Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: jake07 le 05 décembre 2013 à 23:56:10

Titre: Hey
Posté par: jake07 le 05 décembre 2013 à 23:56:10
   Hey, à quoi bon ? Il fut un temps où les rêves ne portaient pas ce nom, où les boîtes de céréales aux couleurs criardes n'étaient guère plus qu'une source de distraction le matin devant un bol de lait. Des petits labyrinthes, des illustrations de fèves de cacao. Il fut un temps où les supermarchés n'étaient guère plus qu'une source d'ennui et d'excitation mêlée. Ennui de la foule et du bruit, excitation devant les jouets de toutes les couleurs. Ennui de l'attente futile et des rayons fades remplis d'éponges, de conserves ou de machines à laver. Excitation devant les gigantesques allées et les panneaux criards monstrueux descendant du plafond. Les escaliers mécaniques, les annonces vocales mécaniques, les caddies mécaniques.

  Il fut un temps où traverser tout cela semblait bien moins réel que de regarder le ciel ou de découvrir une sauterelle. Bien moins réel que de s'imaginer astronaute ou de marcher sur le chemin de l'école. Où réussir son coloriage semblait autrement plus important que d'insérer une carte en plastique dans une machine pour repartir sans vider le caddie. Où on croyait les gens qui nous disaient que l'on comprendrait quand l'on serait grand. Que l'on verrait à ce moment là. Que l'on verrait ? La Vérité ? Le sens de la vie ? Publicité mensongère. On ne croit finalement jamais à la bonté factice des promotions grotesques que l'on découvre enfant. Malgré notre peu de recul sur les choses, l'anguille sous roche nous nargue déjà. Mais on croit à cette vérité là, quelque part, qu'il y a quelque chose dont on se rend compte une fois grand. Quelque chose qui ferait qu'on finirait par comprendre ce qu'on peut trouver amusant et intéressant dans le fait de remplir compulsivement un bête caddie de bêtes objets. Quelque chose qui rendrait la tenue des comptes plus stimulantes qu'une nuit étoilée.
  Ce truc étrange qui échappe apparemment à toute compréhension de notre part mais qui nous rendra nous aussi un jour possesseurs du Savoir. Nous aussi on saura un jour. On verra alors ce qu'est la vie. Qu'acheter des chewing-gums qui lavent les dents et des yaourts qui soignent, ça a du sens. Que économiser trois sous, c'est source de bonheur. Que ces gens en costumes qui s'écharpent à la télévision en utilisant de jolies phrases, ça peut être intéressant. Que la « croissance », le « pouvoir d'achat » et la « citoyenneté », c'est marrant comme des Lego en fait. Et plus utile. Un jour on comprendra pourquoi tout ça, quand on sera grand. Enfin grand. Reste l'interrogation : « pourquoi est-ce si nébuleux » ?

  Peut-être parce qu'on finit un jour par comprendre que Papa, en fait, travailler il aime pas tellement ça finalement, et Maman non plus d'ailleurs. Et pas grand monde finalement. Sinon pourquoi le feraient-ils pour la simple raison que « c'est comme ça ». On se rend compte que le sens de la vie leur échappe tout autant qu'à nous-mêmes, à la différence que son hypothétique découverte leur semble une question bien futile. On se dit que cela peut s'entendre mais trouver cela futile sans pour autant se gausser des catalogues et du « pouvoir d'achat », des jeux télévisés et de la routine absurde qui rythme les journées, c'est quelque peu paradoxal.

« Tu comprendras quand tu seras grand ». « Tu verras, plus tard ».


