Bon, eh bien voilà, ma contribution au défi de mars. Je me suis pas forcément foulée, mais c'était sympa à écrire. Par contre ça casse pas des briques xD
Bonne lecture !
Il y a longtemps, un empire lointain était dirigé par le plus grand empereur qu’il eût jamais été donné de voir. Celui-ci avait un fils, nommé Fu-Hsi. Dès son plus jeune âge, Fu-Hsi avait été formé par les conseillers et par son père pour diriger l’empire. A dix-sept ans, il en connaissait toutes les contrées et leurs moindres recoins.
La famille impériale vivait dans le plus majestueux des palais, duquel on dit qu’il fallait toute une journée pour en parcourir la longueur. Les murs étaient d’or et de jade, les fenêtres de cristal. Mais la taille de ce palais n’était rien comparée à celle du parc qui l’entourait. Celui-ci était si vaste que sans guide, on aurait pu s'y perdre : même les jardiniers n’en connaissaient pas la totalité. Les explorateurs qui revenaient à l’empire ramenaient souvent des plantes et des animaux exotiques en guise de cadeau ; et ils étaient placés dans le jardin, de telle façon qu’il contenait certainement toutes les plantes et tous les animaux du monde. Dans ce jardin habitaient également une partie des servants de la famille impériale, mais ils logeaient pour la plupart dans les environs directs du palais.
Jiao, quant à elle, avait choisi de loger plus profondément dans le jardin. Elle aimait se trouver loin de l’agitation de la cour, quitte à devoir prendre son vélo pour aller travailler chaque jour aux cuisines.
Un soir qu’elle rentrait bien fatiguée de sa journée de travail, elle entendit, au cœur du parc, un son bien étrange, comme l’écoulement d’une rivière sur les rochers. Elle abandonna son vélo pour suivre le bruit incongru.
Et il était là, perché sur sa branche, qui chantait son air ravissant. Etonnée, Jiao, qui avait imaginé un animal magnifique, constata qu’il s’agissait en fait d’un tout petit oiseau, marron, qui serait passé inaperçu s’il ne s’était mis à chanter.
- Bonjour, l’apostropha-t-elle à la fin d’une tirade. Je m’appelle Jiao. Et toi, qui es-tu ?
- Bonjour, jolie Jiao. Je suis un rossignol.
- Je ne t’ai jamais vu auparavant. As-tu été ramené par l’un des nombreux explorateurs de l’empereur ?
- Oui. Je viens d’un pays bien lointain.
- Te plais-tu ici ?
- Certes oui, ce jardin est beau et grand, mais mon pays me manque.
- Je peux t’aider à l’oublier, si tu le souhaites.
Et ainsi commença l’amitié qui lia Jiao au rossignol. Chaque matin, celui-ci l’accompagnait jusqu’aux cuisines, et chaque soir, il revenait la chercher. Il apprit à Jiao à chanter, et en échange, elle lui racontait ses journées au palais. Les semaines passèrent, et comme leur amitié se renforçait, ils commencèrent à parler plus facilement d’eux-mêmes. C’est ainsi qu’un soir qu’ils étaient assis au pied d’un chêne, le rossignol lui raconta sa terrible histoire.
Le rossignol s’appelait en fait Ming-Yue. C’était une princesse, maudite par sa mère qui n’avait pas voulu d’elle. Elle avait été changée en rossignol, et cloîtrée dans une volière. Sa naissance avait été tenue secrète. Un servant, qui était dans le secret et compatissant à son sort, lui avait permis de s’échapper. Elle avait vécu des années dans les bois, avant de se faire capturer par les explorateurs de l’empereur. Elle avait donc été offerte au jardin, puis elle avait rencontré Jiao.
- C’est vraiment une histoire terrible, Ming-Yue ! s’exclama Jiao, qui malgré elle, était excitée de savoir que le rossignol était en fait UNE rossignol, et princesse de surcroît !
- Et je ne connais pas le moyen de briser le sort, ajouta Ming-Yue tristement.
- Alors, je t’en fais la promesse : je vais tout faire pour trouver le moyen de te sortir de là !
Mais en fait, Jiao avait bien trop de travail pour y penser. Car aux cuisines, on s’occupait non seulement de la famille impériale, qui nécessitait un régiment de serviteurs à elle toute seule, mais également de l’ensemble de la cour et des serviteurs, qui eux aussi avaient besoin de manger. Alors, à courir toute la journée dans tous les sens, elle n’avait pas tellement le temps de réfléchir à la malédiction de Ming-Yue.
