Bonjour,
Mon premier texte sur ce forum... Je viens de terminer cette nouvelle, plutôt de la reprendre, je l'ai écrite il y a un an de cela. J'attends vos avis avec impatience, tous les conseils sont bons à prendre !
Et merci d'avance de consacrer un peu de votre temps à cette lecture :)
« Alea jacta est »
Les dés sont jetés.
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Alea jacta est.
J'aimais cette expression pour le sens qu'elle avait donné à ma vie. Cela semblait insignifiant, néanmoins elle m'aidait à faire face aux problèmes, à relativiser. Je n'y pouvais rien si les dés du destin étaient jetés, car tout était irrémédiable, quoique l'on dise, quoique l'on fasse. Cela suffisait à me donner la force nécessaire le matin, pour me lever de mon lit. Après tout, si le destin était déjà tracé, nous pouvions mourir demain, écrasés par une voiture, pris d'un crise cardiaque ou encore assassinés dans une ruelle ; cette expression m'avait fait ouvrir les yeux. Il fallait profiter de la vie tant qu'on y avait droit, tant qu'elle s'offrait à nous, avant qu'elle ne disparaisse et qu'on regrette de ne pas s'être assez défoulé.
Aujourd'hui, j'ai eu la ferme intention de ne pas mourir stupide et j'ai voulu découvrir les joies d'un homme.
Devant moi, Erik me toisait d'un regard dur et pesant. Cela faisait combien de temps maintenant que, prise dans un élan fou, j'étais entrée dans ce bar et que je l'avais défié ? Assez longtemps sûrement au vu des nombreuses bouteilles vides qui jonchaient notre table et le sol. Il avait ri en me voyant arriver – et non il Avery, Tex n'étant pas avec nous – croyant plus à une blague qu'à un sérieux affrontement. Lui, le maître incontesté des cartes et des bouteilles, lui, l'homme qu'on respectait le plus ici et que personne n'osait approcher sans sa demande, se faisait défier par une femme petite et frêle, bien maquillée et habillée, les cheveux bien ordonnés et peignés ? Le destin en avait des bonnes parfois - de blagues, pas de femmes, quelle offense à la gente féminine enfin !
J'avais eu du cran. Il ne me faisait pas peur, au contraire il me faisait rire quand il me toisait de son air hagard quand nous retournions nos cartes et qu'il constatait avec effroi qu'il avait de nouveau perdu. Je n'avais pas souvent joué aux cartes mais aujourd'hui, j'avais besoin de changer d'air, d'habitudes, de me décontracter ; c'était avec un sourire et un plaisir presque malsain que j'observais ses grimaces ainsi que son rictus plein de dégoût quand il prenait connaissance de mon jeu. « Les dés sont jetés », me disais-je à chaque nouvel affrontement. Pourtant, aujourd'hui, rien ni personne ne pouvait me vaincre. Ce n'était même pas de la chance, c'était encore pire : je tenais en moi la clef du destin, j'avais l'impression de décider de la tournure des événements. Un sentiment étrange qui éveillait en moi une force nouvelle, une énergie sans faille, qui me faisait entre autre boire bouteilles sur bouteilles sans aucun effet alors que je n'avais jamais touché à l'alcool de ma vie – à consommer avec modération bien évidemment, me disais-je ironiquement. Je ne savais pas vraiment ce qui m'avait poussée à entrer dans ce bar, mais j'étais maintenant la bête curieuse ; tout le monde m'observait ; je devinais leurs pensées : « Comment peut-elle avoir autant de chance ? Elle va s'effondrer à un moment, c'est sûr ! Erik ne se laissera pas battre comme ça ! » Un cercle s'était formé autour de nous, et les paris allaient de bon train. Je ne regardais personne, je ne concentrais mon regard et mes pensées que sur les cartes et sur Erik. J'étais déterminée à frapper un coup, un énorme coup.
Je le regardai droit dans les yeux, avant de lancer :
« Alors ?
- Deux paires. Et toi ?
- Un carré. »
Il n'arrêtait pas de me jeter des regards suspicieux, pleins de haine et d'incompréhension ; mais il continuait à vouloir m'affronter, à foncer la tête la première droit dans un mur.
Quand cette fois-ci il ramassa les cartes, il les regroupa en un seul paquet et se mit à le mélanger frénétiquement, d'un geste rapide, maîtrisé. Pour sûr, il avait fait cela toute sa vie, au moins ! Je le regardais faire, sentant derrière moi les murmures de la foule et l'odeur de l'alcool. Je pris la bouteille à côté de moi et avalai une grande gorgée qui me brûla dans tout le corps, mais dont la chaleur me rendit subitement bien, pleine d'énergie. C'était comme si je devais me recharger, faire le plein d'électricité avant de repartir à l'usage. Je découvrais en même temps quelque chose que j'ignorais depuis toujours, ma capacité à tenir l'alcool alors que je n'en avais jamais bu, moi si sage et n'ayant jamais vu l'intérêt de se mettre dans un état pareil. C'était assez étrange et incompréhensible, mais j'aimais bien. Je finis la bouteille d'une traite, ce qui plut à mes admirateurs, tandis qu'Erik déplia les cartes dans sa main.
