Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Lordius le 21 Janvier 2014 à 13:09:59

Titre: L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Lordius le 21 Janvier 2014 à 13:09:59
Voici le lien vers la V2 revue et corrigée :

http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,11151.msg218635.html#msg218635


6 h 30. Le camion-poubelle émerge du brouillard, tout est normal. Sauf qu'on n'est pas lundi… Réveillé par le vacarme de l’engin, Axtone Latuile, assis sur le trottoir, adossé à la façade d’un immeuble, ouvre un œil vitreux. Il lui faut quelques secondes pour confirmer le jour : hier soir, samedi, il a été voir sa fiancée qui lui a annoncé leur rupture. Ça, plus les affaires qui ne tournent pas, il s’est laissé aller à passer la soirée avec son amie de verre, la bouteille de pastis. À propos, il tend le bras à tâtons et agrippe sa meilleure copine. Vide. Ça vaut mieux pour sa migraine.

Oui, maintenant qu’il émerge, c’est étrange : on est dimanche, or les éboueurs ne travaillent pas le jour du Seigneur, quelle que soit leur confession religieuse.

Il va pour se rendormir quand une seconde bizarrerie se produit : après s’être arrêté à quelques mètres de lui, le chauffeur descend du camion. Il attrape les poubelles sur le trottoir et les verse dans la benne à l’arrière du camion. Curieux, car la corporation opère toujours à trois : un chauffeur, deux éboueurs. Interloqué, Axtone observe l’homme quelques secondes. Le sexagénaire sec et nerveux porte un survêtement, pas vraiment la tenue d’éboueur. Ses longs cheveux blancs sont retenus par un élastique. Son regard passe sur Axtone sans le voir, ombre dans la nuit, poivrot fondu dans le décor urbain. Axtone, lui, enregistre le regard bleu acier du gars. Pas l’air commode, l’étrange éboueur. Et pourquoi jette-t-il un œil au contenu de chaque poubelle avant de la basculer dans la benne ?


Tandis que le camion repart, Axtone se rendort.

Vers huit heures, il fut réveillé par des jurons et des cris :

— Quel est l’enfoiré qui a vidé les poubelles ? C’est pas vrai ! Non ! Elle était encore pleine hier soir.

Le jour et le brouillard s’étaient levés. Un Noir jeune en costume-cravate, crâne rasé et épaules d’haltérophile inspectait une à une quatre poubelles accolées. Il avisa Axtone :

— Eh, toi ! T’as vu quelqu’un vider les poubelles ? Ce serait pas toi, des fois ?

— Et où aurais-je mis leur contenu ? Dans mes poches ?

— Ouais… Et tu te serais barré si… Enfin, t’as vu quelqu’un les vider ?

— Pourquoi ? Vous avez jeté quelque chose par mégarde ?

— T’occupe, coupa le gars d’un ton agressif. Et réponds à ma question.

Il s’approcha d’Axtone, face menaçante, poings serrés. Celui-ci se mit debout d’un bond et empoigna sa bouteille vide. Malgré la quarantaine, sa faculté d’encaissement des effets secondaires de l’alcool valait celle d’un jeune homme.

— Un éboueur est passé au petit matin, dit-il.

— Un dimanche ! Ah, les salauds ! Ils ont récupéré la marchandise. Un seul ? À quoi il ressemblait, ton éboueur ?

— J’ai pas vu son visage, mentit Axtone. Mais je peux le retrouver si vous me payez. Je suis détective privé.

— Toi, détective privé ?! s’esclaffa le Noir. T’es qu’un clodo.

— Les apparences trompent parfois. Une soirée trop arrosée, et vous êtes catalogué clochard. Ça ne vous arrive jamais de vous laisser aller à quelques excès ?

Axtone s’abstint de reconnaître qu’il avait été une fois à la rue pendant plusieurs mois douloureux. Il s’agissait maintenant de paraître compétent et fiable.

— Euh, ouais… répondit le gars, calmé. Après tout, détective ou pas, je m’en fous. Si tu retrouves le fumier, il y a cinq mille pour toi.

C’était une somme considérable qui permettrait au détective de ne pas se retrouver clochard, justement. La marchandise dans la poubelle devait être de la drogue cachée pour échapper à une fouille policière. Qu’ils s’entretuent entre dealers, c’était pas le problème d’Axtone. Il avait les siens. À commencer par la migraine, pourtant le moindre de ses fardeaux.

— D’accord. Vous êtes monsieur ?

— Franck. Tiens, mon numéro de mobile. (Il lui remit un papier.) Et si tu le retrouves, appelle-moi aussi sec. T’approches pas de lui, il est dangereux grave.

Axtone se rendit à son bureau, situé dans un immeuble presque insalubre. Il n’avait pas l’habitude de travailler le dimanche, lui qui était loin d’être un bourreau de travail. Mais le limier devait suivre la piste fraiche. Il avala deux cachets d’aspirine avec un verre – exceptionnellement – d’eau et fit quelques recherches sur internet. Dans la région, il n’existait qu’une seule entreprise qui louait des véhicules destinés à la collecte de déchet. Ses clients étaient les collectivités locales ou des entreprises privées sous-traitantes. Axtone apprit qu’il existait des camions-poubelles de toutes tailles, du 3.5 tonnes au 26 tonnes, avec benne en proportion.

Charlemagne Location était située dans la zone industrielle en périphérie de la ville. Il y alla en vélo, son moyen de locomotion habituel qui l’aidait à chasser les toxines de l’alcool. Le bureau de location en préfabriqué jouxtait un immense parking extérieur ceinturé de hauts murs. Des camions et engins de chantier de toute taille y étaient garés. Le grand portail était ouvert : la société tournait sept jours sur sept, d’après le panneau à l’entrée. Le dimanche, fermeture à 12 h. Axtone laissa son vélo contre le mur du bureau et entra. Un employé d’âge moyen, moustachu et chauve se tenait derrière le comptoir. L’air concentré, il pianotait sur un ordinateur et s’interrompit à regret.

— Bonjour, dit Axtone. Louez-vous des camions de collecte de déchets à des particuliers ?

— Rarement. Il faut le permis poids lourd.

— Avez-vous un camion-poubelle sorti en ce moment ?

L’homme grimaça. Axtone crut qu’il allait se remettre à son PC sans répondre.

— Je réponds à ce genre de question… à la police. Quel est l’objet de votre visite ?

— Cette nuit, un de vos camions-poubelles a embouti ma voiture et s’est sauvé.

— Vraiment ? Je vais inspecter les véhicules qui rentrent. Laissez-moi vos coordonnées.

— Dimanche matin, ça ne peut pas être un professionnel. Il était seul, en plus. Puis-je avoir ses coordonnées ? Je vais m’arranger à l’amiable avec lui.

— Je dois d’abord vérifier qu’il s’agit bien d’un de nos camions.

Axtone n’insista plus. Il alla se poster dans la rue, de manière à surveiller l’entrée du parking. « Les véhicules qui rentrent » avait dit l’employé. Axtone en déduisit que le camion-poubelle n’était pas encore rentré ce matin.

Vers 11 h 45, un camion d’éboueur arriva en trombe : le client ne voulait pas payer un jour de plus. Quelques minutes plus tard, le gars sortit à pied. Axtone le reconnut sans peine aux longs cheveux blancs, à présent déployés en corolle. Sa coiffure avait la beauté de l’originalité : la mode était aux cheveux courts pour les hommes. Celui-là était assurément excentrique. Il se dirigea vers l’arrêt de bus situé un peu plus loin. La rue était déserte, dans ce quartier de bureaux et d’entrepôts presque tous fermés le week-end. L’homme consulta les horaires de bus affichés et s’assit sur le banc. Il sortit un vieux livre jauni de sa poche de survêtement marron et se mit lire. Tant mieux pour Axtone, que l’attention de la cible soit fixée.

