Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Soul le 22 Février 2014 à 22:10:39
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Voici le défi : le désarroi d'une jeune fille - qui la pousse au suicide - après la mort de son bien-aimé, en moins d'une page. Cela ne fait partie d'aucun de mes romans, mais j'étais d'humeur pour ça, et il fallait que je m'exprime. voici donc :
Des heures. Cela fait des heures que je suis là, ce couteau entre les mains, la lame froide où perlent quelques gouttes de mon propre sang caressant ma gorge, entaillant ma peau, sans jamais la pénétrer. C’est douloureux. Mais pas autant que la souffrance qui serre mon cœur depuis que je suis allongée sur ce lit. Cela fait des heures que j’attends, un signe, ou quoi que ce soit d’autre qui puisse me guider, me dire ce que je dois faire de ce couteau. Si je devrais en finir maintenant, parce le gout de la vie est devenu amer, et que je ne vis plus qu’à travers les souvenirs heureux qui ne sont pour moi que des preuves que la vie est une éternelle expiation.
Mes mains tremblent. Je n’ose pas le faire. Est-ce de la lâcheté que d’être attaché à la vie ?
Je me lève et m’assois sur les draps blancs que mon sang a tâché de rouge, en face de ce miroir, de mon reflet. Je me souviens du reflet que j’avais vu la première fois que je me suis trouvée devant cette glace, de la fleur noire dans mes cheveux, qui me venait du seul homme, de la seule personne que j’aie jamais aimé. De mon teint pâle, de mes yeux pleins de vie, de cette expression naïve et si attendrissante, de ce demi-sourire sincère.
A présent mon visage est perplexe, mes yeux sombres et mon teint grisé. Je ferme les yeux pour ne plus le voir. Je lève une main tremblante vers mes cheveux, je m’attends presque à pouvoir toucher la rose noire qu’il y avait posée. Mais elle n’est plus qu’un souvenir, tout comme lui. Par la fenêtre je peux voir la neige tomber, tout doucement, et elle est bien la seule chose qui m’empêche de croire que le temps s’est arrêté pour moi.
J’avais même oublié que nous sommes en hiver. Je m’attendais peut-être à voir un soleil flamboyant, comme cette flamme chancelante qui éclaire faiblement la pièce, mais il fait nuit, et il fait froid, très froid dehors. Mais c’est ô combien plus chaud que la température de mon cœur. Lorsque je serre le couteau et le ramène sous ma gorge, il m’est difficile de dire ce qui est le plus glacé entre la lame et moi.
Alors que je la sens pénétrer ma chair, que je ferme les yeux, je peux clairement revoir le sourire brisé de mon amour lorsqu’il se mourait tout près de moi. Je peux sentir sa main tremblante dans mes cheveux, sur mes lèvres le sang que les siennes ont posé, et les larmes que je pleurais sur son visage pâle, son corps inerte. Je peux entendre sa voix faible, comme une mélodie susurrant sans le moindre son, que l’on ne peut entendre qu’une fois qu’elle a cessé.
Et je peux encore sentir la lumière de la lune, aussi blanche et innocente que moi, qui baigne et protège mon corps sans vie, effondré sur ce lit inondé, les trainées rouges s’étendant jusqu’au bord de la soie pour choir sur le sol où mon couteau ensanglanté est tombé, a glissé de main, a coupé la veine dans ma gorge, a mis fin à cette souffrance vaine et insipide. Enfin.
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Moi aussi je ne suis qu'un simple lecteur. Un lecteur qui n'aime pas trop ce genre de textes d'habitude, mais après le compliment que tu m'as fait, je te dois bien ça.
Comme souvent, avec ce genre de texte, c'est rempli de métaphore, de comparaison et de personnification... Et là on reconnait une amatrice à une fille qui sait écrire ! C'est à dire que tu ne te répètes pas dans la formulation, il y a une progression à chaque phrase, et les effets stylistiques variés. Je note principalement la longueur des phrases qui diminuent vers la fin, de plus en plus, pour au final arriver à un seul mot, ce mot "enfin" qui signe la fin du récit. C'est superbe.