaire, et se rua
dans un corridor. Il y avait tant de portes ! Laquelle choisir ?
/>Il tourna à gauche, un cul-de-sac !! Trop tard, il entendait les pas
se rapprocher.
Il vit l'ombre de son attaquant se profiler.
Puis il le vit entrer. Il était habillé en noir, portait une capuche
cachant son visage mais Arzan parvint à entrevoir ce dernier. Il
n'en crut pas ses yeux... Un Démon mineur! Ce n'était
qu'une créature de légende pourtant dès qu'il le vit, il fut
sûr que c'était bien un membre de cette engeance maudite.
/>Derrière le démon se firent entendre des voix rauques, des bribes de
paroles aux accents étrangers, exotiques. Arzan adressa une prière à
Ghéïel, saint patron des voleurs, en espérant qu'il le camoufle
dans sa cape d'ombre.
- Il y a quelqu'un, là ! souffla
la créature. Je le flaire !
- Il s'est pas lavé depuis des
lustres, à en juger par son odeur ! renchérit un homme derrière le
démon, accompagnant sa réplique d'un rire gras.
Arzan,
découvert et blessé dans son honneur, se résolut à agir, et surgit
vaillamment des ténèbres... mais sa vaillance ne fit pas long feu, car
il se cogna violemment à un pan de plafond et tomba mollement à
terre.
Avant de sombrer dans l'inconscience, il eut juste le
temps de tirer une rafale dans le tas. Tout devint noir ...
/>Il faisait noir ici ... Une chaleur étouffante régnait. Il ne savait
pas depuis combien de temps il s'était réveillé. Une heure, un
siècle ...
Quelle importance !
Il n'avait plus son épée,
ni son fusil-mitrailleur. L'air empestait et il se demandait si on
allait venir le chercher. Il commençait à avoir sérieusement faim.
/>Il faisait noir, ici ... Cette noirceur le rendait fou. S'il ne
sortait pas vite de là, il ne tarderait pas à perdre ses moyens...
/>Il faisait noir ici ...
"Atchaaaaa !"
Arzan
maugréa. Il faisait noir et froid. Pour un peu, il claquait des dents.
Il ne savait pas où on l'avait enfermé, mais une chose était sûre
: il était loin, bien loin des steppes qui bordaient le château de Ker
Atlantis. Il éternua à nouveau, et le bruit se répercuta dans sa
cellule.
La porte s'ouvrit à la volée. Un mystérieux gardien
voilé le prit sur son dos ... Arzan ne savait plus ...
Dix minutes
plus tard, Arzan était violemment déposé par terre. Il leva les yeux et
vit celui qui devait être le chef de ses ravisseurs.
En fait, il
ne vit que ses yeux. De grands yeux rouges. Pas injectés de sang, non :
deux globes écarlate. Arzan voulut se pincer pour se réveiller, mais
ses mains étaient solidement liées. Autant dormir, alors. Ses paupières
s'alourdissaient quand un coup de pied bien placé le fit sursauter
et gémir de douleur.
« Brute ! » s’écria-t-il inconsciemment
et quelques rires rauques se firent entendre autour – si l’on pouvait
appeler cela des rires.
Arzan releva les yeux pour rencontrer ceux
de son agresseur. Extrêmement déstabilisant cette couleur, songea-t-il.
Il tourna la tête avec difficulté pour observer la salle humide dans
laquelle il se trouvait. Mais il n’eut pas vraiment le temps de
détailler le décor...
Le démon l'attrapa par les
cheveux et le souleva.
- Voici donc le dernier membre du clan
Shield ? Un bâtard ! Et une lopette en plus !
Derrière lui, ses
hommes éclatèrent de noouveaux de rire. Enfin, pas vraiment des hommes,
eux non plus. Tous avaient les yeux rouges.
- Et que viens faire
quelqu'un comme toi par ici. Hein ? Répond !
De sa main
gantée de métal, le démon frappa Arzan.
Un coup dans la mâchoire
... le sang perla au coin de sa bouche. Le groupe se mit à rire de plus
de belle.
Du coin de l'oeil, Arzan repéra soudain
l'ombre qui l'avait attendu à l'extérieur. Silencieuse,
elle se faufilait entre les gardes dans la pièce sombre, les fauchant
un à un. Lorsque l'un d'eux s'aperçut de la disparition
de trois de ses camarades, il cria. La tension montait tandis que
l'ombre trouvait une quatrième victime.
Le chef,
surpris et en colère, lâcha Arzan dont la tête rebondit sur la pierre.
Il tomba, encore une fois, dans l'inconscience ayant juste le
temps de voir une main se pencher vers lui.
Les ténèbres se
firent, Arzan sombra dans un fleuve cotonneux au cours paisible. Il ne
savait plus où ni qui il était, il se laissait juste dériver parmi les
brumes de l'inconscience. Au loin, malgré sa cécité, il distingua
une lueur blanche. A mesure qu'il faisait un peu plus corps avec
le courant, la lumière se rapprochait, et bientôt il fut à son niveau.
Et la traversa.
Il mourut.
Et suivit le courant, dont
l'impétuosité grandissait.
Alors il se réveilla en
sueur. Il était dans cette satanée auberge que son imbécile de frère
gérait et, surpris d'être en vie, se demanda : "Aurais-je
rêvé ?"
Son frère était à son chevet.
- Tu es réveillé ?
Trois semaines, que tu dors ! Depuis que nous t'avons trouvé au
seuil de mon établissement !
Trois semaines ? Et puis, dans son
dernier souvenir, il était dans le château de Ker Atlantis, et...
/>Et il se souvint. Dans le flot impétueux, il était mort. Il avait
acquis la connaissance que cela apportait, puis il avait ressucité,
signe qu'il était l'une des rares personnes élues. Il avait
atteint son but, il possédait le pouvoir des Thaumaturges.
Il
ouvrit les yeux, et il vit que trois présences floues,
insubstentielles, étaient présentes.
A présent, il pouvait voir
les morts, et leur parler.
Crénom, sacré changement
! Arzan se sentait presque maître du monde ! Mais, dès qu'il
réalisa toute l'ampleur de son pouvoir, le doute s'instilla
en lui : d'autres pouvaient les voir. D'autres
pourraient se dresser sur sa route. Sa décision était donc prise : pour
faire régner le bien sur le monde, il devait éliminer le mal.
/>Vous arrêtez, oui, avec votre manichéisme de merde ? C'est
pas demain la veille que vous aurez en vous la graine héroïque !
Maintenant restez immobile que je vous osculte !
Arzan
soupira, accablé. Les infirmières tutoyaient, ironisaient et lisaient
dans les pensées... Chiant comme tout.
Et soyez pas vulgaire
comme ça !
-
[Loredan, tes infirmières ne tutoient pas là !] EDIT : OK
j'ai changé dans mon post...
La nuit était sombre, la
lune pleine brillait de mille feux, éclairant le passage de la sombre
silhouette, accompagnée d'une ombre silencieuse.
Au loin se
dressait le château, imposant et majestueux, qui reflétait l'astre
de nuit.
Ce château avait appartenu au duc de Ker Atlantis, mort
depuis près de 10000 ans. De nos jours, plus personne ne savait à qui
il appartenait vraiment, si ce n'est aux fantômes du passé...
C'était là que se rendait Arzan, seul, venant chercher son
héritage qui lui revenait de droit.
Il chevauchait un grand
destrier bai. L'animal se cabra, flairant le danger. Arzan
descendit de sa monture, et avança jusqu'à la porte du château.
C'était une grande porte de marbre blanc, sculptée ça et là de
divers symboles des temps anciens...
Arzan se racla la gorge, puis
énonça d'une voix forte :
"Que le Seigneur de la Sainte
Citadelle ouvre ses portes à moi, Bâtard Arzan, de la lignée des rois
Thaumaturges !"
Le silence fut sa seule réponse.
/>Ces maudites traditions et leurs discours pompeux...
Fatigué, il
sortit son fusil-mitrailleur et tira une bonne rafale dans la porte.
D'un coup de pied, elle céda.
Il rangea son
fusil-mitrailleur. Il se demanda rapidement pourquoi on appelait cela
un fusil. Un fusil, il savait ce que c'était, bien sûr. Les
cuisiniers s'en servaient pour affûter les couteaux. Il imagina
que c'était parce que dire "arbalète à répétition aux
multiples coups simultanés ou presque", c'était un peu long
durant une bataille.
Le capitaine qui commençait à lancer cet
ordre avait toutes les chances de se faire trucider d'une flèche
dans la gorge avant d'arriver à "multiples". Et dire
"arbalète à répétition à aaaaaaaargh", cela le faisait moins
quand vos hommes attendent un ordre précis. Il referma cette parenthèse
mentale et entra.
Ce qu'il vit alors le terrifia.
De sa
vie, pourtant mouvementée et violente, il n'avait jamais vu autant
de cadavres ayant été autant mutilés. Réprimant son envie de vomir (et
de s'enfuir à toutes jambes), il s'approcha d'un des
corps et l'observa, cherchant des indices lui permettant de
deviner qui était la cause de ce carnage et pourquoi il l'avait
fait.
Il ne sentit pas une ombre se faufiler derrière lui et une
pointe glacée lui transpercer le cœur.
Arzan se réveilla en
sursaut, la main à son épée.
Quelle plaie, ces téléportations !
Bien pratique sur le moment, mais l'énergie dépensée était telle
que vous vous endormiez n'importe où... Il épousseta sa cape
nerveusement, et examina le corps mutilé, se giflant pour garder les
yeux ouverts.
Les armoiries de l'uniforme du mort révélaient
son appartenance au clan Shield. Le propre clan du père d'Arzan.
Le jeune homme jura, puis entreprit de fouiller le corps. Rien de
vraiment utile. Il se releva, et entreprit d'explorer les lieux.
Si quelqu'un avait survécu à ce massacre, il comptait
l'interroger.
Arzan tira son arme au clair. Dans le pire des
cas, il ne serait pas pris par surprise...
Un carreau
d'arbalète siffla à ses oreilles. Azran pria qu'il ne
s'agisse pas d'un fusil mitrailleur... Et se jeta à terre,
parmi les cadavres...
Le souffle court, il rampa jusqu'à une
porte secondaire, et se rua dans un corridor. Il y avait tant de portes
! Laquelle choisir ?
Il tourna à gauche, un cul-de-sac !! Trop
tard, il entendait les pas se rapprocher.
Il vit l'ombre de
son attaquant se profiler. Puis il le vit entrer. Il était habillé en
noir, portait une capuche cachant son visage mais Arzan parvint à
entrevoir ce dernier. Il n'en crut pas ses yeux... Un Démon
mineur! Ce n'était qu'une créature de légende pourtant dès
qu'il le vit, il fut sûr que c'était bien un membre de cette
engeance maudite.
Derrière le démon se firent entendre des
voix rauques, des bribes de paroles aux accents étrangers, exotiques.
Arzan adressa une prière à Ghéïel, saint patron des voleurs, en
espérant qu'il le camoufle dans sa cape d'ombre.
- Il y
a quelqu'un, là ! souffla la créature. Je le flaire !
- Il
s'est pas lavé depuis des lustres, à en juger par son odeur !
renchérit un homme derrière le démon, accompagnant sa réplique
d'un rire gras.
Arzan, découvert et blessé dans son honneur,
se résolut à agir, et surgit vaillamment des ténèbres... mais sa
vaillance ne fit pas long feu, car il se cogna violemment à un pan de
plafond et tomba mollement à terre.
Avant de sombrer dans
l'inconscience, il eut juste le temps de tirer une rafale dans le
tas. Tout devint noir ...
Il faisait noir ici ... Une
chaleur étouffante régnait. Il ne savait pas depuis combien de temps il
s'était réveillé. Une heure, un siècle ...
Quelle importance
!
Il n'avait plus son épée, ni son fusil-mitrailleur.
L'air empestait et il se demandait si on allait venir le chercher.
Il commençait à avoir sérieusement faim.
Il faisait noir, ici ...
Cette noirceur le rendait fou. S'il ne sortait pas vite de là, il
ne tarderait pas à perdre ses moyens...
Il faisait noir ici ...
/>"Atchaaaaa !"
Arzan maugréa. Il faisait noir et froid.
Pour un peu, il claquait des dents. Il ne savait pas où on l'avait
enfermé, mais une chose était sûre : il était loin, bien loin des
steppes qui bordaient le château de Ker Atlantis. Il éternua à nouveau,
et le bruit se répercuta dans sa cellule.
La porte s'ouvrit à
la volée. Un mystérieux gardien voilé le prit sur son dos ... Arzan ne
savait plus ...
Dix minutes plus tard, Arzan était violemment
déposé par terre. Il leva les yeux et vit celui qui devait être le chef
de ses ravisseurs.
En fait, il ne vit que ses yeux. De grands yeux
rouges. Pas injectés de sang, non : deux globes écarlate. Arzan voulut
se pincer pour se réveiller, mais ses mains étaient solidement liées.
Autant dormir, alors. Ses paupières s'alourdissaient quand un coup
de pied bien placé le fit sursauter et gémir de douleur.
«
Brute ! » s’écria-t-il inconsciemment et quelques rires rauques se
firent entendre autour – si l’on pouvait appeler cela des rires.
/>Arzan releva les yeux pour rencontrer ceux de son agresseur.
Extrêmement déstabilisant cette couleur, songea-t-il. Il tourna la tête
avec difficulté pour observer la salle humide dans laquelle il se
trouvait. Mais il n’eut pas vraiment le temps de détailler le
décor...
Le démon l'attrapa par les cheveux et le
souleva.
- Voici donc le dernier membre du clan Shield ? Un bâtard
! Et une lopette en plus !
Derrière lui, ses hommes éclatèrent de
noouveaux de rire. Enfin, pas vraiment des hommes, eux non plus. Tous
avaient les yeux rouges.
- Et que viens faire quelqu'un comme
toi par ici. Hein ? Répond !
De sa main gantée de métal, le démon
frappa Arzan.
Un coup dans la mâchoire ... le sang perla au coin
de sa bouche. Le groupe se mit à rire de plus de belle.
Du
coin de l'oeil, Arzan repéra soudain l'ombre qui l'avait
attendu à l'extérieur. Silencieuse, elle se faufilait entre les
gardes dans la pièce sombre, les fauchant un à un. Lorsque l'un
d'eux s'aperçut de la disparition de trois de ses camarades,
il cria. La tension montait tandis que l'ombre trouvait une
quatrième victime.
Le chef, surpris et en colère, lâcha
Arzan dont la tête rebondit sur la pierre. Il tomba, encore une fois,
dans l'inconscience ayant juste le temps de voir une main se
pencher vers lui.
Les ténèbres se firent, Arzan sombra dans
un fleuve cotonneux au cours paisible. Il ne savait plus où ni qui il
était, il se laissait juste dériver parmi les brumes de
l'inconscience. Au loin, malgré sa cécité, il distingua une lueur
blanche. A mesure qu'il faisait un peu plus corps avec le courant,
la lumière se rapprochait, et bientôt il fut à son niveau. Et la
traversa.
Il mourut.
Et suivit le courant, dont
l'impétuosité grandissait.
Alors il se réveilla en
sueur. Il était dans cette satanée auberge que son imbécile de frère
gérait et, surpris d'être en vie, se demanda : "Aurais-je
rêvé ?"
Son frère était à son chevet.
- Tu es réveillé ?
Trois semaines, que tu dors ! Depuis que nous t'avons trouvé au
seuil de mon établissement !
Trois semaines ? Et puis, dans son
dernier souvenir, il était dans le château de Ker Atlantis, et...
/>Et il se souvint. Dans le flot impétueux, il était mort. Il avait
acquis la connaissance que cela apportait, puis il avait ressucité,
signe qu'il était l'une des rares personnes élues. Il avait
atteint son but, il possédait le pouvoir des Thaumaturges.
Il
ouvrit les yeux, et il vit que trois présences floues,
insubstentielles, étaient présentes.
A présent, il pouvait voir
les morts, et leur parler.
Crénom, sacré changement ! Arzan se
sentait presque maître du monde ! Mais, dès qu'il réalisa toute
l'ampleur de son pouvoir, le doute s'instilla en lui :
d'autres pouvaient les voir. D'autres pourraient se dresser
sur sa route. Sa décision était donc prise : pour faire régner le bien
sur le monde, il devait éliminer le mal.
Vous arrêtez, oui,
avec votre manichéisme de merde ? C'est pas demain la veille que
vous aurez en vous la graine héroïque ! Maintenant restez immobile que
je vous osculte !
Arzan soupira, accablé. Les infirmières
ironisaient et lisaient dans les pensées... Chiant comme tout.
/>Et soyez pas vulgaire comme ça !
Arzan soupira
encore et, pour contenter l'infirmière, se mit à penser aux
papillons qui voletaient au-dehors, derrière la petit fenêtre qui
éclairait la pièce. Il sentait la vieille femme le palper, prendre son
pouls, examiner ses os... Trois semaines, par la cape de Géhïel,
c'était long ! Il était plus faible que le dernier bambin de son
frère ! Et qui sait s'il n'était pas en danger maintenant...
-
Oups ! Au début, si :P Alors juste ironisent et lisent dans
les pensées ^^
-
Heum... personne, à part Mary et moi ? :(
-
Un peu crevé et un peu de flemme en ce moment.
T'inquiète je vais pas laisser le jeu tombé :p
-
Allez, allez, du nerf que diable ! :)
-
La nuit était
sombre, la lune pleine brillait de mille feux, éclairant le passage de
la sombre silhouette, accompagnée d'une ombre silencieuse.