Le bus arriva. L’homme monta, Axtone à sa suite. Il n’y avait que deux passagers somnolents, peu stimulés par le paysage urbain de bitume, briques et métal. Pendant qu’Axtone compostait son billet, l’éboueur amateur s’assit et se replongea dans son livre.

En démarrant, le bus passa devant l’entrée de Charlemagne location. Une voiture de sport décapotable s’y engouffra. Le moteur grondait de douleur : il était temps de changer le pot d’échappement. Axtone reconnut son client officieux au volant. Franck avait suivi la même piste d’Axtone, mais pas assez vite : il en serait quitte pour cracher cinq mille euros.

Le détective, debout dans le bus, reporta son attention sur le lecteur. Quelque chose ne collait pas, l’avertit son instinct. D’accord, ce gars était un original. Mais trafiquant de drogue, à voir… Enfreignant la règle de base de la filature, Axtone s’assit dans la même rangée que l’homme, de l’autre côté du couloir. Il jeta un œil à la couverture du roman : « La guerre du feu » de Rosny Aîné. Le livre était tout tâché et tout froissé. Les ongles de son propriétaire étaient propres : cette nuit, il avait utilisé des gants.

— J’aime les romans préhistoriques, dit Axtone

L’autre se tourna vers lui. Son regard dur avait fondu d’un coup.

— Rosny était le meilleur dans ce genre. Ses romans sont… Comment dire ? Épiques et poétiques. Et quelle vision juste de la préhistoire ! Depuis cent ans, on n’a pas beaucoup progressé dans la connaissance de notre passé lointain. Forcément, hein ? Il reste que des éclats de pierre et des bouts d’os.

— Il en a écrit d’autres sur la préhistoire ?

— Bien sûr ! Je vous conseille Le félin géant. Celui-là, je l’ai déjà lu, mais quel plaisir !

— Il n’est pas en bon état, remarqua Axtone.

— Je l’ai trouvé dans une poubelle. Les gens jettent tant de belles choses. Quelle pitié…

— Vous fouillez les poubelles ?

— Pas par nécessité. Je ne supporte pas le gâchis. C’est plus fort que moi, j’essaie de sauver de la destruction le plus possible d’objets. Ça doit vous paraître ridicule.

— Pas du tout. Moi aussi, le gaspillage consumériste de notre société me révolte. Vous venez de faire les poubelles de la zone industrielle ?

— Non, je me suis fait un petit plaisir. Je suis camionneur à la retraite. Conduire une grosse machine me manque. Alors j’ai loué un camion-benne pour une journée. Cette nuit, j’ai ramassé des poubelles et je les ai déposées chez moi. Reste plus qu’à trier. Je revends ensuite dans les brocantes pour payer une partie de la location.

Il n’avait pas encore découvert la marchandise de Franck, que le malfrat avait dû stocker temporairement dans la poubelle pour se prémunir de la curiosité policière.

— Moi aussi, j’ai déjà fait les poubelles, confia Axtone.

— Vraiment ? Je m’appelle Hugues.

Ils se serrèrent la main. Hugues jubilait : pour une fois qu’il n’était pas jugé déviant, avec sa passion des poubelles.

— Axtone. C’était pas dans la même philosophie, je cherchais à manger.

— Oh ! Écoutez, j’ai plein d’objets en excellent état dont je ne sais que faire. Vous me rendriez service en m’en débarrassant.

— C’est gentil, mais ma situation s’est améliorée.

Hugues insista, Axtone résista un moment puis accepta. Voilà, la filature s’était transformée en infiltration.

Ils descendirent du bus comme deux vieux amis. Hugues devisait gaiement, ravi de sortir de son isolement :

— Certains aiment sauver des vies. Moi, je sauve la planète en remettant en circulation des objets encore utiles. Les gens n’aiment pas qu’on mène une autre vie qu’eux, comme dit le chanteur anar.

Hugues habitait une maison de ville entourée d’un minuscule jardin encombré d’un bric-à-brac recouvert d’une bâche pour les intempéries. Il ouvrit le petit portail et s’apprêtait à entrer dans le pavillon en briques rouges d’un étage. Ce n’est qu’à cet instant qu’Axtone s’aperçut qu’il portait des souliers – incongrus avec le survêtement. En tant de détective, il était censé être observateur. L’alcool diminuait-il son acuité visuelle ? L’âge ?

— Et si je vous aidais à trier vos récentes acquisitions ? proposa Axtone.

L’autre s’urina dessus de contentement, au sens figuré.

— Excellente idée ! Elles sont derrière la maison.

Ils se faufilèrent dans la décharge privée. Un tas de sacs-poubelle les attendait, à côté de grandes poubelles vides.

— Mets ces gants, dit Hugues. On se tutoie, mon pote, hein ? Alors on déchire chaque sac au-dessus d’une poubelle et on récupère ce qui vaut le coup.

Axtone Latuile se demandait ce qui valait le coup pour Hugues. Et ce qui valait le coup en général. Boire un coup ? Plus tard. Cette nuit, il avait dépassé son quota. Il déchiqueta un sac et farfouilla à la recherche d’une substance illicite.

La vue d’Axtone fatiguait peut-être, mais son ouïe reconnut la voiture en approche rapide grâce au pot d’échappement hors d’usage. Franck le talonnait décidément ! Avec une personne non déviante, pour reprendre l’expression d’Hugues, le dialogue aurait pu tout arranger. Compte tenu du profil de Franck, Axtone opta pour la prudence.

— Faut que j’aille au petit coin, dit-il.

— La porte de derrière n’est pas verrouillée, mon pote. Fais pas gaffe au foutoir. Deuxième à droite.

Axtone retira ses gants, entra dans le pavillon, laissa la porte entrebâillée et tendit l’oreille. Il sortit de sa poche son lance-pierre, une arme qu’il affectionnait depuis l’enfance. Son père lui avait fabriqué son premier lance-pierre pour ses six ans. Au bureau, en attendant les clients, il s’entrainait inlassablement à dégommer des canettes. Il encocha une bille d’acier.

— Alors, le vieux, comme ça on fait les poubelles ?

— Mais… Mais, jeune homme, baissez ce pistolet. Je…

D’où il se tenait, Axtone ne pouvait pas voir Franck en retrait.

— C’est la bande à Boris qui t’a chargé de ce taf, pas vrai ? Où sont les bijoux ?

— Je comprends rien. Quels bijoux ? Il y a erreur. Je n’ai pas d’argent.

— Ouais chevelu, t’as fait une grosse erreur, ricana Franck. J’ai pas de temps à perdre si Boris et ses ruskovs débarquent. T’as trois secondes pour me rendre la marchandise. Une… Deux…

— Pitié monsieur ! Je comprends rien… Vous faites erreur…

Le mobile de Franck sonna. Avec un juron, il fouilla dans sa poche. C’était Axtone qui venait de l’appeler. Le détective bondit de sa cachette et décocha une bille d’acier dans la tempe du malfrat. Celui-ci accusa le coup, lâchant ses objets, sonné. Le détective lui donna un coup d’épaule et ramassa prestement le pistolet.

— Appelons la police ! glapit Hugues, choqué.

— D’abord les poubelles, décréta Axtone.