Quand elle en avait l’occasion, Jiao aimait participer au service des plats. Apporter leurs repas à la famille impériale était un grand honneur, duquel les marmitons pouvaient profiter lorsque l’armée des serviteurs avait besoin de renforts. Son grand plaisir était alors d’admirer la famille impériale, leurs tenues rehaussées des soies les plus fines et cousues de l’or le plus pur, leurs manières si raffinées, leurs discussions si passionnantes. Et, parmi la famille royale, Jiao aimait observer Fu-Hsi. Le prince était une légende à lui tout seul. On le disait si intelligent qu’il apprenait lui-même à ses percepteurs. Quant à sa beauté, toute la cour était à même de l’admirer.
Lorsqu’elle retrouvait Ming-Yue, elle lui racontait ses journées, et elle décrivait à la princesse combien Fu-Hsi était noble et beau. Ming-Yue, elle, continuait à apprendre à Jiao l’art de chanter, entre deux histoires concernant son propre pays.
« Ma mère est si cruelle, racontait-elle, qu’elle condamne à mort quiconque lui déplaît, d’une façon ou d’une autre. »
« Oh, Ming-Yue, comme le destin a été cruel envers toi ! J’aimerais t’aider à te sortir de cette terrible malédiction, mais comment puis-je bien faire ? »
Un jour qu’elle prenait son vélo pour traverser les jardins et rentrer chez elle, elle entendit Ming-Yue, qui trillait à cœur joie au sommet d’un chêne. Elle s’arrêta pour écouter quelques instants avant de faire signe à la princesse, afin qu’elles rentrent chez elles.
Mais Jiao n’était pas la seule à avoir entendu Ming-Yue. Du haut de sa chambre qui surplombait les hectares de verdure, le prince Fu-Hsi tendait l’oreille. Ça alors, se dit-il. Quel était donc ce son merveilleux ?
Le prince entendait régulièrement des sons qui provenaient du parc, mais jamais il n’avait su ce à quoi ils appartenaient, pour la simple et bonne raison qu’il n’y avait jamais mis les pieds – il n’en avait pas le temps. De toute façon, il ne cherchait pas spécialement à comprendre ce à quoi les bruits correspondaient. Mais celui-ci lui avait paru si pur, si cristallin, qu’il voulût immédiatement savoir d’où il venait. Mais, au moment où il se penchait par son balcon pour scruter le jardin, il entendit le son s’éloigner puis s’éteindre. Une grande tristesse l’envahit alors ; et il ordonna qu’un serviteur soit posté au balcon toutes les heures du jour et de la nuit, afin qu’on le prévienne si le son venait à se reproduire.
Le pauvre serviteur qui avait été placé là était bien embêté, au sens où les descriptions embrouillées du jeune prince n’étaient pas pour l’aider à reconnaître le bruit en question. Il en existait tant dans les jardins du palais ! Pourquoi le prince n’avait-il pas demandé à l’un des jardiniers, qui étaient coutumier de ce genre de choses ?
Heureusement pour lui, le pauvre serviteur d’astreinte n’eût pas à attendre bien longtemps : dès le lendemain matin, il entendit les joyeuses trilles approcher aux lueurs de l’aube, accompagnées du crissement d’un pédalier. Il se pencha par le balcon, et vit une servante laisser son vélo à l’entrée du palais, faire signe à quelque chose en hauteur, et entrer commencer son service. Curieux, le serviteur leva les yeux. « Mais bien sûr ! Qu’est-ce qui aurait bien pu impressionner notre prince, sinon le rossignol ? »
Car tout le monde connaissait le rossignol. Avant que Jiao ne la trouve, l’oiseau parcourait tous les jardins, et tous avaient pu profiter de ses chants. Fier de sa découverte, le serviteur alla annoncer la nouvelle au prince Fu-Hsi.
- Alors, annonça le prince, je veux que l’on me trouve ce rossignol, et qu’on me l’apporte, car son chant est le plus beau qu’il m’ait été donné d’entendre, et je n’aspire qu’à l’écouter à chaque instant.
Une grande chasse commença alors dans les jardins du palais. Filets et pièges se déployèrent, avec la garantie d’une petite fortune pour quiconque attraperait le rossignol. Bien entendu, Ming-Yue et Jiao en eurent très vite conscience, et la servante supplia la princesse de se cacher.
