Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Nienna le 27 Juin 2008 à 13:41:06

Titre: Journée de la pleine lune
Posté par: Nienna le 27 Juin 2008 à 13:41:06
Hey, hey ! Alors je poste ici un de mes derniers nés. C'est un texte qui est assez flou, volontairement. Je l'ai écrit, comme beaucoup de mes textes, de manière "automatique".  Disons que j'aime bien écrire sans avoir de plan ou d'idée très précises et ensuite voir ce que ça donne. Me laisser-aller en quelque sorte, ailleurs.
Certaines phrases sont tirées de chansons (+une d'une pièce de théâtre) donc je vous mets les références :
 - "Journée de la pleine lune" --> Bouquet de nerfs (Noir Désir)
- "Mais peut-être est-ce un fou qui m'accuse de folie ?"--> Antigone (Sophocle)
- "Une valse à cent temps"--> Une valse à mille temps (Brel)
- "Dépasser le présent"--> La bougie (Les Têtes Raides)
- "Le temps ne s'excusera pas"--> Le cœur a sa mémoire (Les Têtes Raides)
Voilà. Je crois que c'est tout ce que j'avais à dire.
Alors bonne lecture !! ;)

PS : faute de titre j'ai mis la première phrase du texte.

......................................................................

Les souvenirs sont des oiseaux de papiers, qui voltigent dans le ciel  notre mémoire

*

Tic.
Journée de la pleine lune. Mon regard s’enfonce dans la noirceur du ciel.
Coincée entre Pégase et Cassiopée. J’ai fermé ma mémoire, bouclé mes souvenirs.
Je déménage. Là-haut. Dans ce vide sidéral.
Démolir ce qui fut pour mieux modeler ce qui sera.
Je pars là où personne ne pourra me rattraper.
Mais peut-être ne fais-je rien d’autre que fuir…mon enfance, mes rêves, mon avenir…ma vie ?
« Alors je vais mourir ?
- Oui, un jour tu mourras. »

Il faut tout classer. Tout mettre en ordre. Pour ne perdre aucun fragment, n’ébrécher aucun souvenir.
Le premier cri, le premier pas, le premier mot, les sourires, les regards, les frissons, les baisers, les paroles…tout ! Il faut tout trier, tout ranger, méthodiquement :
Les petits souvenirs dans les petites malles.
Les grands souvenirs dans les grosses malles.
Les petites malles sur les étagères.
Les grosses malles, empilées les unes sur les autres, à même le sol.
Etagères et sol, enfoncés dans les catacombes de ma mémoire. Le tout enveloppé dans un linceul blanc…

Oublier.
Folie !
 
On m’a si souvent dit que j’étais folle que j’ai fini par le croire.
Mais peut-être est-ce des fous qui m’accusent de folie !
Alors je ne le suis pas, du moins pas comme on a voulu m’en persuader…
« C’est toi qui le décide.
- La folle a le droit de tirer les ficelles de sa propre vie ?
- Bien sûr. »
Je souris. Je vais diriger et faire la marionnette. C’est assez contradictoire mais ça me plaît.
J’ai toujours aimé les marionnettes ; elles me fascinent. Petite, j’aurais aimé en avoir une pour moi. La faire avancer, reculer, vivre. Retenir mon souffle à chacun de ses mouvements. Ne faire qu’un avec elle…

Un fil se tend, se détend mais ne se brise que rarement.
Je ne suis qu’un funambule errant à la recherche de son fil d’antan.

Il y a des étoiles là-haut. Mais je ne peux pas les attraper. Le ciel est vicieux. Il expose sa beauté, il te fait croire que tu peux cueillir ses nuages, ses étoiles, sa lune. Mais au moment où tu y parviens, il s’éloigne et te fait signe que le jeu est fini.
Pourtant, je ne peux m’empêcher de l’admirer…

Alors je m’enfonce dans ce ciel, comme dans ma mémoire. En commençant par la surface. Inconsciente… 
Et je me souviens. De toutes ces lignes avalées ; veines sombres et saillantes des pages blanches. Seule avec elles, dans le mutisme de la nuit, je les laisse délicatement m’écorcher. Blessures initiatiques, intemporelles.
Précieusement, j’enfoui ces lignes dans une malles. Là, elles s’y enlacent, créant des nœuds filandreux. Nœuds dans lesquels j’aime plonger, libérée de toute entrave.     

Il fait sombre. Il fait froid. Au loin, j’ai l’impression que quelque chose se casse.

La pendule sonne une heure. Toutes les heures. Elle te rappelle que le temps s’enfuit. Toutes les heures. Elle plante ses aiguilles dans les parois de ta vie, elle les use jusqu’à les déchirer. Alors s’en est fini pour toi. Tu prends tes bagages et tu t’en vas.

Toutes les heures.

