Ça s'écrase, ça s'écroule un peu partout, les fils de l'existence s'habillent de plomb, tout comprime, tout pèse plus que soi alors plus rien n'en sort : ne reste que le mutisme, la paralysie affective. Et comme une loi naturelle, le regard ricoche sur les choses, renvoyé à sa finitude, à sa mort, à tous ces sens qui, finalement, ne sont que vains et absurdes.
Tout glisse, tout échappe, et tout disparaît, alors tout devra, un jour ou l'autre, être regretté, jusqu'à ce qu'on soit, soi-même, regretté. Et on se projette, l'angoisse taquine, dans ce futur où tout s'abandonne, où tout se défait, pour finir par se regretter soi-même.
Alors on désapprend, le regard posé sur l'instant, et on se demande comment nous faisions, pourquoi c'était si facile ; on se demande si l'on sait encore ce qu'est l'excitation, la joie, sans qu'elles ne soient mêlées à ces ombres cyniques.
On se retranche, on fait connaissance avec le silence et la solitude, on les supporte, se disant que de toute façon, quitte à crever ou vivre en traînant cet arrière goût, autant ne rien faire, s'abandonner comme tout nous abandonnera.
Et l'isolement s'individue, on y goûte, on l'avale sans pouvoir déglutir ; d'abord la vie sociale, puis la vie sentimentale, d'abord le sommeil, puis la nourriture, on se perd progressivement dans la gueule du monstre ; on se laisse tout simplement vider de l'intérieur jusqu'à n'être plus qu'une coquille de nerfs, une boule de larmes, on se laisse abattre jusqu'à pleurer pour rien, juste pour que ça sorte, que ça s'épanche quelque part.
On se laisse enterrer doucement ; ça nous enterre doucement.