Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Alex le 07 Janvier 2014 à 22:28:41
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Bonsoir bonsoir, (oui, je me répète souvent comme ça quand je ne sais pas trop quoi dire, vous vous y ferez). ::)
Voilà un "petit" texte que j'ai écrit comme ça, sans trop réfléchir, du coup je n'ai aucun recul et j'ai un peu peur du résultat, mais je me suis dit que c'est comme ça qu'on apprend. Voilà donc ce que je fais au lieu de travailler :
Cela faisait des heures que la louve attendait. La langue pendante mais l’esprit alerte, elle attendait son heure. Ses louveteaux mangeraient ce soir, du lapin ou du daim. S’il le fallait, elle se battrait. Il y aurait du sang. L’homme mourrait. Mais pour l’instant, il ne fallait qu’attendre et la Grande Patience avait pris corps sous cette fourrure grise.
Juché dans son arbre, l’indien attendait, lui aussi. Son ombre floue dansait dans la lueur du crépuscule. Il savait bien qu’à ce jeu de patience, l’homme perdait toujours. Mais il n’était pas prêt à sacrifier ses proies. Pas encore. Les Esprits de la Nuit se faufilaient parmi les branches, ils tourbillonnaient dans la neige et caressaient la louve de leur souffle léger. L’indien croyait presque les entendre chanter à son oreille.
Que fais-tu petit homme, si loin de ta maison ?
Que fais-tu petit homme, sans tes armes de mort ?
T’es-tu perdu dans nos ombres changeantes ?
Les Esprits de la Nuit n’aimaient pas les hommes. Les Esprits de la nuit aimaient le sang et la sauvagerie. Non pas que les hommes ne soient que bonté et tendresse, mais la Nature ne les avait pas dessinés pour l’arène de la Nuit. Ils tentaient tant bien que mal de démentir cette injure, s’armant de pierres et de bois, de griffes et de crocs. A présent que la Lune ouvrait son œil unique, l’indien le comprenait pleinement : l’homme réclamait sa part de sang. Il ne craignait pas de planter son tomahawk dans le cuir tendre du crâne de l’un des siens pour montrer à la Nuit, impératrice cruelle et moqueuse, qu’il avait sa place au sein de son peuple. Mais la Nuit riait de cette naïveté. La Nuit savait que lorsqu’elle étendait ses longs bras de brumes, lorsqu’elle jouait de sa harpe de silence, l’homme rentrait se blottir sous les peaux de ceux qu’il avait tués au nom de son courage, chercher réconfort auprès de sa femme dont le souffle chaud et les lèvres tendres chassaient les monstres qui hantaient ses rêves.
La Nuit aimait les femmes. Elle aimait leur force, elle aimait leur vaillance et leur intelligence. Elle aimait leur sensualité et leur violence latente. Elle entretenait leur charme et leur mystère en échange de quoi les femmes lui offraient leurs secrets. Mais la Nuit était changeante, imprévisible. Elle enlevait les êtres sans un murmure, faisant fi de toute distinction d’âge et de sexe, d’esprit et de cœur. Prendrait-elle l’indien ce soir ? Le recracherait-elle de sa gueule de ténèbres en offrande à ses bêtes ? Ou l’avalerait-elle goulûment comme tant d’autres avant lui ?
La louve se leva doucement. La Nuit était là, douce mère aimante aux crocs tranchants et aux pattes puissantes. La louve avait été élevée par cette reine sans pareille. Chaque soir, elle lui hurlait son amour et sa peine lorsque son visage doux se penchait vers la terre. Mais pas aujourd’hui. Les Esprits dansaient sous ses pattes comme un jour de tempête. Ils savaient. Ils savaient toujours. Aujourd’hui serait une nuit de sang et de violence. Une nuit chaude à l’odeur de fer. L’homme l’avait décidé ainsi. La louve le voyait dans ses grands yeux noirs. La Nuit l’avait envoûté comme tant d’autre avant. L’homme serait son amant. L’espace d’un instant il goûterait à sa chair vaporeuse avant qu’elle ne l’avale à tout jamais. La louve aussi un jour, retrouverait sa mère. Mais pour avoir droit à la mort, il fallait d’abord entretenir la vie.
L’indien se sentait grisé. Il savait qu’il cédait au charme de la Nuit, mais il n’avait plus peur. Jamais son mystère ne lui avait paru plus proche, plus accessible. Si la Nuit l’emportait, il n’aurait qu’à suivre la lueur du feu de ses ancêtres pour retourner danser avec eux. Dans l’ombre près du sol, le murmure des Esprits lui parvenait encore.