Au
loin se dressait le château, imposant et majestueux, qui reflétait
l'astre de nuit.
Ce château avait appartenu au duc de Ker
Atlantis, mort depuis près de 10000 ans. De nos jours, plus personne ne
savait à qui il appartenait vraiment, si ce n'est aux fantômes du
passé... C'était là que se rendait Arzan, seul, venant chercher
son héritage qui lui revenait de droit.
Il chevauchait un grand
destrier bai. L'animal se cabra, flairant le danger. Arzan
descendit de sa monture, et avança jusqu'à la porte du château.
C'était une grande porte de marbre blanc, sculptée ça et là de
divers symboles des temps anciens...
Arzan se racla la gorge, puis
énonça d'une voix forte :
"Que le Seigneur de la Sainte
Citadelle ouvre ses portes à moi, Bâtard Arzan, de la lignée des rois
Thaumaturges !"
Le silence fut sa seule réponse.
/>Ces maudites traditions et leurs discours pompeux...
Fatigué, il
sortit son fusil-mitrailleur et tira une bonne rafale dans la porte.
D'un coup de pied, elle céda.
Il rangea son
fusil-mitrailleur. Il se demanda rapidement pourquoi on appelait cela
un fusil. Un fusil, il savait ce que c'était, bien sûr. Les
cuisiniers s'en servaient pour affûter les couteaux. Il imagina
que c'était parce que dire "arbalète à répétition aux
multiples coups simultanés ou presque", c'était un peu long
durant une bataille.
Le capitaine qui commençait à lancer cet
ordre avait toutes les chances de se faire trucider d'une flèche
dans la gorge avant d'arriver à "multiples". Et dire
"arbalète à répétition à aaaaaaaargh", cela le faisait moins
quand vos hommes attendent un ordre précis. Il referma cette parenthèse
mentale et entra.
Ce qu'il vit alors le terrifia.
De sa
vie, pourtant mouvementée et violente, il n'avait jamais vu autant
de cadavres ayant été autant mutilés. Réprimant son envie de vomir (et
de s'enfuir à toutes jambes), il s'approcha d'un des
corps et l'observa, cherchant des indices lui permettant de
deviner qui était la cause de ce carnage et pourquoi il l'avait
fait.
Il ne sentit pas une ombre se faufiler derrière lui et une
pointe glacée lui transpercer le cœur.
Arzan se réveilla en
sursaut, la main à son épée.
Quelle plaie, ces téléportations !
Bien pratique sur le moment, mais l'énergie dépensée était telle
que vous vous endormiez n'importe où... Il épousseta sa cape
nerveusement, et examina le corps mutilé, se giflant pour garder les
yeux ouverts.
Les armoiries de l'uniforme du mort révélaient
son appartenance au clan Shield. Le propre clan du père d'Arzan.
Le jeune homme jura, puis entreprit de fouiller le corps. Rien de
vraiment utile. Il se releva, et entreprit d'explorer les lieux.
Si quelqu'un avait survécu à ce massacre, il comptait
l'interroger.
Arzan tira son arme au clair. Dans le pire des
cas, il ne serait pas pris par surprise...
Un carreau
d'arbalète siffla à ses oreilles. Azran pria qu'il ne
s'agisse pas d'un fusil mitrailleur... Et se jeta à terre,
parmi les cadavres...
Le souffle court, il rampa jusqu'à une
porte secondaire, et se rua dans un corridor. Il y avait tant de portes
! Laquelle choisir ?
Il tourna à gauche, un cul-de-sac !! Trop
tard, il entendait les pas se rapprocher.
Il vit l'ombre de
son attaquant se profiler. Puis il le vit entrer. Il était habillé en
noir, portait une capuche cachant son visage mais Arzan parvint à
entrevoir ce dernier. Il n'en crut pas ses yeux... Un Démon
mineur! Ce n'était qu'une créature de légende pourtant dès
qu'il le vit, il fut sûr que c'était bien un membre de cette
engeance maudite.
Derrière le démon se firent entendre des
voix rauques, des bribes de paroles aux accents étrangers, exotiques.
Arzan adressa une prière à Ghéïel, saint patron des voleurs, en
espérant qu'il le camoufle dans sa cape d'ombre.
- Il y
a quelqu'un, là ! souffla la créature. Je le flaire !
- Il
s'est pas lavé depuis des lustres, à en juger par son odeur !
renchérit un homme derrière le démon, accompagnant sa réplique
d'un rire gras.
Arzan, découvert et blessé dans son honneur,
se résolut à agir, et surgit vaillamment des ténèbres... mais sa
vaillance ne fit pas long feu, car il se cogna violemment à un pan de
plafond et tomba mollement à terre.
Avant de sombrer dans
l'inconscience, il eut juste le temps de tirer une rafale dans le
tas. Tout devint noir ...
Il faisait noir ici ... Une
chaleur étouffante régnait. Il ne savait pas depuis combien de temps il
s'était réveillé. Une heure, un siècle ...
Quelle importance
!
Il n'avait plus son épée, ni son fusil-mitrailleur.
L'air empestait et il se demandait si on allait venir le chercher.
Il commençait à avoir sérieusement faim.
Il faisait noir, ici ...
Cette noirceur le rendait fou. S'il ne sortait pas vite de là, il
ne tarderait pas à perdre ses moyens...
Il faisait noir ici ...
/>"Atchaaaaa !"
Arzan maugréa. Il faisait noir et froid.
Pour un peu, il claquait des dents. Il ne savait pas où on l'avait
enfermé, mais une chose était sûre : il était loin, bien loin des
steppes qui bordaient le château de Ker Atlantis. Il éternua à nouveau,
et le bruit se répercuta dans sa cellule.
La porte s'ouvrit à
la volée. Un mystérieux gardien voilé le prit sur son dos ... Arzan ne
savait plus ...
Dix minutes plus tard, Arzan était violemment
déposé par terre. Il leva les yeux et vit celui qui devait être le chef
de ses ravisseurs.
En fait, il ne vit que ses yeux. De grands yeux
rouges. Pas injectés de sang, non : deux globes écarlate. Arzan voulut
se pincer pour se réveiller, mais ses mains étaient solidement liées.
Autant dormir, alors. Ses paupières s'alourdissaient quand un coup
de pied bien placé le fit sursauter et gémir de douleur.
«
Brute ! » s’écria-t-il inconsciemment et quelques rires rauques se
firent entendre autour – si l’on pouvait appeler cela des rires.
/>Arzan releva les yeux pour rencontrer ceux de son agresseur.
Extrêmement déstabilisant cette couleur, songea-t-il. Il tourna la tête
avec difficulté pour observer la salle humide dans laquelle il se
trouvait. Mais il n’eut pas vraiment le temps de détailler le
décor...
Le démon l'attrapa par les cheveux et le
souleva.
- Voici donc le dernier membre du clan Shield ? Un bâtard
! Et une lopette en plus !
Derrière lui, ses hommes éclatèrent de
noouveaux de rire. Enfin, pas vraiment des hommes, eux non plus. Tous
avaient les yeux rouges.
- Et que viens faire quelqu'un comme
toi par ici. Hein ? Répond !
De sa main gantée de métal, le démon
frappa Arzan.
Un coup dans la mâchoire ... le sang perla au coin
de sa bouche. Le groupe se mit à rire de plus de belle.
Du
coin de l'oeil, Arzan repéra soudain l'ombre qui l'avait
attendu à l'extérieur. Silencieuse, elle se faufilait entre les
gardes dans la pièce sombre, les fauchant un à un. Lorsque l'un
d'eux s'aperçut de la disparition de trois de ses camarades,
il cria. La tension montait tandis que l'ombre trouvait une
quatrième victime.
Le chef, surpris et en colère, lâcha
Arzan dont la tête rebondit sur la pierre. Il tomba, encore une fois,
dans l'inconscience ayant juste le temps de voir une main se
pencher vers lui.
Les ténèbres se firent, Arzan sombra dans
un fleuve cotonneux au cours paisible. Il ne savait plus où ni qui il
était, il se laissait juste dériver parmi les brumes de
l'inconscience. Au loin, malgré sa cécité, il distingua une lueur
blanche. A mesure qu'il faisait un peu plus corps avec le courant,
la lumière se rapprochait, et bientôt il fut à son niveau. Et la
traversa.
Il mourut.
Et suivit le courant, dont
l'impétuosité grandissait.
Alors il se réveilla en
sueur. Il était dans cette satanée auberge que son imbécile de frère
gérait et, surpris d'être en vie, se demanda : "Aurais-je
rêvé ?"
Son frère était à son chevet.
- Tu es réveillé ?
Trois semaines, que tu dors ! Depuis que nous t'avons trouvé au
seuil de mon établissement !
Trois semaines ? Et puis, dans son
dernier souvenir, il était dans le château de Ker Atlantis, et...
/>Et il se souvint. Dans le flot impétueux, il était mort. Il avait
acquis la connaissance que cela apportait, puis il avait ressucité,
signe qu'il était l'une des rares personnes élues. Il avait
atteint son but, il possédait le pouvoir des Thaumaturges.
Il
ouvrit les yeux, et il vit que trois présences floues,
insubstentielles, étaient présentes.
A présent, il pouvait voir
les morts, et leur parler.
Crénom, sacré changement ! Arzan se
sentait presque maître du monde ! Mais, dès qu'il réalisa toute
l'ampleur de son pouvoir, le doute s'instilla en lui :
d'autres pouvaient les voir. D'autres pourraient se dresser
sur sa route. Sa décision était donc prise : pour faire régner le bien
sur le monde, il devait éliminer le mal.
Vous arrêtez, oui, avec
votre manichéisme de merde ? C'est pas demain la veille que vous
aurez en vous la graine héroïque ! Maintenant restez immobile que je
vous osculte !
Arzan soupira, accablé. Les infirmières ironisaient
et lisaient dans les pensées... Chiant comme tout.
Et soyez pas
vulgaire comme ça !
Arzan soupira encore et, pour contenter
l'infirmière, se mit à penser aux papillons qui voletaient
au-dehors, derrière la petit fenêtre qui éclairait la pièce. Il sentait
la vieille femme le palper, prendre son pouls, examiner ses os... Trois
semaines, par la cape de Géhïel, c'était long ! Il était plus
faible que le dernier bambin de son frère ! Et qui sait s'il
n'était pas en danger maintenant...
Les trois semaines
passèrent, sans encombre...
Quand il put enfin partir, Arzan fit
sceller son cheval, bien décider à retourner au château Ker Atlantis
afin d'élucider le mystère (et aussi pour se venger... )
-
La nuit
était sombre, la lune pleine brillait de mille feux, éclairant le
passage de la sombre silhouette, accompagnée d'une ombre
silencieuse.
Au loin se dressait le château, imposant et
majestueux, qui reflétait l'astre de nuit.
Ce château avait
appartenu au duc de Ker Atlantis, mort depuis près de 10000 ans. De nos
jours, plus personne ne savait à qui il appartenait vraiment, si ce
n'est aux fantômes du passé... C'était là que se rendait
Arzan, seul, venant chercher son héritage qui lui revenait de droit.
/>Il chevauchait un grand destrier bai. L'animal se cabra,
flairant le danger. Arzan descendit de sa monture, et avança
jusqu'à la porte du château. C'était une grande porte de
marbre blanc, sculptée ça et là de divers symboles des temps
anciens...
Arzan se racla la gorge, puis énonça d'une voix
forte :
"Que le Seigneur de la Sainte Citadelle ouvre ses
portes à moi, Bâtard Arzan, de la lignée des rois Thaumaturges
!"
Le silence fut sa seule réponse.
Ces maudites
traditions et leurs discours pompeux...
Fatigué, il sortit son
fusil-mitrailleur et tira une bonne rafale dans la porte. D'un
coup de pied, elle céda.
Il rangea son fusil-mitrailleur. Il se
demanda rapidement pourquoi on appelait cela un fusil. Un fusil, il
savait ce que c'était, bien sûr. Les cuisiniers s'en
servaient pour affûter les couteaux. Il imagina que c'était parce
que dire "arbalète à répétition aux multiples coups simultanés ou
presque", c'était un peu long durant une bataille.
Le
capitaine qui commençait à lancer cet ordre avait toutes les chances de
se faire trucider d'une flèche dans la gorge avant d'arriver
à "multiples". Et dire "arbalète à répétition à
aaaaaaaargh", cela le faisait moins quand vos hommes attendent un
ordre précis. Il referma cette parenthèse mentale et entra.
Ce
qu'il vit alors le terrifia.
De sa vie, pourtant mouvementée
et violente, il n'avait jamais vu autant de cadavres ayant été
autant mutilés. Réprimant son envie de vomir (et de s'enfuir à
toutes jambes), il s'approcha d'un des corps et
l'observa, cherchant des indices lui permettant de deviner qui
était la cause de ce carnage et pourquoi il l'avait fait.
Il
ne sentit pas une ombre se faufiler derrière lui et une pointe glacée
lui transpercer le cœur.
Arzan se réveilla en sursaut, la main à
son épée.
Quelle plaie, ces téléportations ! Bien pratique sur le
moment, mais l'énergie dépensée était telle que vous vous
endormiez n'importe où... Il épousseta sa cape nerveusement, et
examina le corps mutilé, se giflant pour garder les yeux ouverts.
/>Les armoiries de l'uniforme du mort révélaient son appartenance
au clan Shield. Le propre clan du père d'Arzan. Le jeune homme
jura, puis entreprit de fouiller le corps. Rien de vraiment utile. Il
se releva, et entreprit d'explorer les lieux. Si quelqu'un
avait survécu à ce massacre, il comptait l'interroger.
Arzan
tira son arme au clair. Dans le pire des cas, il ne serait pas pris par
surprise...
Un carreau d'arbalète siffla à ses oreilles.
Azran pria qu'il ne s'agisse pas d'un fusil
mitrailleur... Et se jeta à terre, parmi les cadavres...
Le
souffle court, il rampa jusqu'à une porte secondaire, et se rua
dans un corridor. Il y avait tant de portes ! Laquelle choisir ?
/>Il tourna à gauche, un cul-de-sac !! Trop tard, il entendait les pas
se rapprocher.
Il vit l'ombre de son attaquant se profiler.
Puis il le vit entrer. Il était habillé en noir, portait une capuche
cachant son visage mais Arzan parvint à entrevoir ce dernier. Il
n'en crut pas ses yeux... Un Démon mineur! Ce n'était
qu'une créature de légende pourtant dès qu'il le vit, il fut
sûr que c'était bien un membre de cette engeance maudite.
/>Derrière le démon se firent entendre des voix rauques, des bribes de
paroles aux accents étrangers, exotiques. Arzan adressa une prière à
Ghéïel, saint patron des voleurs, en espérant qu'il le camoufle
dans sa cape d'ombre.
- Il y a quelqu'un, là ! souffla
la créature. Je le flaire !
- Il s'est pas lavé depuis des
lustres, à en juger par son odeur ! renchérit un homme derrière le
démon, accompagnant sa réplique d'un rire gras.
Arzan,
découvert et blessé dans son honneur, se résolut à agir, et surgit
vaillamment des ténèbres... mais sa vaillance ne fit pas long feu, car
il se cogna violemment à un pan de plafond et tomba mollement à
terre.
Avant de sombrer dans l'inconscience, il eut juste le
temps de tirer une rafale dans le tas. Tout devint noir ...
/>Il faisait noir ici ... Une chaleur étouffante régnait. Il ne savait
pas depuis combien de temps il s'était réveillé. Une heure, un
siècle ...
Quelle importance !
Il n'avait plus son épée,
ni son fusil-mitrailleur. L'air empestait et il se demandait si on
allait venir le chercher. Il commençait à avoir sérieusement faim.
/>Il faisait noir, ici ... Cette noirceur le rendait fou. S'il ne
sortait pas vite de là, il ne tarderait pas à perdre ses moyens...
/>Il faisait noir ici ...
"Atchaaaaa !"
Arzan
maugréa. Il faisait noir et froid. Pour un peu, il claquait des dents.
Il ne savait pas où on l'avait enfermé, mais une chose était sûre
: il était loin, bien loin des steppes qui bordaient le château de Ker
Atlantis. Il éternua à nouveau, et le bruit se répercuta dans sa
cellule.
La porte s'ouvrit à la volée. Un mystérieux gardien
voilé le prit sur son dos ... Arzan ne savait plus ...
Dix minutes
plus tard, Arzan était violemment déposé par terre. Il leva les yeux et
vit celui qui devait être le chef de ses ravisseurs.
En fait, il
ne vit que ses yeux. De grands yeux rouges. Pas injectés de sang, non :
deux globes écarlate. Arzan voulut se pincer pour se réveiller, mais
ses mains étaient solidement liées. Autant dormir, alors. Ses paupières
s'alourdissaient quand un coup de pied bien placé le fit sursauter
et gémir de douleur.
« Brute ! » s’écria-t-il inconsciemment
et quelques rires rauques se firent entendre autour – si l’on pouvait
appeler cela des rires.
Arzan releva les yeux pour rencontrer ceux
de son agresseur. Extrêmement déstabilisant cette couleur, songea-t-il.
Il tourna la tête avec difficulté pour observer la salle humide dans
laquelle il se trouvait. Mais il n’eut pas vraiment le temps de
détailler le décor...
Le démon l'attrapa par les
cheveux et le souleva.