Je me souviens. Des mots salés, silencieux, coulent de mes yeux et dérapent sur mes joues. Je n’ai même pas osé les regarder une dernière fois. Pourtant je sais que leurs yeux aussi criaient des mots, inaudibles. Mais on a fait comme si rien ne se passait. On est partis. Et on s’est forcés à s’oublier…
Mes mots se sont solidifiés, puis compactés en une unité indissociable.
Immense bloc de mots, reflétant ce passé douloureux.
Mais immense bloc de mots, mémoire de ce temps révolu.

Un souffle. Froissement de feuilles dans l’arbre, caresse dans le cou, pages qui se tournent.

Une petite malle tombe d’une étagère. Elle s’éventre et laisse glisser un souvenir. 
Je me souviens. Il y avait le visage de mon clown, prisonnier de cette feuille blanche. Je n’étais pas arrivée à dessiner son nœud papillon et je m’en suis voulue. J’admire les enfants pour leur don d’accorder de l’importance à ce qui maintenant me paraît être simple futilité.
Aujourd’hui, accroché près d’une de mes étagères, le clown me regarde, avec un nœud
papillon déformé. Mais je l’aime bien. Il me fait rire quand tombe l’orage. 

Parfois, un souvenir lointain refait surface et nous caresse, subtilement. Il crie, tente de se libérer de sa couche de poussière. Alors on se souvient. D’une odeur, d’un bruit, d’un geste que l’on avait refoulé, perdu ou simplement trop bien rangé. Pendant un instant on aspire au sentiment de plénitude qui nous remplit. Parce qu’il n’y a rien de mieux que de retrouver ce que l’on a perdu. Puis, petit à petit, l’obscurité nous ronge et l’on ressent un pincement de mélancolie dans le creux de notre passé.
Un souvenir rappelle de belles choses qui ne reviennent pas.

Journée de la pleine lune. Dans le ciel, mon regard se perd entre Pégase et Cassiopée. Là où brille le noir et où les étoiles s’éteignent. Je me demande si une autre personne, à l’autre bout du ciel, pense que je regarde la nuit, la même nuit qu’elle…
Derrière moi j’entends mes souvenirs qui s’entrechoquent.
Je me souviens. De visages, de yeux racontant de si belles histoires. Pour eux, j’aurais pu repeindre la lune, gravir quatre montagnes sans m’essouffler, refaire le monde, ne pas dormir durant trois jours, m’envoler. Un trop plein d’énergie, le sourire aux lèvres.
Au lieu de ça je me suis électrocutée.
Maintenant quand j’y pense ça me fait un trou en moi, à l’intérieur. Je pourrai bientôt me dissimuler dedans et faire une partie de cache-cache avec mon avenir. J’ai toujours pensé que les trous méritaient qu’on les entretienne.
Mais une fois avalés et digérés, que deviennent-ils ? Où vont-ils ?
Dans une malle ? Je n’en ai encore jamais transportés. Est-ce que c’est lourd ? Est-ce que ça fait du bruit ?
Derrière moi j’entends mes souvenirs qui s’entrechoquent.
Si je ne trouve pas rapidement un point d’ancrage, ils vont s’évader et m’ensevelir. Seulement pour une fois je n’ai pas envie de me dépêcher et puis j’ai cassé ma montre.

J’ai mal à la tête parce que je pense trop. Alors je regarde le ciel, entre Pégase et Cassiopée. Ça me rassure. J’oublie un peu ma mémoire, le sol, les étagères, les grosses malles, les petites malles, les souvenirs. Et je n’ai plus mal. Nulle part. Des fois même, je m’endors...

Je me souviens. Allongée sur l’asphalte, à regarder tomber ce ciel de poussière. Allongée sur l’asphalte, baisers déchiquetés et rêves crevés à mes côtés. Allongée sur l’asphalte, à la lisière de ton cœur. Le train a déraillé, noir de monde, noir de toi, surtout. Le train a déraillé, me laissant seule finir le voyage, noire de peur, noire de mort…
Hurlement strident d’un réveil.
J’ai ouvert les yeux et le rêve s’est dissipé. Je l’ai enfoui dans une petite malle. Blanche, pour ne plus voir le train dérailler.

Franchir le cap du passé. Dépasser le présent. A fleur du cœur, surprendre le temps.
Je déménage.
Recouvrir ces souvenirs, jaunis par Monsieur Sale-temps. Remplir de nouvelles malles.

Puérile illusion.

Journée de la pleine lune. Mon regard est perdu entre Pégase et Cassiopée. Il fait noir, il n’y a plus d’étoiles.
Un grain de sable dans l’Univers.
Je m’égare dans le labyrinthe de ma mémoire. Des malles se vident. Des images, des sons, des saveurs, des odeurs m’assaillent. Spirales et engrenages effrénés. Une valse à cent temps. Mélanges de souvenirs. Création d’un futur passé.
Non ! Je dois tout ranger, chaque chose à sa place !
Tout ranger, méthodiquement…jusqu’à l’épuisement.

Un voile tombe et des ombres s’étendent.
…Néant…
Je me souvenir. Je n'être qu’un funambule errant, pendu à son fil d’antan, dans la tempête du temps. Et je contempler les cadavres de mes oiseaux de papier, qui ne s’envoleront plus jamais…jamais…jamais. 