— Mais…

— T’inquiète, je le tiens en respect. Cherche les bijoux.

Hugues les trouva dans une sacoche. Il y en avait pour une fortune. C’était le casse de la décennie, pour lequel la police traquait Franck après avoir arrêté ses complices. Le bijoutier, un des hommes les plus riches de la région, offrait une bonne récompense. Axtone l’empocha.

Franck avait trouvé l’adresse d’Hugues en interrogeant l’employé de Charlemagne Location. Ses arguments avaient été plus percutants que ceux d’Axtone.
L’affaire fit à Axtone une bonne publicité dans les médias et lui apporta des clients. Son moral était si bon qu’il ne toucha pas à l’alcool pendant neuf jours.

Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Musyne le 24 Janvier 2014 à 14:24:54
Bonjour Lordius,

Je fais resurgir ton texte de la deuxième page et j'en profite pour le commenter, vu qu'il était tout nu ^^

Comme chaque fois que je te lis, je trouve que tes récits sont bien écrits, c'est très clair, les actions s'enchaînent bien et du coup, rien ne freine la lecture. J'ai lu du début à la fin d'une traite et c'était chouette :)
J'ai relevé une petite faute :

Citer
T’approches pas de lui, il est dangereux grave.
T'approche.

J'ai tiqué un peu sur cette phrase :

Citer
L’autre s’urina dessus de contentement, au sens figuré.
Je trouve que c'était peut-être trop violent comme image, et maladroit. Je veux dire, "s'uriner dessus" n'est pas une expression qui signifie "être content" au sens figuré.

Par ailleurs, j'avais cru comprendre, au début du texte, qu'Axtone avait pris une vieille cuite ponctuelle parce qu'il s'était fait plaqué. Puis, on voit qu'il a quand même la bibine facile, voire routinière, mais ça paraît décalé par rapport à la façon dont tu évoques la cuite prise par le personnage la veille de l'intrigue.

Pour finir, ton premier paragraphe situe l'action dans le présent (tu dis "hier soir", tu emploies le présent) mais tu changes cela très rapidement pour raconter au passé.

Concernant l'histoire en elle-même, j'ai tout de même une question qui me turlupine :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


M'enfin, je pinaille, c'était une nouvelle bien sympa ;)

Bonne continuation !
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Claudem le 24 Janvier 2014 à 15:05:20
J'ai également trouvé la nouvelle agréable à lire. Quelques changements de temps (conjugaison) m'ont un peu gênée.
Relevé aussi une petite anomalie :en tant de, au lieu de en tant que
Sinon, les faits s'enchaînent de manière plausible.
J'ai bien aimé l'ensemble.
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Lordius le 24 Janvier 2014 à 19:30:06
Merci pour vos commentaires.

Au début, c'est le présent de narration. C'est un procédé courant, que d'alterner présent / passé dans un récit.

Concernant le spoiler, il est indiqué que Franck craint une fouille policière à son domicile.

Se pisser dessus, c'est rire fort. Donc notion de grande joie. Hugues est un marginal qui vit reclus. Il en souffre. Il a faim de relations sociales. Quand Axtone s'intéresse à lui et partage ses valeurs, il est fou de joie.

" Puis, on voit qu'il a quand même la bibine facile, voire routinière, mais ça paraît décalé par rapport à la façon dont tu évoques la cuite prise par le personnage la veille de l'intrigue. "
Décalé, comme ça ? Qu'est-ce qui cloche ?
Axtone est alcoolique (même si parfois il arrive à se sevrer, ça ne dure pas). D'habitude, il boit mais pas jusqu'à s'endormir sur le trottoir. Le choc de la séparation explique ce débordement.
Axtone vit une variante du mythe de Sisyphe : tous les soirs il boit ; tous les matins il fait du vélo pour évacuer le poison.
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Musyne le 24 Janvier 2014 à 23:39:05
Citer
Au début, c'est le présent de narration. C'est un procédé courant, que d'alterner présent / passé dans un récit.
Yep, bien sûr. Mais le "hier soir" situe le texte par rapport à "aujourd'hui" donc ce n'est pas un présent de narration mais un présent d'énonciation. Il faudrait dire "la veille au soir".

Citer
Se pisser dessus, c'est rire fort. Donc notion de grande joie. Hugues est un marginal qui vit reclus. Il en souffre. Il a faim de relations sociales. Quand Axtone s'intéresse à lui et partage ses valeurs, il est fou de joie.
Voui, mais l'expression "s'uriner dessus" ne me parle pas dans ce contexte. Ceci dit, c'est personnel et donc forcément subjectif, hein ^^

Citer
" Puis, on voit qu'il a quand même la bibine facile, voire routinière, mais ça paraît décalé par rapport à la façon dont tu évoques la cuite prise par le personnage la veille de l'intrigue. "
Décalé, comme ça ? Qu'est-ce qui cloche ?
Axtone est alcoolique (même si parfois il arrive à se sevrer, ça ne dure pas). D'habitude, il boit mais pas jusqu'à s'endormir sur le trottoir. Le choc de la séparation explique ce débordement.
Axtone vit une variante du mythe de Sisyphe : tous les soirs il boit ; tous les matins il fait du vélo pour évacuer le poison.
Oui, il est alcoolique, on le comprend petit à petit. Mais dans le premier paragraphe, la façon dont tu évoques sa cuite de la veille m'a donné l'impression que c'était un fait ponctuel et non une habitude. D'où le décalage que j'ai ressenti quand j'ai lu, quelques lignes plus tard, qu'il ne boit de l'eau qu'exceptionnellement. Peut-être juste indique dans le premier paragraphe que ce soir-là, ça avait été pire que d'habitude.
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Lordius le 25 Janvier 2014 à 11:43:55
Très juste, Musyne, bonnes remarques. Merci.
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Marygold le 15 Avril 2014 à 19:12:20
Hey !

J'ai décidé de fouiller, non dans les poubelles mais dans les propositions pour le tournoi et le tien en fait partie !

J'ai beaucoup aime le style détective, avec son ton un peu désuet (mention particulière pour le lance-pierre, idée géniale). C'est un bon texte qui se lit tout seul.
J'adore le nom de ton personnage, au fait, c'est un vrai nom de détective ! :coeur:

2-3 remarques que j'ai notées au passage :
Citer
Un Noir jeune en costume-cravate,
La description m'a gênée. On écrirait plutôt "Un jeune Noir", non ? Ou alors "jeune" entre virgule, je sais pas...
Citer
T’approches pas de lui, il est dangereux grave.
T'approche
Citer
Le livre était tout tâché et tout froissé.
taché
Citer
Hugues jubilait : pour une fois qu’il n’était pas jugé déviant, avec sa passion des poubelles.
;D j'adore cette phrase
Citer
Hugues habitait une maison de ville entourée d’un minuscule jardin encombré d’un bric-à-brac recouvert d’une bâche pour les intempéries.
je trouve la phrase un peu lourde avec sa succession d'adjectifs.
Citer
L’autre s’urina dessus de contentement, au sens figuré.
:D Ce n'est effectivement pas une expression usuelle, mais en faisant le rapprochement avec "se pisser dessus", je trouve que la reformulation passe bien dans le ton du texte et fait une sorte de clin d'oeil.
Citer
Celui-ci accusa le coup, lâchant ses objets, sonné.
Le "lâchant ses objets" n'est pas très beau (enfin, c'est surtout le terme objet qui tombe mal, je trouve)

