(https://monde-ecriture.com/forum/proxy.php?request=http%3A%2F%2Fpmcdn.priceminister.com%2Fphoto%2Fles-derniers-parfaits-de-paul-beorn-927110170_ML.jpg&hash=9f3a01ece2e046b41f64fa8ba9546accc4ebdff5)
Les Derniers Parfaits, Paul Beorn
L'histoire est... difficile à raconter sans en spoiler la moitié... Disons que tout se déroule dans une sorte de Moyen Âge alternatif où règne la magie. L'Empire s'est disloqué à cause d'une catastrophe magique, l'Hispania s'est détachée de la France et est à présent une île, et les catharis, loin d'être une minorité religieuse persécutée comme dans notre vrai passé, se sont alliés aux "démons de l'enfer", des êtres surpuissant apparaissant mystérieusement sur leur appel, et ont conquis la moitié sud de la France : l'Occitania. Ils y imposent un règne d'austérité religieuse et d'abstinence.
Dans ce contexte baigné de religion chrétienne (elle aussi alternative, d'ailleurs), on suit l'histoire de Cristo, un jeune Franc idéaliste qui s'est fait capturer par les catharis. Au cours d'une bataille où il est forcé d'oeuvrer contre son propre camp, il parvient à s'enfuir, enchaîné, par des chaînes impossibles à briser, à trois compagnons : Haveron le grand costaud, Luquet le blond habitué à la vie de cour, et Mousse... dont je ne dirai rien pour ne pas spoiler. Le grand projet de Cristo - au grand dam de Luquet et sous l'oeil perplexe de Mousse et Haveron - c'est d'aller chercher de l'aide en Hispania, auprès du prince Franc parti en guerre et dont les troupes pourraient prendre les catharis à revers, seul espoir, selon Cristo, de les arrêter dans leur progression vers Paris.
Ce début semble assez classique, mais en fait, bien vite, les choses tournent tout à fait différemment. Malheureusement, je ne peux rien en dire parce que ça spoilerait (et c'est frustrant :D )
On suit à tour de rôle les points de vue de Cristo et de Mousse, dans une sorte de tourbillon d'action. Le rythme est effréné : passé le premier tiers, je sais pas si les personnages ont jamais droit à plus de quelques heures de repos :D Résultat : c'est dur d'interrompre sa lecture, parce qu'il se passe sans arrêt quelque chose, un retournement de situation, la soudaine arrivée d'une contrariété de taille, que sais-je. Ça dégage un souffle un peu épique. C'est un petit peu... j'hésite à dire violent. Disons qu'il y a beaucoup de batailles et de morts par arme blanche, mais l'ambiance n'est pas glauque, les héros, même s'ils ne sont pas irréprochables, sont porteur d'espoir en l'être humain. Le style est vraiment très prenant, c'est bien écrit, et entraînant.
Et le gros point fort, j'ai trouvé que c'était l'univers. Dit comme ça, cette fiche donne peut-être l'impression que c'est un roman d'action qui se concentre sur ça, l'action ; mais en fait on découvre avec une certaine précision le monde des catharis et toute le système de magie assez originale et inventive de cet univers, avec les "petites magie" associant chaque Franc aux pouvoirs d'un animal, la magie différente des catharis, celle des malefica, ces objets enchantés hérités de l'Empire, et le reste. On croise des catharis, des Francs, des Parfaits dissidents du catharisme, chaque peuple a sa version de la religion et sa langue, les personnages parlent français, occitan, ou bredouillent l'un ou l'autre, on reconnaît un peu le sud de la France, Tarba, Perpinhan, Fois, mais en même temps, tout est comme alternatif... Je sais plus où, j'avais lu que Paul Beorn donnait à la fantasy un ancrage dans les mythes français au lieu des mythes anglo-saxons et nordiques, et en fait je trouve ça assez vrai. Du coup, ça change, et c'est assez réjouissant de sortir des elfes et des nains pour aller vers les cathares et les Capet :D
J'avais déjà beaucoup aimé le premier livre de cet auteur (le diptyque La Pucelle de Diable-Vert (http://monde-ecriture.com/forum/index.php/topic,4432.0.html)), et là, une fois de plus, j'ai beaucoup apprécié ma lecture, pour son originalité, pour son côté immersif et pour l'avidité avec laquelle on tourne les pages. En plus de l'univers, on voit passer toute une galerie de personnages, qui restent plus ou moins longtemps. J'ai pas accroché plus que ça à Cristo, qui est gentil mais un peu convenu. Par contre, j'ai beaucoup aimé Mousse et je me suis attachée à certains personnages secondaires. Et puis je trouve la couverture très jolie.
En tout cas, le livre dégage une vraie personnalité, je trouve. Et en fantasy, c'est pas si courant...
Je l'ai lu cette semaine et, un peu comme Aquarelle, j'ai été un peu déçue. L'univers est sympa, très ancré dans les mythes français effectivement, ça change et c'est très bien à ce niveau là.
Par contre, je n'ai carrément pas accroché aux personnages, je les ai trouvé clichés, sans vie. Mousse est un peu mieux au niveau caractère, mais son histoire reste peu originale j'ai trouvée.
Et puis vraiment, pour Cristo :
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Toujours au niveau des personnages, j'ai trouvé le début assez mal fait : j'ai eu du mal à différencier les personnages sur les premières pages où ils sont présentés. Ca aurait pu ne pas être trop gênant car ça s'éclaire très rapidement, mais finalement, je me suis aperçue lorsque leurs personnalités se sont précisées qu'elles étaient assez caricaturales : Cristo l'idéaliste, Haveron le gros bourru croyant, Luquet le trouillard en réalité sympa, Mousse la fille déguisée en homme, qui est certes un personnage qui parait d'abord plus complexe car on en sait moins, et qui a plus de personnalité que les autres, mais... pour moi, ça n'a pas suffit :/
Alors c'est pas un mauvais livre, hein. Le monde créé est bien pensé, y'a beaucoup d'actions, et j'ai voulu terminer le livre. Mais (spoilers sur tout le livre, donc à lire uniquement pour ceux qui l'ont déjà lu ;) )
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Bon, ceci dit, perso j'ai une impression très mitigée parce que je n'ai pas accroché aux personnages, mais je pense que d'autres lecteurs y trouveront leur compte : comme je le disais, il y a quelques très bonnes idées, et le rythme est bon. J'ai juste un peu l'impression que Paul Beorn tente de plus en plus d'écrire de la fantasy "classique" (on le voit encore plus dans le Septième Guerrier Mage) et je trouve ça dommage, alors qu'il a de supers idées à côtés et qu'il pourrait facilement faire bien plus original.
edit : en fait, en repensant à "La Pucelle de Diable-Vert", le premier livre de l'auteur, j'ai un peu l'impression que Paul Beorn a réduit ce qui faisait son originalité et accentué les trucs plus habituels dans "Les Derniers Parfaits" ; alors peut-être qu'ainsi ça plait à un plus grand nombre et que ça se vend plus, mais je trouve ça vraiment dommage, tout de même :-[