- Je te jure, Ming-Yue, c’est toi qu’ils cherchent… La cour ne parle que de ça… Je ne veux pas que tu sois captive à nouveau !
Mais Ming-Yue ne voyait pas les choses de la même façon :
- Jiao, cet homme aime mes chants, il s’agit juste d’aller le voir et de chanter un peu.
- Tu es sûre de vouloir y aller ?
- Je reviendrai vite, Jiao.
Le rossignol alla donc se poser à la fenêtre du prince et pépia tout son soûl. Fu-Hsi, qui se trouvait dans ses appartements, reconnut de suite le chant qui l’avait séduit. Il ordonna immédiatement la fabrication d’un perchoir, d’une cage et d’une mangeoire, le tout en or rehaussé de pierres somptueuses.
Ming-Yue fut donc amenée devant la cour, parée de plumes d’or par-dessus ses propres ailes, ce qui l’empêchait de s’envoler. Ce fait était encore renforcé avec le filin d’or qui reliait sa patte. Tous les jours, pour plaire à ce prince capricieux, elle produisait d’innombrables chants, des valses pour la plupart, fort appréciées par la cour.
Jiao venait la voir chaque jour. Ming-Yue semblait se satisfaire de cet état : elle enchantait le palais par son répertoire, et la foule s’empressait de venir la voir tous les jours. Puis, Jiao se rendit compte que Ming-Yue ne semblait plus attendre ses visites avec tant d’ardeur ; en outre, elle parlait beaucoup avec le prince. Jiao sentait que son amie l’abandonnait peu à peu pour Fu-Hsi. Jiao voyait ce rapprochement avec angoisse. C’est un jour qu’elle passait dans le palais, du côté des collections de l’empereur, que lui vint une idée.
Dès lors, Jiao passa tout son temps libre chez elle, penchée sur son établi.
Au jour de l’anniversaire du prince Fu-Hsi, le cadeau de Jiao était prêt. Comme tous les servants, elle avait trimé toute la semaine précédente, afin de faire en sorte que personne n’ait à travailler durant ce jour faste, qui se devait, sur ordre de l’empereur, d’être une fête pour chacun. La journée consistait surtout en une longue file de personnes venues apporter un présent à leur prince adoré. Les premiers à se présenter furent les émissaires étrangers, puis vinrent l’empereur et sa femme, la noblesse, les dignitaires, les marchands fortunés, et enfin le petit peuple. Celui-ci ne composait pas une file très longue, au sens ou peu de personnes avaient les moyens de présenter un cadeau au prince. Celui-ci ne refusait jamais aucun présent, mais à cause de cela justement, nul n’osait lui présenter une chose de moindre valeur.
Jiao dut tout de même patienter un certain temps avant que n’arrive son tour. Elle avait eu beau porter ses plus beaux vêtements, elle se sentait sensiblement dépravée, à côté des soieries portées par la famille impériale. Elle s’avança avec embarras, s’inclina devant le prince, et lui tendit son cadeau.
Intrigué, le prince s’en saisit. Avant qu’il n’ait pu remercier la servante, celle-ci avait tourné les talons et s’était fondue dans la foule. C’était la plus petite boîte qu’il ait reçue cette année-là : elle tenait dans une main. Mais, fidèle à son vœu de tolérance, il ne dit rien, et ouvrit la boîte. La foule retint son souffle.
Le paquet contenait un oiseau de métal rouge, grandeur nature, incrusté de petites pierres fines non taillées. L’œuvre avait été faite à la main, dans un mélange à la fois brut et soigné, simple et élégant. La foule poussa un soupir d’admiration en constatant que l’artiste avait représenté le rossignol du prince avec méticulosité. Intrigué, le prince tournait son cadeau dans tous les sens, jusqu’à ce qu’il aperçoive une petite clé, cachée entre les ailes cuivrées. Il la tourna.
Le silence se fit dans l’assemblée : un son sortait de la sculpture, qui était si semblable aux trilles du rossignol qu’un grand nombre de personnes chercha des yeux le véritable oiseau afin de constater que les sons ne venaient pas de lui.
Hébété, le prince se leva.
« Qu’on m’amène la personne qui l’a conçu ! »
Mais personne ne retrouva Jiao : elle était déjà sortie du palais.