  Tu comprendras qu'on en sait foutrement rien nous de pourquoi la gauche et la droite, de pourquoi il faut travailler, de pourquoi en chier est notre lot à tous. On en sait foutrement rien non plus de pourquoi le monsieur il fait la guerre contre d'autres monsieurs. On en sait foutrement rien de « pourquoi les étoiles », « pourquoi ceci », « pourquoi cela ».
Nous on a été jeunes comme toi mon pote, et on a grandi. Et ouais mon vieux, on a grandi.
On a piétiné nos rêves pour les remplacer par des cartes de fidélité, des exclamations devant le prix de l'essence et le coût de la vie. Notre imaginaire ? Un tunnel publicitaire mon grand. Pourquoi ? Mais le sait-on nous-mêmes ? Tu nous fais chier avec tes pourquoi, t'es mignon mais t'es trop jeune pour comprendre. Alors arrête de demander pourquoi amigo, on sait pas quoi dire parce que ça titille le rachitique petit souvenir qui nous rappelle que nous rêvions aussi, fut un temps. Et ça fait chier tu vois, parce que quelque part si on y pensait trop on en viendrait peut-être à se dire qu'on fait tout ça pour rien et que t'as peut-être plus raison que nous.
  Tu comprendras quand tu seras grand, petit. Tu seras faible et tu chieras sur tes rêves, tu vomiras tes dessins et tu feras semblant de t'intéresser à pourquoi le monsieur il fait la guerre à d'autres monsieurs. Tu seras horrifié quand le litre augmentera d'un centime, et d'ailleurs t'auras une idée plus précise de ce qu'est ce litre et de ce qu'est ce centime. Pour l'instant t'es un peu con et t'as pas de pouvoir d'achat mais tu vas voir c'est le pied, t'auras une carte de crédit trop stylée, colorée comme tes playmobil de merde mais beaucoup plus fun. Tu pourras te payer des trucs trop cool avec. Des bonbons ? Haha, mais non. La nouvelle Mercedes, l'abonnement au câble, des vrais trucs. La vraie vie. Des vacances une fois par an si t'as du bol, et puis tu seras mieux que ces pauvres qu'on fait semblant de pas voir dans la rue.

  Tu verras, avec le temps on s'y habitue tellement qu'on finit par réussir à carrément les enjamber. Ils quémandent tu vois, ils veulent notre argent et leur donner est impensable. Quelque part, ça reviendrait à reconnaître l'absurdité de nos existences. La futilité de nos journées. Quelque part, ça nous mettrait sur le même plan qu'eux sauf que nous on sait ce que c'est la vie et on en chie tous les jours pour pas l'oublier. Allez, range ces crayons et va plutôt penser à ce que tu vas faire plus tard qui pourrait te rapporter de l'argent. D'ici là tu pourrais tondre la pelouse du voisin, il te filerait un joli billet et ça t'apprendrait la valeur du blé.
  Tu comprendras, un jour, mais là t'es trop jeune.
Titre: Re : Hey
Posté par: Aahraz le 06 décembre 2013 à 00:09:50
Je suis venu lire ça en mode "C'est quoi ce titre, c'est quoi ce pavé."

Puis y'a eu le tourment des mots. C'est un peu linéaire, mais j'ai eu, tout le long, en tête "Bon dieu, que c'est vrai." Avec l'enchainement, et la conclusion, qui me harcèle depuis que j'ai dépassé l'adulescence.

Merci, je suis incapable de dire aussi bien que toi ce que je viens de lire. Mais je le ressens, et ça fait un bien fou de voir que d'autres partagent les mêmes démons.

Je fais tourner en citant ton nom et le lien hypertexte, parce que quand y'a du fond, j'apprécie. C'est pas du Hugo mais ça met de bonnes claques ou il faut.

A très vite !

