Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Soul le 23 Février 2014 à 11:43:35
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Ce texte est vieux ; j'avais huit ans lorsque je l'ai écrit. Ma maman m'avait suggéré d'écrire une histoire pour les enfants, mais après l'avoir lue elle m'a dit que ce n'était peut-être pas une si bonne idée que ça...
Donc, ce texte n'est pas tout public, âmes sensibles s'abstenir ;) du moins pas pour les gosses en tout cas. Je ne l'ai pas retouché depuis, donc soyez indulgents :noange:
Il était né avec une force et une puissance démesurées. Son œuf avait éclos dans un temple d’or, qu’il jurait de protéger jusqu’à son dernier souffle. Aucun homme, aucune femme et aucun enfant ne parvint à lui soustraire son bien ; tous périrent. La dernière chose que sa victime voyait était son œil, indigo, bleu turquoise puis vert. L’œil du Dragon ne mentait jamais. Le Dragon n’avait pas à être fier, et il ne l’était pas. Le seul apaisement qu’il avait après avoir tué ces innocents était de contempler encore ses richesses. Il était si cupide que rien au monde n’aurait pu l’en détacher.
Un jour qu’il venait d’achever le centième chevalier, naquit à l’autre bout de son monde une créature blanche, dépourvue de toute force. Elle ne savait encore rien du monde lorsqu’elle s’y retrouva seul, perdue dans une immensité de neige qui ne semblait pas avoir de fin. Elle était seule, faible, perdue dans le blizzard ; alors elle leva la tête vers le ciel étoilé et hurla à la lune. Et elle la vit, resplendissante, malicieuse, dans son cercle de lumière nocturne. Luna. Elle les guidait tous, les loups, et elle guida ce Loup.
Alors que le Dragon avait tout à lui ; la force, les richesses, le Loup apprenait, acquerrait la force, tirait des leçons de ses erreurs. Il filait sous la bénédiction de Luna, gardant de l’aube au crépuscule et du crépuscule à l’aube le même cap, ne dormait qu’étant exténué, ne mangeait qu’étant affamé. L’immensité de neige s’étendait devant lui à perte de vue, mais jamais l’idée ne l’effleura de rebrousser chemin. Il gravissait les dunes et les lacs gelés avec une énergie soutenue.
Il traversa en solitaire la moitié, et bientôt les trois quarts de son pays. Il courait sur l’océan gelé, s’arrêta devant le groupe qui se dressait à quelques mètres de lui. Une meute de loups, d’une vingtaine de membres ; le groupe se déployait autour de lui. L’un d’eux, noir comme la nuit, borgne, s’approcha en grognant. Il attendait, impassible, les crocs serrés.
Le chef de la meute bondit sur lui, voulut lui saisir la gorge. Il roula sur le côté, revint habilement sur ses pattes et prit l’autre au flanc. Les deux masses noire et blanche roulèrent ensemble dans la neige. Ils se séparèrent et s’éloignèrent à reculons. Le noir, hargneux, fonça sur son rival, les crocs saillants, visant toujours la gorge. En une seconde, le blanc évita les canines qui s’enfoncèrent dans son épaule, écarta les pattes, glissa sur le côté et saisit la gorge de l’autre. Le sang écarlate creusait la neige sous leurs pattes. Le Loup affermit sa prise, retournant lentement son adversaire sur le dos. Le borgne luttait, mais se retrouva après de longues et pénibles minutes de résistance renversé, presque vidé de son sang.
Le Loup le lâcha délicatement. Il leva brusquement la tête, les autres s’écartèrent. Il adressa un dernier regard avenant au défunt et s’en fut. Les loups suivirent leur chef. Ils parcoururent le monde, franchirent des forêts, des océans, des montagnes, des déserts, guidés par le Loup, guidé par la lune. Cependant, le groupe se dispersait derrière le Loup, et seule une demi-douzaine lui restaient fidèles. Mais il n’en avait cure. Sa soif d’aventure, son instinct et sa volonté le tiraient bien au-dessus du monde ; c’est à peine si les autres arrivaient à le suivre, et il ne s’en préoccupait pas.
