Je respire une dernière fois ton odeur familière. Bien enveloppé dans ton costume tout neuf, je peux ressentir ta personnalité derrière ton apparence. Tant de temps passé ensemble, et voilà que le jour de la séparation vient de sonner. On le savait qu’il finirait par arriver. On a tout fait pour aller dans ce sens. La séparation comme but, peut paraître étrange pour une relation qui se veut durable. Cela fait partie de ces choses qui doivent être remises en mains propres à leur liberté, afin de pouvoir évoluer.
Je t’ai vu grandir, comme un enfant, et même plus: je t’ai senti naître en moi. Tes caprices, tes soubresauts, se sont parfois heurtés à ma volonté, mon exigence, aussi bien que mes peurs, mes craintes se sont vues consolées par ta bienveillance, lorsque tu guidais, en bon cavalier, les pas de mes doigts sur le clavier.
Je te serre encore une fois tout contre moi, l’air de Blues in the night qui envahit ma tête, comme au jour de notre première rencontre, de nos premiers pas l’un vers l’autre. Tu vas partir. Le train de la vie va t’emmener. Je resterai un moment sur le quai, à comprendre ce qui vient d’arriver. Rien qu’en y pensant, je sens des larmes venir tenir compagnie à mes yeux. Ils tentent de graver une trace indélébile de ta présence en eux. La brume de ton départ prendra place en moi, je m’installerai sans doute à l’une des tables de ce petit café là-bas, en te souhaitant un bon voyage encore une fois.
« Appelle-moi, lorsque tu arriveras » t’aurais-je dit. Mais tu ne le feras pas.
« Donne-moi de tes nouvelles ! » mais ce ne sera pas avant plusieurs longues semaines, voire même des mois.
Alors, je me demanderai si tu es aimé là-bas, autant que je t’ai aimé ici. Je tremblerai à l’idée que tu puisses mal finir, bien que je favoriserai celle de t’imaginer à la hauteur de ton ambition, lorsque prise de doute je me lèverai pour consoler mon insomnie dans un verre d’eau pacifiant.
Depuis ton départ, tu ne m’appartiens plus… m’as tu seulement déjà appartenu ? N’ai-je point été la dépositaire d’une inspiration passagère ? Tout comme la goutte d’eau, je te rends au grand océan de la vie, parcourant le souvenir de nos ruisseaux, rivières et tourbillons. Grande aventure, jusqu’à ce que le dernier point posé soit celui d’un dernier baiser.
Longue vie à toi mon cher manuscrit…