« Si tu tires un sept, t'as le droit de rester ici et j'te repaye un coup. Sinon tu t'casses. »
Les règles avaient changé. Ce n'était plus une partie de poker sur la table, c'en était néanmoins encore une entre nous ; j'avais fait un joli coup de poker depuis mon arrivée... Erik avait l'air si désabusé qu'il ne buvait plus, ne bougeait plus un sourcil. Lui si fier, lui l'as des cartes, le roi du bar, l'insultant courtisan des dames, il n'avait plus aucun joker ; lui qui avait toujours plus de dix tours dans son sac, tout était réduit à zéro. Pleine d'énergie, commençant à connaître l'inconnu et à ressentir ce que cet homme-là devait éprouver au quotidien, je fonçai encore et ma main s'avança lentement vers le paquet de cartes qu'Erik tenait vigoureusement. Le courroux difficilement refoulé contre le calme ; l'exceptionnel perdant contre l'extraordinaire maîtrise ; l'homme fort, lui, contre la femme frêle, moi.
Alea jacta est.
La carte était un sept de pique.
Avec un sourire narquois, je la posai devant Erik, qui poussa un cri de rage, d'incompréhension. Mais comment cela pouvait-il être possible ? Autour de moi les hommes me regardaient sans comprendre, interloqués de me voir encore gagner leur plus grand joueur tout en restant en état de continuer après le nombre de bouteilles que j'avais descendues. Ils n'étaient déjà pas habitués à voir une femme dans leur bar, mais alors là, ça dépassait les limites du réel ! Je ne dirai pas que j'étais fière de moi, car j'étais en train de dépasser de nombreuses barrières en moi, et jusqu'où... ? Mais je ne cachais pas ma joie, et Erik explosa. Son masque s'étira, se fissura, se craquela, et il hurla.
« Je n'sais pas c'que tu trafiques mais tu commences sérieusement à m'prendre la tête ! C'est pas possible d'avoir autant d'chance ! Alors j'te préviens maintenant que t'as fait surgir en moi cette haine : c'est ta dernière partie. Si tu tires la dame de cœur, à toi l'honneur, tu déguerpis saine et sauve. Sinon, j'te tue. Et t'as pas le droit de refuser. »
J'entendis la foule retenir son souffle. Je n'avais pas vu son arme, mais je n'en doutais pas qu'il en avait une, dissimulée sous la table, ou qu'un de ses collègues ferait le boulot. Quoiqu'il adviendrait, c'était ma dernière jouissance, mon dernier plaisir par procuration, ma dernière chance, dans tous les sens du terme ; et j'étais calme, l'alcool m'avait donné chaud mais je ne transpirais pas, sinon ils croiraient tous que j'avais peur. Mais je n'étais même pas effrayée. J'avais confiance. Après tout, j'avais une chance sur cinquante deux... Imposant. Mais je n'avais pas le droit à l'erreur. Pas le droit de flancher. Pas le droit d'être vaincue. Pas le droit d'être minable devant tous ces minables qui n'avaient rien compris à la vie, qui passaient leurs journées à se saouler, qui ne profitaient de rien à part de leurs cartes et des femmes qu'ils obligeaient à les contenter. Je voulais seulement montrer, respirer le monde extérieur. Je voulais que tous ces hommes qui n'avaient de vie que ce bar sortent découvrir le monde. Je voulais qu'on m'écoute, je voulais sauver ces hommes de l'aliénation. Quoiqu'il arrive, par la curiosité que j'avais éveillée, j'étais satisfaite.
Ses yeux noirs me fixaient, essayant de discerner la moindre peur en moi. Je passai une main dans mes cheveux roux et bouclés. Je pensais à dehors, à la beauté du paysage, aux couleurs, je pensais que ce lieu était oppressant et terne et que j'aurais voulu le détruire. J'en avais en tout cas rompu la monotonie ; je m'étais mise dans la peau d'un de ces hommes, pendant un temps un tant soit peu en dehors du temps. C'était... intéressant.
Alors mes doigts vinrent effleurer les cartes, et faisant confiance en ma main, fermant les yeux, je pris la carte, la quatrième en partant de la gauche, celle juste en face de mon cœur. Dame de cœur, à moi l'honneur.
Alea jacta est.
Je posai la carte entre nous, sûre de mon coup, pour que nous la découvrions en même temps.
C'était une dame.
Mais une dame de trèfle.
Déchéance. Il fallait bien que je retombe sur Terre.
Alea jacta est.
Erik tira.
Bonjour Avent,
Tout d'abord je te remercie d'avoir pris le temps de me lire et de me répondre. Je ne suis pas du tout blessée au contraire, je suis contente de toutes ces remarques qui pourront toujours me pousser à faire mieux. Et puis on apprend de ses erreurs :)
Je voulais effectivement que mon personnage soit assez féministe et dénonce des choses. Je m'y suis sûrement pas assez bien prise pour le côté ambiance, il aurait peut être fallu que je décrive un peu plus le lieu ? Je pense que je me suis, après relecture, trop centrée sur les personnages et sur l'action et j'en ai un peu oublié de créer une atmosphère assez pesante. Il n'y avait pas d'époque particulière justement pour montrer que le combat féministe était intemporel.
Merci pour le compliment :) après je suis consciente qu'il y a beaucoup de choses à retravailler. En fait pour replacer ce texte dans son contexte, j'avais écrit deux paragraphes il y a longtemps de cela et comme l'idée me plaisait je l'ai continué la semaine dernière ; mais c'est réellement le premier texte que je termine depuis deux ans ! Pour moi c'est déjà énorme mais je sais que je dois travailler, c'est pour ça que tout conseil m'apportera beaucoup. Par rapport aux incises humoristiques, c'est la première fois que j'en mets dans un texte, je suis plutôt du genre justement à aimer rendre une atmosphère pesante, et je voulais que dans ce texte-là ce soit un peu compensé. Mais bon c'était un mauvais choix si ca n'a pas plu.
Je retravaillerai ce texte dès que possible et je pense en reprendre un ancien que je posterai bientôt. Au plaisir de te revoir et encore merci pour ton commentaire !