@ Ernya : Personnellement j'ai déjà appris du Cicéron par cœur en cours de latin. :mrgreen: Mais bref, passons.
Je suis plus ou moins d'accord avec tout le monde, et en même temps, pas tout à fait - comment ça c'est pas clair ? xD
Je m'explique : il est certain que les écrivains ne calculent pas tout au poil de plume, comme en est témoin ce très bon exemple du "notre héros" à propos de Fabrice, chez Stendhal. Et pourtant, est-ce qu'inconsciemment, on ne pourrait pas penser que l'auteur voulait aussi un peu se payer la tête du personnage principal ? Je veux dire, il aurait pu écrire "le jeune homme", "ce dernier", ou même tout simplement "il", mais non. "Notre héros".
Pourquoi est-ce que je reviens là-dessus ? Parce que je suis intimement convaincue que le processus d'écriture est complexe, et qu'il se noue petit à petit. Certes, il n'est pas entièrement délibéré, mais on ne peut pas dire que tout se joue grâce au hasard non plus. Je vais parler des deux exemples que donne Julie : l'onomastique et les allitérations. Pour les allitérations, je pense qu'il peut arriver d'en écrire sans même s'en apercevoir, c'est vrai, et que dans d'autres cas (la description d'une rivière, par exemple), ce sera volontaire. Idem pour l'onomastique ; on va avoir l'auteur qui fait des recherches étymologiques et/ou mythologiques pour chaque patronyme attribué, et celui qui les décerne au feeling, selon les sonorités, la mode ou le calendrier.
Et pour finir : vous avez entendu la dernière interview de JK Rowling ? Celle où elle parlait de Ron et d'Hermione, oui oui, tout à fait. Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Finalement, cela ne s'est pas réalisé, et tant mieux, dire vous, mais cela prouve bien que même les "grands" auteurs peuvent hésiter quant à l'évolution de leur récit. :)
J'ajouterais que même les plus grands écrivains s'acharnent plus sur certains passages que sur d'autres. Parfois, ils écrivent parce qu'ils ont besoin de produire, pour avancer leur roman, parce qu'ils ont une deadline (par exemple balzac, au début, ne gagnait pas beaucoup d'argent et son éditeur lui imposait des délais assez contraignants) ou simplement qu'ils n'ont pas envie de passer 30 ans sur le même bouquin. Et, à certains endroits de leur livre, ils s'appliquent au contraire énormément parce que ce passage leur tient à coeur, ou qu'il a une importance capitale dans le livre. D'ailleurs, quand on a pas mal lu, on ressent assez facilement le contraste. Par exemple, j'ai fini il y a pas longtemps le premier tome d'A la recherche du temps perdu, parfois Proust écrit assez vite et fait des phrases plutôt laides, alors que certains passages sont au contraire absolument magnifiques (par exemple dans le deuxième chapitre, http://fr.wikisource.org/wiki/Du_c%C3%B4t%C3%A9_de_chez_Swann/Partie_2 , le paragraphe qui commence à la page 172 et se finit à la page 174), et on sent que le niveau d'écriture n'est pas du tout le même.
Evidemment, en cours, ce sont souvent les passages les plus travaillés qui sont étudiés !
Donc oui, je pense que tout à été pensé dans les textes que vous étudiez, après il y a bien sûr des choses qui viennent "naturellement", par exemple si tu débats avec un(e) ami(e) il est possible que tu sois amené as utiliser des procédés argumentatifs comme la prétérition ou la question rhétorique, sans te dire consciemment "tiens, je vais utiliser la technique de la question rhétorique !". De même, certains procédés structurels (ana/épanadiplose, ana/épiphore...) ajoutent évidemment certains "effets" au texte que tu peux "sentir" sans spécialement avoir étudié les figures de style. En ce qui concerne les jeux de sonorités, tu les perçois lorsque tu relis ton texte à haute voix (Flaubert, par exemple, chaque soir, relisait à voix (très) haute tout ce qu'il avait écrit pendant la journée), et tu vois bien si ça sonne juste ou pas, et si ça le fait pas tu peux remplacer un mot par un autre pour voir si c'est mieux ...
Pour faire une analogie un peu douteuse avec la musique : tu peux devenir un excellent musicien sans aucune base théorique (jimi hendrix, les doors ...), ça n'empêchera pas quelqu'un qui s'y connait en musique de déceler dans tes compositions de nombreux aspects techniques (gammes utilisées dans tes accords et tes arpèges / nombre de temps / etc .) que tu n'as pas choisis volontairement.
Pour ce qui est d'avancer dans le brouillard, c'est tout à fait possible, mais des incohérences risquent de se glisser dans ton texte. De plus, ce que tu écris "fixe" des données (passé de tes personnages, lieux, etc), qui peuvent restreindre ta liberté lorsqu'il s'agira d'inventer la suite de ton histoire - attention donc à ne pas tomber dans des impasses qui te forceraient à réécrire des pans entiers de ton livres.
Tu risques aussi de perdre la possibilité d'avoir un texte qui fait sans cesse référence à lui-même (par exemple, dans le lien que je t'ai passé, à la fin de la page 94, proust fait référence à une scène qu'il a décrite bien avant où francoise égorge un poulet ...) et notamment de faire référence avec plus ou moins d'ironie à des événements qui VONT arriver (exemple, dans mme bovary (attention spoil) : Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
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Mais bon, ce n'est peut-être pas si capital.
Perso j'écris mon livre en avançant à l'aveuglette.