Durant les semaines qui suivirent, une foule considérable vint se masser au palais afin d'entendre les prouesses du rossignol mécanique. Des courtisans eurent rapidement l'idée de faire concourir l'animal vivant contre sa reproduction. Si les deux chantaient magnifiquement bien, les spectateurs convinrent assez rapidement que l'œuvre d'art surpassait largement son original. Ainsi, Ming-Yue fut peu à peu mise à l'écart au profit de la boîte à musique. Elle assistait néanmoins à chaque représentation donnée par le prince.
Un soir que son valet attitré la ramenait aux appartements du prince, elle demanda à ce dernier une audience particulière. Le prince, malgré ses nombreuses obligations, la lui accorda sur l'instant, car malgré l'adoration qu'il portait à son cadeau, il n'en aimait pas moins le véritable rossignol.
« Mon prince, annonça Ming-Yue d'une toute petite voix, je vois bien comme votre cadeau vous enchante, et que moi je semble vous lasser. Si vous le permettez, j'aimerais quitter cette cage, toute dorée qu'elle soit, et retourner vivre dans les vastes jardins de vos parents, où je serai libre. »
Le prince fut troublé par cette annonce. Mais il voyait bien l’air gêné de Ming-Yue, et quelques secondes durant, il ne sut que répondre, partagé entre le désir de garder cet oiseau fabuleux et celui de lui accorder ce qu'il voulait.
« Chez rossignol, tu as longtemps enchanté mes journées, et aujourd'hui il serait juste que tu goûtes un repos bien mérité. Je vais donc t'accorder ce que tu me demandes. Valet, libère donc le rossignol, qu'il puisse à nouveau s'envoler. »
Le servant s'exécuta, une larme à l'oeil, car comme tous il avait apprécié les chants de l'oiseau. Ainsi, pour la première fois depuis des semaines, Ming-Yue put étirer ses ailes. Elle s'arrêta sur le rebord de la fenêtre et exécuta une petite révérence envers le prince avant de s'envoler.
Dès le lendemain, Ming-Yue attendait son amie devant chez elle. Si Jiao fut d'abord étonnée de voir la princesse, elle n'en parla pas et la laissa l'accompagner comme elle l'avait fait si peu de temps auparavant.
Pendant ce temps, au palais, les réceptions ne cessaient plus. Chaque émissaire étranger, chaque courtisan, voulait assister aux merveilleux chants du rossignol mécanique, et avoir l'honneur de danser sur l'une de ses valses, encore et encore. Le prince remontait sans arrêt la petite clé située entre les ailes de l'oiseau, afin que chacun puisse profiter de ces mélodies le jour comme la nuit. Cette situation durera plusieurs semaines, avant qu'une terrifiante rumeur ne se propage dans tout le palais : l'automate dysfonctionnait ! Ceux qui assistèrent au phénomène purent en témoigner : l'animal chantait, puis, au milieu de sa mélodie, un son terrible se faisait entendre, comme si les entrailles du mécanisme se tordaient. Alors, l'oiseau reprenait sa musique depuis le début, jusqu'à ce que l'horrible bruit se reproduise, et ainsi de suite.
Bouleversé, le prince fit appel à tous les horlogers et tous les mécaniciens de l'empire, mais aucun ne parvint à réparer les précieux rouages du rossignol.
« Oh, Jiao, c'est terrible ! Personne n'arrive à le réparer, le pauvre prince doit être très malheureux. Il faut absolument que je retourne au palais afin de remplacer mon double le temps qu'il soit remis en état. »
Ainsi Ming-Yue retourna auprès de la famille impériale. De son côté, Jiao n'osait se rendre sur place ; elle ne voulait pas encore que l'on sache que le cadeau venait d'elle. Elle attendit patiemment quelques jours avant de finalement se décider. Le jour des audiences publiques, elle prit sa place dans la file qui souhaitait parler à la famille impériale.
Lorsqu'arriva son tour, elle s'inclina bien bas devant les trois sièges impériaux et demanda d'une toute petite voix à voir le rossignol mécanique. En effet, malgré son dysfonctionnement, le prince emmenait toujours avec lui son cadeau préféré. Étonné, le prince le lui tendit. Jiao retourna l'objet dans tous les sens. Finalement, elle actionna un petit mécanisme caché dans l'une des pattes, que personne n'avait constaté jusqu'alors. La patte s'ouvrit, faisant tomber une bague. Jiao la passa à son doigt.