Edit : Deuxième lecture : le côté mordant, un peu Palahniuk, enfin.. l'ironie de l'ensemble est assez plaisante, aussi. Le fait d'utiliser le discours d'en face pour mieux le ridiculiser. Chapeau !
Titre: Re : Hey
Posté par: Mr. Tournesol le 06 décembre 2013 à 00:48:48
Stylé bien assumé, rythme soutenu. Texte bourré d'amertume et de pessimisme.
Seulement... et la lumière ? La lumière au bout du tunnel ? :???:
Titre: Re : Hey
Posté par: Pirouli le 06 décembre 2013 à 08:39:33
C'est un des plus chouettes textes que j'ai lu sur le forum! Tes phrases sont tellement posées, réfléchies et pourtant elles coulent comme une évidence, parfaitement rythmées. Bien sûr que c'est pessimiste (je dirai tellement réaliste!) mais, je n'attendais pas d'autre chute.
Une seule chose : si je n'avais pas lu la réaction d'Aahraz, je n'aurai sûrement pas pris le temps de lire ton texte. S'il te plait, aère-le. Quand on voit ce gros pavé, ça ne donne pas envie de se plonger dedans, et pourtant ce serait tellement dommage de passer à côté.
Bien merci pour cette belle écriture et cette belle intelligence. :)
Titre: Re : Hey
Posté par: jake07 le 06 décembre 2013 à 13:05:42
Merci pour vos retours :)
Aahraz : oui, ça a tendance à me harceler aussi et je n'ai toujours pas trouvé de réponse convenable à apporter. J'ai longtemps cru qu'en comprenant mieux le monde je finirais par savoir comment m'y insérer, mais rien n'est simple et tout débouche sur d'autres questions ^^ Je suppose qu'il faut laisser aller, dans une certaine mesure, mais j'ai du mal avec ça. L'obscénité de tout ça me frappe et je ne peux que la dire, sans la contourner, blabla.

Mr Tournesol : pas de lumière dans ce cas précis, mais peut-être que je ne sais pas la voir. Je dirais que ce pourrait être la certitude qu'un jour ou l'autre, tout ça changera, de la même manière que tout finit par changer. La lumière vient aussi des étoiles et de l'Univers (pas des éventuels E.T mais plutôt de l'immensité de l'espace qui rend tout ça un peu moins important que quand on est plongé le nez dedans ^^)

Pirouli, merci :) J'ai édité et tenté d'aérer au maximum pour que ce soit moins un gros pavé informe.
Titre: Re : Hey
Posté par: Mr. Tournesol le 06 décembre 2013 à 13:21:04
Pas d'ombre sans lumière !
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Titre: Re : Hey
Posté par: Pirouli le 06 décembre 2013 à 14:13:55
C'est mieux comme ça. ;)
Titre: Re : Hey
Posté par: Loïc le 23 mars 2014 à 10:06:08
Salut !

Belle écriture, je n'ai quasiment pas décroché du texte pour savoir où tu voulais nous emmener. J'accroche moins au propos, cependant. Intéressant sans aucun doute mais pas spécialement ce qui m'attire comme genre de texte ; et puis je trouve que certains trucs tombent un peu dans le cliché de l'anticapitalisme. La forme est belle, le fond mériterait peut-être un peu d'approfondissement.

A bientôt.
Titre: Re : Hey
Posté par: patricia le 23 mars 2014 à 20:41:13
Bonjour,

C’est le fond qui est prenant ici, bien que la forme soit intéressante. Ce n’est pas la lumière qui peut atténuer cette acuité au réel, c’est l’espoir. L’espoir c’est te convaincre que toi tu trouveras le moyen de vivre autrement, ailleurs, avec d’autres codes et d’autres règles. Toi, tu ne suivras pas les meutes, tu marcheras près de tes rêves sans les perdre de vue. D’autres ont la même colère et le même dégoût, il vous faudra vous reconnaître quand cachés sous vos masques vous aurez peur d’être vraiment.
Et lorsque le temps sera venu, tu liras une histoire à ton enfant un soir, c’est l’espoir qu’il faudra lui dire, en même temps que la beauté et le courage, la vérité sans la noirceur, parce que  que l’amour et la confiance que tu liras dans ces yeux-là valent toute approximations de ce monde et t’obligent à transmettre.

Bon, ça a l’air un peu bateau et grandiloquent mais c’est à peu près ce que je pense.
Garde la rage, elle nous est utile.

Patricia
Titre: Re : Hey
Posté par: Verasoie le 01 avril 2014 à 21:38:46
Déjà, j'aime bien le premier paragraphe.