Luna les poussa jusqu’au Pays du Dragon. Le Loup savait qu’il aurait affaire au Dragon. Il suivait son instinct, se laissa guider par ses pas, jusqu’au magnifique temple du Dragon. Celui-ci dormait, tapis entre deux colonnes d’or entourées de lierre. A pas de loup, la meute avança sur le sol couvert d’or et de bijoux. Cela faisait mal au Loup, de voir à quelle point la vie du Dragon était facile, mais surtout comme elle devait être insipide.
Un loup s’attarda trop près du Dragon. Sans même ouvrir les yeux, celui-ci le serra dans sa patte griffue, lui broya les côtes. Le loup poussait des hurlements déchirants. Le Dragon se redressa, s’étira, à présent debout devant les loups. Il ouvrit les yeux. Le Loup tremblait, des frissons lui parcouraient le pelage. Il pouvait maintenant mesurer l’aura de son rival. Et elle l’effrayait, c’était la première fois qu’il connaissait la peur.
Un des loups se laissa submerger par l’angoisse et prit la fuite. Le Dragon l’envoya d’un coup de patte sur une colonne du temple. Ses os se rompirent, le loup mourut sur le coup. La terreur gagna toute la meute, mais chacun attendait qu’il soit dicté d’agir pour le faire. Le Loup planta ses griffes dans le sol. Il attendait. Il attendait de l’aide, il attendait Luna. Le crépuscule arrivait, mais la nuit serait longue à venir. Deux loups, trop impétueux, se dressèrent et bondirent sur le Dragon ; celui-ci en saisit un dans sa gueule, écrasant l’autre sous sa patte massive.
Il ne restait du côté du Loup qu’une louve noire et un loup gris. Le Loup s’assit en face du Dragon, tremblant, mais refusant de céder. Les cris d’agonie de ses camardes faisaient tressaillir le Loup, qui pensa plus d’une fois à prendre la fuite, mais il savait que le Dragon serait trop orgueilleux pour le laisser partir. Ceci était peut-être son point faible, mais le Loup ne pensait plus ; il ne vivait désormais qu’en repoussant la mort. Le soleil commençait lentement à descendre dans le ciel, la lueur écarlate du crépuscule arrivait. Tous les acteurs de ce triste théâtre étaient immobiles comme des roches. Le Dragon autant que le Loup gardait ses yeux clos.
Un vague cercle blanc se dessinait au-dessus d’eux. Les étoiles apparaissaient, les nuages rosâtres s’effaçaient dans l’obscurité nocturne. Alors elle apparut, Luna. Elle était comme cette fois où le Loup l’avait connue ; elle était pleine, resplendissante, malicieuse dans son cercle de lumière nocturne. Alors le Loup leva lentement la tête vers les cieux noirs, yeux clos, et hurla à la lune. Elle lui souffla silencieusement ce qu’il voulait et devait savoir et avoir.
Sa force, son courage, sa vivacité, lui revinrent comme au premier jour. Il était fin prêt à affronter celui qu’il désignait comme son rival.
Sans lui tourner le dos, il recula, alors que le Dragon se relevait lentement, et soudain s’évada du temple, courant en tête de sa meute, guidé par Luna. Talonnés par le Dragon, ils ne s’arrêtèrent pas une seule seconde, gardant une volonté sans faille, une détermination implacable. Le Loup avait trouvé chez le Dragon un défaut qui dépassait sa cupidité, sa soif de richesse : son orgueil, et sa soif de sang. Il avait tellement pris goût à l’horreur de tuer que la protection de ses trésors passait dorénavant au second plan.
Les trois loups traversèrent forêts et océans, montagnes et déserts sans jamais relâcher leur énergie. Ils ne mangeaient pas, ne dormaient pas, pas plus que le Dragon qui les pourchassait hargneusement. Tant par malheur, l’un d’eux ne tint pas : le loup gris, à bout de force, mourut de faim et de fatigue, et seuls le Loup et la Louve, cruellement persécutés, regagnèrent le territoire d’où ils étaient partis.
Le Dragon était toujours à leurs trousses. Le Loup s’arrêta enfin, exténué, à l’endroit précis où il avait connu Luna. La nuit tombait, le ciel se couvrait, l’orage se faisait sentir. Le Loup attendait maintenant son rival. Mais en se retournant pour le confronter, il s’y retrouva seul ; la Louve avait disparu.