Merci pour cette lecture divertissante !
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Lordius le 16 Avril 2014 à 19:34:16
Ah, tiens ! Je passe par hasard et je constate que Marygold fouille les poubelles du passé :)

Merci, je note plusieurs remarques pertinentes. Je vais corriger, même si la nouvelle est déjà partie pour un obscur concours.
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Marygold le 16 Avril 2014 à 19:54:00
Je vais corriger, même si la nouvelle est déjà partie pour un obscur concours.
Ah oui ? Tiens-nous au courant alors ! Surtout qu'il y a des chances que ce texte soit remonté au cours des prochaines semaines puisqu'Axtone Latuile a été proposé par Musyne pour notre Tournoi annuel ;)
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Lordius le 16 Avril 2014 à 20:04:20
Je ne trouve pas de mention de ce tournoi annuel (peut-être parce que je suis un peu sous l'emprise de la boisson comme Axtone Latuile). Un lien stp ?
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Marygold le 16 Avril 2014 à 20:05:46
C'est parce qu'on le cache sous le doux nom de Pentacle : c'est par ici (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/board,46.0.html) !
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Lordius le 18 Avril 2014 à 09:41:47
J'ai écrit un 'obscur' concours de nouvelles. Après recherches, ce concours est quand même conséquent.
227 textes reçus dans diverses catégories ! Dont 77 en adultes. 26 sont préselectionnés dont... L'éboueur amateur !

http://www.lecteurduval.org/310-concours-nouvelles.html#selections

Il est toutefois dommage que les soumissionnaires ne soient pas informés par email.
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Lordius le 24 Avril 2014 à 09:06:02
Voici la dernière version revue et corrigée, prête pour le concours de personnages.

6 h 30. Le camion-poubelle émerge du brouillard, tout est normal. Sauf qu'on n'est pas lundi… Réveillé par le vacarme de l’engin, Axtone Latuile, assis sur le trottoir, adossé à la façade d’un immeuble, ouvre un œil vitreux. L’homme, certes, souffre de gros problèmes avec l’alcool. Toutefois, il sait d’ordinaire se tenir, lui, l’aristocrate de la bouteille. Là, il a eu un gros coup de blues. Il lui faut quelques secondes pour confirmer le jour : la veille au soir, samedi, sa fiancée lui a annoncé leur rupture. Ça, plus les affaires qui ne tournent pas, il s’est laissé aller un peu plus que d’habitude à passer la soirée avec son amie de verre, la bouteille de pastis. À propos, il tend le bras à tâtons et agrippe sa meilleure copine. Vide. Ça vaut mieux pour sa migraine.

Oui, maintenant qu’il émerge, c’est étrange : on est dimanche, or les éboueurs ne travaillent pas le jour du Seigneur, quelle que soit leur confession religieuse.

Il va pour se rendormir quand une seconde bizarrerie se produit : après s’être arrêté à quelques mètres de lui, le chauffeur descend du camion. Il attrape les poubelles sur le trottoir et les verse dans la benne à l’arrière. Curieux, car la corporation opère toujours à trois : un chauffeur, deux éboueurs. Interloqué, Axtone observe l’homme quelques secondes. Le sexagénaire sec et nerveux porte un survêtement, pas vraiment la tenue d’éboueur. Ses longs cheveux blancs sont retenus par un élastique. Son regard passe sur Axtone sans voir cette ombre dans la nuit, ce poivrot fondu dans le décor urbain. Axtone, lui, enregistre le regard bleu acier du gars. Pas l’air commode, l’étrange éboueur. Et pourquoi jette-t-il un œil au contenu de chaque poubelle avant de la basculer dans la benne ?

Tandis que le camion repart, Axtone se rendort.

Vers huit heures, il fut réveillé par des jurons et des cris :

— Quel est l’enfoiré qui a vidé les poubelles ? C’est pas vrai ! Non ! Elle était encore pleine hier soir.

Le jour et le brouillard s’étaient levés. Un jeune Noir en costume-cravate, crâne rasé et épaules d’haltérophile, inspectait une à une les quatre poubelles accolées. Il avisa Axtone :

— Eh, toi ! T’as vu quelqu’un vider les poubelles ? Ce serait pas toi, des fois ?

— Et où aurais-je mis leur contenu ? Dans mes poches ?

— Ouais… Et tu te serais barré si… Enfin, t’as vu quelqu’un les vider ?

— Pourquoi ? Vous avez jeté quelque chose par mégarde ?

— T’occupe, coupa le gars d’un ton agressif. Et réponds à ma question.

L’homme énervé s’approcha d’Axtone, face menaçante, poings serrés. Celui-ci se mit debout d’un bond et empoigna sa bouteille vide. Malgré la quarantaine, sa faculté d’encaissement des effets secondaires de l’alcool valait celle d’un jeune homme.

— Un éboueur est passé au petit matin, dit-il.

— Un dimanche ! Ah, les salauds ! Ils ont récupéré la marchandise. Un seul ? À quoi il ressemblait, ton éboueur ?

— J’ai pas vu son visage, mentit Axtone. Mais je peux le retrouver si vous me payez. Je suis détective privé.

— Toi, détective privé ?! s’esclaffa le Noir. T’es qu’un clodo.

— Les apparences trompent parfois. Une soirée trop arrosée, et vous êtes catalogué clochard. Ça ne vous arrive jamais de vous laisser aller à quelques excès ?

Axtone s’abstint de reconnaître qu’il avait été une fois à la rue pendant plusieurs mois douloureux. Il s’agissait maintenant de paraître compétent et fiable.

— Euh, ouais… Après tout, détective ou pas, je m’en fous. Si tu retrouves le fumier, il y a cinq mille pour toi.

C’était une somme considérable qui permettrait au détective de ne pas se retrouver clochard, justement. La marchandise dans la poubelle devait être de la drogue cachée pour échapper à une fouille policière. Qu’ils s’entretuent entre dealers, c’était pas le problème d’Axtone. Il avait les siens. À commencer par la migraine, pourtant le moindre de ses fardeaux.

— D’accord. Vous êtes monsieur ?

— Franck. Tiens, mon numéro de mobile. (Il lui remit un papier.) Et si tu le retrouves, appelle-moi aussi sec. T’approche pas de lui, il est dangereux grave.

Axtone se rendit à son bureau, situé dans un immeuble presque insalubre. Il n’avait pas l’habitude de travailler le dimanche, lui qui était loin d’être un bourreau de travail. Mais le limier devait suivre la piste fraiche. Il avala deux cachets d’aspirine avec un verre – exceptionnellement – d’eau et fit quelques recherches sur internet. Dans la région, il n’existait qu’une seule entreprise qui louait des véhicules destinés à la collecte de déchet. Ses clients étaient les collectivités locales ou des entreprises privées sous-traitantes. Axtone apprit qu’il existait des camions-poubelles de toutes tailles, du 3.5 tonnes au 26 tonnes, avec benne en proportion.

Charlemagne Location était située dans la zone industrielle en périphérie de la ville. Il y alla en vélo, son moyen de locomotion habituel qui l’aidait à chasser les toxines de l’alcool. Le bureau de location en préfabriqué jouxtait un immense parking extérieur ceinturé de hauts murs. Des camions et engins de chantier de toute taille y étaient garés. Le grand portail était ouvert : la société tournait sept jours sur sept, d’après le panneau à l’entrée. Le dimanche, fermeture à 12 h. Axtone laissa son vélo contre le mur du bureau et entra. Un employé d’âge moyen, moustachu et chauve se tenait derrière le comptoir. L’air concentré, il pianotait sur un ordinateur et s’interrompit à regret.

