Les pinceaux du compositeur
Le village de Ruissolia est surement le plus raffiné du royaume de Primatine. Ce village est inondé de flamboyants coquelicots, qui incendient les collines avoisinantes. A droite, les tulipes écarlates scintillent, auprès de nobles camélias blancs mouchetés d’un rose innocent. A gauche, de luisants lantanas céladons émerveillent les prunelles des yeux, jouxtées par de magnifiques œillets carmin qui vous ordonnent de sourire. Au loin, un bosquet dénudé recèle peupliers, jacarandas et charmes qui se regardent du haut de leur cent ans ! Des plantes sont nombreuses aussi : d’éclatants Bougainvilliers aux perles amarantes, des rhododendrons mauves resplendissent, des jasmins safran pétillent, et pleins d’autre espèces que je ne pourrai vous citer car cela viendrait à vous décrire un à un les innombrables tableaux d’Orsay. Autant dire que j’ai choisi les meilleurs.
Tout autour une faune ne se laisse pas faire ! Des oiseaux au chant harmonieux et doux : de splendides bergeronnettes à la voix suave, de charmants accenteurs au chant chaud et d’impressionnantes fauvettes couturières à la voix aussi rutilante que le nickel bien briqué. Ainsi, ils réveillent voluptueusement les vivants laborieux de Ruissolia, aidés par les bêlements de jeunes agneaux aux bergeries lointaine.
Ce jour-là, une juvénile fille du nom de Gwendoline vagabonde. Elle porte une fine ombrelle et un ravissant sari de soie. Quand elle chante avec sa voix cristalline les ruisseaux se rejoignent et les oiseaux se taisent.
Pour un peintre c’est l'un des portraits les plus sublimes à faire naître, grâce à sa beauté ineffable. S'il venait à le faire, le peintre mettra deux brillants saphirs en guise d’yeux, il esquissera un minuscule nez camus, et crayonnera des cheveux de jais qui tombent en chute sur un visage délicat. Il teindra des lèvres vermeilles comme la grenade qui s’ouvrent sur des dents lactés. Sous la magie des pinceaux elle aura 22 ans, il lui donnera une grande taille.
Voila la prodigieuse oeuvre qu'est chargée de peindre Cassandra Da Silva, la nouvelle génie du Paraguay. Tout cela n'est juste esquisse. Désormais elle laissera simplement ses idées éclore sur la toile. Ses phalanges trépident lorsqu'elle se rend compte qu'elle peint à travers ce paysage et ce visage du Verdi.