Le deuxième, dommage, je trouve qu'il tombe dans le cliché, un peu, de ce qu'on a déjà dénoncé, tout ça, et pas très différemment... Alors que le premier paragraphe, même si je sentais le truc venir, y'avait un côté nostalgique (nostalgie du paquet de céréales coloré huhu) qui était plaisant.

Citer
Nous on a été jeunes comme toi mon pote, et on a grandi. Et ouais mon vieux, on a grandi.

Ça et la suite, c'est mieux, changement de ton et tout, j'aime bien !

Lecture agréable, deuxième paragraphe à élaguer un peu pour éviter tous les clichés, je pense. Tu connais J'ai vomi dans mes cornflakes  (https://www.youtube.com/watch?v=mtYnD4fKJmQ)?
Titre: Re : Hey
Posté par: jake07 le 17 avril 2014 à 15:34:05
Merci pour ces réactions  ;D

Pour répondre brièvement, je suis conscient de ne pas "dénoncer" quelque chose de nouveau, mais c'est ce qui me tire l'oeil, toujours. Je ne peux m'empêcher d'y revenir même si j'aimerais le faire plus proprement. Que ce soit un cadre esquissé autour d'une vraie histoire, moins absolu. Et oui je connais J'ai vomi dans mes cornflakes ^^ J'avais adoré à l'époque, je l'ai revu récemment et j'ai moins accroché, même si je trouve que ça reste cool.
Titre: Re : Hey
Posté par: Pedro le 17 avril 2014 à 15:40:40
J'adore ! Même si il y a du cliché, c'est dur de pas tomber dedans en même temps. Les mots c'est les mots, et quand on à a dire quelque chose (comme tu l'as si bien fait), on les pose et puis on s'en fout ! On leur fait toujours dire ce qu'on veut ! Et la fin est bien, on est dedans dés les premiers paragraphes.
Titre: Re : Hey
Posté par: Pol le 19 novembre 2014 à 16:51:24
Le titre m'a interpellé, et je me suis dit que j'allai quand même m'y attarder à la vue des commentaires positifs sur ton texte. Et bien... C'est pas mal du tout ! C'est même franchement très bien ! À mon goût (et c'est un avis strictement personnel), tu aurais pu moins tomber dans cette démarche presque "révolutionnaire", ce pessimisme constant qui est parfois dur à avaler. Alléger ton rythme, et alléger ton texte. Parce que là, ça faisait gros pavé et quand on commence un texte comme le tien, on peut décrocher rapidement en sentant venir le pavé manifeste à quelques lignes de là...

Mais ça reste original, frais et ça se lit sans gros problème. On ne juge pas un livre sur sa couverture, et c'est exactement ça.
Bravo.
Titre: Re : Hey
Posté par: jake07 le 19 novembre 2014 à 23:50:27
Hello Pol et Champdefaye, merci beaucoup pour vos commentaires je suis content que ça vous ait plu :)

Pour répondre, c'est vrai que c'est un peu un pavé et pourtant je l'ai déjà un peu aéré mais j'ai souvent un souci avec la mise en forme. Quand au fond, oui c'est une résignation affectée, enfin une résignation peut-être un peu sarcastique. Après, c'est vrai que le thème est banal, c'est un texte un peu expulsé que j'ai hésité à poster justement à cause de ce côté plus personnel que dramatique. J'en ai un peu honte en le relisant mais en même temps ça reste ce que je pense plus ou moins, le problème est que normalement on vient pas là poster des pensées même si j'ai voulu tenter de leur donner une forme. Bref, je l'assumerais plus mis dans une vraie histoire ^^
Titre: Re : Hey
Posté par: MillaNox le 01 avril 2015 à 12:47:35
 :-\ :'( :'(

ça fait bien longtemps que je veux lire ce texte et qu'il patiente... pourquoi aujourd'hui ?
Citer
Tu comprendras qu'on en sait foutrement rien nous de pourquoi la gauche et la droite, de pourquoi il faut travailler, de pourquoi en chier est notre lot à tous. On en sait foutrement rien non plus de pourquoi le monsieur il fait la guerre contre d'autres monsieurs. On en sait foutrement rien de « pourquoi les étoiles », « pourquoi ceci », « pourquoi cela ».
voilà pourquoi  :D

J’aime beaucoup la façon que tu as eu ici de pousser un cri de protestation ou de déception, très juste, fort et complet, mais sans nous gueuler dessus justement. En utilisant ce que tu dénonces, en montrant à quel point l'absurdité du truc est évidente.

bref, merci pour ce texte :)

Milla

Titre: Re : Hey
Posté par: Invité le 02 avril 2015 à 15:11:26
J'ai du vouloir l'enregistrer trente fois sur dix jours différents, sur dix intonations différentes, j'sais pas quoi.

J'me suis permis, là, en mode two shot, de le faire à l'arrache sinon je le ferai jamais : https://soundcloud.com/monde-criture/hey

Ca bafouille c'est l'arrache (j'aurai plus pu rendre hommage à ce texte que j'adore en bossant les transitions et tout), mais wala; c'est jamais comme je veux, du coup, désolé si c'est scandaleux pour le rock/métalleux que tu sembles être si j'en crois la section musique de ce fofo. Vu que j'ai voulu jouer l'emportement, j'ai galéré avec les "Pshkrr" et les "Shkrrr", les différences de volumes, tout ça, ça peut expliquer les mauvaises niveau de son, et du coup, désolé si je flingue vos enceintes :'

La bise, Jake, j'espère ça va. ;)
Titre: Re : Hey
Posté par: Rémi le 02 avril 2015 à 22:01:59
Larmes aux yeux, boule au ventre. L'angle d'attaque du texte est vraiment terrible.

J'adore aussi la construction en deux blocs où justement tu montres que l'adulte n'a pas plus de réponses que le gamin ; la façon dont tu mets en évidence la mauvaise foi quotidienne, l'aveuglement de l'adulte qui n'en est pas grandi. J'aime cette symétrie.

Et non, pas de cliché. Tant mieux si les lecteurs ont déjà ouverts les yeux sur les problatiques soulevées, tant mieux si les lecteurs n'y découvrent rien. Si tous les lecteurs avaient ton point de vue, ça changerait les électeurs, ça changerait le monde. Alors oui, la lumière est là dans le texte, dans le miroir, dans l'envie que tu me donnes de finir les coloriages, mes dessins de mout', mes gratouillis de guitare, mes p'tis textes et surtout mes partages avec mes amours, mes amis, mes copains.
Un grand merci Jake pour ce partage.

Un grand merci aussi à Aa pour cette lecture en musique extraordinaire. La musicalité du texte est mise en valeur. Psyko a juste supprimé une répétition de "finalement", à part ça la fluidité est impressionnante. Une vraie belle écriture.

Encore merci,

Rémi
Titre: Re : Hey
Posté par: Dewen le 03 avril 2015 à 07:25:54
Salut !
Je vais sans doute reprendre encore ce qui a été dit, mais ton texte, empli de pessimisme, m'a frappée tant il était vrai mais aussi tant je vois les choses différemment :)
Parce que quand même, il y a l'espoir d'un monde meilleur, tout ça ^^
J'ai vu le titre, je me suis dit "pourquoi pas ?" et je me suis lancée. J'ai été surprise et j'ai lu tout d'une traite. Merci pour ce texte et bravo :) !
Titre: Re : Hey
Posté par: jake07 le 05 avril 2015 à 18:32:30
Salut à vous :)
Merci Remi, Milla et Dewen, content que ça vous ait plu. Oui, c'est plus un "cri" qu'une charge réfléchie, posée et définitive. Un peu facile peut-être mais sincère ^^

Dewen : tant mieux si tu vois les choses autrement, en fait ce texte je le pense parfois totalement, parfois moins, parfois plus ou moins. Souvent trop, sans doute. Mais ça n'empêche pas d'espérer :)

Bravo Psykokwak pour ta chouette lecture, j'ai hésité à l'écouter car j'avais peur que le côté cliché ressorte plus à l'oral mais j'ai trouvé que c'était super cool et je m'y suis totalement retrouvé, paradoxalement. C'est vrai que j'écoute absolument pas de slam mais ça s'y prête bien, je l'entendais un peu comme ça en l'écrivant, empressé. Je suis impressionné par ton débit et bien vu effectivement pour le "finalement".