— Bonjour, dit Axtone. Louez-vous des camions de collecte de déchets à des particuliers ?

— Rarement. Il faut le permis poids lourd.

— Avez-vous un camion-poubelle sorti en ce moment ?

L’homme grimaça. Axtone crut qu’il allait se remettre à son PC sans répondre.

— Je réponds à ce genre de question… à la police. Quel est l’objet de votre visite ?

— Cette nuit, un de vos camions-poubelles a embouti ma voiture et s’est sauvé.

— Vraiment ? Je vais inspecter les véhicules qui rentrent. Laissez-moi votre numéro de mobile.

— Dimanche matin, ça ne peut pas être un professionnel. Il était seul, en plus. Puis-je avoir ses coordonnées ? Je vais m’arranger à l’amiable avec lui.

— Je dois d’abord vérifier qu’il s’agit bien d’un de nos camions.

Axtone n’insista plus. Il alla se poster dans la rue, de manière à surveiller l’entrée du parking. « Les véhicules qui rentrent » avait dit l’employé. Axtone en déduisit que le camion-poubelle n’était pas encore revenu.

Vers 11 h 45, un camion d’éboueur arriva en trombe : le client ne voulait pas payer un jour de plus. Quelques minutes plus tard, le gars sortit à pied. Axtone le reconnut sans peine aux longs cheveux blancs, à présent déployés en corolle. Sa coiffure avait la beauté de l’originalité : la mode était aux cheveux courts pour les hommes. Celui-là était assurément excentrique. Il se dirigea vers l’arrêt de bus situé un peu plus loin. La rue était déserte dans ce quartier de bureaux et d’entrepôts presque tous fermés le week-end. L’homme consulta les horaires de bus affichés et s’assit sur le banc. Il sortit un vieux livre jauni de sa poche de survêtement marron et se mit à lire. Tant mieux pour Axtone, que l’attention de la cible soit fixée.

Le bus arriva. L’homme monta, Axtone à sa suite. Il n’y avait que deux passagers somnolents, peu stimulés par le paysage urbain de bitume, brique et métal. Pendant qu’Axtone compostait son billet, l’éboueur amateur s’assit et se replongea dans son livre.

En démarrant, le bus passa devant l’entrée de Charlemagne location. Une voiture de sport décapotable s’y engouffra. Le moteur grondait de douleur : il était temps de changer le pot d’échappement. Axtone reconnut son client officieux au volant. Franck avait suivi la même piste qu’Axtone, mais pas assez vite : il en serait quitte pour cracher cinq mille euros.

Le détective debout dans le bus reporta son attention sur le lecteur. Quelque chose ne collait pas, l’avertit son instinct. D’accord, ce gars était un original. Mais trafiquant de drogue, à voir… Enfreignant la règle de base de la filature, Axtone s’assit dans la même rangée que l’homme, de l’autre côté du couloir. Il jeta un œil à la couverture du roman : « La guerre du feu » de Rosny Aîné. Le livre était tout taché et froissé. Les ongles de son propriétaire en revanche étaient propres : cette nuit, il avait utilisé des gants.

— J’aime les romans préhistoriques, dit Axtone

L’autre se tourna vers lui. Son regard dur avait fondu d’un coup.

— Rosny était le meilleur dans ce genre. Ses romans sont… Comment dire ? Épiques et poétiques.
Et quelle vision juste de la préhistoire ! Depuis cent ans, on n’a pas beaucoup progressé dans la connaissance de notre passé lointain. Forcément, hein ? Il reste que des éclats de pierre et des bouts d’os.

— Il en a écrit d’autres sur la préhistoire ?

— Bien sûr ! Je vous conseille Le félin géant. Celui-là, je l’ai déjà lu, mais quel plaisir !

— Il n’est pas en bon état, remarqua Axtone.

— Je l’ai trouvé dans une poubelle. Les gens jettent tant de belles choses. Quelle pitié…

— Vous fouillez les poubelles ?

— Pas par nécessité. Je ne supporte pas le gâchis. C’est plus fort que moi, j’essaie de sauver de la destruction le plus possible d’objets. Ça doit vous paraître ridicule.

— Pas du tout. Moi aussi, le gaspillage consumériste de notre société me révolte. Vous venez de faire les poubelles de la zone industrielle ?

— Non, je me suis fait un petit plaisir. Je suis camionneur à la retraite. Conduire une grosse machine me manque. Alors j’ai loué un camion-benne pour une journée. Cette nuit, j’ai ramassé des poubelles et je les ai déposées chez moi. Reste plus qu’à trier. Je revends ensuite dans les brocantes pour payer une partie de la location.

Il n’avait pas encore découvert la marchandise de Franck, que le malfrat avait dû stocker temporairement dans la poubelle pour se prémunir de la curiosité policière.

— Moi aussi, j’ai déjà fait les poubelles, confia Axtone.

— Vraiment ? Je m’appelle Hugues.

Ils se serrèrent la main. Hugues jubilait : pour une fois qu’il n’était pas jugé déviant, avec sa passion des poubelles.

— Axtone. C’était pas dans la même philosophie. Je cherchais à manger.

— Oh ! Écoutez, j’ai plein d’objets en excellent état dont je ne sais que faire. Vous me rendriez service en m’en débarrassant.

— C’est gentil, mais ma situation s’est améliorée.

Hugues insista, Axtone résista un moment puis accepta. Voilà, la filature s’était transformée en infiltration.

Ils descendirent du bus comme deux vieux amis. Hugues devisait gaiement, ravi de sortir de son isolement :

— Certains aiment sauver des vies. Moi, je sauve la planète en remettant en circulation des objets encore utiles. Les braves gens n’aiment pas qu’on mène une autre vie qu’eux, comme dit le chanteur anar.

Hugues habitait une maison de ville entourée d’un minuscule jardin encombré d’un bric-à-brac. Des bâches protégeaient cet entrepôt en plein air des intempéries. Hugues ouvrit le petit portail et s’apprêtait à entrer dans le pavillon en brique rouge d’un étage. Ce n’est qu’à cet instant qu’Axtone s’aperçut qu’il portait des souliers – incongrus avec le survêtement. En tant que détective, il était censé être observateur. L’alcool diminuait-il son acuité visuelle ? L’âge ?

— Et si je vous aidais à trier vos récentes acquisitions ? proposa Axtone.

L’autre s’urina dessus de contentement, au sens figuré.

— Excellente idée ! Elles sont derrière la maison.

Ils se faufilèrent dans la décharge privée. Un tas de sacs-poubelle les attendait, à côté de grandes poubelles vides.

— Mets ces gants, dit Hugues. On se tutoie, mon pote, hein ? Alors on déchire chaque sac au-dessus d’une poubelle et on récupère ce qui vaut le coup.

Axtone Latuile se demandait ce qui valait le coup pour Hugues. Et ce qui valait le coup en général. Boire un coup ? Plus tard. Cette nuit, il avait dépassé son quota. Il déchiqueta un sac et farfouilla à la recherche d’une substance illicite.

La vue d’Axtone fatiguait peut-être, mais son ouïe reconnut la voiture en approche rapide grâce au pot d’échappement hors d’usage. Franck le talonnait décidément ! Avec une personne non déviante, le dialogue aurait pu tout arranger. Compte tenu du profil de Franck, le détective opta pour la prudence.

— Faut que j’aille au petit coin, dit-il.

— La porte de derrière n’est pas verrouillée, mon pote. Fais pas gaffe au foutoir. Deuxième à droite.

