Paillettes
Derrière un volet scintille un rayon, un cône qui se diffracte dans la pénombre, et à l'intérieur, quelques paillettes de poussière dansent en désordre, s'évitent soigneusement une à une, puis disparaissent hors du faisceau ; portées par un souffle unique, elles suivent un même rythme, une trajectoire collective, et pourtant ne se croisent jamais ; tout au plus tournent-elles les unes autour des autres, s'approchent ou s'éloignent, se frôlent ou s'indiffèrent.
Et quand bien même l'air se tairait, la gravité leur imprimerait une trajectoire homogène, rectiligne jusqu'au sol, là encore, elles avanceraient ensemble vers une solitude radicale, puisque le déplacement de l'air, si petit soit-il, généré par leur chute, si lente soit-elle, suffirait à créer ce jeu d'évitement ; il n'y aurait alors qu'une fois mortes, écrasées sur une surface, qu'elles s’amoncellent et se retrouvent ; qu'une fois qu'elles forment un cimetière qu'elles se touchent enfin.