Yep Milo ! :)
Je comptais lire le livre de Crouzet pour avoir le cerveau bien musclé avant de te répondre, mais j'aurai jamais le temps, alors je réponds tout de suite ; si j'attends encore, je vais oublier.
Bon, tes mises au point sont super claires, j'ai presque tout compris (enfin j'espère ! :D ), mais sans vouloir lancer une discussion trop pointue - que je pourrai pas suivre - , il y a une nuance dans tes explications que j'ai pas très bien saisie. En fait, pour moi, "extrapoler des données provenant de sources authentifiées", c'est quasiment la même chose que "étudier des phénomènes, en fournir une analyse avec des hypothèses d'explication". Tu as dissocié les deux procédés parce que tu as dit qu'en extrapolant, on obtenait des faits inventés ; tandis qu'en proposant des hypothèses d'explication, on se contentait de réagencer des éléments certains pour produire un résultat nouveau. Mais je doute qu'il y ait une différence fondamentale de nature dans les produits issus de ces deux process ; ce qui les distinguera, ce ne sera jamais que le soin apporté à leur élaboration.
Par exemple, quand Hérodote affirmait que les archers Sauromates rangeaient leurs flèches dans leurs guêtres en peaux de lynx, on devine qu'en racontant ça, il avait moins le souci d'instruire son lectorat érudit que de briguer la succession d'Homère dans l'estime des aèdes ; cependant on reconnaîtra que le détail ne manque pas de vraisemblance : s'il avait dit que les Sauromates se chaussaient dans du cuir de requin, on aurait pu lui objecter que l'animal ne s'était jamais encore montré en mer Caspienne ; mais il a dit en peau de lynx, ce prédateur emblématique des steppes de l'Oural. Le fait est inventé, sans doute, mais c'est une affabulation réfléchie, plausible et séduisante, qui contient déjà en germe les ressorts de la méthodologie historique.
Lorsque Crouzet, d'après Holden, réfute l'hypothèse de son confrère selon laquelle le Roi d'Espagne aurait commandité, par l'intermédiaire du duc d'Albe, l'attentat contre l'amiral de Coligny ; lorsqu'il démontre qu'on ne doit pas davantage accorder crédit à la tradition qui impute à la jalousie de la Reine Mère le meurtre de ce chef protestant dont l'ascendant sur le Roi contrariait son autorité maternelle, ainsi que nous le raconte Alexandre Dumas ; lorsqu'enfin, des trois suspects qui ont maintenu des générations de chercheurs dans l'irrésolution, Crouzet n'en retient qu'un ; lorsqu'ayant analysé la défense de chaque partie, il plaide la culpabilité de la maison de Guise, serait-il l'historien le mieux renseigné, le plus éloquent, le plus sincère, s'il ne peut prouver le fait, il l'invente. Car amener à l'existence ce qui n'est pas, c'est inventer. Raconter en alléguant la vraisemblance à dessein de persuasion, c'est affabuler. Toute hypothèse historique, je te le dis en vérité Milora, n'est jamais qu'une méticuleuse extrapolation. :huhu:
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P.S : te sens pas obligée de répondre à ma démonstration bidon hein, c'était juste pour délirer ! :D
En vrai, je sais même pas si Crouzet a plaidé pour la culpabilité des Guise, j'ai pas lu son livre, mais j'ai fait comme si, m'en fous. :mrgreen: