Dans ton petit village de Mvezo, on t’appelait Madiba. Pour d'autres, tu étais le président de la «Republic of south Africa», Nelson Rolihlahla Mandela. Moi, comme beaucoup, je disais simplement...Mandela,
T'étais pas spécialement grand, pas spécialement petit non plus. Souvent, un sourire espiègle se dessinait sur ton visage, juste en dessous de ta chevelure grisonnante de "papy-gâteau". On peut dire que tu ne payais vraiment pas de mine dans ton costume trois pièces ! Pas plus que le bout de mon stylo, qui pleure ces quelques mots à l'encre noir, sur la peau blanche d'un bout de papier anonyme.
Tu m'aurais surement rétorqué qu’on ne mesure pas un homme à la taille de sa carcasse, pas plus qu'à l'importance de sa stature, mais plutôt à la hauteur de son âme (ou quelque chose dans le genre). Gandhi ne t'aurais surement pas démenti, lui qui avait l'allure d'un vieux fakir rebelle*. Coluche, lui, aurait ironiquement dit que de toute manière, la bonne taille de jambes c'est quand les pieds touche le sol, et Dieu sait que les tiens étais bien encrés sur terre ! Moi, je t'aurais simplement répondu que dans ces conditions, tu étais pour moi un géant; un géant qui a su se donner corps et âme pour défendre une noble cause et rendre ce monde un peu plus juste.
Mine de rien (pour en revenir à la mine), et sans vouloir te faire creuser trop profond pour saisir les subtilités de tout les jeux de mots vaseux que je te sers à grand coup de pioches, la tienne semblait toujours bonne. Ta mine, pas la pioche...
De ton visage, il émanait une sorte d'aura indescriptible, ou l'expression sincère d'une sérénité déconcertante. Ta voix semblait toujours mesurée, et on disait de toi que ta patience défiait sans cesse le cours du temps, si bien que jamais je n'aurais cru te voir mourir de mon vivant. Tu impressionnais par ton charisme naturel, comme en témoignes tous les collaborateurs et adversaires qui ont eu la lourde de tâche de négocier avec toi! Mais tu n'aurais probablement pas aimé être encore une fois traité en héros, parce que tu te considérais juste comme un homme. En effet tu étais un homme simple. Un homme simple, dans tout ce que cela comporte d'exceptionnel.
Incarcéré un quart de vie par ceux que tu tentais toi-même de libérer des chaines du racisme et de l'intolérance, celles-là même qui entravaient leurs esprits étroits. Tu as finalement su les briser. Tu es ressorti de prison, après vingt sept longues années d'enfermement, sans ressentiments, car en vérité, tu demeurais aussi libre qu'en y entrant. On peut enfermer un homme, neutraliser sa capacité d'agir, mais les esprits vagabonds, eux, restent toujours libres de leurs pensées.
Tu es ressortie sans haine, et toujours avec cette même conviction : rendre ce monde un peu plus juste.
Loin d’être un pacifiste, je pense que tu étais un simple humaniste, dans tout ce que ce terme contiens de plus noble. Tu croyais simplement que la folie des hommes ne pouvait se raisonner que dans l’acceptation d'autrui et dans l’égalité de tous.
En ces temps où mon pays, la France, traditionnellement terre d'accueil et berceau de la révolution (donneur de leçon à ces heures en matière de démocratie). Ce pays qui a toujours pour devise, faut il le rappeler: liberté, égalité, fraternité ; mais où on confond bien souvent amour du prochain et haine de l'autre, ou le désenchantement politique a prit le pas sur tout espoir de changement (c’est maintenant, vraiment ?!), j'espère que nous prendrons un peu exemple sur toi.
Toi, qui a su redonner ses lettres de noblesse à la politique, et qui nous lègue comme seul héritage, ta propre humanité.
Le chemin de l’égalité est long et périlleux, j'en suis conscient, et il y'a encore pas mal de route à faire (notamment dans ton pays). Ca use les souliers tout ça! Mais si on marche sur tes pas, je suis sûr qu'on avancera plus vite, et plus fort encore, car tu nous as offert à tous la seule chose qui permet d’envisager l’impossible : l’espoir, et redonner un peu de couleurs à l'humanité toute entière.
J’aime à penser que s’il y’a un « là-haut », tu es en ce moment même en train de jouer aux cartes, un verre à la main, à la même table que bob, mahatma, martin ou je ne sais qui d’autre encore. J'imagine le genre de blague que vous pourriez vous envoyer, et vos sourires complices de vieux compagnons de galère...
Enfin, je me diffuse un peu en rêveries fumeuses... En tout les cas, pour tout cela, je te dis merci Madiba, et ou que tu sois à présent, repose en paix, même si je ne me fais pas trop de soucis la-dessus !
Ps: Je me suis permis de t'appeler Madiba et de te tutoyer, loin d'être un manque de respect, c'est pour moi une marque d'affection fraternelle. En effet, j'estime qu'on fait tous partie d'un même clan à présent.
* Référence aux qualificatifs employé par Winston Churchill pour désigner Gandhi.
Note de l'auteur: Je sais que c'est plus un hommage qu'une nouvelle à proprement parler, mais je tenais à faire partager ça. Après tout, c'est marqué "textes courts", et pas forcément "nouvelles courtes", cela laisse bien une petite place à mon article non? Et puis, pour lui, on peut faire une petite exception, wesheu :P
Bonus
Invictus est un court poème de William Ernest Henley qui inspira Mandela lors de ses 27 années d'incarcération à Robben Island puis à Pollsmoor.
Out of the night that covers me,
Black as the pit from pole to pole,
I thank whatever gods may be
For my unconquerable soul.
In the fell clutch of circumstance
I have not winced nor cried aloud.
Under the bludgeonings of chance
My head is bloody, but unbowed.
Beyond this place of wrath and tears
Looms but the Horror of the shade,
And yet the menace of the years
Finds and shall find me unafraid.
It matters not how strait the gate,
How charged with punishments the scroll,
I am the master of my fate :
I am the captain of my soul.
Traduction: Dans les ténèbres qui m’enserrent,
Noires comme un puits où l’on se noie,
Je rends grâce aux dieux quels qu’ils soient,
Pour mon âme invincible et fière,
Dans de cruelles circonstances,
Je n’ai ni gémi ni pleuré,
Meurtri par cette existence,
Je suis debout bien que blessé,
En ce lieu de colère et de pleurs,
Se profile l’ombre de la mort,
Et je ne sais ce que me réserve le sort,
Mais je suis et je resterai sans peur,
Aussi étroit soit le chemin,
Nombreux les châtiments infâmes,
Je suis le maître de mon destin,
Je suis le capitaine de mon âme.