A

A plus :)
Titre: Re : Hey
Posté par: ernya le 16 mai 2015 à 18:02:30
Remontage pour le recueil !

   
Citer
Hey, à quoi bon ? Il fut un temps ou les rêves ne portaient pas ce nom, ou les boîtes de céréales aux couleurs criardes n'étaient guère plus qu'une source de distraction le matin devant un bol de lait.
où

I
Citer
l fut un temps ou les supermarchés n'étaient guère plus qu'une source d'ennui et d'excitation mêlée.
où (ça vaut pour tout le texte)

 
Citer
Que l'on verrait à ce moment là.
moment-là

 
Citer
Mais on croit à cette vérité là, quelque part, qu'il y a quelque chose dont on se rend compte une fois grand.
vérité-là

Citer
Que économiser trois sous, c'est source de bonheur.
Qu'

 
Citer
Peut-être parce qu'on finit un jour par comprendre que Papa, en fait, travailler il aime pas tellement ça finalement, et Maman non plus d'ailleurs. Et pas grand monde finalement. Sinon pourquoi le feraient-ils pour la simple raison que « c'est comme ça ».
jpige pas le sens de ta dernière phrase, le lien avec celle qui précède, niveau sens et syntaxe

 C'est pas du tout mon genre de texte parce que je n'accroche pas au propos général. Je pense qu'il serait intéressant de débattre sur "les enfants pensent-ils au sens de la vie ?" et de vraiment voir si un enfant n'est pas une autruche comme un grand. Bref, penser la différence adulte/enfant, je trouve ça intéressant, mais je trouve ton angle d'attaque un peu "facile".
Titre: Re : Hey
Posté par: jake07 le 17 mai 2015 à 02:00:57
Salut ernya, merci des corrections je vais aller corriger ça. Je comprends ton point de vue, mon angle d'attaque est assez brut et finalement c'est un texte assez personnel, j'ai toujours été un peu fasciné par les hypermarchés, par la manière dont on m'expliquait le monde, ses images, les publicités. Une des grandes questions de mon enfance était "pourquoi un paquet offert pour un acheté ?". Je me disais : pourquoi le monsieur qui fabrique ses yaourts en offrirait comme ça ? On ne m'a pas donné la réponse, en tout cas pas une satisfaisante et j'ai fini par la trouver dans un livre, bien plus tard. Plus que de faire l'autruche, l'enfant est peut être un gros "pourquoi" qui se balade. Partagé entre la fascination pour toutes ces couleurs, un peu happé par un système économique chatoyant qu'il est difficile de percevoir puisqu'il sait pas ce que c'est qu'un système économique et que la "consommation" pour lui (pour moi en tout cas) c'est un truc ennuyeux et immuable qui "repart à la hausse" ou "à la baisse" parfois dans le journal télévisé. Né dedans, nourri de télévision, j'étais tout autant enthousiaste qu'interloqué. Et ce petit truc au fond, cette légère sensation désagréable, un peu gâtée, je me dis que c'est une des différences majeures entre un adulte et moi et que chaque fois que je vois un truc que je pige pas, c'est qu'il faut grandir pour que ça vienne. J'ai confiance en ça, j'ai foi en ça quand la réponse qu'on me donne est "c'est comme ça, c'est la vie", j'ai foi dans le fait qu'une fois adulte je comprendrai pourquoi il est légitime qu'on me réponde quelque chose d'aussi peu satisfaisant sur des questions me paraissant aussi importantes (on va m'expliquer pourquoi le soleil brille, pourquoi le ciel est bleu, l'orthographe tout ça on me donne des réponses mais sur ces autres choses, qui m'interrogent autant, les réponses se font plus évasives, sur qui du coup me pousse à m'interroger deux fois plus). Et ce texte, c'est ça justement pour moi, ce moment où, après un effritement progressif, j'ai arrêté de croire que je comprendrais un jour que "c'est comme ça".