Le poil hérissé, les crocs serrés, les griffes enfouies dans la neige, le Loup grognait, attendant une première attaque du Dragon. Celui-ci ne tarda pas ; une grosse patte griffue filait vers le Loup. Il l’évita d’un bond, glissa vers le côté droit de son adversaire et bondit, Le Dragon lançait sa patte vers lui.
Le Loup repoussa la patte massive, se jetant vers le sol. Soufflant un nuage de buée qui chaque fois se gelait et retombait, il prit un ultime élan et s’élança vers son rival, sauta vers sa gorge. Le Dragon se tourna de côté, évitant facilement l’assaut du Loup. A peine eut-il atterri qu’il reprit sa course vers l’ennemi.
Le Dragon dressa une patte devant son mufle, et il dut ajuster son bond. Le Loup atterrit juste entre les pattes de son ennemi. Une énorme patte arrivait de sa droite, et il prit le coup de plein fouet. Il roula dans la neige en hurlant, son sang s’épandait sur le sol. Il se redressa, tremblant, gémissant, leva la tête vers les cieux et hurla, appela Luna. Mais elle restait indifférente, voilée derrière les nuages grondants.
Le Loup pleurait, pour la première fois. Son regard se porta vers son adversaire, et le regard que le Dragon lui jetait lui glaça le sang. Il vit son œil, si particulièrement coloré, magnifique, mais réveillant en lui une peur ancestrale jusqu’à présent assoupie. Il savait qu’il allait mourir. L’œil du Dragon ne ment jamais.
Il s’assit en face du Dragon, tremblant de tous ses membres, les crocs serrés. L’autre leva son immense patte. Soudain un éclair traversa l’esprit du Loup. Il avait traversé tout son pays, tué un autre loup, se retrouvant à la tête d’une meute, il était allé chercher le Dragon, l’avait, pour s’assurer une victoire plus facile, amené sur son territoire au péril de sa vie ; il était hors de question pour lui de périr ainsi, sans se battre, d’abandonner.
Il évita d’un bond le coup, glissa longuement sur la glace, trouvant son angle d’attaque, tandis que le Dragon qui, emporté par sa propre force, commençait à dangereusement basculer en avant.
Le Loup bondit, furieux, vers la gorge alors saillante de son rival. Le Dragon ne put le voir que du coin de l’œil, mais il vit bien, dans le reflet des yeux bleus du Loup, les trois couleurs de son propre regard, celui qui ne ment jamais.
Le Loup l’atteignit, lui saisit violemment la gorge, et tous deux roulèrent dans la neige pâle, innocente. Le Loup roula un peu plus loin, s’effondra sur le sol gelé. Le coup qu’il avait pris lui serait fatal ; seuls quelques lambeaux de chair sanguinolente recouvraient ses côtes nues. Alors, effondré, frissonnant, il leva doucement la tête vers le ciel, et il la vit. Luna. Elle était resplendissante, malicieuse dans son cercle de lumière nocturne. Elle les guidait tous, les loups, et elle guidait ce Loup.
Ses yeux bleus se portèrent vers le Dragon, qui se relevait péniblement, aussi tremblant souffrant. A ce moment-là, ils étaient tous deux de force égale. Mais le Loup avait quelque chose que le Dragon n’avait pas : il avait de l’expérience, et surtout, il avait Luna.
Il vit que la gorge de l’autre était à moitié tranchée, le sang écarlate coulait à flot de la blessure. A travers la grande plaie béante, on distinguait la veine du cou de l’animal, nue, entourée de sang. Il n’avait qu’à y mordre avec assez de conviction pour mettre fin aux jours du Dragon.
Plus que jamais prêt et déterminé, il se releva, grognant tout ce qu’il pouvait, et avança, doucement, peu à peu, à pas lents et délicats. A chaque pas on aurait dit qu’il allait s’effondrer, pour ne plus jamais se relever, mais il y en avait toujours un autre, et encore un autre, si bien qu’il fut près du Dragon, assez près pour l’avoir.
Il arrêta de gronder, s’appuya sur ses pattes, et bondit, rassemblant toute la rage et le peu de forces qui lui restaient, et ses mâchoires se resserrèrent sur la veine jugulaire. Le sang chaud gicla dans sa gueule, alors que le Dragon ramenait ses griffes vers lui.