- Voici donc le dernier membre du clan
Shield ? Un bâtard ! Et une lopette en plus !
Derrière lui, ses
hommes éclatèrent de noouveaux de rire. Enfin, pas vraiment des hommes,
eux non plus. Tous avaient les yeux rouges.
- Et que viens faire
quelqu'un comme toi par ici. Hein ? Répond !
De sa main
gantée de métal, le démon frappa Arzan.
Un coup dans la mâchoire
... le sang perla au coin de sa bouche. Le groupe se mit à rire de plus
de belle.
Du coin de l'oeil, Arzan repéra soudain
l'ombre qui l'avait attendu à l'extérieur. Silencieuse,
elle se faufilait entre les gardes dans la pièce sombre, les fauchant
un à un. Lorsque l'un d'eux s'aperçut de la disparition
de trois de ses camarades, il cria. La tension montait tandis que
l'ombre trouvait une quatrième victime.
Le chef,
surpris et en colère, lâcha Arzan dont la tête rebondit sur la pierre.
Il tomba, encore une fois, dans l'inconscience ayant juste le
temps de voir une main se pencher vers lui.
Les ténèbres se
firent, Arzan sombra dans un fleuve cotonneux au cours paisible. Il ne
savait plus où ni qui il était, il se laissait juste dériver parmi les
brumes de l'inconscience. Au loin, malgré sa cécité, il distingua
une lueur blanche. A mesure qu'il faisait un peu plus corps avec
le courant, la lumière se rapprochait, et bientôt il fut à son niveau.
Et la traversa.
Il mourut.
Et suivit le courant, dont
l'impétuosité grandissait.
Alors il se réveilla en
sueur. Il était dans cette satanée auberge que son imbécile de frère
gérait et, surpris d'être en vie, se demanda : "Aurais-je
rêvé ?"
Son frère était à son chevet.
- Tu es réveillé ?
Trois semaines, que tu dors ! Depuis que nous t'avons trouvé au
seuil de mon établissement !
Trois semaines ? Et puis, dans son
dernier souvenir, il était dans le château de Ker Atlantis, et...
/>Et il se souvint. Dans le flot impétueux, il était mort. Il avait
acquis la connaissance que cela apportait, puis il avait ressucité,
signe qu'il était l'une des rares personnes élues. Il avait
atteint son but, il possédait le pouvoir des Thaumaturges.
Il
ouvrit les yeux, et il vit que trois présences floues,
insubstentielles, étaient présentes.
A présent, il pouvait voir
les morts, et leur parler.
Crénom, sacré changement ! Arzan se
sentait presque maître du monde ! Mais, dès qu'il réalisa toute
l'ampleur de son pouvoir, le doute s'instilla en lui :
d'autres pouvaient les voir. D'autres pourraient se dresser
sur sa route. Sa décision était donc prise : pour faire régner le bien
sur le monde, il devait éliminer le mal.
Vous arrêtez, oui, avec
votre manichéisme de merde ? C'est pas demain la veille que vous
aurez en vous la graine héroïque ! Maintenant restez immobile que je
vous osculte !
Arzan soupira, accablé. Les infirmières ironisaient
et lisaient dans les pensées... Chiant comme tout.
Et soyez pas
vulgaire comme ça !
Arzan soupira encore et, pour contenter
l'infirmière, se mit à penser aux papillons qui voletaient
au-dehors, derrière la petite fenêtre qui éclairait la pièce. Il
sentait la vieille femme le palper, prendre son pouls, examiner ses
os... Trois semaines, par la cape de Géhïel, c'était long ! Il
était plus faible que le dernier bambin de son frère ! Et qui sait
s'il n'était pas en danger maintenant...
Les trois
semaines passèrent, sans encombre...
Quand il put enfin partir,
Arzan fit sceller son cheval, bien décidé à retourner au château Ker
Atlantis afin d'élucider le mystère (et aussi pour se venger...
)
Trois semaines... cela faisait trois
semaines qu'il chevauchait sans relache. Ou sa carte était fausse,
ou les Dieux se fichaient de lui. Pour son équilibre mental, il optait
pour la première solution. Enfin, un soir, dans les lueurs
apocalyptiques du crépuscule, une silhouette noire et pointue se
découpa dans le lointain. Ker Atlantis ? Le donjon semblait avoir
changé de forme. Il éperonna sa monture, sans savoir qu'il se
jetait dans la gueule du loup...
-
La nuit
était sombre, la lune pleine brillait de mille feux, éclairant le
passage de la sombre silhouette, accompagnée d'une ombre
silencieuse.
Au loin se dressait le château, imposant et
majestueux, qui reflétait l'astre de nuit.
Ce château avait
appartenu au duc de Ker Atlantis, mort depuis près de 10000 ans. De nos
jours, plus personne ne savait à qui il appartenait vraiment, si ce
n'est aux fantômes du passé... C'était là que se rendait
Arzan, seul, venant chercher son héritage qui lui revenait de droit.
/>Il chevauchait un grand destrier bai. L'animal se cabra,
flairant le danger. Arzan descendit de sa monture, et avança
jusqu'à la porte du château. C'était une grande porte de
marbre blanc, sculptée ça et là de divers symboles des temps
anciens...
Arzan se racla la gorge, puis énonça d'une voix
forte :
"Que le Seigneur de la Sainte Citadelle ouvre ses
portes à moi, Bâtard Arzan, de la lignée des rois Thaumaturges
!"
Le silence fut sa seule réponse.
Ces maudites
traditions et leurs discours pompeux...
Fatigué, il sortit son
fusil-mitrailleur et tira une bonne rafale dans la porte. D'un
coup de pied, elle céda.
Il rangea son fusil-mitrailleur. Il se
demanda rapidement pourquoi on appelait cela un fusil. Un fusil, il
savait ce que c'était, bien sûr. Les cuisiniers s'en
servaient pour affûter les couteaux. Il imagina que c'était parce
que dire "arbalète à répétition aux multiples coups simultanés ou
presque", c'était un peu long durant une bataille.
Le
capitaine qui commençait à lancer cet ordre avait toutes les chances de
se faire trucider d'une flèche dans la gorge avant d'arriver
à "multiples". Et dire "arbalète à répétition à
aaaaaaaargh", cela le faisait moins quand vos hommes attendent un
ordre précis. Il referma cette parenthèse mentale et entra.
Ce
qu'il vit alors le terrifia.
De sa vie, pourtant mouvementée
et violente, il n'avait jamais vu autant de cadavres ayant été
autant mutilés. Réprimant son envie de vomir (et de s'enfuir à
toutes jambes), il s'approcha d'un des corps et
l'observa, cherchant des indices lui permettant de deviner qui
était la cause de ce carnage et pourquoi il l'avait fait.
Il
ne sentit pas une ombre se faufiler derrière lui et une pointe glacée
lui transpercer le cœur.
Arzan se réveilla en sursaut, la main à
son épée.
Quelle plaie, ces téléportations ! Bien pratique sur le
moment, mais l'énergie dépensée était telle que vous vous
endormiez n'importe où... Il épousseta sa cape nerveusement, et
examina le corps mutilé, se giflant pour garder les yeux ouverts.
/>Les armoiries de l'uniforme du mort révélaient son appartenance
au clan Shield. Le propre clan du père d'Arzan. Le jeune homme
jura, puis entreprit de fouiller le corps. Rien de vraiment utile. Il
se releva, et entreprit d'explorer les lieux. Si quelqu'un
avait survécu à ce massacre, il comptait l'interroger.
Arzan
tira son arme au clair. Dans le pire des cas, il ne serait pas pris par
surprise...
Un carreau d'arbalète siffla à ses oreilles.
Azran pria qu'il ne s'agisse pas d'un fusil
mitrailleur... Et se jeta à terre, parmi les cadavres...
Le
souffle court, il rampa jusqu'à une porte secondaire, et se rua
dans un corridor. Il y avait tant de portes ! Laquelle choisir ?
/>Il tourna à gauche, un cul-de-sac !! Trop tard, il entendait les pas
se rapprocher.
Il vit l'ombre de son attaquant se profiler.
Puis il le vit entrer. Il était habillé en noir, portait une capuche
cachant son visage mais Arzan parvint à entrevoir ce dernier. Il
n'en crut pas ses yeux... Un Démon mineur! Ce n'était
qu'une créature de légende pourtant dès qu'il le vit, il fut
sûr que c'était bien un membre de cette engeance maudite.
/>Derrière le démon se firent entendre des voix rauques, des bribes de
paroles aux accents étrangers, exotiques. Arzan adressa une prière à
Ghéïel, saint patron des voleurs, en espérant qu'il le camoufle
dans sa cape d'ombre.
- Il y a quelqu'un, là ! souffla
la créature. Je le flaire !
- Il s'est pas lavé depuis des
lustres, à en juger par son odeur ! renchérit un homme derrière le
démon, accompagnant sa réplique d'un rire gras.
Arzan,
découvert et blessé dans son honneur, se résolut à agir, et surgit
vaillamment des ténèbres... mais sa vaillance ne fit pas long feu, car
il se cogna violemment à un pan de plafond et tomba mollement à
terre.
Avant de sombrer dans l'inconscience, il eut juste le
temps de tirer une rafale dans le tas. Tout devint noir ...
/>Il faisait noir ici ... Une chaleur étouffante régnait. Il ne savait
pas depuis combien de temps il s'était réveillé. Une heure, un
siècle ...
Quelle importance !
Il n'avait plus son épée,
ni son fusil-mitrailleur. L'air empestait et il se demandait si on
allait venir le chercher. Il commençait à avoir sérieusement faim.
/>Il faisait noir, ici ... Cette noirceur le rendait fou. S'il ne
sortait pas vite de là, il ne tarderait pas à perdre ses moyens...
/>Il faisait noir ici ...
"Atchaaaaa !"
Arzan
maugréa. Il faisait noir et froid. Pour un peu, il claquait des dents.
Il ne savait pas où on l'avait enfermé, mais une chose était sûre
: il était loin, bien loin des steppes qui bordaient le château de Ker
Atlantis. Il éternua à nouveau, et le bruit se répercuta dans sa
cellule.
La porte s'ouvrit à la volée. Un mystérieux gardien
voilé le prit sur son dos ... Arzan ne savait plus ...
Dix minutes
plus tard, Arzan était violemment déposé par terre. Il leva les yeux et
vit celui qui devait être le chef de ses ravisseurs.
En fait, il
ne vit que ses yeux. De grands yeux rouges. Pas injectés de sang, non :
deux globes écarlate. Arzan voulut se pincer pour se réveiller, mais
ses mains étaient solidement liées. Autant dormir, alors. Ses paupières
s'alourdissaient quand un coup de pied bien placé le fit sursauter
et gémir de douleur.
« Brute ! » s’écria-t-il inconsciemment
et quelques rires rauques se firent entendre autour – si l’on pouvait
appeler cela des rires.
Arzan releva les yeux pour rencontrer ceux
de son agresseur. Extrêmement déstabilisant cette couleur, songea-t-il.
Il tourna la tête avec difficulté pour observer la salle humide dans
laquelle il se trouvait. Mais il n’eut pas vraiment le temps de
détailler le décor...
Le démon l'attrapa par les
cheveux et le souleva.
- Voici donc le dernier membre du clan
Shield ? Un bâtard ! Et une lopette en plus !
Derrière lui, ses
hommes éclatèrent de noouveaux de rire. Enfin, pas vraiment des hommes,
eux non plus. Tous avaient les yeux rouges.
- Et que viens faire
quelqu'un comme toi par ici. Hein ? Répond !
De sa main
gantée de métal, le démon frappa Arzan.
Un coup dans la mâchoire
... le sang perla au coin de sa bouche. Le groupe se mit à rire de plus
de belle.
Du coin de l'oeil, Arzan repéra soudain
l'ombre qui l'avait attendu à l'extérieur. Silencieuse,
elle se faufilait entre les gardes dans la pièce sombre, les fauchant
un à un. Lorsque l'un d'eux s'aperçut de la disparition
de trois de ses camarades, il cria. La tension montait tandis que
l'ombre trouvait une quatrième victime.
Le chef,
surpris et en colère, lâcha Arzan dont la tête rebondit sur la pierre.
Il tomba, encore une fois, dans l'inconscience ayant juste le
temps de voir une main se pencher vers lui.
Les ténèbres se
firent, Arzan sombra dans un fleuve cotonneux au cours paisible. Il ne
savait plus où ni qui il était, il se laissait juste dériver parmi les
brumes de l'inconscience. Au loin, malgré sa cécité, il distingua
une lueur blanche. A mesure qu'il faisait un peu plus corps avec
le courant, la lumière se rapprochait, et bientôt il fut à son niveau.
Et la traversa.
Il mourut.
Et suivit le courant, dont
l'impétuosité grandissait.
Alors il se réveilla en
sueur. Il était dans cette satanée auberge que son imbécile de frère
gérait et, surpris d'être en vie, se demanda : "Aurais-je
rêvé ?"
Son frère était à son chevet.
- Tu es réveillé ?
Trois semaines, que tu dors ! Depuis que nous t'avons trouvé au
seuil de mon établissement !
Trois semaines ? Et puis, dans son
dernier souvenir, il était dans le château de Ker Atlantis, et...
/>Et il se souvint. Dans le flot impétueux, il était mort. Il avait
acquis la connaissance que cela apportait, puis il avait ressucité,
signe qu'il était l'une des rares personnes élues. Il avait
atteint son but, il possédait le pouvoir des Thaumaturges.
Il
ouvrit les yeux, et il vit que trois présences floues,
insubstentielles, étaient présentes.
A présent, il pouvait voir
les morts, et leur parler.
Crénom, sacré changement ! Arzan se
sentait presque maître du monde ! Mais, dès qu'il réalisa toute
l'ampleur de son pouvoir, le doute s'instilla en lui :
d'autres pouvaient les voir. D'autres pourraient se dresser
sur sa route. Sa décision était donc prise : pour faire régner le bien
sur le monde, il devait éliminer le mal.
Vous arrêtez, oui, avec
votre manichéisme de merde ? C'est pas demain la veille que vous
aurez en vous la graine héroïque ! Maintenant restez immobile que je
vous osculte !
Arzan soupira, accablé. Les infirmières ironisaient
et lisaient dans les pensées... Chiant comme tout.
Et soyez pas
vulgaire comme ça !
Arzan soupira encore et, pour contenter
l'infirmière, se mit à penser aux papillons qui voletaient
au-dehors, derrière la petite fenêtre qui éclairait la pièce. Il
sentait la vieille femme le palper, prendre son pouls, examiner ses
os... Trois semaines, par la cape de Géhïel, c'était long ! Il
était plus faible que le dernier bambin de son frère ! Et qui sait
s'il n'était pas en danger maintenant...
Les trois
semaines passèrent, sans encombre...
Quand il put enfin partir,
Arzan fit sceller son cheval, bien décidé à retourner au château Ker
Atlantis afin d'élucider le mystère (et aussi pour se venger... )
Trois semaines... cela faisait trois semaines
qu'il chevauchait sans relache. Ou sa carte était fausse, ou les
Dieux se fichaient de lui. Pour son équilibre mental, il optait pour la
première solution. Enfin, un soir, dans les lueurs apocalyptiques du
crépuscule, une silhouette noire et pointue se découpa dans le
lointain. Ker Atlantis ? Le donjon semblait avoir changé de forme. Il
éperonna sa monture, sans savoir qu'il se jetait dans la gueule du
loup...
La tour, tellement biscornue qu'on
pouvait légitimement se demander comment elle tenait debout,
ressemblait à un vautour guettant sa proie. Arzan ne ralentit pas pour
autant son allure. Le sentier était désert jusqu'au château, et
cela ne faisait que renforcer cette impression sinistre qui avait
saisit le cavalier lorsqu'il avait aperçu l'édifice.
Lorsqu'il arriva enfin à bonne distance des portes, il
s'immobilisa. Son cheval écumant semblait lui exprimer toute sa
profonde gratitude : la pauvre bête n'en pouvait plus. Arzan
contempla la grande porte avec perplexité...
-
La nuit était sombre, la lune pleine brillait de mille feux,
éclairant le passage de la sombre silhouette, accompagnée d'une
ombre silencieuse.
Au loin se dressait le château, imposant et
majestueux, qui reflétait l'astre de nuit.
Ce château avait
appartenu au duc de Ker Atlantis, mort depuis près de 10000 ans. De nos
jours, plus personne ne savait à qui il appartenait vraiment, si ce
n'est aux fantômes du passé... C'était là que se rendait
Arzan, seul, venant chercher son héritage qui lui revenait de droit.
/>Il chevauchait un grand destrier bai. L'animal se cabra,
flairant le danger. Arzan descendit de sa monture, et avança
jusqu'à la porte du château. C'était une grande porte de
marbre blanc, sculptée ça et là de divers symboles des temps
anciens...
Arzan se racla la gorge, puis énonça d'une voix
forte :
"Que le Seigneur de la Sainte Citadelle ouvre ses
portes à moi, Bâtard Arzan, de la lignée des rois Thaumaturges
!"
Le silence fut sa seule réponse.
Ces maudites
traditions et leurs discours pompeux...
Fatigué, il sortit son
fusil-mitrailleur et tira une bonne rafale dans la porte. D'un
coup de pied, elle céda.
Il rangea son fusil-mitrailleur. Il se
demanda rapidement pourquoi on appelait cela un fusil. Un fusil, il
savait ce que c'était, bien sûr. Les cuisiniers s'en
servaient pour affûter les couteaux. Il imagina que c'était parce
que dire "arbalète à répétition aux multiples coups simultanés ou
presque", c'était un peu long durant une bataille.
