Bon, je vais essayer de pas faire de pavés. On parle juste des deux bouquins que j'emporterais sans hésiter sur mon ile déserte. Ma bible.
Tout au long de sa carrière, Philip K.Dick s'attache, outre ses romans, à publier des textes incisifs, très maitrisés, lisibles rapidement et avec un fond rarement exploré jusque là en science-fiction : la conception de "réalité" propre à chacun, les angoisses, les psychoses et la façon d'appréhender son monde, de voir les choses apparentes et les choses "dissimulées".
On peut le croiser avec le "lorsque les portes de la perception seront ouvertes, nous verrons le monde tel qu'il est réellement", de W. Blake.
Il faut savoir que la vie de Dick est parfaitement fumée, qu'avec une culture et un bagage littéraire lourd, il jongle entre drogues et aléas assez violents qui l'amènent vers une sorte de mysticisme philosophique. Ce qui nous donne deux tomes éblouissants (oui je n'ai pas peur des mots), gentiment compilées par Denoël :
Tome 1, nouvelles, 1947-1953 (http://www.babelio.com/livres/Dick-Nouvelles-Tome-1--1947-1953/67686)
Tome 2, nouvelles, 1953 - 1981 (http://www.noosfere.org/icarus/livres/niourf.asp?numlivre=-325672)
(le tout fait plus de 2000 pages)
Fortement marqué par la guerre froide, par les gouvernements de plus en plus violents et "attentifs", K.dick explore ses psychoses, les creuses, les analyse, et c'est un petit bijou d'évolution, du classique basique à un style purement personnel, si fort qu'il est devenu, avec le temps, un auteur incontournable de la science-fiction profonde aux états-unis et dans le monde entier.
Nombre de films s'inspirent (http://www.allocine.fr/personne/fichepersonne-78024/filmographie/), sans forcément lui tirer la révérence, de son écriture, de son âme : tellement forts, ces récits sont rentrés dans l'imaginaire collectif. Il est toujours ahurissant de lire certaines préfaces faites par lui-même, qui explicitent les arcs et ficelles de ses récits. Plongé dans la grèce antique, fortement emprunt de mythologie, ce dernier reprend des thèmes et des inspirations fortes pour les sublimer, dans le monde moderne, ou dans un futur parfois si maitrisé qu'on pourrait le dessiner.
Certains de ses romans sont des merveilles (le maitre du haut-chateau, pour ne citer que lui), d'autres sont moins bons. Il est difficile d'être aussi catégorique pour ces nouvelles qui sont de parfaites machines à gifles. En se disant qu'elles sont écrites entre 1947 et 1980, on se demande si le type n'avait pas une longue-vue à futur, où une De Lorean, parce qu'aujourd'hui, les thèmes sont encore et toujours plus d'actualité.
Dans le dernier tome, avant de mourir, dick avait envoyé une lettre à son éditeur pour parler de son prochain thème, et en expliquer le fond... qu'il n'a jamais pu écrire. Pour ne pas spoil, ce sera le seul extrait que je vous présenterai ici, parce qu'il montre clairement à quoi peut ressembler le bonhomme (qui a finit par se perdre dans ses méandres, en affirmant en pleine conférence, en france je crois, avoir été enlevé par des extraterrestres qui lui ont fait de multiples expériences. Il a même insisté pour se faire interner plusieurs fois, et a souffert dans sa vie personnel de sa vision du monde) :
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C'est une lecture dont on ne ressort pas indemne, et qui a clairement marqué son siècle. Comme asimov, il y a un avant, et un après K-Dick. Et l'édition que nous offre Denoël embellira sans souci votre bibliothèque !