Du coup, un peu comme le gamin que j'étais et qui étais à la fois fasciné et "critique" vis à vis de ce qu'il voyait, je me retrouve jeune adulte à avoir mis plein de mots sur ce qui me titillait à l'époque. A la fois dégoûté par la consommation et en même temps un peu fasciné, j'aime décrire l'obscénité (subjectivement), un peu comme si je voulais peindre un monstre ou un fantôme.

Bref, j'espère ne pas me montrer trop impudique, mais je voulais éclaircir un peu mieux cet "angle" et comme c'est un peu personnel comme texte (mais pas que) forcément je le suis un peu. Mais du coup comme c'est effectivement basé sur une vision subjective et tranchée des choses, je comprends tout à fait que tu n'aimes pas bien ce texte si tu vois les choses autrement. Peut-être que j'aurais pu plus centrer sur l'aspect "grandir" que sur l'aspect "consommation" pour qu'il soit un peu plus "littéraire" et un peu moins "idéologique" c'est vrai. Je ne m'en fais la réflexion qu'à la lecture de ton commentaire.
Titre: Re : Hey
Posté par: holden5 le 27 mai 2015 à 19:57:36
Hey !

ça faisait un moment que je voulais commenter ce texte que j'ai trouvé très parlant et habité, et qui évoque à merveille la grosse désillusion nécessaire pour passer à l'âge adulte. Bien que ton texte puisse être à juste titre catégorisé comme un "cri" (et même comme un cri existentiel puisqu'il s'agit de crier non pas contre la naïveté de l'enfance ni contre le matérialisme de certains adultes, mais contre notre sort à tous), je me permets de faire des petits commentaires de détail. (Pour une partie du texte seulement aujourd'hui, faute de temps - eh oui, il faut bien remplir le caddie! ;))


Citer
Hey, à quoi bon ?
Je trouve cette attaque un peu étrange, ou tout du moins ambiguë : de quel type de "hey" s'agit-il ? Le hey à l'Américaine pour dire bonjour ou plutôt le "eh" du soupir résigné ? J'en profite pour te dire que le titre du texte ne lui rend pas justice, en tout cas qu'il ne reflète pas vraiment le contenu que le lecteur va se prendre dans la face. A part peut-être la notion...de cri ? (Ah oué, en fait, c'est peut-être pas mal, "Hey" aussi...J'en ai marre de ne jamais être d'accord avec moi-même  ><)

Citer
Il fut un temps où les rêves ne portaient pas ce nom, où les boîtes de céréales aux couleurs criardes n'étaient guère plus qu'une source de distraction le matin devant un bol de lait. Des petits labyrinthes, des illustrations de fèves de cacao. Il fut un temps où les supermarchés n'étaient guère plus qu'une source d'ennui et d'excitation mêlée. Ennui de la foule et du bruit, excitation devant les jouets de toutes les couleurs. Ennui de l'attente futile et des rayons fades remplis d'éponges, de conserves ou de machines à laver. Excitation devant les gigantesques allées et les panneaux criards monstrueux descendant du plafond. Les escaliers mécaniques, les annonces vocales mécaniques, les caddies mécaniques.
Très efficace, ce style tout en accumulations, anaphores et phrases courtes !  Par contre certaines répétitions me gênent un peu, surtout quand elles ne répètent pas un début de phrase. L'expression "guère plus" par exemple. Et le fait d'avoir utilisé deux fois la même opposition "émotionnelle" : Ennui/excitation. ça me fait un peu penser à un caméraman qui ferait un panoramique dans un sens puis déciderait de revenir en arrière pour le recommencer. Enfin, je pinaille mais le but est juste de signaler ce qui m'a un peu gêné à la lecture.


