Une tentative de texte court écrit aujourd'hui... Bonne lecture :)
Péniblement, Boris s’éveilla, avachi contre le mur d’un immeuble de la rue de la Thibaudière. Un réverbère allumé sur le trottoir lui fit prendre conscience qu’il faisait nuit. Que faisait-il là ? Pourquoi encore là ? Même si Boris n'en avait aucun souvenir, il pouvait parier sans risque sur une soirée bien arrosée. L'image d'une bouteille de whisky vide lui revint, mais il lâcha un rôt parfumé au planteur. Il devait s’agir d’une autre fois.
Le jeune homme se leva et contempla l’immeuble qui lui faisait face. A chaque fois qu’il s’enivrait au point de tout oublier, il se retrouvait ici. Son corps en autopilote errait dans l’océan des rues de Lyon et venait s’y échouer, quel que soit son point de départ. Boris se sentait enfermé dans la répétition. Ce scénario, bout de sa propre existence et qui pourtant lui échappait, il l’avait déjà vécu des dizaines de fois.
En quelques pas, Boris rejoignit l’avenue Jean Jaurès. Il s’était décidé à rentrer chez lui. Le premier horodateur qu’il croisa lui donna l’heure, 4h02. Pas de métro à cette heure-là et de toutes façons, une envie de se dérouiller les jambes. L’air était plus frais que froid, Boris l’inspirait à plein poumon pour dessaouler un peu plus vite. Il trouva la sensation agréable et cela lui donna aussitôt envie de griller une cigarette.
« Sans rire, songea-t-il, je suis vraiment accroc. »
Incertain de ce qu’il y trouverait, il effectua une fouille en règle de son blouson tout en bifurquant sur sa gauche au croisement de l’avenue de Saxe. Les poches lui parurent basses. Deux chewing-gums à la fraise, un paquet de mouchoirs, du tabac à rouler, des feuilles et un tube de rouge à lèvres. Ca n'était pas son manteau mais Boris n'en fit pas grand cas. Il jura toutefois à voix haute quand il s’aperçut qu’il n’y avait pas de briquet. Les rues étaient désertes à cette heure, pas un gus à l’horizon pour quémander du feu. Il pressa le pas tout en se roulant une cigarette juste au cas où, songeant qu’il aurait plus de chance de croiser du monde sur la presqu’ile.
Effectivement, une jeune femme était en train de traverser la place Bellecour lorsqu’il y parvint. Elle trainait des pieds et le bruit de ses chaussures sur le gravier résonnait dans le calme de la ville.
« Salut, t’as du feu, s’te plaît ? lui demanda-t-il dès qu’elle fut à sa hauteur.
-Nan. Et toi t’as une feuille ? »
Déçu, Boris s’assombrit et ne comprit pas pourquoi elle lui demandait cela si elle n’avait pas de briquet. Il sortit le paquet d’OCB de sa poche et le tendit à la fille qui en tira la première feuille. Sous ses yeux éberlués, elle plaqua le fin papier sur sa paume, brandit un stylo et sembla inscrire quelque chose dessus. Avant qu’il n’ait pu dire quoi que ce soit, elle lui fourra la feuille dans la main et disparut en quelques enjambées dans une rue adjacente. Une dizaine de pigeons, qu’il n’avait pas remarqué jusque-là, s’envolèrent. Dans le gris de la nuit urbaine, Boris aperçut une forme blanche qui volait vers lui. C’était une colombe et elle se posa à ses pieds. Il s’apprêtait à lire le mot laissé par la jeune femme mais l’oiseau fit un bond vers l’avant qui le força à reculer. La colombe prit son envol, passant au-dessus de l’épaule gauche de Boris sur laquelle elle lâcha un excrément.
C’en était trop pour le jeune homme. Tout cela était complétement surréaliste.
Boris ouvrit les yeux et se retrouva face au docteur Fog.
« Vous revoilà. Alors, savez-vous où se trouve votre alliance cette fois-ci ?
Clignements de paupière, retour au réel, le jeune homme retrouva rapidement ses repères.
-Non, cette foutue colombe m’a encore empêché de lire le mot ! »
Quelques minutes plus tard, Boris sortait du 12 rue de la Thibaudière en ronchonnant. La thérapie hypnotique à but de récupération d’objet commençait à lui coûter sérieusement cher pour bien peu de résultats. Tout cela était déprimant. Passant devant un horodateur, le jeune homme jeta un œil à l’heure et retrouva aussitôt le sourire. Juste le temps de traverser le Rhône et il retrouverait ses amis pour l’apéro du mardi.
EDIT : corrections des lecteurs