Le
capitaine qui commençait à lancer cet ordre avait toutes les chances de
se faire trucider d'une flèche dans la gorge avant d'arriver
à "multiples". Et dire "arbalète à répétition à
aaaaaaaargh", cela le faisait moins quand vos hommes attendent un
ordre précis. Il referma cette parenthèse mentale et entra.
Ce
qu'il vit alors le terrifia.
De sa vie, pourtant mouvementée
et violente, il n'avait jamais vu autant de cadavres ayant été
autant mutilés. Réprimant son envie de vomir (et de s'enfuir à
toutes jambes), il s'approcha d'un des corps et
l'observa, cherchant des indices lui permettant de deviner qui
était la cause de ce carnage et pourquoi il l'avait fait.
Il
ne sentit pas une ombre se faufiler derrière lui et une pointe glacée
lui transpercer le cœur.
Arzan se réveilla en sursaut, la
main à son épée.
Quelle plaie, ces téléportations ! Bien pratique
sur le moment, mais l'énergie dépensée était telle que vous vous
endormiez n'importe où... Il épousseta sa cape nerveusement, et
examina le corps mutilé, se giflant pour garder les yeux ouverts.
/>Les armoiries de l'uniforme du mort révélaient son appartenance
au clan Shield. Le propre clan du père d'Arzan. Le jeune homme
jura, puis entreprit de fouiller le corps. Rien de vraiment utile. Il
se releva, et entreprit d'explorer les lieux. Si quelqu'un
avait survécu à ce massacre, il comptait l'interroger.
Arzan
tira son arme au clair. Dans le pire des cas, il ne serait pas pris par
surprise...
Un carreau d'arbalète siffla à ses oreilles.
Azran pria qu'il ne s'agisse pas d'un fusil
mitrailleur... Et se jeta à terre, parmi les cadavres...
Le
souffle court, il rampa jusqu'à une porte secondaire, et se rua
dans un corridor. Il y avait tant de portes ! Laquelle choisir ?
/>Il tourna à gauche, un cul-de-sac !! Trop tard, il entendait les pas
se rapprocher.
Il vit l'ombre de son attaquant se profiler.
Puis il le vit entrer. Il était habillé en noir, portait une capuche
cachant son visage mais Arzan parvint à entrevoir ce dernier. Il
n'en crut pas ses yeux... Un Démon mineur! Ce n'était
qu'une créature de légende pourtant dès qu'il le vit, il fut
sûr que c'était bien un membre de cette engeance maudite.
/>Derrière le démon se firent entendre des voix rauques, des bribes de
paroles aux accents étrangers, exotiques. Arzan adressa une prière à
Ghéïel, saint patron des voleurs, en espérant qu'il le camoufle
dans sa cape d'ombre.
- Il y a quelqu'un, là ! souffla
la créature. Je le flaire !
- Il s'est pas lavé depuis des
lustres, à en juger par son odeur ! renchérit un homme derrière le
démon, accompagnant sa réplique d'un rire gras.
Arzan,
découvert et blessé dans son honneur, se résolut à agir, et surgit
vaillamment des ténèbres... mais sa vaillance ne fit pas long feu, car
il se cogna violemment à un pan de plafond et tomba mollement à
terre.
Avant de sombrer dans l'inconscience, il eut juste le
temps de tirer une rafale dans le tas. Tout devint noir ...
/>Il faisait noir ici ... Une chaleur étouffante régnait. Il ne savait
pas depuis combien de temps il s'était réveillé. Une heure, un
siècle ...
Quelle importance !
Il n'avait plus son épée,
ni son fusil-mitrailleur. L'air empestait et il se demandait si on
allait venir le chercher. Il commençait à avoir sérieusement faim.
/>Il faisait noir, ici ... Cette noirceur le rendait fou. S'il ne
sortait pas vite de là, il ne tarderait pas à perdre ses moyens...
/>Il faisait noir ici ...
"Atchaaaaa !"
Arzan
maugréa. Il faisait noir et froid. Pour un peu, il claquait des dents.
Il ne savait pas où on l'avait enfermé, mais une chose était sûre
: il était loin, bien loin des steppes qui bordaient le château de Ker
Atlantis. Il éternua à nouveau, et le bruit se répercuta dans sa
cellule.
La porte s'ouvrit à la volée. Un mystérieux gardien
voilé le prit sur son dos ... Arzan ne savait plus ...
Dix minutes
plus tard, Arzan était violemment déposé par terre. Il leva les yeux et
vit celui qui devait être le chef de ses ravisseurs.
En fait, il
ne vit que ses yeux. De grands yeux rouges. Pas injectés de sang, non :
deux globes écarlate. Arzan voulut se pincer pour se réveiller, mais
ses mains étaient solidement liées. Autant dormir, alors. Ses paupières
s'alourdissaient quand un coup de pied bien placé le fit sursauter
et gémir de douleur.
« Brute ! » s’écria-t-il
inconsciemment et quelques rires rauques se firent entendre autour
– si l’on pouvait appeler cela des rires.
Arzan releva
les yeux pour rencontrer ceux de son agresseur. Extrêmement
déstabilisant cette couleur, songea-t-il. Il tourna la tête avec
difficulté pour observer la salle humide dans laquelle il se trouvait.
Mais il n’eut pas vraiment le temps de détailler le décor...
/>
Le démon l'attrapa par les cheveux et le souleva.
-
Voici donc le dernier membre du clan Shield ? Un bâtard ! Et une
lopette en plus !
Derrière lui, ses hommes éclatèrent de noouveaux
de rire. Enfin, pas vraiment des hommes, eux non plus. Tous avaient les
yeux rouges.
- Et que viens faire quelqu'un comme toi par
ici. Hein ? Répond !
De sa main gantée de métal, le démon frappa
Arzan.
Un coup dans la mâchoire ... le sang perla au coin de sa
bouche. Le groupe se mit à rire de plus de belle.
Du coin de
l'oeil, Arzan repéra soudain l'ombre qui l'avait attendu
à l'extérieur. Silencieuse, elle se faufilait entre les gardes
dans la pièce sombre, les fauchant un à un. Lorsque l'un
d'eux s'aperçut de la disparition de trois de ses camarades,
il cria. La tension montait tandis que l'ombre trouvait une
quatrième victime.
Le chef, surpris et en colère, lâcha
Arzan dont la tête rebondit sur la pierre. Il tomba, encore une fois,
dans l'inconscience ayant juste le temps de voir une main se
pencher vers lui.
Les ténèbres se firent, Arzan sombra dans
un fleuve cotonneux au cours paisible. Il ne savait plus où ni qui il
était, il se laissait juste dériver parmi les brumes de
l'inconscience. Au loin, malgré sa cécité, il distingua une lueur
blanche. A mesure qu'il faisait un peu plus corps avec le courant,
la lumière se rapprochait, et bientôt il fut à son niveau. Et la
traversa.
Il mourut.
Et suivit le courant, dont
l'impétuosité grandissait.
Alors il se réveilla en
sueur. Il était dans cette satanée auberge que son imbécile de frère
gérait et, surpris d'être en vie, se demanda : "Aurais-je
rêvé ?"
Son frère était à son chevet.
- Tu es réveillé ?
Trois semaines, que tu dors ! Depuis que nous t'avons trouvé au
seuil de mon établissement !
Trois semaines ? Et puis, dans son
dernier souvenir, il était dans le château de Ker Atlantis, et...
/>Et il se souvint. Dans le flot impétueux, il était mort. Il avait
acquis la connaissance que cela apportait, puis il avait ressucité,
signe qu'il était l'une des rares personnes élues. Il avait
atteint son but, il possédait le pouvoir des Thaumaturges.
Il
ouvrit les yeux, et il vit que trois présences floues,
insubstentielles, étaient présentes.
A présent, il pouvait voir
les morts, et leur parler.
Crénom, sacré changement ! Arzan se
sentait presque maître du monde ! Mais, dès qu'il réalisa toute
l'ampleur de son pouvoir, le doute s'instilla en lui :
d'autres pouvaient les voir. D'autres pourraient se dresser
sur sa route. Sa décision était donc prise : pour faire régner le bien
sur le monde, il devait éliminer le mal.
Vous arrêtez, oui, avec
votre manichéisme de merde ? C'est pas demain la veille que vous
aurez en vous la graine héroïque ! Maintenant restez immobile que je
vous osculte !
Arzan soupira, accablé. Les infirmières ironisaient
et lisaient dans les pensées... Chiant comme tout.
Et soyez pas
vulgaire comme ça !
Arzan soupira encore et, pour contenter
l'infirmière, se mit à penser aux papillons qui voletaient
au-dehors, derrière la petite fenêtre qui éclairait la pièce. Il
sentait la vieille femme le palper, prendre son pouls, examiner ses
os... Trois semaines, par la cape de Géhïel, c'était long ! Il
était plus faible que le dernier bambin de son frère ! Et qui sait
s'il n'était pas en danger maintenant...
Les trois
semaines passèrent, sans encombre...
Quand il put enfin partir,
Arzan fit sceller son cheval, bien décidé à retourner au château Ker
Atlantis afin d'élucider le mystère (et aussi pour se venger... )
Trois semaines... cela faisait trois semaines
qu'il chevauchait sans relache. Ou sa carte était fausse, ou les
Dieux se fichaient de lui. Pour son équilibre mental, il optait pour la
première solution. Enfin, un soir, dans les lueurs apocalyptiques du
crépuscule, une silhouette noire et pointue se découpa dans le
lointain. Ker Atlantis ? Le donjon semblait avoir changé de forme. Il
éperonna sa monture, sans savoir qu'il se jetait dans la gueule du
loup...
La tour, tellement biscornue qu'on pouvait
légitimement se demander comment elle tenait debout, ressemblait à un
vautour guettant sa proie. Arzan ne ralentit pas pour autant son
allure. Le sentier était désert jusqu'au château, et cela ne
faisait que renforcer cette impression sinistre qui avait saisit le
cavalier lorsqu'il avait aperçu l'édifice. Lorsqu'il
arriva enfin à bonne distance des portes, il s'immobilisa. Son
cheval écumant semblait lui exprimer toute sa profonde gratitude : la
pauvre bête n'en pouvait plus. Arzan contempla la grande porte
avec perplexité...
- Arrête toi ici,
voyageur... Depuis trois semaines, ce lieu est maudit !
Arzan
se retourna, pour découvrir la silhouette fantômatique d'un
vieillard mort. Une question lui vint :
- Pourquoi tout dure trois
semaines, en ce moment ? Mon voyage, ma convalescence, mon coma, et
puis ça maintenant...
Hein ? Aucune idée. "Trois" est
sûrement ton chiffre porte bonheur. Bref, où en étais-je ? Ah, oui. Tu
devrais rebrousser chemin, avant que les démons de ces lieux ne te
torture dans une lente agonie...
- Qui durera trois semaine ?
Je n'en ai rien à faire, si je suis là, c'est pour la
vengeance.
-
La nuit était sombre, la lune pleine brillait de mille feux, éclairant le passage de la sombre silhouette, accompagnée d'une ombre silencieuse.
Au loin se dressait le château, imposant et majestueux, qui reflétait l'astre de nuit.
Ce château avait appartenu au duc de Ker Atlantis, mort depuis près de 10000 ans. De nos jours, plus personne ne savait à qui il appartenait vraiment, si ce n'est aux fantômes du passé... C'était là que se rendait Arzan, seul, venant chercher son héritage qui lui revenait de droit.
Il chevauchait un grand destrier bai. L'animal se cabra, flairant le danger. Arzan descendit de sa monture, et avança jusqu'à la porte du château. C'était une grande porte de marbre blanc, sculptée ça et là de divers symboles des temps anciens...
Arzan se racla la gorge, puis énonça d'une voix forte :
"Que le Seigneur de la Sainte Citadelle ouvre ses portes à moi, Bâtard Arzan, de la lignée des rois Thaumaturges !"
Le silence fut sa seule réponse.
Ces maudites traditions et leurs discours pompeux...
Fatigué, il sortit son fusil-mitrailleur et tira une bonne rafale dans la porte. D'un coup de pied, elle céda.
Il rangea son fusil-mitrailleur. Il se demanda rapidement pourquoi on appelait cela un fusil. Un fusil, il savait ce que c'était, bien sûr. Les cuisiniers s'en servaient pour affûter les couteaux. Il imagina que c'était parce que dire "arbalète à répétition aux multiples coups simultanés ou presque", c'était un peu long durant une bataille.
Le capitaine qui commençait à lancer cet ordre avait toutes les chances de se faire trucider d'une flèche dans la gorge avant d'arriver à "multiples". Et dire "arbalète à répétition à aaaaaaaargh", cela le faisait moins quand vos hommes attendent un ordre précis. Il referma cette parenthèse mentale et entra.
Ce qu'il vit alors le terrifia.
De sa vie, pourtant mouvementée et violente, il n'avait jamais vu autant de cadavres ayant été autant mutilés. Réprimant son envie de vomir (et de s'enfuir à toutes jambes), il s'approcha d'un des corps et l'observa, cherchant des indices lui permettant de deviner qui était la cause de ce carnage et pourquoi il l'avait fait.
Il ne sentit pas une ombre se faufiler derrière lui et une pointe glacée lui transpercer le cœur.
Arzan se réveilla en sursaut, la main à son épée.
Quelle plaie, ces téléportations ! Bien pratique sur le moment, mais l'énergie dépensée était telle que vous vous endormiez n'importe où... Il épousseta sa cape nerveusement, et examina le corps mutilé, se giflant pour garder les yeux ouverts.
Les armoiries de l'uniforme du mort révélaient son appartenance au clan Shield. Le propre clan du père d'Arzan. Le jeune homme jura, puis entreprit de fouiller le corps. Rien de vraiment utile. Il se releva, et entreprit d'explorer les lieux. Si quelqu'un avait survécu à ce massacre, il comptait l'interroger.
Arzan tira son arme au clair. Dans le pire des cas, il ne serait pas pris par surprise...
Un carreau d'arbalète siffla à ses oreilles. Azran pria qu'il ne s'agisse pas d'un fusil mitrailleur... Et se jeta à terre, parmi les cadavres...
Le souffle court, il rampa jusqu'à une porte secondaire, et se rua dans un corridor. Il y avait tant de portes ! Laquelle choisir ?
Il tourna à gauche, un cul-de-sac !! Trop tard, il entendait les pas se rapprocher.
Il vit l'ombre de son attaquant se profiler. Puis il le vit entrer. Il était habillé en noir, portait une capuche cachant son visage mais Arzan parvint à entrevoir ce dernier. Il n'en crut pas ses yeux... Un Démon mineur! Ce n'était qu'une créature de légende pourtant dès qu'il le vit, il fut sûr que c'était bien un membre de cette engeance maudite.
Derrière le démon se firent entendre des voix rauques, des bribes de paroles aux accents étrangers, exotiques. Arzan adressa une prière à Ghéïel, saint patron des voleurs, en espérant qu'il le camoufle dans sa cape d'ombre.
- Il y a quelqu'un, là ! souffla la créature. Je le flaire !
- Il s'est pas lavé depuis des lustres, à en juger par son odeur ! renchérit un homme derrière le démon, accompagnant sa réplique d'un rire gras.
Arzan, découvert et blessé dans son honneur, se résolut à agir, et surgit vaillamment des ténèbres... mais sa vaillance ne fit pas long feu, car il se cogna violemment à un pan de plafond et tomba mollement à terre.
Avant de sombrer dans l'inconscience, il eut juste le temps de tirer une rafale dans le tas. Tout devint noir ...
Il faisait noir ici ... Une chaleur étouffante régnait. Il ne savait pas depuis combien de temps il s'était réveillé. Une heure, un siècle ...
Quelle importance !
Il n'avait plus son épée, ni son fusil-mitrailleur. L'air empestait et il se demandait si on allait venir le chercher. Il commençait à avoir sérieusement faim.
Il faisait noir, ici ... Cette noirceur le rendait fou. S'il ne sortait pas vite de là, il ne tarderait pas à perdre ses moyens...
Il faisait noir ici ...
"Atchaaaaa !"
Arzan maugréa. Il faisait noir et froid. Pour un peu, il claquait des dents. Il ne savait pas où on l'avait enfermé, mais une chose était sûre : il était loin, bien loin des steppes qui bordaient le château de Ker Atlantis. Il éternua à nouveau, et le bruit se répercuta dans sa cellule.
La porte s'ouvrit à la volée. Un mystérieux gardien voilé le prit sur son dos ... Arzan ne savait plus ...
Dix minutes plus tard, Arzan était violemment déposé par terre. Il leva les yeux et vit celui qui devait être le chef de ses ravisseurs.
En fait, il ne vit que ses yeux. De grands yeux rouges. Pas injectés de sang, non : deux globes écarlate. Arzan voulut se pincer pour se réveiller, mais ses mains étaient solidement liées. Autant dormir, alors. Ses paupières s'alourdissaient quand un coup de pied bien placé le fit sursauter et gémir de douleur.
« Brute ! » s’écria-t-il inconsciemment et quelques rires rauques se firent entendre autour – si l’on pouvait appeler cela des rires.
Arzan releva les yeux pour rencontrer ceux de son agresseur. Extrêmement déstabilisant cette couleur, songea-t-il. Il tourna la tête avec difficulté pour observer la salle humide dans laquelle il se trouvait. Mais il n’eut pas vraiment le temps de détailler le décor...