 
Citer
Il fut un temps où traverser tout cela semblait bien moins réel que de regarder le ciel ou de découvrir une sauterelle. Bien moins réel que de s'imaginer astronaute ou de marcher sur le chemin de l'école. Où réussir son coloriage semblait autrement plus important que d'insérer une carte en plastique dans une machine pour repartir sans vider le caddie.
Tu parles des systèmes de Scan dans les magasins dans cette dernière phrase ? J'ai juste un petit doute, le début de la phrase me faisant penser surtout au fait d'insérer une carte de crédit dans un lecteur de carte (ce qui n'exclut pas de vider son caddie...)


Citer
Où on croyait les gens qui nous disaient que l'on comprendrait quand l'on serait grand. Que l'on verrait à ce moment là. Que l'on verrait ? La Vérité ? Le sens de la vie ? Publicité mensongère. On ne croit finalement jamais à la bonté factice des promotions grotesques que l'on découvre enfant. Malgré notre peu de recul sur les choses, l'anguille sous roche nous nargue déjà. Mais on croit à cette vérité là, quelque part, qu'il y a quelque chose dont on se rend compte une fois grand. Quelque chose qui ferait qu'on finirait par comprendre ce qu'on peut trouver amusant et intéressant dans le fait de remplir compulsivement un bête caddie de bêtes objets. Quelque chose qui rendrait la tenue des comptes plus stimulantes qu'une nuit étoilée.
J'ai un peu de mal à suivre le propos dans ce passage, puisque tu passes il me semble de l'ancienne perspective sur les choses à la nouvelle perspective (celle de l'adulte), mais je n'en suis pas certain car le "on" semble osciller constamment entre le "on" enfant et le "on" adulte...Comme le rapport de l'adulte à l'égard de la consommation est décrit de façon ambivalente (et c'est tant mieux!), le contraste enfance/âge adulte n'est effectivement pas complètement tranchée dans ton texte, mais du coup ça peut donner des paragraphes un peu alambiqués comme celui-là  :D

Titre: Re : Hey
Posté par: cessdu le 31 mai 2015 à 18:53:33
2 détails pour commencer :

Citer
Alors arrête de demander pourquoi amigo
virgule après pourquoi
amigo en italique

Citer
Ils quémandent tu vois,
virgule après quémandent

alors pour ma part, j'adhère complètement à cette vision du monde (même si aujourd'hui je cherche plus les solutions alternatives et la joie au milieu de tout ça, que juste critiquer et déprimer), je trouve que ça fait du bien de le lire et de l'écrire de temps en temps, hurler juste ce qui tourne pas rond sans chercher de solution forcément tout de suite

mais je trouve que ça ne va pas assez loin. ce sont des arguments très courants, et il y en a plein sur la même longueur d'onde qu'on ne voit pas assez souvent / aussi souvent
ayant pas mal traîné dans les milieux alter il y a quelques années, j'en ai lu beaucoup des textes comme le tien, et du coup il ne me fait pas d'effet coup de poing, il ne m'apprend rien de nouveau
le style est fluide, mais pas percutant pour moi
j'aurais été peut-être plus émue avec plus d'émotion, plus de rage, ou plus de fatalisme ou plus de...

enfin c'est mon avis perso, peu partagé je crois d'après les autres comm me précédant ;)
moi aussi j'ai essayé de dénoncer plein de choses qui tournent pas rond dans notre société, dans mon roman, et ça s'est avéré plus difficile que ce à quoi je m'attendais ! que ce soit pour convaincre les gens pas convaincus, et toucher les gens convaincus...
exercice de style pas facile...
ce que je garde en tête : creuser toujours plus le sujet, voire les monstruosités derrière les horreurs pour être encore plus percutants, et traduire son émotion, parler de soi, du fond de ses tripes, c ça qui touche...