Le temps ne s’excusera pas.
Tac.


*
[/pre]
Titre: Re : Journée de la pleine lune
Posté par: ernya le 27 Juin 2008 à 13:53:09
j'aime beaucoup :)

le thème du sovenir et un joli thème et je trouve que tu le traites très bien.
En plus ton texte est trés poéttique, il y a presque des rimes, ce me semble ;)

et je trouve qu'écrire des phrases courtes comme ça, c'est très bien
c'est agréable à lire et ça fait plein de petites phrases qui peuvent corespondre aux souvenirs

désolée, je ne vois pas de côté négatif :D
Titre: Re : Journée de la pleine lune
Posté par: Leia Tortoise le 27 Juin 2008 à 14:54:41
J'aime aussi. C'est très poétique, et mélancolique, cette thématique de la mémoire et des souvenirs, les bons, les mauvais, les lourds à porter, le sens qu'ils donnent...

Le rythme du texte, ses sonorités...

C'est vraiment beau.  :)

Pour le titre, c'est un assez bon choix, puisqu'il retrace bien un des fils rouges/leitmotiv du texte, mais quand j'ai lu la petite citation (je suppose?) juste avant le texte, j'en suis tombée amoureuse... Et je me suis dit que "Les souvenirs sont des oiseaux de papiers" serait un très beau titre aussi.
T'en fais ce que tu veux, hein, c'est juste mon avis  ^^
Titre: Re : Journée de la pleine lune
Posté par: Gros Lo le 27 Juin 2008 à 16:51:18

Ou tout simplement "Oiseaux de papier" ? ou "Les constellations des oiseaux de papier" ? Bref, tu as choisi de tout façon.

J'ai pas mal aimé !

il y a de petites fautes : l'oubli d'un "de" à la première ligne, "sont-ce" dans la citation de Sophocle, plus loin "c'en est fini".

Les interpellations sont parfois un peu bizarres, les "tu" et tout ça. Ce texte a la bonne longueur, parce que tu imposes vraiment une certaine syntaxe qui pourrait lasser à force.

Mais là, c'est vraiment bien. J'aime beaucoup la plupart des images, les idées récurrentes : les constellations, l'horloge, j'adore la fin.

Voilà ^^
Titre: Re : Journée de la pleine lune
Posté par: Plume d'argent le 27 Juin 2008 à 23:21:06
J'adore!
De belles images, un riche vocabulaire, vraiment ce texte m'a charmé et envoûté.
Un coup de cœur, certainement!^^
Bravo!
Titre: Re : Journée de la pleine lune
Posté par: Krapoutchniek le 28 Juin 2008 à 17:30:34
C'est pas mal  ;)

J'adore "l'opposition" des souvenirs par rapport au temps qui les efface, l'image des oiseaux morts. Et c'est vrai que ça fait très poésie, notamment la répétition du titre.
Titre: Re : Journée de la pleine lune
Posté par: Nienna le 29 Juin 2008 à 14:47:40
Contente que vous ayez aimé ! Merci, merci...  :-[
Pour le titre, je vais y réfléchir mais "les oiseaux de papier" ça me plaît pas mal... mais il faudra que j'y réfléchisse un peu plus "sérieusement" ^^

Et merci Loredan pour les fautes  ^^
D'ailleurs je voulais vous demander : est-ce qu'on dit "c'en est fini de toi" ou bien "c'en est fini pour toi"  ? Parce que je doute vraiment.

Merci encore (désolée de me répéter)  ;)
Titre: Re : Journée de la pleine lune
Posté par: Gros Lo le 29 Juin 2008 à 15:20:38


"C'en est fini de toi, mouahaha ! >:D", à mon avis !
Titre: Re : Journée de la pleine lune
Posté par: Plume d'argent le 29 Juin 2008 à 15:31:44
Je suis de l'avis de Lo'
Titre: Re : Journée de la pleine lune
Posté par: Nienna le 30 Juin 2008 à 13:45:56
D'accodak !! Je rectifierai alors.
Titre: Re : Journée de la pleine lune
Posté par: Milora le 19 Juillet 2008 à 20:10:50
Citer
C’est toi qui le décide.
décides

Citer
veines sombres et saillantes des pages blanches
très jolie image !

Citer
de yeux racontant de si belles histoires
d'yeux

Citer
Je n’en ai encore jamais transportés
transporté

Citer
à regarder tomber ce ciel de poussière
Encore une superbe image :) !

J'aime vraiment beaucoup le premier paragraphe, j'aime bien le deuxième. Ensuite, de "Oublier" à "Toutes les heures", par contre, j'ai trouvé que ça faisait un peu déjà vu... Comme le texte est un peu long, peut-être que tu peux réduire ce passage ? Parce qu'après, ça repart bien, avec de très jolies images. J'aime beaucoup que le texte soit inséré entre un tic-tac, et qu'on ne s'en aperçoive qu'à la toute fin.
En résumé, j'ai bien aimé ce texte, certains passages sont magnifiques, mais je l'ai trouvé un peu long...