Axtone retira ses gants, entra dans le pavillon, laissa la porte entrebâillée et tendit l’oreille. Il sortit de sa poche son lance-pierre, une arme qu’il affectionnait depuis l’enfance. Son père lui avait fabriqué son premier lance-pierre pour ses six ans. Au bureau, en attendant les clients, il s’entrainait inlassablement à dégommer des canettes. Il encocha une bille d’acier.

— Alors, le vieux, comme ça on fait les poubelles ?

— Mais… Mais, jeune homme, baissez ce pistolet. Je…

D’où il se tenait, Axtone ne pouvait pas voir Franck en retrait.

— C’est la bande à Boris qui t’a chargé de ce taf, pas vrai ? Où sont les bijoux ?

— Je comprends rien. Quels bijoux ? Il y a erreur. Je n’ai pas d’argent.

— Ouais chevelu, t’as fait une grosse erreur, ricana Franck. J’ai pas de temps à perdre si Boris et ses ruskovs débarquent. T’as trois secondes pour me rendre la marchandise. Une… Deux…

— Pitié monsieur ! Je comprends rien… Vous faites erreur…

Le mobile de Franck sonna. Avec un juron, il fouilla dans sa poche. C’était Axtone qui venait de l’appeler. Le détective bondit de sa cachette et décocha une bille d’acier dans la tempe du malfrat. Sonné, il lâcha ses objets. Le détective lui donna un coup d’épaule et ramassa prestement le pistolet.

— Appelons la police ! glapit Hugues, choqué.

— D’abord les poubelles, décréta Axtone.

— Mais…

— T’inquiète, mon pote, je le tiens en respect. Cherche les bijoux.

Hugues les trouva dans une sacoche. Il y en avait pour une fortune.

C’était le casse de la décennie, pour lequel la police traquait Franck après avoir arrêté ses complices. Le bijoutier, un des hommes les plus riches de la région, offrait une bonne récompense. Axtone l’empocha.

Franck avait trouvé l’adresse d’Hugues en interrogeant l’employé de Charlemagne Location. Ses arguments avaient été plus percutants que ceux d’Axtone.

L’affaire fit au détective une bonne publicité dans les médias et lui apporta des clients. Son moral était si bon qu’il ne toucha pas à l’alcool pendant neuf jours.
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Donaldo75 le 28 Avril 2014 à 18:10:00
Excellente histoire; le personnage est bien campé et le ton est subtil. J'ai bien rit tout du long.
Merci Lordius.
PS: une seule remarque; la fin arrive trop abruptement.
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Milora le 03 Mai 2014 à 12:50:24
Citer
Tandis que le camion repart, Axtone se rendort.

Vers huit heures, il fut réveillé par des jurons et des cris :
bug de temps
Alors :
Citer
Au début, c'est le présent de narration. C'est un procédé courant, que d'alterner présent / passé dans un récit.
Oui mais il faut que ça rende bien au final. Là, je trouve que c'est gratuit puisqu'il n'y a aucune raison de distinguer le premier passage du premier. Le procédé m'a semblé maladroit, du coup...  :/

J'avoue que j'ai pas du tout accroché... Le style est impeccable, mais... très froid. J'ai eu l'impression que ça voulait être drôle, mais je n'ai pas trouvé la saveur de l'humour ou de la parodie. Le concept du détective alcoolique et à demi-clochard, ça m'a fait penser aux romans d'Eduardo Mendoza (comme Le Mystère de la crypte ensorcelée), du coup je suppose que j'ai pas pu m'empêcher de comparer... Bref, j'ai trouvé qu'en tant qu'intrigue policière, l'histoire était très minimaliste, et en tant qu'ambiance, humour, parodie, ou personnage, c'était trop froid pour que j'accroche. Mais je te souhaite bonne chance pour ton concours !
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Lordius le 03 Mai 2014 à 13:07:23
Merci mais avec ton commentaire au vitriol, j'ai peu de chance de glaner des voix  ;)
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Milora le 03 Mai 2014 à 13:10:26
Désolée, je poste un avis sincère et je pense pas l'avoir fait de façon incisive ou méchante. Le forum n'a jamais eu pour vocation de ne recueillir que les avis des lecteurs ayant aimé le texte... !
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Lordius le 03 Mai 2014 à 14:11:58
Ma remarque concernait la 'compétition'. C'est cocasse de souhaiter bonne chance après avoir savonné la planche.  :D

Pour les commentaires en général, tu as bien raison. D'ailleurs ce sont souvent les commentaires négatifs qui aident à améliorer le texte puisqu'ils soulignent les défauts.
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Loïc le 04 Mai 2014 à 08:01:07
Citer
Tiens, mon numéro de mobile.

De mobile, sérieusement ? Il y a des gens qui utilisent ce mot ? C'est un peu en contradiction avec le "dangereux grave" ^^

Citer
Il y alla en vélo, son moyen de locomotion habituel qui l’aidait à chasser les toxines de l’alcool

Trop de compléments dans cette phrase ^^

Citer
Son père lui avait fabriqué son premier lance-pierre

La répétition de lance-pierre ne me semble pas nécessaire.

J'aime bien la chute et l'histoire est assez sympa, même si, comme l'a souligné Mil', elle m'a aussi semblé froide en ce qu'on est loin de l'action, on la regarde passer sans vraiment se sentir très concerné ou très attaché au perso (en même temps, le texte est court, je veux bien le croire).

Par contre je crois que j'ai lu la première version, à moins que le premier post soit corrigé. Sinon, il vaut mieux mettre un lien vers la V2

Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Lordius le 04 Mai 2014 à 11:37:03
Merci de ton commentaire, Loïc.

La V2 est dans le post, à la fin de la première page de commentaires.

Qu'est-ce qui ne va pas avec 'mobile' ? On dit plutôt 'portable' ?

En effet, avec une nouvelle courte, il est difficile de s'attacher à un personnage.
De toute façon, je ne pense pas qu'il soit nécessaire que le personnage principal soit attachant. Sauf en jeunesse.
Le narrateur de Lolita de Nabokov est-il attachant ? Et les deux personnages principaux de Miso Soup de Murakami ? Abjects tous deux.
En littérature populaire, Maigret, San-Antonio ou SAS sont-ils attachants ?
Je réponds non et ils s'en passent très bien.
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Loïc le 04 Mai 2014 à 11:57:47
Citer
La V2 est dans le post, à la fin de la première page de commentaires.

C'est bien ce que je dis, personne ne s'amuse à lire 10 commentaires avant le texte, mets au moins un lien en haut du premier post ^^

Citer
Qu'est-ce qui ne va pas avec 'mobile' ? On dit plutôt 'portable' ?
Je pense oui.

Citer
En effet, avec une nouvelle courte, il est difficile de s'attacher à un personnage.
De toute façon, je ne pense pas qu'il soit nécessaire que le personnage principal soit attachant. Sauf en jeunesse.
Le narrateur de Lolita de Nabokov est-il attachant ? Et les deux personnages principaux de Miso Soup de Murakami ? Abjects tous deux.
En littérature populaire, Maigret, San-Antonio ou SAS sont-ils attachants ?
Je réponds non et ils s'en passent très bien.
Je parle pas d'un personnage attachant dans ce sens, mais dans le sens où on s'intéresse à ce qui lui arrive. Même Joffrey du Trône de fer l'est un peu.
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Lordius le 04 Mai 2014 à 12:44:37
Je me suis renseigné auprès d'ados : tu as raison concernant mobile vs portable.

