Poor man’s velvet, traduisez « Du velours pour un pauvre homme ». Il s’agit là d’un cocktail Irlandais, savant mélange de
Guinness brune à base de malt torréfié à maturité et de cidre brute. Dès les premières gouttes versées, un épais chapeau de mousse fait son apparition, et vient embrasser le verre translucide comme l’écume des vagues se brise sur les falaises de Moher, dans le grand ouest irlandais. Cela s’explique par le fait que les bulles ne sont pas uniquement produites par la réaction du dioxyde de carbone, comme dans la plupart des bières, mais par de l’azote. C’est là où réside le secret de cette crème onctueuse et ferme, cette fameuse mousse, qui donne ces lettres de noblesse à la légendaire bière Irlandaise.
C’est aussi pour cette raison que le
Poor man’s velvet se sert en deux temps : d’abord verser une moitié de cidre dans une chope, puis, plus délicatement, un quart de bière afin que le contraste s’effectue en douceur. Il faut ensuite attendre quelques minutes pour laisser la mousse redescendre, et enfin pouvoir servir. Comme vous le voyez, il faut savoir patienter un peu avant de savourer ce délicieux breuvage, c’est ce que les Irlandais appelle l’effet
surge & settle*. Il y a un proverbe bien connu là-bas qui dit que les bonnes choses viennent à ceux qui savent attendre, et il suffit de tremper ses lèvres pour l’admettre : c’est toute l’Irlande qui est contenue dans ce cocktail d’exception.
Une fois le liquide en bouche, je peux sentir le sel iodé des mers du nord raclé les parois rocailleuse de ma gorge. Je peux admirer la couleur délicieusement ambrée de sa robe, sentir ces arômes boisés si particuliers, qui évoquent en moi la sève suintant d’un chêne centenaire dans ces forêts où les arbres poussent pratiquement à même la roche nue, où les fougères et la mousse prolifèrent sur le sol calcaire, et surtout, où il fait si bon vivre...
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Merde alors, on entendrais presque les lutins chanté en chœur autour de la luth. J'ai du talent ma foi, on jurerait une pub pour un site de de voyage en ligne ! La vérité, c’est que j’ai appris pratiquement tout ce que je sais sur le
Poor man’s velvet en lisant un foutu prospectus ramassé à même le sol, il y’a quelques mois de cela. C’était écrit en grosses lettres vertes, juste en dessous d'un énorme trèfle à trois feuilles:
«Venez visiter la distillerie Guiness de Dublin !». Ca a attiré mon regard, alors je l’ai pris. Et puis quelques jours plus tard, j’ai voulu essayé. Ce fut un petit coup de foudre, si bien que depuis ce jour, c’est devenu mon petit rituel de fin de semaine. Chacun s’évade comme il peut, vous me direz…
Malheureusement, je n’ai pas vraiment les moyens de me payer un billet pour Dublin. Faut dire je suis un peu
ric-rac en ce moment, alors j’ai bien le droit, une fois ma semaine achevée, de profiter un peu de cette petite folie à 2,50€ non? Ce n’est pas vraiment du luxe ! Tant que cela restera moins cher qu’un billet d’avion, moi, j’en profiterais !
Alors à vous, qui passez devant moi avec vos gueules de déterré et vos regards de bovins dépités, sachez que je sais exactement ce que vous pensez: « Quand on n’a aussi peu de pognon, pourquoi le gâcher dans l’alcool au lieu de manger un bon repas chaud?». Je vais vous dire mes petits gars, outre le fait que l’alcool réchauffe la température de mon vieux cul de cinglé (ce qui est plutôt utile quand on n’a pas la clim’ chez soi), il permet également de s’évader, de redonner un peu de couleur à un quotidien terne et morose, et accessoirement, à mon teint grisâtre de vieux loup de mer. Vous voyez, nous les char-clo, on est un peu comme tout le monde en fin de compte, on veut juste se vendre un peu de rêve de temps en temps.
Alors franchement je vous emmerde, à votre santé !