Le démon l'attrapa par les cheveux et le souleva.
- Voici donc le dernier membre du clan Shield ? Un bâtard ! Et une lopette en plus !
Derrière lui, ses hommes éclatèrent de noouveaux de rire. Enfin, pas vraiment des hommes, eux non plus. Tous avaient les yeux rouges.
- Et que viens faire quelqu'un comme toi par ici. Hein ? Répond !
De sa main gantée de métal, le démon frappa Arzan.
Un coup dans la mâchoire ... le sang perla au coin de sa bouche. Le groupe se mit à rire de plus de belle.
Du coin de l'oeil, Arzan repéra soudain l'ombre qui l'avait attendu à l'extérieur. Silencieuse, elle se faufilait entre les gardes dans la pièce sombre, les fauchant un à un. Lorsque l'un d'eux s'aperçut de la disparition de trois de ses camarades, il cria. La tension montait tandis que l'ombre trouvait une quatrième victime.
Le chef, surpris et en colère, lâcha Arzan dont la tête rebondit sur la pierre. Il tomba, encore une fois, dans l'inconscience ayant juste le temps de voir une main se pencher vers lui.
Les ténèbres se firent, Arzan sombra dans un fleuve cotonneux au cours paisible. Il ne savait plus où ni qui il était, il se laissait juste dériver parmi les brumes de l'inconscience. Au loin, malgré sa cécité, il distingua une lueur blanche. A mesure qu'il faisait un peu plus corps avec le courant, la lumière se rapprochait, et bientôt il fut à son niveau. Et la traversa.
Il mourut.
Et suivit le courant, dont l'impétuosité grandissait.
Alors il se réveilla en sueur. Il était dans cette satanée auberge que son imbécile de frère gérait et, surpris d'être en vie, se demanda : "Aurais-je rêvé ?"
Son frère était à son chevet.
- Tu es réveillé ? Trois semaines, que tu dors ! Depuis que nous t'avons trouvé au seuil de mon établissement !
Trois semaines ? Et puis, dans son dernier souvenir, il était dans le château de Ker Atlantis, et...
Et il se souvint. Dans le flot impétueux, il était mort. Il avait acquis la connaissance que cela apportait, puis il avait ressucité, signe qu'il était l'une des rares personnes élues. Il avait atteint son but, il possédait le pouvoir des Thaumaturges.
Il ouvrit les yeux, et il vit que trois présences floues, insubstentielles, étaient présentes.
A présent, il pouvait voir les morts, et leur parler.
Crénom, sacré changement ! Arzan se sentait presque maître du monde ! Mais, dès qu'il réalisa toute l'ampleur de son pouvoir, le doute s'instilla en lui : d'autres pouvaient les voir. D'autres pourraient se dresser sur sa route. Sa décision était donc prise : pour faire régner le bien sur le monde, il devait éliminer le mal.
Vous arrêtez, oui, avec votre manichéisme de merde ? C'est pas demain la veille que vous aurez en vous la graine héroïque ! Maintenant restez immobile que je vous osculte !
Arzan soupira, accablé. Les infirmières ironisaient et lisaient dans les pensées... Chiant comme tout.
Et soyez pas vulgaire comme ça !
Arzan soupira encore et, pour contenter l'infirmière, se mit à penser aux papillons qui voletaient au-dehors, derrière la petite fenêtre qui éclairait la pièce. Il sentait la vieille femme le palper, prendre son pouls, examiner ses os... Trois semaines, par la cape de Géhïel, c'était long ! Il était plus faible que le dernier bambin de son frère ! Et qui sait s'il n'était pas en danger maintenant...
Les trois semaines passèrent, sans encombre...
Quand il put enfin partir, Arzan fit sceller son cheval, bien décidé à retourner au château Ker Atlantis afin d'élucider le mystère (et aussi pour se venger... )
Trois semaines... cela faisait trois semaines qu'il chevauchait sans relache. Ou sa carte était fausse, ou les Dieux se fichaient de lui. Pour son équilibre mental, il optait pour la première solution. Enfin, un soir, dans les lueurs apocalyptiques du crépuscule, une silhouette noire et pointue se découpa dans le lointain. Ker Atlantis ? Le donjon semblait avoir changé de forme. Il éperonna sa monture, sans savoir qu'il se jetait dans la gueule du loup...
La tour, tellement biscornue qu'on pouvait légitimement se demander comment elle tenait debout, ressemblait à un vautour guettant sa proie. Arzan ne ralentit pas pour autant son allure. Le sentier était désert jusqu'au château, et cela ne faisait que renforcer cette impression sinistre qui avait saisit le cavalier lorsqu'il avait aperçu l'édifice. Lorsqu'il arriva enfin à bonne distance des portes, il s'immobilisa. Son cheval écumant semblait lui exprimer toute sa profonde gratitude : la pauvre bête n'en pouvait plus. Arzan contempla la grande porte avec perplexité...
Arrête-toi ici, voyageur... Depuis trois semaines, ce lieu est maudit !Arzan se retourna, pour découvrir la silhouette fantômatique d'un vieillard mort. Une question lui vint :
- Pourquoi tout dure trois semaines, en ce moment ? Mon voyage, ma convalescence, mon coma, et puis ça maintenant...
Hein ? Aucune idée. "Trois" est sûrement ton chiffre porte-bonheur. Bref, où en étais-je ? Ah, oui. Tu devrais rebrousser chemin, avant que les démons de ces lieux ne te torturent dans une lente agonie...
- Qui durera trois semaines ? Je n'en ai rien à faire, si je suis là, c'est pour la vengeance.
Arzan descendit de cheval, et s'approcha du vieillard...Il était à trois pas de lui lorsque ce dernier s'évanouit dans les brumes en disant : Je t'ai prévenu, voyageur ! Prends garde !
Le jeune homme ne l'écoutait pas et se retourna pour détailler la porte. Elle aussi avait changé : le marbre blanc sculpté avait laissé la place à une pierre noire brillante couverte de symboles rouges. Arzan ne connaissait pas le matériau mais supposait avec horreur que cette peinture avait quelque chose à voir avec du sang.
Pas très râgoutant... Bon, que faire ? S'imprégner les mains de sang pour pousser une porte fermée à double-tour ? Escalader des remparts de vingt pieds de haut dont le sommet arborait des pieux impressionnants ? Pourquoi les emmerdes conflluaient toujours vers lui ? Le chevalier Arzan, aimant des emmerdes... ça sonnait bien.
Un loup poussa un long gémissement, quelque part sur une colline désolée. Le vent se leva, balayant la lande. Un bruit sourd se fit entendre. Arzan préféra frapper à la porte, l'atmosphère le mettait mal-à-l'aise. Et pour cause...
-
La nuit était sombre, la lune pleine brillait de mille feux, éclairant le passage de la sombre silhouette, accompagnée d'une ombre silencieuse.
Au loin se dressait le château, imposant et majestueux, qui reflétait l'astre de nuit.
Ce château avait appartenu au duc de Ker Atlantis, mort depuis près de 10000 ans. De nos jours, plus personne ne savait à qui il appartenait vraiment, si ce n'est aux fantômes du passé... C'était là que se rendait Arzan, seul, venant chercher son héritage qui lui revenait de droit.
Il chevauchait un grand destrier bai. L'animal se cabra, flairant le danger. Arzan descendit de sa monture, et avança jusqu'à la porte du château. C'était une grande porte de marbre blanc, sculptée ça et là de divers symboles des temps anciens...
Arzan se racla la gorge, puis énonça d'une voix forte :
"Que le Seigneur de la Sainte Citadelle ouvre ses portes à moi, Bâtard Arzan, de la lignée des rois Thaumaturges !"
Le silence fut sa seule réponse.
Ces maudites traditions et leurs discours pompeux...
Fatigué, il sortit son fusil-mitrailleur et tira une bonne rafale dans la porte. D'un coup de pied, elle céda.
Il rangea son fusil-mitrailleur. Il se demanda rapidement pourquoi on appelait cela un fusil. Un fusil, il savait ce que c'était, bien sûr. Les cuisiniers s'en servaient pour affûter les couteaux. Il imagina que c'était parce que dire "arbalète à répétition aux multiples coups simultanés ou presque", c'était un peu long durant une bataille.
Le capitaine qui commençait à lancer cet ordre avait toutes les chances de se faire trucider d'une flèche dans la gorge avant d'arriver à "multiples". Et dire "arbalète à répétition à aaaaaaaargh", cela le faisait moins quand vos hommes attendent un ordre précis. Il referma cette parenthèse mentale et entra.
Ce qu'il vit alors le terrifia.
De sa vie, pourtant mouvementée et violente, il n'avait jamais vu autant de cadavres ayant été autant mutilés. Réprimant son envie de vomir (et de s'enfuir à toutes jambes), il s'approcha d'un des corps et l'observa, cherchant des indices lui permettant de deviner qui était la cause de ce carnage et pourquoi il l'avait fait.
Il ne sentit pas une ombre se faufiler derrière lui et une pointe glacée lui transpercer le cur.
Arzan se réveilla en sursaut, la main à son épée.
Quelle plaie, ces téléportations ! Bien pratique sur le moment, mais l'énergie dépensée était telle que vous vous endormiez n'importe où... Il épousseta sa cape nerveusement, et examina le corps mutilé, se giflant pour garder les yeux ouverts.
Les armoiries de l'uniforme du mort révélaient son appartenance au clan Shield. Le propre clan du père d'Arzan. Le jeune homme jura, puis entreprit de fouiller le corps. Rien de vraiment utile. Il se releva, et entreprit d'explorer les lieux. Si quelqu'un avait survécu à ce massacre, il comptait l'interroger.
Arzan tira son arme au clair. Dans le pire des cas, il ne serait pas pris par surprise...
Un carreau d'arbalète siffla à ses oreilles. Azran pria qu'il ne s'agisse pas d'un fusil mitrailleur... Et se jeta à terre, parmi les cadavres...
Le souffle court, il rampa jusqu'à une porte secondaire, et se rua dans un corridor. Il y avait tant de portes ! Laquelle choisir ?
Il tourna à gauche, un cul-de-sac !! Trop tard, il entendait les pas se rapprocher.
Il vit l'ombre de son attaquant se profiler. Puis il le vit entrer. Il était habillé en noir, portait une capuche cachant son visage mais Arzan parvint à entrevoir ce dernier. Il n'en crut pas ses yeux... Un Démon mineur! Ce n'était qu'une créature de légende pourtant dès qu'il le vit, il fut sûr que c'était bien un membre de cette engeance maudite.
Derrière le démon se firent entendre des voix rauques, des bribes de paroles aux accents étrangers, exotiques. Arzan adressa une prière à Ghéïel, saint patron des voleurs, en espérant qu'il le camoufle dans sa cape d'ombre.
- Il y a quelqu'un, là ! souffla la créature. Je le flaire !
- Il s'est pas lavé depuis des lustres, à en juger par son odeur ! renchérit un homme derrière le démon, accompagnant sa réplique d'un rire gras.
Arzan, découvert et blessé dans son honneur, se résolut à agir, et surgit vaillamment des ténèbres... mais sa vaillance ne fit pas long feu, car il se cogna violemment à un pan de plafond et tomba mollement à terre.
Avant de sombrer dans l'inconscience, il eut juste le temps de tirer une rafale dans le tas. Tout devint noir ...
Il faisait noir ici ... Une chaleur étouffante régnait. Il ne savait pas depuis combien de temps il s'était réveillé. Une heure, un siècle ...
Quelle importance !
Il n'avait plus son épée, ni son fusil-mitrailleur. L'air empestait et il se demandait si on allait venir le chercher. Il commençait à avoir sérieusement faim.
Il faisait noir, ici ... Cette noirceur le rendait fou. S'il ne sortait pas vite de là, il ne tarderait pas à perdre ses moyens...
Il faisait noir ici ...
"Atchaaaaa !"
Arzan maugréa. Il faisait noir et froid. Pour un peu, il claquait des dents. Il ne savait pas où on l'avait enfermé, mais une chose était sûre : il était loin, bien loin des steppes qui bordaient le château de Ker Atlantis. Il éternua à nouveau, et le bruit se répercuta dans sa cellule.
La porte s'ouvrit à la volée. Un mystérieux gardien voilé le prit sur son dos ... Arzan ne savait plus ...
Dix minutes plus tard, Arzan était violemment déposé par terre. Il leva les yeux et vit celui qui devait être le chef de ses ravisseurs.
En fait, il ne vit que ses yeux. De grands yeux rouges. Pas injectés de sang, non : deux globes écarlate. Arzan voulut se pincer pour se réveiller, mais ses mains étaient solidement liées. Autant dormir, alors. Ses paupières s'alourdissaient quand un coup de pied bien placé le fit sursauter et gémir de douleur.
« Brute ! » sécria-t-il inconsciemment et quelques rires rauques se firent entendre autour si lon pouvait appeler cela des rires.
Arzan releva les yeux pour rencontrer ceux de son agresseur. Extrêmement déstabilisant cette couleur, songea-t-il. Il tourna la tête avec difficulté pour observer la salle humide dans laquelle il se trouvait. Mais il neut pas vraiment le temps de détailler le décor...
Le démon l'attrapa par les cheveux et le souleva.
- Voici donc le dernier membre du clan Shield ? Un bâtard ! Et une lopette en plus !
Derrière lui, ses hommes éclatèrent de noouveaux de rire. Enfin, pas vraiment des hommes, eux non plus. Tous avaient les yeux rouges.
- Et que viens faire quelqu'un comme toi par ici. Hein ? Répond !
De sa main gantée de métal, le démon frappa Arzan.
Un coup dans la mâchoire ... le sang perla au coin de sa bouche. Le groupe se mit à rire de plus de belle.
Du coin de l'oeil, Arzan repéra soudain l'ombre qui l'avait attendu à l'extérieur. Silencieuse, elle se faufilait entre les gardes dans la pièce sombre, les fauchant un à un. Lorsque l'un d'eux s'aperçut de la disparition de trois de ses camarades, il cria. La tension montait tandis que l'ombre trouvait une quatrième victime.
Le chef, surpris et en colère, lâcha Arzan dont la tête rebondit sur la pierre. Il tomba, encore une fois, dans l'inconscience ayant juste le temps de voir une main se pencher vers lui.
Les ténèbres se firent, Arzan sombra dans un fleuve cotonneux au cours paisible. Il ne savait plus où ni qui il était, il se laissait juste dériver parmi les brumes de l'inconscience. Au loin, malgré sa cécité, il distingua une lueur blanche. A mesure qu'il faisait un peu plus corps avec le courant, la lumière se rapprochait, et bientôt il fut à son niveau. Et la traversa.
Il mourut.
Et suivit le courant, dont l'impétuosité grandissait.
Alors il se réveilla en sueur. Il était dans cette satanée auberge que son imbécile de frère gérait et, surpris d'être en vie, se demanda : "Aurais-je rêvé ?"
Son frère était à son chevet.
- Tu es réveillé ? Trois semaines, que tu dors ! Depuis que nous t'avons trouvé au seuil de mon établissement !
Trois semaines ? Et puis, dans son dernier souvenir, il était dans le château de Ker Atlantis, et...
Et il se souvint. Dans le flot impétueux, il était mort. Il avait acquis la connaissance que cela apportait, puis il avait ressucité, signe qu'il était l'une des rares personnes élues. Il avait atteint son but, il possédait le pouvoir des Thaumaturges.
Il ouvrit les yeux, et il vit que trois présences floues, insubstentielles, étaient présentes.
A présent, il pouvait voir les morts, et leur parler.
Crénom, sacré changement ! Arzan se sentait presque maître du monde ! Mais, dès qu'il réalisa toute l'ampleur de son pouvoir, le doute s'instilla en lui : d'autres pouvaient les voir. D'autres pourraient se dresser sur sa route. Sa décision était donc prise : pour faire régner le bien sur le monde, il devait éliminer le mal.
Vous arrêtez, oui, avec votre manichéisme de merde ? C'est pas demain la veille que vous aurez en vous la graine héroïque ! Maintenant restez immobile que je vous osculte !
Arzan soupira, accablé. Les infirmières ironisaient et lisaient dans les pensées... Chiant comme tout.
Et soyez pas vulgaire comme ça !
Arzan soupira encore et, pour contenter l'infirmière, se mit à penser aux papillons qui voletaient au-dehors, derrière la petite fenêtre qui éclairait la pièce. Il sentait la vieille femme le palper, prendre son pouls, examiner ses os... Trois semaines, par la cape de Géhïel, c'était long ! Il était plus faible que le dernier bambin de son frère ! Et qui sait s'il n'était pas en danger maintenant...
Les trois semaines passèrent, sans encombre...
Quand il put enfin partir, Arzan fit sceller son cheval, bien décidé à retourner au château Ker Atlantis afin d'élucider le mystère (et aussi pour se venger... )
Trois semaines... cela faisait trois semaines qu'il chevauchait sans relache. Ou sa carte était fausse, ou les Dieux se fichaient de lui. Pour son équilibre mental, il optait pour la première solution. Enfin, un soir, dans les lueurs apocalyptiques du crépuscule, une silhouette noire et pointue se découpa dans le lointain. Ker Atlantis ? Le donjon semblait avoir changé de forme. Il éperonna sa monture, sans savoir qu'il se jetait dans la gueule du loup...