Et j'ai mis le lien vers la v2.
Titre: Re : Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Anlor le 04 Mai 2014 à 13:53:50
Bonjour bonjour,

Je sais pas si je vais avoir le temps commenter tous les textes du tournoi mais bon, c'est parti pour le tien :

Réveillé par le vacarme de l’engin, Axtone Latuile, assis sur le trottoir, adossé à la façade d’un immeuble, ouvre un œil vitreux.
réveillé, assis, adossé -> ça fait beaucoup de participes passés d'un coup

L’homme, certes, souffre de gros problèmes avec l’alcool. Toutefois, il sait d’ordinaire se tenir, lui, l’aristocrate de la bouteille.
certes/toutefois ; ça fait un peu dissertation cet enchainement

À propos, il tend le bras à tâtons et agrippe sa meilleure copine.
pour moi, "à propos", c'est dans un dialogue "eh, à propos/au fait, j'ai vu Martine hier" ; dans la narration j'ai plutôt tendance à le lire comme "au bon moment", "telle chose est arrivée à propos" ; du coup je comprends pas bien l'emploi que tu en fais en début de phrase, ici  :???:

Oui, maintenant qu’il émerge, c’est étrange : on est dimanche, or les éboueurs ne travaillent pas le jour du Seigneur, quelle que soit leur confession religieuse.
on pouvait peut-être se passer de la deuxième partie de la phrase ? enfin, l'idée c'est juste "on est dimanche, les éboueurs ne travaillent pas" ; je trouve la suite un peu lourde

Il va pour se rendormir
je ne trouve pas la formulation très heureuse

Interloqué, Axtone observe l’homme quelques secondes.
tu reprends souvent cette construction de phrase : "blablablé, bla bla bla bla", ça rend parfois ta narration un peu monotone

Son regard passe sur Axtone sans voir cette ombre dans la nuit, ce poivrot fondu dans le décor urbain.
j'avais l'impression qu'on était du point de vue d'Axtone ; là du coup je comprends plus

Axtone, lui, enregistre le regard bleu acier du gars.
un peu cliché le regard bleu acier, non ?

Tandis que le camion repart, Axtone se rendort.

Vers huit heures, il fut réveillé par des jurons et des cris :
wouh, la transition entre les temps est assez hard, surtout qu'on aurait eu tendance à faire l'inverse : le présent ça permet de rompre avec le passé pour un évènement soudain ; ici c'est le contraire, et ça ne passe pas vraiment, je trouve

Un jeune Noir en costume-cravate
euh, jusqu'à présent, "noir" n'est pas une nationalité  :mrgreen:

— Euh, ouais… Après tout, détective ou pas, je m’en fous. Si tu retrouves le fumier, il y a cinq mille pour toi.
pour une affaire aussi douteuse, j'trouve ça chelou comme réaction "ok, je te connais pas, mais 5000 euros si tu règles mes affaires"

La marchandise dans la poubelle devait être de la drogue cachée pour échapper à une fouille policière.
c'est gentil de tout nous expliquer comme ça  :D

Et si tu le retrouves, appelle-moi aussi sec. T’approche pas de lui, il est dangereux grave.
LOL
ça sonne faux, ça sonne très faux. D'une part le mélange "aussi sec"/"dangereux grave" qui correspondent pas du tout au même type de langage ; et d'une façon général, ce "grave" rajouté tout à la fin, comme ça, ça sonne vraiment "j'ai voulu parler jeune, TMTC, si si ma gueule"

et fit quelques recherches sur internet.
je saurais pas dire pourquoi, mais ce bout de phrase m'a beaucoup plus fait pensé à un collégien en train de préparer un exposé qu'à un détective privé

Axtone apprit qu’il existait des camions-poubelles de toutes tailles, du 3.5 tonnes au 26 tonnes, avec benne en proportion.
c'est chouette pour lui dis donc !

Des camions et engins de chantier de toute taille y étaient garés.
toutes tailles

Quel est l’objet de votre visite ?
y a des gens qui disent ça en vrai ? à l'oral ?

Laissez-moi votre numéro de mobile.
(je suis de l'avis de Loïc pour le mobile)

Axtone le reconnut sans peine aux longs cheveux blancs, à présent déployés en corolle. Sa coiffure avait la beauté de l’originalité : la mode était aux cheveux courts pour les hommes. Celui-là était assurément excentrique.
ça fait beaucoup de mots pour une coupe de cheveux !

Il se dirigea vers l’arrêt de bus situé un peu plus loin. La rue était déserte dans ce quartier de bureaux et d’entrepôts presque tous fermés le week-end.
si on n'a pas compris que c'était dimanche...

Il n’avait pas encore découvert la marchandise de Franck, que le malfrat avait dû stocker temporairement dans la poubelle pour se prémunir de la curiosité policière.
C'est toujours gentil de tout nous expliquer comme ça, avec rappels :D

Les braves gens n’aiment pas qu’on mène une autre vie qu’eux, comme dit le chanteur anar.
pourquoi pas Brassens de suite ? c'est pas comme si tout le monde connaissait cette chanson...

L’autre s’urina dessus de contentement, au sens figuré.
si je dis que c'est une expression "à chier" (au sens figuré)  :mrgreen:
non, plus sérieusement, je trouve ça un peu incongru comme image

— Mets ces gants, dit Hugues. On se tutoie, mon pote, hein ? Alors on déchire chaque sac au-dessus d’une poubelle et on récupère ce qui vaut le coup.
le gars vient de perdre dix niveaux de langages en trois répliques  :o

Avec une personne non déviante, le dialogue aurait pu tout arranger.
c'est marrant cet adjectif, "déviant"

Sonné, il lâcha ses objets.
ses objets ? bof ?

C’était le casse de la décennie, pour lequel la police traquait Franck après avoir arrêté ses complices. Le bijoutier, un des hommes les plus riches de la région, offrait une bonne récompense. Axtone l’empocha.

Franck avait trouvé l’adresse d’Hugues en interrogeant l’employé de Charlemagne Location. Ses arguments avaient été plus percutants que ceux d’Axtone.

L’affaire fit au détective une bonne publicité dans les médias et lui apporta des clients. Son moral était si bon qu’il ne toucha pas à l’alcool pendant neuf jours.
euh, je trouve la fin très abrupte ; c'est volontaire ou c'est par manque de temps/nombre de mots limités etc ?  :-\

Et donc, pas dans le détail : comme tu as dû le voir, j'ai pas vraiment accroché. Je trouve que tout va très vite sans qu'il y ait vraiment de suspens ou de tension. Enfin, pour ma part, j'ai eu l'impression de survoler l'histoire sans jamais vraiment entrer dedans. Tout ton texte tourne autour de Hugues alors qu'au final, il est assez creux, tu le décris juste comme un personnage "déviant" qui est "ravi" dès qu'on s'intéresse à lui ; ça aurait surement été intéressant de le travailler un peu plus, lui donner un style oral cohérent, une histoire, des tics, des caractéristiques autres que ses cheveux quoi...
Après, au niveau de la narration, je suis un peu gênée par le fait qu'on ne sait pas bien quel est le point de vue ; souvent ça a l'air d'être celui d'Axtone, mais il n'y a pas d'unité de ton/de vocabulaire. Je trouve ça dommage qu'on ne ressente pas plus la personnalité d'Axtone à travers la narration.

Bref, je pense qu'avec ta base d'intrigue et de persos, du pourrais aller beaucoup plus loin que ça, et nous proposer un texte qui nous entraine vraiment.

Voilà voilà, merci pour la lecture et bonne continuation !
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Aquarelle le 07 Mai 2014 à 22:41:21
Bonsoir !

