Le Monde de L'Écriture
Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: Deuzem le 22 Décembre 2013 à 11:59:57
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Vos textes m'ont donné l'envie de me lancer, celui-ci sera mon premier.
Il n'y avait que la complainte aigüe du respirateur artificiel pour trancher avec sa respiration lourde. L'homme émergea lentement de son dernier rêve et balaya la pièce du regard. Il vit une chambre cossue d’hôpital, reconnut les cadeaux, s’intéressa vaguement à la lumière du soir qui filtrait par les volets et retourna au plafond qu'il aimait fixer la bouche ouverte. Ça lui donnait l'air d'un mourant c'est vrai, mais après tout, c'était bien ce qu'il était. Il finit tout de même par se rendre compte qu'il était seul. Seul. Pas de médecin, pas d'infirmière, pas d'épouse en larmes, ni d'enfant faussement optimiste. Seul. N'était-ce pas là le moment idéal pour faire un bilan ? Il faudrait faire vite, car sa perfusion cracherait bientôt un nouveau morphinique l'arrachant à sa conscience. L'homme commença alors par peser ses bonnes actions et il ne lui fallut pas un trop gros effort d'imagination. Il succomba ensuite à la culpabilité et se rappela qu'il fut un mauvais fils, un mauvais mari et un mauvais père. En d'autres temps, une larme aurait pu couler en pensant aux promesses non tenues, mais l'heure n'était plus aux regrets. Il pensait encore une fois à la violence, à celle qu'il avait déployée et à celle qu'il avait subie. Le vieillard se dit alors qu'il aurait mieux fait d'élever des chèvres dans le village de son grand-père. Cette idée lui fit esquisser un début de sourire et il revint à cette satanée violence. Encore et toujours les mêmes images. Mais pourquoi pensait-il à ça ? Pourquoi laisser ces souvenirs amers prendre place au milieu de ses dernières pensées ? Ne valait-il pas mieux penser à sa petite-fille ? A ce dessin qu'elle avait laissé dans sa chambre. Avait-il aimé ? Pas de réponse, encore une fois, la violence. Avait-il mérité les compliments ? Avait-il mérité les critiques ? La violence, toujours. Il en aurait pleuré de rage. Pourquoi penser aux coups reçus, quand vous devriez être apaisé par les sourires de vos proches ? Il n'eut pas le temps d'aller plus loin dans sa reflexion; déjà la perfusion se remettait en marche et il sentit son esprit s'évader.
C'est deux heures plus tard qu'il fut arraché à sa torpeur. Par des coups... encore. Des coups secs et violents sur son thorax. Il entrouvrit les yeux et compta une dizaine de personnes autour de lui. L'homme entendit vaguement des cris, le respirateur artificiel qui couinait, un chirurgien qu'on appelait mais il savait qu'il était trop tard. Malgré la morphine, il ressentit une douleur vive dans la poitrine, comme si tous ses organes étaient aspirés par un siphon. Il n'eût pas le temps de paniquer, tout devînt noir d'abord et puis plus rien. Le calme absolu qui contrastait avec l'effervescence de la chambre. Tout n'y était plus que bruit, sanglots, hurlements, et au milieu, le sourire de Madiba endormi.
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Wouaw ... Ton texte m'a complètement retourné. Le dernier paragraphe est énorme et la dernière phrase m'a tiré des larmes. Franchement je sais pas quoi dire d'autre à part merci pour cette lecture.
Et désolée pour ce commentaire pas très constructif, fallait pas me retourner autant le cerveau, non mais !
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Ca fait très "dépot de bilan", mais d'une détresse sans faille.
Belle lecture, merci :)
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Pas faux Viviane ! j'ai écrit ça ce matin après avoir fait un peu de compta, ça a sûrement joué sur la forme :mrgreen:
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Salut !
Bon, alors je vais d'abord faire la tatillonne :
Ça lui donnait l'air un d'un mourant c'est vrai, mais après tout, c'était bien ce qu'il était.
Il y a un "un" qui traîne (l'air un d'un mourant)
Il succomba ensuite à la culpabilité et se rappela qu'il fût un mauvais fils, un mauvais mari et un mauvais père.
qu'il fut
Ca lui fit esquisser un début de sourire et il revînt à cette satanée violence.
il revint
Ne valait-il pas mieux penser à sa petite fille ?
sa petite-fille
En un texte court, je trouve que tu as bien réussi à esquisser une situation, à faire partager l'intériorité de ton personnage. Je ne m'attendais pas à la dernière phrase :)
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Correction effectuée, merci beaucoup Aquarelle.