La tour, tellement biscornue qu'on pouvait légitimement se demander comment elle tenait debout, ressemblait à un vautour guettant sa proie. Arzan ne ralentit pas pour autant son allure. Le sentier était désert jusqu'au château, et cela ne faisait que renforcer cette impression sinistre qui avait saisit le cavalier lorsqu'il avait aperçu l'édifice. Lorsqu'il arriva enfin à bonne distance des portes, il s'immobilisa. Son cheval écumant semblait lui exprimer toute sa profonde gratitude : la pauvre bête n'en pouvait plus. Arzan contempla la grande porte avec perplexité...
Arrête-toi ici, voyageur... Depuis trois semaines, ce lieu est maudit !Arzan se retourna, pour découvrir la silhouette fantômatique d'un vieillard mort. Une question lui vint :
- Pourquoi tout dure trois semaines, en ce moment ? Mon voyage, ma convalescence, mon coma, et puis ça maintenant...
Hein ? Aucune idée. "Trois" est sûrement ton chiffre porte-bonheur. Bref, où en étais-je ? Ah, oui. Tu devrais rebrousser chemin, avant que les démons de ces lieux ne te torturent dans une lente agonie...
- Qui durera trois semaines ? Je n'en ai rien à faire, si je suis là, c'est pour la vengeance.
Arzan descendit de cheval, et s'approcha du vieillard...Il était à trois pas de lui lorsque ce dernier s'évanouit dans les brumes en disant : Je t'ai prévenu, voyageur ! Prends garde !
Le jeune homme ne l'écoutait pas et se retourna pour détailler la porte. Elle aussi avait changé : le marbre blanc sculpté avait laissé la place à une pierre noire brillante couverte de symboles rouges. Arzan ne connaissait pas le matériau mais supposait avec horreur que cette peinture avait quelque chose à voir avec du sang.
Pas très râgoutant... Bon, que faire ? S'imprégner les mains de sang pour pousser une porte fermée à double-tour ? Escalader des remparts de vingt pieds de haut dont le sommet arborait des pieux impressionnants ? Pourquoi les emmerdes conflluaient toujours vers lui ? Le chevalier Arzan, aimant des emmerdes... ça sonnait bien.
Un loup poussa un long gémissement, quelque part sur une colline désolée. Le vent se leva, balayant la lande. Un bruit sourd se fit entendre. Arzan préféra frapper à la porte, l'atmosphère le mettait mal-à-l'aise. Et pour cause...
Il attendit quelques minutes, frappa à nouveau, patienta encore. Mais rien ni personne n'ouvrit. Il tenta de forcer la porte, mais comme il s'y attendait, elle était fermée à clé. Il regarda alentour pour voir si une prise facile lui permettrait d'escalader l'enceinte du château, mais peine perdue : les murs étaient aussi lisses que le menton d'un gamin. Arzan soupira, d'un soupir où se mêlaient soulagement et résignation.
"Impossible de pénetrer le château par mes propres moyens, se dit-il. Je ne me vengerai pas ce soir, mais je ne mourrais pas ce soir non plus. Je vais devoir trouver le roi et demander aux sages de m'aider. Ca ne m'enchante pas de dire à ces vieux fous que ma famille a libéré les démons d'Atlantis, mais je n'ai pas le choix."
En fait, il supposait seulement qu'il s'agissait de ces démons là - ceux qui, selont les légendes, avaient presque réussi à détrôner les dieux, et qui auraient réussi sans l'intervention de son propre ancêtre, Jaskol Atlantis, armé du pouvoir des Thaumaturges et d'une arme inconnue mais apparemment redoutable. Il soupira encore. Cette fois, c'était la galère assurée...
-
La nuit était sombre, la lune pleine brillait de mille feux, éclairant le passage de la sombre silhouette, accompagnée d'une ombre silencieuse.
Au loin se dressait le château, imposant et majestueux, qui reflétait l'astre de nuit.
Ce château avait appartenu au duc de Ker Atlantis, mort depuis près de 10000 ans. De nos jours, plus personne ne savait à qui il appartenait vraiment, si ce n'est aux fantômes du passé... C'était là que se rendait Arzan, seul, venant chercher son héritage qui lui revenait de droit.
Il chevauchait un grand destrier bai. L'animal se cabra, flairant le danger. Arzan descendit de sa monture, et avança jusqu'à la porte du château. C'était une grande porte de marbre blanc, sculptée ça et là de divers symboles des temps anciens...
Arzan se racla la gorge, puis énonça d'une voix forte :
"Que le Seigneur de la Sainte Citadelle ouvre ses portes à moi, Bâtard Arzan, de la lignée des rois Thaumaturges !"
Le silence fut sa seule réponse.
Ces maudites traditions et leurs discours pompeux...
Fatigué, il sortit son fusil-mitrailleur et tira une bonne rafale dans la porte. D'un coup de pied, elle céda.
Il rangea son fusil-mitrailleur. Il se demanda rapidement pourquoi on appelait cela un fusil. Un fusil, il savait ce que c'était, bien sûr. Les cuisiniers s'en servaient pour affûter les couteaux. Il imagina que c'était parce que dire "arbalète à répétition aux multiples coups simultanés ou presque", c'était un peu long durant une bataille.
Le capitaine qui commençait à lancer cet ordre avait toutes les chances de se faire trucider d'une flèche dans la gorge avant d'arriver à "multiples". Et dire "arbalète à répétition à aaaaaaaargh", cela le faisait moins quand vos hommes attendent un ordre précis. Il referma cette parenthèse mentale et entra.
Ce qu'il vit alors le terrifia.
De sa vie, pourtant mouvementée et violente, il n'avait jamais vu autant de cadavres ayant été autant mutilés. Réprimant son envie de vomir (et de s'enfuir à toutes jambes), il s'approcha d'un des corps et l'observa, cherchant des indices lui permettant de deviner qui était la cause de ce carnage et pourquoi il l'avait fait.
Il ne sentit pas une ombre se faufiler derrière lui et une pointe glacée lui transpercer le cœur.
Arzan se réveilla en sursaut, la main à son épée.
Quelle plaie, ces téléportations ! Bien pratique sur le moment, mais l'énergie dépensée était telle que vous vous endormiez n'importe où... Il épousseta sa cape nerveusement, et examina le corps mutilé, se giflant pour garder les yeux ouverts.
Les armoiries de l'uniforme du mort révélaient son appartenance au clan Shield. Le propre clan du père d'Arzan. Le jeune homme jura, puis entreprit de fouiller le corps. Rien de vraiment utile. Il se releva, et entreprit d'explorer les lieux. Si quelqu'un avait survécu à ce massacre, il comptait l'interroger.
Arzan tira son arme au clair. Dans le pire des cas, il ne serait pas pris par surprise...
Un carreau d'arbalète siffla à ses oreilles. Azran pria qu'il ne s'agisse pas d'un fusil mitrailleur... Et se jeta à terre, parmi les cadavres...
Le souffle court, il rampa jusqu'à une porte secondaire, et se rua dans un corridor. Il y avait tant de portes ! Laquelle choisir ?
Il tourna à gauche, un cul-de-sac !! Trop tard, il entendait les pas se rapprocher.
Il vit l'ombre de son attaquant se profiler. Puis il le vit entrer. Il était habillé en noir, portait une capuche cachant son visage mais Arzan parvint à entrevoir ce dernier. Il n'en crut pas ses yeux... Un Démon mineur! Ce n'était qu'une créature de légende pourtant dès qu'il le vit, il fut sûr que c'était bien un membre de cette engeance maudite.
Derrière le démon se firent entendre des voix rauques, des bribes de paroles aux accents étrangers, exotiques. Arzan adressa une prière à Ghéïel, saint patron des voleurs, en espérant qu'il le camoufle dans sa cape d'ombre.
- Il y a quelqu'un, là ! souffla la créature. Je le flaire !
- Il s'est pas lavé depuis des lustres, à en juger par son odeur ! renchérit un homme derrière le démon, accompagnant sa réplique d'un rire gras.
Arzan, découvert et blessé dans son honneur, se résolut à agir, et surgit vaillamment des ténèbres... mais sa vaillance ne fit pas long feu, car il se cogna violemment à un pan de plafond et tomba mollement à terre.
Avant de sombrer dans l'inconscience, il eut juste le temps de tirer une rafale dans le tas. Tout devint noir ...
Il faisait noir ici ... Une chaleur étouffante régnait. Il ne savait pas depuis combien de temps il s'était réveillé. Une heure, un siècle ...
Quelle importance !
Il n'avait plus son épée, ni son fusil-mitrailleur. L'air empestait et il se demandait si on allait venir le chercher. Il commençait à avoir sérieusement faim.
Il faisait noir, ici ... Cette noirceur le rendait fou. S'il ne sortait pas vite de là, il ne tarderait pas à perdre ses moyens...
Il faisait noir ici ...
"Atchaaaaa !"
Arzan maugréa. Il faisait noir et froid. Pour un peu, il claquait des dents. Il ne savait pas où on l'avait enfermé, mais une chose était sûre : il était loin, bien loin des steppes qui bordaient le château de Ker Atlantis. Il éternua à nouveau, et le bruit se répercuta dans sa cellule.
La porte s'ouvrit à la volée. Un mystérieux gardien voilé le prit sur son dos ... Arzan ne savait plus ...
Dix minutes plus tard, Arzan était violemment déposé par terre. Il leva les yeux et vit celui qui devait être le chef de ses ravisseurs.
En fait, il ne vit que ses yeux. De grands yeux rouges. Pas injectés de sang, non : deux globes écarlate. Arzan voulut se pincer pour se réveiller, mais ses mains étaient solidement liées. Autant dormir, alors. Ses paupières s'alourdissaient quand un coup de pied bien placé le fit sursauter et gémir de douleur.
« Brute ! » s’écria-t-il inconsciemment et quelques rires rauques se firent entendre autour – si l’on pouvait appeler cela des rires.
Arzan releva les yeux pour rencontrer ceux de son agresseur. Extrêmement déstabilisant cette couleur, songea-t-il. Il tourna la tête avec difficulté pour observer la salle humide dans laquelle il se trouvait. Mais il n’eut pas vraiment le temps de détailler le décor...
Le démon l'attrapa par les cheveux et le souleva.
- Voici donc le dernier membre du clan Shield ? Un bâtard ! Et une lopette en plus !
Derrière lui, ses hommes éclatèrent de noouveaux de rire. Enfin, pas vraiment des hommes, eux non plus. Tous avaient les yeux rouges.
- Et que viens faire quelqu'un comme toi par ici. Hein ? Répond !
De sa main gantée de métal, le démon frappa Arzan.
Un coup dans la mâchoire ... le sang perla au coin de sa bouche. Le groupe se mit à rire de plus de belle.
Du coin de l'oeil, Arzan repéra soudain l'ombre qui l'avait attendu à l'extérieur. Silencieuse, elle se faufilait entre les gardes dans la pièce sombre, les fauchant un à un. Lorsque l'un d'eux s'aperçut de la disparition de trois de ses camarades, il cria. La tension montait tandis que l'ombre trouvait une quatrième victime.
Le chef, surpris et en colère, lâcha Arzan dont la tête rebondit sur la pierre. Il tomba, encore une fois, dans l'inconscience ayant juste le temps de voir une main se pencher vers lui.
Les ténèbres se firent, Arzan sombra dans un fleuve cotonneux au cours paisible. Il ne savait plus où ni qui il était, il se laissait juste dériver parmi les brumes de l'inconscience. Au loin, malgré sa cécité, il distingua une lueur blanche. A mesure qu'il faisait un peu plus corps avec le courant, la lumière se rapprochait, et bientôt il fut à son niveau. Et la traversa.
Il mourut.
Et suivit le courant, dont l'impétuosité grandissait.
Alors il se réveilla en sueur. Il était dans cette satanée auberge que son imbécile de frère gérait et, surpris d'être en vie, se demanda : "Aurais-je rêvé ?"
Son frère était à son chevet.
- Tu es réveillé ? Trois semaines, que tu dors ! Depuis que nous t'avons trouvé au seuil de mon établissement !
Trois semaines ? Et puis, dans son dernier souvenir, il était dans le château de Ker Atlantis, et...
Et il se souvint. Dans le flot impétueux, il était mort. Il avait acquis la connaissance que cela apportait, puis il avait ressucité, signe qu'il était l'une des rares personnes élues. Il avait atteint son but, il possédait le pouvoir des Thaumaturges.
Il ouvrit les yeux, et il vit que trois présences floues, insubstentielles, étaient présentes.
A présent, il pouvait voir les morts, et leur parler.
Crénom, sacré changement ! Arzan se sentait presque maître du monde ! Mais, dès qu'il réalisa toute l'ampleur de son pouvoir, le doute s'instilla en lui : d'autres pouvaient les voir. D'autres pourraient se dresser sur sa route. Sa décision était donc prise : pour faire régner le bien sur le monde, il devait éliminer le mal.
Vous arrêtez, oui, avec votre manichéisme de merde ? C'est pas demain la veille que vous aurez en vous la graine héroïque ! Maintenant restez immobile que je vous osculte !
Arzan soupira, accablé. Les infirmières ironisaient et lisaient dans les pensées... Chiant comme tout.
Et soyez pas vulgaire comme ça !
Arzan soupira encore et, pour contenter l'infirmière, se mit à penser aux papillons qui voletaient au-dehors, derrière la petite fenêtre qui éclairait la pièce. Il sentait la vieille femme le palper, prendre son pouls, examiner ses os... Trois semaines, par la cape de Géhïel, c'était long ! Il était plus faible que le dernier bambin de son frère ! Et qui sait s'il n'était pas en danger maintenant...
Les trois semaines passèrent, sans encombre...
Quand il put enfin partir, Arzan fit sceller son cheval, bien décidé à retourner au château Ker Atlantis afin d'élucider le mystère (et aussi pour se venger... )
Trois semaines... cela faisait trois semaines qu'il chevauchait sans relache. Ou sa carte était fausse, ou les Dieux se fichaient de lui. Pour son équilibre mental, il optait pour la première solution. Enfin, un soir, dans les lueurs apocalyptiques du crépuscule, une silhouette noire et pointue se découpa dans le lointain. Ker Atlantis ? Le donjon semblait avoir changé de forme. Il éperonna sa monture, sans savoir qu'il se jetait dans la gueule du loup...
La tour, tellement biscornue qu'on pouvait légitimement se demander comment elle tenait debout, ressemblait à un vautour guettant sa proie. Arzan ne ralentit pas pour autant son allure. Le sentier était désert jusqu'au château, et cela ne faisait que renforcer cette impression sinistre qui avait saisit le cavalier lorsqu'il avait aperçu l'édifice. Lorsqu'il arriva enfin à bonne distance des portes, il s'immobilisa. Son cheval écumant semblait lui exprimer toute sa profonde gratitude : la pauvre bête n'en pouvait plus. Arzan contempla la grande porte avec perplexité...
Arrête-toi ici, voyageur... Depuis trois semaines, ce lieu est maudit !Arzan se retourna, pour découvrir la silhouette fantômatique d'un vieillard mort. Une question lui vint :
- Pourquoi tout dure trois semaines, en ce moment ? Mon voyage, ma convalescence, mon coma, et puis ça maintenant...
Hein ? Aucune idée. "Trois" est sûrement ton chiffre porte-bonheur. Bref, où en étais-je ? Ah, oui. Tu devrais rebrousser chemin, avant que les démons de ces lieux ne te torturent dans une lente agonie...
- Qui durera trois semaines ? Je n'en ai rien à faire, si je suis là, c'est pour la vengeance.
Arzan descendit de cheval, et s'approcha du vieillard...Il était à trois pas de lui lorsque ce dernier s'évanouit dans les brumes en disant : Je t'ai prévenu, voyageur ! Prends garde !
Le jeune homme ne l'écoutait pas et se retourna pour détailler la porte. Elle aussi avait changé : le marbre blanc sculpté avait laissé la place à une pierre noire brillante couverte de symboles rouges. Arzan ne connaissait pas le matériau mais supposait avec horreur que cette peinture avait quelque chose à voir avec du sang.
Pas très râgoutant... Bon, que faire ? S'imprégner les mains de sang pour pousser une porte fermée à double-tour ? Escalader des remparts de vingt pieds de haut dont le sommet arborait des pieux impressionnants ? Pourquoi les emmerdes conflluaient toujours vers lui ? Le chevalier Arzan, aimant des emmerdes... ça sonnait bien.
Un loup poussa un long gémissement, quelque part sur une colline désolée. Le vent se leva, balayant la lande. Un bruit sourd se fit entendre. Arzan préféra frapper à la porte, l'atmosphère le mettait mal-à-l'aise. Et pour cause...
Il attendit quelques minutes, frappa à nouveau, patienta encore. Mais rien ni personne n'ouvrit. Il tenta de forcer la porte, mais comme il s'y attendait, elle était fermée à clé. Il regarda alentour pour voir si une prise facile lui permettrait d'escalader l'enceinte du château, mais peine perdue : les murs étaient aussi lisses que le menton d'un gamin. Arzan soupira, d'un soupir où se mêlaient soulagement et résignation.
"Impossible de pénetrer le château par mes propres moyens, se dit-il. Je ne me vengerai pas ce soir, mais je ne mourrais pas ce soir non plus. Je vais devoir trouver le roi et demander aux sages de m'aider. Ca ne m'enchante pas de dire à ces vieux fous que ma famille a libéré les démons d'Atlantis, mais je n'ai pas le choix."
