Bonsoir,
Voici le texte du défi proposé par Freeen.
Je pense qu c'est mieux de lire le défi après le texte. :-¬?
Dès fois que je me serais planté. :mrgreen:
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Au sein d’un paysage lugubre, elle moissonnait de sa faux, mais s’ennuyait. Lasse, elle retourna dans son antre vétuste, où des milliers de fils soyeux s’amoncelaient. Cette espèce de toile d’araignée brillait dans les rais de lumière qui s’invitaient par les interstices muraux. Ils étaient si nombreux que la pièce entière était baignée par la lueur de la lune qui se couchait.
Elle déposa sa faux à côté du chambranle de la porte d’entrée, et avança lentement. À la manière d’une harpiste, ses mains frottaient les filins de soie. Certains se rompirent sous la pression exercée et prenaient une teinte bleutée sur toute leur longueur avant de disparaitre comme s’ils n’avaient jamais existé. Un bâillement d’ennui rompit le silence. Ses mains frénétiques composèrent une mélodie plus brutale, plus violente. Ainsi naquit l’espoir de retrouver une joie de vivre.
Sur toute la surface de la dentelle se propageaient des vagues bleues étincelantes. Ce jeu de lumière hypnotique aurait capturé à jamais l’âme de tous ceux qui l’observaient. Mais elle ne le fut pas, au lieu de cela son regard balaya toute la pièce, que la sonate silencieuse engendrait des milliers de feux. Elle cherchait sans trouver, ni même ne savait quoi chercher. Elle se perdit toute entière dans le néant et la noirceur de son esprit.
Vidée de son énergie, elle traversa la pièce pour se coucher sur son lit de pierres glaciales. Elle ressassait sans cesse ses derniers gestes, espérait une échappatoire, mais ne trouvait que le regret. Elle sentait l’épée glacée, nommée remords, la transpercer de part en part. Elle n’en pouvait plus et cria de toutes ses forces. L’acoustique de la salle amplifia son hurlement et elle sombra inconsciente dans le silence revenu.
Le lendemain, elle s’en alla rejoindre son éternelle amie et ennemie. La mélancolie s’immisça dans son être et accroissait la difficulté de son long périple. Son cœur se desséchait, par les incessantes brulures que provoquait sa marche douloureuse. Cela lui donnait l’impression d’avoir le sang glacé par les flammes ardentes qui parcouraient son corps. Arrivée à destination, elle s’assit autour d’une table, en face de l’autre. Toutes les deux buvaient une tasse de thé vert tiède avec du lait. Elle discutait de tout et de rien, sans pouvoir s’exprimer sur le sujet qui l’intéressait, les profonds remords qui la martyrisaient.
Le soleil se levait, mais ses rayons ne l’atteignaient pas. Pourtant, ils étaient bien présents, plus d’un signe en témoignait. La fine brume matinale s’élevait, les oiseaux multicolores remplissaient l’air de leur présence et leur gazouillis. La journée s’annonçait radieuse, il n’y avait pas un seul nuage pour faire de l’ombre. Mais rien ne pouvait dégivrer le bloc de glace qu’elle était devenue.
Enfin vint le moment. Avec courage, elle aborda la raison de sa visite. D’une voix grave, elle disait à l’autre à la voix mielleuse :
— Je suis lasse.
— Déjà ?
— Oui, je ne peux continuer ainsi.
— Tu le dois pourtant.
— Non, je ne suis pas à ma place.
— Je le sais.
— Remplace-moi.
— Non, tu n’as pas fait ton temps.
— S’il te plait.
— Non, pas encore. Pour une fois que j’ai l’occasion de créer la vie, je garde ta place le temps que tu m’as promis.
Elle se leva, retourna dans son antre. Grâce à l’autre, les remords l’avaient quitté. Maintenant à la place, la rage les avait remplacés. Elle courait dans la pièce aux fils qu’elle arrachait pleine de colère. Elle hurlait « cataclysme », criait « tsunami », grondait « tremblement de terre ». Fatiguée, elle s’effondra sur le lit de pierres, aussi froid que son cœur fût devenu.