Le Loup coupa la veine du Dragon, et du même coup sa vie. Ils tombèrent ensemble, une vague de neige et de sang se souleva puis retomba sur le corps inerte du Dragon, dont la lourde patte se trouvait sur le dos du Loup.
Il peinait à respirer, exténué, brisé, son corps entier couvert de son sang et de celui de son rival. Chancelant, le souffle court, il se releva lentement, posément. Il avait gagné. L’immensité blanche restait silencieuse, Luna était déjà voilée par les lueurs de l’aube, alors que le tonnerre commençait à crier. Le ciel, Luna l’acclamait, tandis qu’il glissait sous les griffes du Dragon.
Il se laissa alors tomber sur le flanc, gémissant. Un petit flocon blanc se posa sur son museau. Il avait vaincu le Dragon ; il aurait dû profiter de la vie qui lui restait.
Mais. L’œil du Dragon ne ment jamais, et il l’avait croisé. Sa vue se troublait, le monde se dérobait devant lui, dans un océan de neige pleuvant du ciel, d’où Luna voyait mourir son protégé.
Le dernier souvenir qu’il emporta dans l’autre monde était celui des yeux tricolores de son rival.
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C'est trop cooooooool comme texte ! :D
J'aime comment tu ne te casse pas la tête, le style est fluide sans être trop simple, riche sans être lourd. Ton histoire de loups m'a fait penser à Wolf's Rain, beau souvenir. Voilà, j'aime bien, univers intéressant, bonne écriture, que demande le peuple ?
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perdue dans une immensité de neige qui ne semblait pas avoir de fin. Elle était seule, faible, perdue dans le blizzard ; alors elle leva la tête vers le ciel étoilé et hurla à la lune.
Répétition de perdue
Il courait sur l’océan gelé, s’arrêta devant le groupe qui se dressait à quelques mètres de lui.
Y'a un truc qui me chiffonne avec cette phrase. Le temps utilisé probablement. Ou alors mettre "puis s'arrêta", par ce que sinon on attend une autre action après.
Une meute de loups, d’une vingtaine de membres ; le groupe se déployait autour de lui.
Je crois que "individus" convient mieux que "membres" quand on parle d'une meute.
Le chef de la meute bondit sur lui, voulut lui saisir la gorge.
voulant lui saisir la gorge ?
Luna les poussa jusqu’au Pays du Dragon. Le Loup savait qu’il aurait affaire au Dragon. Il suivait son instinct, se laissa guider par ses pas, jusqu’au magnifique temple du Dragon.
Un peu répété le "Dragon".
Le Loup tremblait, des frissons lui parcouraient le pelage.
des frissons parcouraient son pelage ?
Le Loup s’assit en face du Dragon, tremblant, mais refusant de céder. Les cris d’agonie de ses camardes faisaient tressaillir le Loup,
Faudrait essayer de répéter un peu moins "le Loup", ici on peut facilement le remplacer avec "le faisait tressaillir".
Sans lui tourner le dos, il recula, alors que le Dragon se relevait lentement,
Soit j'ai loupé un passage (c'est possible, il est tard), soit le dragon était déjà debout.
Le Loup bondit, furieux, vers la gorge alors saillante de son rival. Le Dragon ne put le voir que du coin de l’œil, mais il vit bien, dans le reflet des yeux bleus du Loup, les trois couleurs de son propre regard, celui qui ne ment jamais.
Tout bonnement génial.
J'ai décidé de lire un autre de tes textes, et franchement je suis pas déçu. C'est un univers particulièrement prenant que tu nous offres ici, et non dénué d'une certaine poésie. Luna apporte aussi un petit côté mystique vraiment plaisant.
Ps : Quand je reformule un passage avec un "?", c'est pour demander un avis. C'est une habitude que j'ai prit avec d'autres, mais parfois au départ on voit pas forcément ou je veux en venir, donc je préfère préciser ^^
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Merci pour vos critiques ;D Je comptais le réécrire entièrement, histoire de pouvoir vraiment en faire quelque chose, d'autre que l’œuvre d'un gosse de huit ans. Si vous voulez je posterai la version 2.0 une fois qu'elle sera faite :D