En fait, il supposait seulement qu'il s'agissait de ces démons là - ceux qui, selont les légendes, avaient presque réussi à détrôner les dieux, et qui auraient réussi sans l'intervention de son propre ancêtre, Jaskol Atlantis, armé du pouvoir des Thaumaturges et d'une arme inconnue mais apparemment redoutable. Il soupira encore. Cette fois, c'était la galère assurée...
Nan mais t'as pas fini de te plaindre? On a du mal à croire que tu descends des Thaumaturges, en te voyant... Un vrai pleurnicheur!
Arzan sursauta en entendant la voix qui semblait venir de nulle part. Puis il distingua le fantôme flou de jeune fille qui venait de surgir à ses côtés. Ah oui. Dans la liste des emmerdes, il avait oublié les esprits fatiguants, aussi.
Je t'ai entendu!, prévint l'adolescente fantômatique en envahissant l'espace d'un air...menaçant? Oui, on va dire menaçant. Le fait qu'un gosse de six ans n'en aurait pas eu peur ne compte pas. Et tu as de la chance de ne pas être tombé sur un démon, abruti!
-Pourquoi? Ils font encore plus peur que toi? Et puis qu'est-ce que tu fais là, d'ailleurs, toi? S'il y avait eu des filles dans ce château, je le saurais, non?
Ah, parce que tu crois que je viens tout juste de mourir? J'ai 10 000 ans, mon vieux...
-
La nuit était sombre, la lune pleine brillait de mille feux, éclairant le passage de la sombre silhouette, accompagnée d'une ombre silencieuse.
Au loin se dressait le château, imposant et majestueux, qui reflétait l'astre de nuit.
Ce château avait appartenu au duc de Ker Atlantis, mort depuis près de 10000 ans. De nos jours, plus personne ne savait à qui il appartenait vraiment, si ce n'est aux fantômes du passé... C'était là que se rendait Arzan, seul, venant chercher son héritage qui lui revenait de droit.
Il chevauchait un grand destrier bai. L'animal se cabra, flairant le danger. Arzan descendit de sa monture, et avança jusqu'à la porte du château. C'était une grande porte de marbre blanc, sculptée ça et là de divers symboles des temps anciens...
Arzan se racla la gorge, puis énonça d'une voix forte :
"Que le Seigneur de la Sainte Citadelle ouvre ses portes à moi, Bâtard Arzan, de la lignée des rois Thaumaturges !"
Le silence fut sa seule réponse.
Ces maudites traditions et leurs discours pompeux...
Fatigué, il sortit son fusil-mitrailleur et tira une bonne rafale dans la porte. D'un coup de pied, elle céda.
Il rangea son fusil-mitrailleur. Il se demanda rapidement pourquoi on appelait cela un fusil. Un fusil, il savait ce que c'était, bien sûr. Les cuisiniers s'en servaient pour affûter les couteaux. Il imagina que c'était parce que dire "arbalète à répétition aux multiples coups simultanés ou presque", c'était un peu long durant une bataille.
Le capitaine qui commençait à lancer cet ordre avait toutes les chances de se faire trucider d'une flèche dans la gorge avant d'arriver à "multiples". Et dire "arbalète à répétition à aaaaaaaargh", cela le faisait moins quand vos hommes attendent un ordre précis. Il referma cette parenthèse mentale et entra.
Ce qu'il vit alors le terrifia.
De sa vie, pourtant mouvementée et violente, il n'avait jamais vu autant de cadavres ayant été autant mutilés. Réprimant son envie de vomir (et de s'enfuir à toutes jambes), il s'approcha d'un des corps et l'observa, cherchant des indices lui permettant de deviner qui était la cause de ce carnage et pourquoi il l'avait fait.
Il ne sentit pas une ombre se faufiler derrière lui et une pointe glacée lui transpercer le cœur.
Arzan se réveilla en sursaut, la main à son épée.
Quelle plaie, ces téléportations ! Bien pratique sur le moment, mais l'énergie dépensée était telle que vous vous endormiez n'importe où... Il épousseta sa cape nerveusement, et examina le corps mutilé, se giflant pour garder les yeux ouverts.
Les armoiries de l'uniforme du mort révélaient son appartenance au clan Shield. Le propre clan du père d'Arzan. Le jeune homme jura, puis entreprit de fouiller le corps. Rien de vraiment utile. Il se releva, et entreprit d'explorer les lieux. Si quelqu'un avait survécu à ce massacre, il comptait l'interroger.
Arzan tira son arme au clair. Dans le pire des cas, il ne serait pas pris par surprise...
Un carreau d'arbalète siffla à ses oreilles. Azran pria qu'il ne s'agisse pas d'un fusil mitrailleur... Et se jeta à terre, parmi les cadavres...
Le souffle court, il rampa jusqu'à une porte secondaire, et se rua dans un corridor. Il y avait tant de portes ! Laquelle choisir ?
Il tourna à gauche, un cul-de-sac !! Trop tard, il entendait les pas se rapprocher.
Il vit l'ombre de son attaquant se profiler. Puis il le vit entrer. Il était habillé en noir, portait une capuche cachant son visage mais Arzan parvint à entrevoir ce dernier. Il n'en crut pas ses yeux... Un Démon mineur! Ce n'était qu'une créature de légende pourtant dès qu'il le vit, il fut sûr que c'était bien un membre de cette engeance maudite.
Derrière le démon se firent entendre des voix rauques, des bribes de paroles aux accents étrangers, exotiques. Arzan adressa une prière à Ghéïel, saint patron des voleurs, en espérant qu'il le camoufle dans sa cape d'ombre.
- Il y a quelqu'un, là ! souffla la créature. Je le flaire !
- Il s'est pas lavé depuis des lustres, à en juger par son odeur ! renchérit un homme derrière le démon, accompagnant sa réplique d'un rire gras.
Arzan, découvert et blessé dans son honneur, se résolut à agir, et surgit vaillamment des ténèbres... mais sa vaillance ne fit pas long feu, car il se cogna violemment à un pan de plafond et tomba mollement à terre.
Avant de sombrer dans l'inconscience, il eut juste le temps de tirer une rafale dans le tas. Tout devint noir ...
Il faisait noir ici ... Une chaleur étouffante régnait. Il ne savait pas depuis combien de temps il s'était réveillé. Une heure, un siècle ...
Quelle importance !
Il n'avait plus son épée, ni son fusil-mitrailleur. L'air empestait et il se demandait si on allait venir le chercher. Il commençait à avoir sérieusement faim.
Il faisait noir, ici ... Cette noirceur le rendait fou. S'il ne sortait pas vite de là, il ne tarderait pas à perdre ses moyens...
Il faisait noir ici ...
"Atchaaaaa !"
Arzan maugréa. Il faisait noir et froid. Pour un peu, il claquait des dents. Il ne savait pas où on l'avait enfermé, mais une chose était sûre : il était loin, bien loin des steppes qui bordaient le château de Ker Atlantis. Il éternua à nouveau, et le bruit se répercuta dans sa cellule.
La porte s'ouvrit à la volée. Un mystérieux gardien voilé le prit sur son dos ... Arzan ne savait plus ...
Dix minutes plus tard, Arzan était violemment déposé par terre. Il leva les yeux et vit celui qui devait être le chef de ses ravisseurs.
En fait, il ne vit que ses yeux. De grands yeux rouges. Pas injectés de sang, non : deux globes écarlate. Arzan voulut se pincer pour se réveiller, mais ses mains étaient solidement liées. Autant dormir, alors. Ses paupières s'alourdissaient quand un coup de pied bien placé le fit sursauter et gémir de douleur.
« Brute ! » s’écria-t-il inconsciemment et quelques rires rauques se firent entendre autour – si l’on pouvait appeler cela des rires.
Arzan releva les yeux pour rencontrer ceux de son agresseur. Extrêmement déstabilisant cette couleur, songea-t-il. Il tourna la tête avec difficulté pour observer la salle humide dans laquelle il se trouvait. Mais il n’eut pas vraiment le temps de détailler le décor...
Le démon l'attrapa par les cheveux et le souleva.
- Voici donc le dernier membre du clan Shield ? Un bâtard ! Et une lopette en plus !
Derrière lui, ses hommes éclatèrent de noouveaux de rire. Enfin, pas vraiment des hommes, eux non plus. Tous avaient les yeux rouges.
- Et que viens faire quelqu'un comme toi par ici. Hein ? Répond !
De sa main gantée de métal, le démon frappa Arzan.
Un coup dans la mâchoire ... le sang perla au coin de sa bouche. Le groupe se mit à rire de plus de belle.
Du coin de l'oeil, Arzan repéra soudain l'ombre qui l'avait attendu à l'extérieur. Silencieuse, elle se faufilait entre les gardes dans la pièce sombre, les fauchant un à un. Lorsque l'un d'eux s'aperçut de la disparition de trois de ses camarades, il cria. La tension montait tandis que l'ombre trouvait une quatrième victime.
Le chef, surpris et en colère, lâcha Arzan dont la tête rebondit sur la pierre. Il tomba, encore une fois, dans l'inconscience ayant juste le temps de voir une main se pencher vers lui.
Les ténèbres se firent, Arzan sombra dans un fleuve cotonneux au cours paisible. Il ne savait plus où ni qui il était, il se laissait juste dériver parmi les brumes de l'inconscience. Au loin, malgré sa cécité, il distingua une lueur blanche. A mesure qu'il faisait un peu plus corps avec le courant, la lumière se rapprochait, et bientôt il fut à son niveau. Et la traversa.
Il mourut.
Et suivit le courant, dont l'impétuosité grandissait.
Alors il se réveilla en sueur. Il était dans cette satanée auberge que son imbécile de frère gérait et, surpris d'être en vie, se demanda : "Aurais-je rêvé ?"
Son frère était à son chevet.
- Tu es réveillé ? Trois semaines, que tu dors ! Depuis que nous t'avons trouvé au seuil de mon établissement !
Trois semaines ? Et puis, dans son dernier souvenir, il était dans le château de Ker Atlantis, et...
Et il se souvint. Dans le flot impétueux, il était mort. Il avait acquis la connaissance que cela apportait, puis il avait ressucité, signe qu'il était l'une des rares personnes élues. Il avait atteint son but, il possédait le pouvoir des Thaumaturges.
Il ouvrit les yeux, et il vit que trois présences floues, insubstentielles, étaient présentes.
A présent, il pouvait voir les morts, et leur parler.
Crénom, sacré changement ! Arzan se sentait presque maître du monde ! Mais, dès qu'il réalisa toute l'ampleur de son pouvoir, le doute s'instilla en lui : d'autres pouvaient les voir. D'autres pourraient se dresser sur sa route. Sa décision était donc prise : pour faire régner le bien sur le monde, il devait éliminer le mal.
Vous arrêtez, oui, avec votre manichéisme de merde ? C'est pas demain la veille que vous aurez en vous la graine héroïque ! Maintenant restez immobile que je vous osculte !
Arzan soupira, accablé. Les infirmières ironisaient et lisaient dans les pensées... Chiant comme tout.
Et soyez pas vulgaire comme ça !
Arzan soupira encore et, pour contenter l'infirmière, se mit à penser aux papillons qui voletaient au-dehors, derrière la petite fenêtre qui éclairait la pièce. Il sentait la vieille femme le palper, prendre son pouls, examiner ses os... Trois semaines, par la cape de Géhïel, c'était long ! Il était plus faible que le dernier bambin de son frère ! Et qui sait s'il n'était pas en danger maintenant...
Les trois semaines passèrent, sans encombre...
Quand il put enfin partir, Arzan fit sceller son cheval, bien décidé à retourner au château Ker Atlantis afin d'élucider le mystère (et aussi pour se venger... )
Trois semaines... cela faisait trois semaines qu'il chevauchait sans relache. Ou sa carte était fausse, ou les Dieux se fichaient de lui. Pour son équilibre mental, il optait pour la première solution. Enfin, un soir, dans les lueurs apocalyptiques du crépuscule, une silhouette noire et pointue se découpa dans le lointain. Ker Atlantis ? Le donjon semblait avoir changé de forme. Il éperonna sa monture, sans savoir qu'il se jetait dans la gueule du loup...
La tour, tellement biscornue qu'on pouvait légitimement se demander comment elle tenait debout, ressemblait à un vautour guettant sa proie. Arzan ne ralentit pas pour autant son allure. Le sentier était désert jusqu'au château, et cela ne faisait que renforcer cette impression sinistre qui avait saisit le cavalier lorsqu'il avait aperçu l'édifice. Lorsqu'il arriva enfin à bonne distance des portes, il s'immobilisa. Son cheval écumant semblait lui exprimer toute sa profonde gratitude : la pauvre bête n'en pouvait plus. Arzan contempla la grande porte avec perplexité...
Arrête-toi ici, voyageur... Depuis trois semaines, ce lieu est maudit !Arzan se retourna, pour découvrir la silhouette fantômatique d'un vieillard mort. Une question lui vint :
- Pourquoi tout dure trois semaines, en ce moment ? Mon voyage, ma convalescence, mon coma, et puis ça maintenant...
Hein ? Aucune idée. "Trois" est sûrement ton chiffre porte-bonheur. Bref, où en étais-je ? Ah, oui. Tu devrais rebrousser chemin, avant que les démons de ces lieux ne te torturent dans une lente agonie...
- Qui durera trois semaines ? Je n'en ai rien à faire, si je suis là, c'est pour la vengeance.
Arzan descendit de cheval, et s'approcha du vieillard...Il était à trois pas de lui lorsque ce dernier s'évanouit dans les brumes en disant : Je t'ai prévenu, voyageur ! Prends garde !
Le jeune homme ne l'écoutait pas et se retourna pour détailler la porte. Elle aussi avait changé : le marbre blanc sculpté avait laissé la place à une pierre noire brillante couverte de symboles rouges. Arzan ne connaissait pas le matériau mais supposait avec horreur que cette peinture avait quelque chose à voir avec du sang.
Pas très râgoutant... Bon, que faire ? S'imprégner les mains de sang pour pousser une porte fermée à double-tour ? Escalader des remparts de vingt pieds de haut dont le sommet arborait des pieux impressionnants ? Pourquoi les emmerdes conflluaient toujours vers lui ? Le chevalier Arzan, aimant des emmerdes... ça sonnait bien.
Un loup poussa un long gémissement, quelque part sur une colline désolée. Le vent se leva, balayant la lande. Un bruit sourd se fit entendre. Arzan préféra frapper à la porte, l'atmosphère le mettait mal-à-l'aise. Et pour cause...
Il attendit quelques minutes, frappa à nouveau, patienta encore. Mais rien ni personne n'ouvrit. Il tenta de forcer la porte, mais comme il s'y attendait, elle était fermée à clé. Il regarda alentour pour voir si une prise facile lui permettrait d'escalader l'enceinte du château, mais peine perdue : les murs étaient aussi lisses que le menton d'un gamin. Arzan soupira, d'un soupir où se mêlaient soulagement et résignation.
"Impossible de pénetrer le château par mes propres moyens, se dit-il. Je ne me vengerai pas ce soir, mais je ne mourrais pas ce soir non plus. Je vais devoir trouver le roi et demander aux sages de m'aider. Ca ne m'enchante pas de dire à ces vieux fous que ma famille a libéré les démons d'Atlantis, mais je n'ai pas le choix."
En fait, il supposait seulement qu'il s'agissait de ces démons là - ceux qui, selont les légendes, avaient presque réussi à détrôner les dieux, et qui auraient réussi sans l'intervention de son propre ancêtre, Jaskol Atlantis, armé du pouvoir des Thaumaturges et d'une arme inconnue mais apparemment redoutable. Il soupira encore. Cette fois, c'était la galère assurée...
Nan mais t'as pas fini de te plaindre? On a du mal à croire que tu descends des Thaumaturges, en te voyant... Un vrai pleurnicheur!
Arzan sursauta en entendant la voix qui semblait venir de nulle part. Puis il distingua le fantôme flou de jeune fille qui venait de surgir à ses côtés. Ah oui. Dans la liste des emmerdes, il avait oublié les esprits fatiguants, aussi.
Je t'ai entendu!, prévint l'adolescente fantômatique en envahissant l'espace d'un air...menaçant? Oui, on va dire menaçant. Le fait qu'un gosse de six ans n'en aurait pas eu peur ne compte pas. Et tu as de la chance de ne pas être tombé sur un démon, abruti!
-Pourquoi? Ils font encore plus peur que toi? Et puis qu'est-ce que tu fais là, d'ailleurs, toi? S'il y avait eu des filles dans ce château, je le saurais, non?
Ah, parce que tu crois que je viens tout juste de mourir? J'ai 10 000 ans, mon vieux...
10 000 ans ? L'âge de son propre ancêtre, Ker... Ker Atlantis avait été un duc bon pour ses sujets, se préoccupant plus d'eux que de lui même. Il avait vécu bien des millénaires avant Jaskol, et à part tout ceci, on ne savait rien de lui. Il ne restait même pas de portrait !
Evidemment ! Tu ne crois quand même pas qu'une peinture tiendrait si longtemps ! Par contre, je peux te parler de Ker. Ca fait longtemps que je n'avais pas discuté avec un vivant...
- Ca ne m'interesse pas. Ce vieux débris est mort depuis 10 000 ans, en quoi serait-il utile de connaître sa vie ?
Vieux débris ?? Respecte tes ancêtres, gamin ! C'était un homme de bien et ce n'est pas le premier gosse qui passe qui pourra se permettre de l'insulter devant moi !