Citer
Réveillé par le vacarme de l’engin, Axtone Latuile, assis sur le trottoir, adossé à la façade d’un immeuble, ouvre un œil vitreux. L’homme, certes, souffre de gros problèmes avec l’alcool. Toutefois, il sait d’ordinaire se tenir, lui, l’aristocrate de la bouteille. Là, il a eu un gros coup de blues. Il lui faut quelques secondes pour confirmer le jour : la veille au soir, samedi, sa fiancée lui a annoncé leur rupture. Ça, plus les affaires qui ne tournent pas, il s’est laissé aller un peu plus que d’habitude à passer la soirée avec son amie de verre, la bouteille de pastis. À propos, il tend le bras à tâtons et agrippe sa meilleure copine.
J'ai un peu de mal avec le rythme haché de ce paragraphe et l'emploi de "certes", "toutefois", ça,", "A propos", qui me semblent très scolaires.

Citer
Tandis que le camion repart, Axtone se rendort.

Vers huit heures, il fut réveillé par des jurons et des cris :
Comme Milora et Anlor, je ne suis pas convaincue par ce changement de temps.


Citer
— Euh, ouais… Après tout, détective ou pas, je m’en fous. Si tu retrouves le fumier, il y a cinq mille pour toi.
Je trouve sa réaction un peu surréaliste.

Citer
Franck. Tiens, mon numéro de mobile. (Il lui remit un papier.) Et si tu le retrouves, appelle-moi aussi sec. T’approche pas de lui, il est dangereux grave.
Il parle très bizarrement...

Citer
Sa coiffure avait la beauté de l’originalité : la mode était aux cheveux courts pour les hommes. Celui-là était assurément excentrique.
Je ne vois pas trop l'intérêt du "la mode était aux cheveux courts pour les hommes". Je trouve ça un peu bizarre de considérer qu'un homme est excentrique parce qu'il a les cheveux longs, c'est pas rare ! même pour les hommes âgés !

Citer
— Oh ! Écoutez, j’ai plein d’objets en excellent état dont je ne sais que faire. Vous me rendriez service en m’en débarrassant.

— C’est gentil, mais ma situation s’est améliorée.
Euh, mais ils réagissent bizarrement... Axtone parle de manger et Hugues lui dit qu'il a du bazar chez lui ?

Citer
L’autre s’urina dessus de contentement, au sens figuré.
Euh...

Citer
Mets ces gants, dit Hugues. On se tutoie, mon pote, hein ? Alors on déchire chaque sac au-dessus d’une poubelle et on récupère ce qui vaut le coup.
Comme Anlor, je trouve que c'est brutal, comme changement de registre ! Entre se tutoyer et s'appeler "mon pote" et se mettre à parler de façon familière...

Citer
— Mais… Mais, jeune homme, baissez ce pistolet. Je…
Le "jeune homme" me fait drôle dans la bouche du perso.

Citer
C’était le casse de la décennie, pour lequel la police traquait Franck après avoir arrêté ses complices. Le bijoutier, un des hommes les plus riches de la région, offrait une bonne récompense. Axtone l’empocha.

Franck avait trouvé l’adresse d’Hugues en interrogeant l’employé de Charlemagne Location. Ses arguments avaient été plus percutants que ceux d’Axtone.

L’affaire fit au détective une bonne publicité dans les médias et lui apporta des clients. Son moral était si bon qu’il ne toucha pas à l’alcool pendant neuf jours.
La fin est expéditive, ma foi !

Je n'ai pas trop accroché. J'aime bien l'idée d'une enquête à partir du passage incongru d'un éboueur dominical, mais j'ai trouvé que l'histoire était un peu décevante et qu'il y avait des incohérences dans le style. En fait, le tout début m'a intriguée, ce qui commençait bien :), mais j'ai décroché au fur et à mesure. Désolée  :-[
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Malo_o le 09 Mai 2014 à 19:56:56
Hmm... Mouais. Je n'ai pas tellement adhéré au texte. Peut-être à cause des personnages, pas assez attachants. Tu souligne la taille réduite du texte pour justifier ça, mais plus que "pas attachant", qui est un avis très subjectif, je trouve les personnage de ce texte pas assez développés, pas assez épaissis. Même sur un court texte, tu peux faire des passages descriptifs des pensées et des sentiments des personnages, qui permettent de mieux cerner le caractère, et de s'y identifier ou pas. Une histoire, même bien réalisée, se construit en grande partie autour des personnages, de leur caractères, de leurs liens. Essaie d'y penser ^^
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Lordius le 10 Mai 2014 à 14:12:55
Pauvre Axtone Latuile, il s'est fait é-tril-ler !   :/

Je reste toutefois en désaccord avec un grand nombre des commentaires négatifs, parfois académiques.
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: MZK le 10 Mai 2014 à 15:25:46
Hello Lordius

Ton Axtone Latuile ( très bon au passage ) me fait penser à un mélange de Colombo et de cet excellent détective de BD " Canardo ".
De toutes les enquêtes d'Axtone que j'ai pu lire sur ce forum, c'est celle que j'ai le moins aimé.  :-[
Je ne reproche rien à ta maîtrise de l'art du récit, au choix des mots, à la formulation, mais je ne trouve pas que l'on soit assez " impliqué " dans cette enquête.
C'est ça qui est bon dans le style roman policier, c'est quand on peut toucher au matos du staff scientifique. Là tu nous laisse pas jouer avec le détecteur de mensonges... ^^
L'histoire a de bonnes bases solides et originales mais il se dégage une telle atmosphère glaciale que ça semble mécanique.
Les dialogues sont plutôt réussis mais je les trouve un peu robotisés.

Ca n'est bien sûr que l'expression d'une opinion propre et totalement contestable.

Au plaisir Lordius
Titre: Re : Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Anlor le 10 Mai 2014 à 16:44:09
Pauvre Axtone Latuile, il s'est fait é-tril-ler !   :/

Je reste toutefois en désaccord avec un grand nombre des commentaires négatifs, parfois académiques.
Ben du coup ce serait peut-être bien qu'on en discute non ? La base du forum reste l'échange, et les commentaires ne servent pas à autre chose !  ^^
Titre: Re : L'éboueur amateur (une enquête d'Axtone Latuile)
Posté par: Elk le 10 Mai 2014 à 19:15:58
Bonjour !

J'ai plutôt apprécié ton texte, j'ai trouvé qu'il se lisait bien (à part quelques tournures à mon avis un peu maladroites et deux-trois répétitions ; je ne les ai pas relevées, mais la plupart sont déjà signalées dans les commentaires précédents).

Dans les points négatifs, je mettrais ce changement de temps qui m'a, moi aussi, un peu déstabilisée, le ton un peu trop détaché vis-à-vis de l'intrigue et des personnages, qui fait qu'on ne se sent pas suffisamment concerné par l'histoire, et la fin trop abrupte à mon goût.
Plus globalement, ton texte m'a semblé manquer de profondeur, peut-être parce qu'il se concentre trop sur l'intrigue principale (finalement assez simple), et néglige donc l'ambiance, la consistance des personnages.

MAIS, du point de vue du positif, il y a Axtone qui est plutôt sympathique, cette idée originale de l'éboueur, et le "retournement de situation" concernant Hugues (le passage dans le bus m'a d'ailleurs bien plu!). Tout ça me donne l'impression qu'il ne manque qu'un petit truc en plus, quelques détails pour étoffer ta nouvelle et la rendre vraiment grave cool.