Veux-tu nous rejoindre, petit homme ?
Veux-tu goûter à ton propre sang, boire ta propre essence ?
Ton esprit s’est perdu, petit homme, la folie t’envahit.
La Nuit t’accueille en son sein, étranger que tu es, sois en digne.
Dans les yeux de la louve, l’indien voyait son âme crier sa désespérance. Alors il sauta de sa branche et roula dans la neige. Les Esprits furent sur lui les premiers, se fondant dans ses chairs, emplissant ses veines, dévorant son cœur. L’homme se battit humblement, de ses ongles et de ses dents. Inutile de prétendre être autre chose qu’un homme, on ne ment pas à la Nuit. Puis la masse chaude de la louve, si vivante qu’il était difficile de croire qu’un seul être habitait ce corps, fondit sur sa gorge dans un tourbillon de flocons. Le sang souilla sa fourrure de tâches pourpres, poisseuses, enivrantes. Sur son cœur battant au rythme de la Nuit, la louve sentit les deux mains de l’homme se serrer une dernière fois, tentant de saisir dans un ultime effort la vie qui y affluait, avant de la quitter à jamais.
La louve laissa le corps de l’homme aux Esprits, emportant son gibier. Une créature de la Nuit comme elle ne pouvait attenter à l’intégrité d’une créature du Jour. L’équilibre était ainsi fait. Sans un bruit, elle s’en retourna donc à son monde, disparaissant dans les bras caressant de la Nuit souveraine.
Pas de pitié, allez-y gaiement, je pleurerais en silence, promis :)
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Bonjour Alex,
Merci pour ce texte! Il m'a beaucoup plus! :) Tu pars d'une scène simple: une louve qui chasse, et puis tu nous entraîne, sans nous perdre, sans nous brusquer, dans la description de la nature, de l'humanité, de la nuit. Mon dieu que ça m'a plu! :) Bon je dois dire aussi que j'ai un rapport avec la nuit assez particulier, ce qui pourrait aussi expliquer cela! :) Voici quelques commentaires:
lorsque son visage doux se penchait vers la terre
Je trouve que faire l'inversion entre visage et doux sonnerait mieux (son doux visage se penchait..)
La Nuit l’avait envoûté comme tant d’autre avant. L’homme serait son amant. L’espace d’un instant il goûterait à sa chair vaporeuse avant qu’elle ne l’avale à tout jamais. La louve aussi un jour, retrouverait sa mère. Mais pour avoir droit à la mort, il fallait d’abord entretenir la vie.
Il faut une virgule après "chair vaporeuse" je pense. Mais sinon, ce passage est superbe!
Dans les yeux de la louve, l’indien voyait son âme crier sa désespérance.
Même après une rapide visite au Petit Robert, je n'ai pas réussi à comprendre si le sens de désespérance différait de celui de désespoir. Car pour moi ce dernier passerait mieux dans ta phrase (voyait son âme crier son désespoir..). Comme je ne suis pas sûre de ce que j'avance, j'aimerais bien avoir ton avis là-dessus! ^^
se fondant dans ses chairs, emplissant ses veines, dévorant son cœur.
:coeur:
J'ai hâte que tu procrastines à nouveau pour nous écrire un autre texte! :)
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Veux-tu nous rejoindre, petit homme ?
Veux-tu goûter à ton propre sang, boire ta propre essence ?
Ton esprit s’est perdu, petit homme, la folie t’envahit.
La Nuit t’accueille en son sein, étranger que tu es, sois en digne.
Bonjour
A part, cette partie qui (je pense) devrait être plus rythmée (vers plus court), j'ai beaucoup aimé ce texte.
On tremble de froid sur l'arbre ou on bave selon que l'on est homme ou louve.
A te relire.
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lorsqu’elle jouait de sa harpe de silence
-> l'image n'est pas très parlante, je trouve.
en échange de quoi les femmes lui offraient leurs secrets
-> leurs, c'est ceux des femmes ? Pas très limpide comme phrase...
Une nuit chaude à l’odeur de fer.