- Oh ? Et que vas tu bien pouvoir faire ? Tu es morte...
J'ai quelques années de plus que toi, figure toi, et j'en connaît bien plus sur l'art des Thaumaturges qu'aucun de tes contemporains. En fait, tu es le plus fort que j'ai rencontré jusque là de ton époque, et tu es à peine capable de me voir, c'est pitoyable. Mais soit, je vais te montrer.
Elle lui balança son poing dans l'estomac, et Arzan se plia en deux sous la douleur, le souffle coupé.
-
La nuit était sombre, la lune pleine brillait de mille feux, éclairant le passage de la sombre silhouette, accompagnée d'une ombre silencieuse.
Au loin se dressait le château, imposant et majestueux, qui reflétait l'astre de nuit.
Ce château avait appartenu au duc de Ker Atlantis, mort depuis près de 10000 ans. De nos jours, plus personne ne savait à qui il appartenait vraiment, si ce n'est aux fantômes du passé... C'était là que se rendait Arzan, seul, venant chercher son héritage qui lui revenait de droit.
Il chevauchait un grand destrier bai. L'animal se cabra, flairant le danger. Arzan descendit de sa monture, et avança jusqu'à la porte du château. C'était une grande porte de marbre blanc, sculptée ça et là de divers symboles des temps anciens...
Arzan se racla la gorge, puis énonça d'une voix forte :
"Que le Seigneur de la Sainte Citadelle ouvre ses portes à moi, Bâtard Arzan, de la lignée des rois Thaumaturges !"
Le silence fut sa seule réponse.
Ces maudites traditions et leurs discours pompeux...
Fatigué, il sortit son fusil-mitrailleur et tira une bonne rafale dans la porte. D'un coup de pied, elle céda.
Il rangea son fusil-mitrailleur. Il se demanda rapidement pourquoi on appelait cela un fusil. Un fusil, il savait ce que c'était, bien sûr. Les cuisiniers s'en servaient pour affûter les couteaux. Il imagina que c'était parce que dire "arbalète à répétition aux multiples coups simultanés ou presque", c'était un peu long durant une bataille.
Le capitaine qui commençait à lancer cet ordre avait toutes les chances de se faire trucider d'une flèche dans la gorge avant d'arriver à "multiples". Et dire "arbalète à répétition à aaaaaaaargh", cela le faisait moins quand vos hommes attendent un ordre précis. Il referma cette parenthèse mentale et entra.
Ce qu'il vit alors le terrifia.
De sa vie, pourtant mouvementée et violente, il n'avait jamais vu autant de cadavres ayant été autant mutilés. Réprimant son envie de vomir (et de s'enfuir à toutes jambes), il s'approcha d'un des corps et l'observa, cherchant des indices lui permettant de deviner qui était la cause de ce carnage et pourquoi il l'avait fait.
Il ne sentit pas une ombre se faufiler derrière lui et une pointe glacée lui transpercer le cœur.
Arzan se réveilla en sursaut, la main à son épée.
Quelle plaie, ces téléportations ! Bien pratique sur le moment, mais l'énergie dépensée était telle que vous vous endormiez n'importe où... Il épousseta sa cape nerveusement, et examina le corps mutilé, se giflant pour garder les yeux ouverts.
Les armoiries de l'uniforme du mort révélaient son appartenance au clan Shield. Le propre clan du père d'Arzan. Le jeune homme jura, puis entreprit de fouiller le corps. Rien de vraiment utile. Il se releva, et entreprit d'explorer les lieux. Si quelqu'un avait survécu à ce massacre, il comptait l'interroger.
Arzan tira son arme au clair. Dans le pire des cas, il ne serait pas pris par surprise...
Un carreau d'arbalète siffla à ses oreilles. Azran pria qu'il ne s'agisse pas d'un fusil mitrailleur... Et se jeta à terre, parmi les cadavres...
Le souffle court, il rampa jusqu'à une porte secondaire, et se rua dans un corridor. Il y avait tant de portes ! Laquelle choisir ?
Il tourna à gauche, un cul-de-sac !! Trop tard, il entendait les pas se rapprocher.
Il vit l'ombre de son attaquant se profiler. Puis il le vit entrer. Il était habillé en noir, portait une capuche cachant son visage mais Arzan parvint à entrevoir ce dernier. Il n'en crut pas ses yeux... Un Démon mineur! Ce n'était qu'une créature de légende pourtant dès qu'il le vit, il fut sûr que c'était bien un membre de cette engeance maudite.
Derrière le démon se firent entendre des voix rauques, des bribes de paroles aux accents étrangers, exotiques. Arzan adressa une prière à Ghéïel, saint patron des voleurs, en espérant qu'il le camoufle dans sa cape d'ombre.
- Il y a quelqu'un, là ! souffla la créature. Je le flaire !
- Il s'est pas lavé depuis des lustres, à en juger par son odeur ! renchérit un homme derrière le démon, accompagnant sa réplique d'un rire gras.
Arzan, découvert et blessé dans son honneur, se résolut à agir, et surgit vaillamment des ténèbres... mais sa vaillance ne fit pas long feu, car il se cogna violemment à un pan de plafond et tomba mollement à terre.
Avant de sombrer dans l'inconscience, il eut juste le temps de tirer une rafale dans le tas. Tout devint noir ...
Il faisait noir ici ... Une chaleur étouffante régnait. Il ne savait pas depuis combien de temps il s'était réveillé. Une heure, un siècle ...
Quelle importance !
Il n'avait plus son épée, ni son fusil-mitrailleur. L'air empestait et il se demandait si on allait venir le chercher. Il commençait à avoir sérieusement faim.
Il faisait noir, ici ... Cette noirceur le rendait fou. S'il ne sortait pas vite de là, il ne tarderait pas à perdre ses moyens...
Il faisait noir ici ...
"Atchaaaaa !"
Arzan maugréa. Il faisait noir et froid. Pour un peu, il claquait des dents. Il ne savait pas où on l'avait enfermé, mais une chose était sûre : il était loin, bien loin des steppes qui bordaient le château de Ker Atlantis. Il éternua à nouveau, et le bruit se répercuta dans sa cellule.
La porte s'ouvrit à la volée. Un mystérieux gardien voilé le prit sur son dos ... Arzan ne savait plus ...
Dix minutes plus tard, Arzan était violemment déposé par terre. Il leva les yeux et vit celui qui devait être le chef de ses ravisseurs.
En fait, il ne vit que ses yeux. De grands yeux rouges. Pas injectés de sang, non : deux globes écarlate. Arzan voulut se pincer pour se réveiller, mais ses mains étaient solidement liées. Autant dormir, alors. Ses paupières s'alourdissaient quand un coup de pied bien placé le fit sursauter et gémir de douleur.
« Brute ! » s’écria-t-il inconsciemment et quelques rires rauques se firent entendre autour – si l’on pouvait appeler cela des rires.
Arzan releva les yeux pour rencontrer ceux de son agresseur. Extrêmement déstabilisant cette couleur, songea-t-il. Il tourna la tête avec difficulté pour observer la salle humide dans laquelle il se trouvait. Mais il n’eut pas vraiment le temps de détailler le décor...
Le démon l'attrapa par les cheveux et le souleva.
- Voici donc le dernier membre du clan Shield ? Un bâtard ! Et une lopette en plus !
Derrière lui, ses hommes éclatèrent de noouveaux de rire. Enfin, pas vraiment des hommes, eux non plus. Tous avaient les yeux rouges.
- Et que viens faire quelqu'un comme toi par ici. Hein ? Répond !
De sa main gantée de métal, le démon frappa Arzan.
Un coup dans la mâchoire ... le sang perla au coin de sa bouche. Le groupe se mit à rire de plus de belle.
Du coin de l'oeil, Arzan repéra soudain l'ombre qui l'avait attendu à l'extérieur. Silencieuse, elle se faufilait entre les gardes dans la pièce sombre, les fauchant un à un. Lorsque l'un d'eux s'aperçut de la disparition de trois de ses camarades, il cria. La tension montait tandis que l'ombre trouvait une quatrième victime.
Le chef, surpris et en colère, lâcha Arzan dont la tête rebondit sur la pierre. Il tomba, encore une fois, dans l'inconscience ayant juste le temps de voir une main se pencher vers lui.
Les ténèbres se firent, Arzan sombra dans un fleuve cotonneux au cours paisible. Il ne savait plus où ni qui il était, il se laissait juste dériver parmi les brumes de l'inconscience. Au loin, malgré sa cécité, il distingua une lueur blanche. A mesure qu'il faisait un peu plus corps avec le courant, la lumière se rapprochait, et bientôt il fut à son niveau. Et la traversa.
Il mourut.
Et suivit le courant, dont l'impétuosité grandissait.
Alors il se réveilla en sueur. Il était dans cette satanée auberge que son imbécile de frère gérait et, surpris d'être en vie, se demanda : "Aurais-je rêvé ?"
Son frère était à son chevet.
- Tu es réveillé ? Trois semaines, que tu dors ! Depuis que nous t'avons trouvé au seuil de mon établissement !
Trois semaines ? Et puis, dans son dernier souvenir, il était dans le château de Ker Atlantis, et...
Et il se souvint. Dans le flot impétueux, il était mort. Il avait acquis la connaissance que cela apportait, puis il avait ressucité, signe qu'il était l'une des rares personnes élues. Il avait atteint son but, il possédait le pouvoir des Thaumaturges.
Il ouvrit les yeux, et il vit que trois présences floues, insubstentielles, étaient présentes.
A présent, il pouvait voir les morts, et leur parler.
Crénom, sacré changement ! Arzan se sentait presque maître du monde ! Mais, dès qu'il réalisa toute l'ampleur de son pouvoir, le doute s'instilla en lui : d'autres pouvaient les voir. D'autres pourraient se dresser sur sa route. Sa décision était donc prise : pour faire régner le bien sur le monde, il devait éliminer le mal.
Vous arrêtez, oui, avec votre manichéisme de merde ? C'est pas demain la veille que vous aurez en vous la graine héroïque ! Maintenant restez immobile que je vous osculte !
Arzan soupira, accablé. Les infirmières ironisaient et lisaient dans les pensées... Chiant comme tout.
Et soyez pas vulgaire comme ça !
Arzan soupira encore et, pour contenter l'infirmière, se mit à penser aux papillons qui voletaient au-dehors, derrière la petite fenêtre qui éclairait la pièce. Il sentait la vieille femme le palper, prendre son pouls, examiner ses os... Trois semaines, par la cape de Géhïel, c'était long ! Il était plus faible que le dernier bambin de son frère ! Et qui sait s'il n'était pas en danger maintenant...
Les trois semaines passèrent, sans encombre...
Quand il put enfin partir, Arzan fit sceller son cheval, bien décidé à retourner au château Ker Atlantis afin d'élucider le mystère (et aussi pour se venger... )
Trois semaines... cela faisait trois semaines qu'il chevauchait sans relache. Ou sa carte était fausse, ou les Dieux se fichaient de lui. Pour son équilibre mental, il optait pour la première solution. Enfin, un soir, dans les lueurs apocalyptiques du crépuscule, une silhouette noire et pointue se découpa dans le lointain. Ker Atlantis ? Le donjon semblait avoir changé de forme. Il éperonna sa monture, sans savoir qu'il se jetait dans la gueule du loup...
La tour, tellement biscornue qu'on pouvait légitimement se demander comment elle tenait debout, ressemblait à un vautour guettant sa proie. Arzan ne ralentit pas pour autant son allure. Le sentier était désert jusqu'au château, et cela ne faisait que renforcer cette impression sinistre qui avait saisit le cavalier lorsqu'il avait aperçu l'édifice. Lorsqu'il arriva enfin à bonne distance des portes, il s'immobilisa. Son cheval écumant semblait lui exprimer toute sa profonde gratitude : la pauvre bête n'en pouvait plus. Arzan contempla la grande porte avec perplexité...
Arrête-toi ici, voyageur... Depuis trois semaines, ce lieu est maudit !Arzan se retourna, pour découvrir la silhouette fantômatique d'un vieillard mort. Une question lui vint :
- Pourquoi tout dure trois semaines, en ce moment ? Mon voyage, ma convalescence, mon coma, et puis ça maintenant...
Hein ? Aucune idée. "Trois" est sûrement ton chiffre porte-bonheur. Bref, où en étais-je ? Ah, oui. Tu devrais rebrousser chemin, avant que les démons de ces lieux ne te torturent dans une lente agonie...
- Qui durera trois semaines ? Je n'en ai rien à faire, si je suis là, c'est pour la vengeance.
Arzan descendit de cheval, et s'approcha du vieillard...Il était à trois pas de lui lorsque ce dernier s'évanouit dans les brumes en disant : Je t'ai prévenu, voyageur ! Prends garde !
Le jeune homme ne l'écoutait pas et se retourna pour détailler la porte. Elle aussi avait changé : le marbre blanc sculpté avait laissé la place à une pierre noire brillante couverte de symboles rouges. Arzan ne connaissait pas le matériau mais supposait avec horreur que cette peinture avait quelque chose à voir avec du sang.
Pas très râgoutant... Bon, que faire ? S'imprégner les mains de sang pour pousser une porte fermée à double-tour ? Escalader des remparts de vingt pieds de haut dont le sommet arborait des pieux impressionnants ? Pourquoi les emmerdes conflluaient toujours vers lui ? Le chevalier Arzan, aimant des emmerdes... ça sonnait bien.
Un loup poussa un long gémissement, quelque part sur une colline désolée. Le vent se leva, balayant la lande. Un bruit sourd se fit entendre. Arzan préféra frapper à la porte, l'atmosphère le mettait mal-à-l'aise. Et pour cause...
Il attendit quelques minutes, frappa à nouveau, patienta encore. Mais rien ni personne n'ouvrit. Il tenta de forcer la porte, mais comme il s'y attendait, elle était fermée à clé. Il regarda alentour pour voir si une prise facile lui permettrait d'escalader l'enceinte du château, mais peine perdue : les murs étaient aussi lisses que le menton d'un gamin. Arzan soupira, d'un soupir où se mêlaient soulagement et résignation.
"Impossible de pénetrer le château par mes propres moyens, se dit-il. Je ne me vengerai pas ce soir, mais je ne mourrais pas ce soir non plus. Je vais devoir trouver le roi et demander aux sages de m'aider. Ca ne m'enchante pas de dire à ces vieux fous que ma famille a libéré les démons d'Atlantis, mais je n'ai pas le choix."
En fait, il supposait seulement qu'il s'agissait de ces démons là - ceux qui, selont les légendes, avaient presque réussi à détrôner les dieux, et qui auraient réussi sans l'intervention de son propre ancêtre, Jaskol Atlantis, armé du pouvoir des Thaumaturges et d'une arme inconnue mais apparemment redoutable. Il soupira encore. Cette fois, c'était la galère assurée...
Nan mais t'as pas fini de te plaindre? On a du mal à croire que tu descends des Thaumaturges, en te voyant... Un vrai pleurnicheur!
Arzan sursauta en entendant la voix qui semblait venir de nulle part. Puis il distingua le fantôme flou de jeune fille qui venait de surgir à ses côtés. Ah oui. Dans la liste des emmerdes, il avait oublié les esprits fatiguants, aussi.
Je t'ai entendu!, prévint l'adolescente fantômatique en envahissant l'espace d'un air...menaçant? Oui, on va dire menaçant. Le fait qu'un gosse de six ans n'en aurait pas eu peur ne compte pas. Et tu as de la chance de ne pas être tombé sur un démon, abruti!
-Pourquoi? Ils font encore plus peur que toi? Et puis qu'est-ce que tu fais là, d'ailleurs, toi? S'il y avait eu des filles dans ce château, je le saurais, non?
Ah, parce que tu crois que je viens tout juste de mourir? J'ai 10 000 ans, mon vieux...
Par la cape, les sandales et la hache de Géhïel, et par toutes les divinités majeures et mineures ! 10 000 ans ??? L'âge de son propre ancêtre, Ker... Ker Atlantis avait été un duc bon pour ses sujets, se préoccupant plus d'eux que de lui même. Il avait vécu bien des millénaires avant Jaskol, et à part tout ceci, on ne savait rien de lui. Il ne restait même pas de portrait !
Evidemment ! Tu ne crois quand même pas qu'une peinture tiendrait si longtemps ! Par contre, je peux te parler de Ker. Ca fait longtemps que je n'avais pas discuté avec un vivant...
- Ca ne m'interesse pas. Ce vieux débris est mort depuis 10 000 ans, en quoi serait-il utile de connaître sa vie ?
Vieux débris ?? Respecte tes ancêtres, gamin ! C'était un homme de bien et ce n'est pas le premier gosse qui passe qui pourra se permettre de l'insulter devant moi !
- Oh ? Et que vas tu bien pouvoir faire ? Tu es morte...
J'ai quelques années de plus que toi, figure toi, et j'en connaît bien plus sur l'art des Thaumaturges qu'aucun de tes contemporains. En fait, tu es le plus fort que j'ai rencontré jusque là de ton époque, et tu es à peine capable de me voir, c'est pitoyable. Mais soit, je vais te montrer.
Elle lui balança son poing dans l'estomac, et Arzan se plia en deux sous la douleur, le souffle coupé.
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Il se réveilla juste à temps pour voir un grand couteau plonger vers son thorax, plus tout devint noir.
De drôles de créatures blanchâtres lui parlèrent d'une voix éthérée, et Arzan comprit que la mort n'était pas si terrible, après tout.
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