D'abord intrigué, le prince fini par lui demander d'un ton acerbe :
« Mademoiselle, votre affaire ne semble pas si urgente, et d'autres attendent de me rencontrer. Si vous vouliez bien cesser de casser mon cadeau, je vous en serais très reconnaissant. »
Jiao se tourna alors vers le prince. Son visage était transformé. Là ne se tenait plus la petite servante timide nommée Jiao, mais une grande femme au visage dur. Celle-ci s'adressa directement au rossignol, ignorant superbement la famille impériale qui se trouvait devant elle.
« Alors, ma petite Ming-Yue. Je t'aurais imaginée plus intelligente que cela. Apparemment, te changer en piaf n'aura pas suffi à t'éloigner de mon chemin. Il aura fallu que cet abruti d'empereur envoie des explorateurs partout à travers le monde pour que l'un d'entre eux te trouve et te ramène ici ! »
« Impossible ! s’exclama Ming-Yue. Comment es-tu arrivée ici ? »
« Je suis arrivée bien avant toi, espèce d'idiote ! Cela fait des mois que je fomentais mon idée, et tu es venue tout gâcher ! Heureusement, j'ai été la première à te trouver. »
« Excusez-moi, s'écria l'empereur, au bord de l'apoplexie. Mais, peut-on savoir qui vous êtes ? »
« Pardonnez-moi, je manque à tous mes devoirs. Je me présente : Li-Jiao, reine du royaume de Yuan. »
« C’est ma mère, gémit Ming-Yue. »
« Et dire que quelques semaines encore et cet empire était le mien ! »
« Gardes ! s’étouffa l’empereur. Saisissez cette sorcière ! »
« Vous ne croyez pas si bien dire » maugréa Li-Jiao en décrivant un vague mouvement de la main en direction de la garde de l’empereur. Ceux-ci furent violemment repoussés en arrière.
« Bien. Où en étions-nous ? Ah, oui. Ma très chère fille. Et dire que j’y étais presque. Je ne pensais pas que le mécanisme de mon cadeau tomberait si vite en panne ; tu n’as pas été éloignée du prince assez longtemps. Voyons, que vais-je pouvoir faire de toi ? Te changer en fourmi ? »
« Ah, ça suffit, hein ! s’exclama Fu-Hsi. Vous ne croyez pas avoir été assez cruelle envers votre fille ? »
« Mais pas du tout ! Le but était de m’en débarrasser, et c’est loin d’être le cas ! Et, maintenant que je suis dévoilée à vos yeux, il va aussi falloir que je me débarrasse de vous. Voyons, et si je faisais de vous une famille de fourmis ? »
Mais, tout machiavélique qu’il soit, le plan de Li-Jiao comportait une erreur : elle avait compté l’empereur et son fils, mais pas sa femme. Celle-ci s’était glissée sur le côté, au cours de la conversation, en direction d’un buste en bronze. Au moment où Li-Jiao prononçait le mot « fourmi », la statue s’abattit sur son crâne.
« Bravo, mère ! » s’exclama Fu-Hsi. Sur l’instant, Ming-Yue vola jusqu’à la main de sa mère et en ôta la terrible bague. Aussitôt réapparut la petite Jiao. Une larme coula des yeux du rossignol.
« Eh bien, chère Ming-Yue. Vous n’allez pas pleurer pour ce monstre ? »
« Elle était mon amie…J’ignorais qu’elle était aussi ma mère. »
Jiao fut emmenée au plus haut donjon de la plus haute tour, et la porte fut soigneusement fermée à trois tours.
Le palais fut exceptionnellement interdit aux visites pour la journée. L’empereur et sa femme allèrent se remettre de leurs émotions, et Fu-Hsi et Ming-Yue eurent une conversation. La princesse lui raconta toute son histoire.
« Chère Ming-Yue, il existe peut-être un moyen de vous délivrer de ce terrible sort, mais je ne sais si j’oserais… »
Le rossignol l’encouragea de la tête. Le prince se pencha, et effleura de ses lèvres les plumes de l’oiseau.
Il ne se passa rien du tout.
« Je suis désolé, Ming-Yue. Mais je vous jure que je ne cesserai de chercher une solution. »
Fu-Hsi teint promesse. De sa vie, il mit tout en œuvre pour trouver le moyen de délivrer Ming-Yue, dont la mère refusa de parler, malgré les menaces. Le prince ne se maria jamais. Mais, tout au long de son règne, on put apercevoir un petit oiseau marron perché sur son épaule.