Elle avait les épaules nues et de l'ébène coulait dessus. C'est la première chose que j'ai remarqué lorsque je l'ai vu. Ses cheveux d'un noir de jais contrastaient à merveille sa peau blanche et laiteuse, et voguaient au rythme du vent, comme pour sublimer ce portrait. Chacun de ses gestes, chacun de ses mouvements, était imprégné d'une grâce digne du monde d'en haut. De son visage harmonieux me regardaient deux petits chocolats. Son regard était très doux, presque transparent. Elle dut s'apercevoir que je la regardais avec insistance. Elle détourna légèrement la tête. On aurait dit que sa peau était couverte d'une neige immaculée. Lorsque le soleil vint l'embraser, elle se mit à briller, et recula d'un pas : elle le fuyait, tout comme moi. Esquissant un sourire à en faire sortir le cœur de ma poitrine, elle me fixa un instant, puis tourna les talons. L'ange disparut au coin de la rue.
Son apparition avait provoqué en moi une sorte de grand tourbillon emportant tout sur son passage. Mes organes s'entrechoquaient, mon cœur tambourinait. La guerre faisait rage. Je n'arrivais pas à réfléchir et encore moins à me décider de lui courir après : je savais déjà que je ne la reverrai jamais. Au fond de mon être, la lumière s'était défaite. Le noir recouvrait à présent le feu qui s'était mis à brûler à sa vue. Cette inconnue avait en quelques instants balayé d'un regard toute mon histoire et décimé chacune de mes convictions. J'avais l'impression de renaître maladroitement. Un sourire ironique s'afficha sur mon visage. Et puis les larmes ont fini par s'en mêler, décuplant la tempête qui battait son plein. C'était digne des plus grandes chutes. Le cœur rôti, les yeux meurtris, j'appris à savourer cet instant ; c'était bien la seule chose qui me resterait d'elle, maintenant.