-> Pourquoi de fer en particulier ?
les deux mains de l’homme se serrer une dernière fois sur la vie qui y affluait
-> Il serre quoi ? Sa gorge ?
disparaissant dans les bras caressant de la Nuit souveraine
-> Alors pourquoi pas, c'est assez esthétique. Toutefois, la nuit depuis le début du texte, est un peu mêlée à toutes les sauces. Je veux dire par là :
la Nuit, impératrice cruelle et moqueuse
Mais la Nuit était changeante, imprévisible.
La Nuit était là, douce mère aimante aux crocs tranchants et aux pattes puissantes
par cette reine sans pareille
son visage doux se penchait vers la terre
Ben du coup, j'ai un peu de mal à la cerner cette nuit. Elle me semble un peu métamorphe sur les bords, et je ne me la représente jamais vraiment.
Bien, les remarques globales maintenant... Je trouve que sur le plan esthétique, c'est vraiment très réussi. La forme est agréable, le style très vivifiant, alerte et élégant. Par contre, sur le fond, je suis moins convaincu. Je me demande quel message tu voulais faire passer... Je trouve que tu t'éparpilles peut être un peu, et qu'on ne sait parfois plus ce que tu voulais vraiment transmettre. Mais c'est un joli texte. :)
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Ah Erwan, tout le monde ne peut pas avoir un message à faire passer tout le temps, j'en ai bien peur... :-[
Je précisait que j'écrivais pour ne pas travailler, c'est bien pour ça que je n'ai absolument pas fait travailler mon cerveau, qui surchauffe un peu en ce moment (ses capacités sont limitées, le pauvre).
Du coup, il ne faut pas chercher midi à quatorze heures, ce texte est un amalgame de pensées qui, comme toutes les pensées, est très changeant et instable. Ce texte ne vise pas à définir la Nuit, c'est un flux de sentiments et d'impressions, c'est tout. Absolument métaphorique et purement esthétique.
En bref, y a rien à comprendre...
L'odeur de fer, c'est un classique pourtant. L'odeur, le goût de fer désigne très souvent le sang dans ce genre d'écrit (le sang a effectivement une odeur et un goût de fer parce qu'il y en a beaucoup dedans mais je ne vais pas ramener ma science plus que ça :-¬?)
Pour ce qui est des autres images, elle me sont venues comme ça. Je ne pense pas que ce soit très grave si c'est un peu nébuleux parfois, c'est l'esprit. Je pense que ce texte, qui n'a pas vraiment d'intérêt de fond, perdrait son intérêt de forme s'il était trop explicite. Mais j'ai peut-être tort, à vous de me le dire.
Voile59, je suis absolument d'accord avec toi, mais je suis très mauvaise pour ça (le rythme, les chansons)... Si tu as une proposition, n'hésite surtout pas ! ^^
Humoramor, j'ai peur que "doux visage" fasse un peu précieux. Déjà que le texte n'en est pas loin... Je vais y réfléchir ^^ La virgule, je l'ai mise, puis enlevée, puis remise, puis enlevée à nouveau... J'ai tendance à en mettre partout du coup je me contient mais celle-ci est peut-être nécessaire. Je vais le relire à voix haute pour voir si je fais naturellement une pause ou pas.
Pour des raisons de sonorité, "désespoir" semble effectivement mieux sonner. Après fait moi-même quelque recherche, je n'ai pas non plus réussi à saisir la différence entre "désespoir" et "désespérance", à part une histoire de fin du monde à laquelle je n'ai rien compris. Mais j'ai choisi "désespérance" parce que je le trouvait plus doux, et pas seulement dans ses sonorités. Je ne sais pas si je suis très clair, mais j'ai trouvé ça plus tendre, comme si elle amenait la tristesse ou la mélancolie au lieu de la colère pour le désespoir. Voilà voilà. Hum.
N'hésite pas à me dire à nouveau ce que tu en penses !
Enfin, merci à tous pour vos compliments, ça me fait vraiment plaisir que vous ayez partagé la dérive de mon esprit et qu'elle vous ait parlé (au moins un peu).
....
(mes réponses sont beaucoup trop longues ! :o :'( )
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Sur son cœur battant au rythme de la Nuit, la louve sentit les deux mains de l’homme se serrer une dernière fois sur la vie qui y affluait, avant de la quitter à jamais.
Il faudrait au moins rajouter une virgule quelque part, car le fait qu'il y ait deux "sur..." rend la phrase assez peu claire. Et du coup je croyais que la louve était morte. xD
J'ai bien aimé. Le texte est fluide, la lecture agréable.