Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: cacoquinou le 05 Novembre 2013 à 20:36:46

Titre: besoin d'avis sur débuts..
Posté par: cacoquinou le 05 Novembre 2013 à 20:36:46
   
J’ai 30 ans et 8 lettres à mon prénom. Je travaille : trop… pour sortir: trop. Et je plane dans mes turpitudes que j’eûs qualifié plus jeune, de « turpitudes de l’âge ». Aux vues de leur surprenante constance, je suppose mes chromosomes onduler  sérieusement de la toiture.
Dimanche, la repentance. Comme tous les dimanches, j’ai avalé des litrons de bulles (sans alcool) et ai dévalisé mon frigo. Dans les méandres de la semi décuve, mon cerveau ne différencie plus la sensation de faim, de soif, de celle d’un estomac tout simplement détraqué. J’avais la veille entonné le refrain du samedi, ténorisé le couplet rayonnant du week-end. Exit la complainte de l’infirmière aux horaires décalées, raccrocher la cadence de la masse sied à célébration.
Notre « soirée filles » en quête de bigot sexuel s’était métamorphosée en tribu azimutée désintéressée. Prompts à terrifier le dévot en quête de vierge effarouchée, nous avions vendangé les quilles par des strikes.  L’ébauche de l’apéro avait sonné la débauche. Nous avions dansé sur les tables, rit, chanté, comméré, roulé des pelles, saoulé les videurs. Si la honte tuait, j’eus mangé les pissenlits par la racine depuis belle lurette. Et comme tous les dimanches, je percute que, si d’un, je mets un point d’honneur à profiter de mes amis, de deux, je chéris ma bouteille de pair au détriment du bondieusard, et me révèle alors bien trop saoûle pour tenter quoique ce soit.  Tonneau des danaïdes, ou comment rouler à tombeaux ouverts.
Le problème réside dans un fait : j’aime ça. Je me délecte de l’enivrement,  de la vibration acoustique sur mes osselets, de la danse du n’importe quoi,  de ces rires, de ces embrassades, ces effusions : de ces instants furtifs passés avec les gens que j’aime et qui auront une fin. Un jour. Quand Anna privilégiera sa vie de famille, Ella sa carrière, Eléonore ses voyages. Quand Romain profitera de son couple et Jonas se lassera. J’ai 30 ans, mais ne peux me résoudre à abandonner l’insouciance de la 20aine. Et si pour certains la maturité s’assoit sur ce seul état d’esprit, je revendique alors l’éternelle insouciance. Je me méfie de l’avenir. En conséquence: Je vis.
J’encense ces soirées estrogènes , longtemps confrontée à des difficultés relationnelles avec mes consoeurs féminines. Reliques du garçon manqué de l’enfance. Grande sportive, joueuse de bille, gardienne de foot, athlète confirmée, rien ne m’effrayait, prête à défendre mon honneur quitte à agiter les poings (J’ignorais alors qu’il se jouait à l’époque un des plus grand calvaire de ma vie. J’incarnais ce « garçon manqué » : c’était pourtant clair.)
Il m’a fallu atteindre la trentaine pour réaliser le cachet d’une jambe assortie de talons. Piano piano, le troc jean-converse en faveur de l’élégance. Décrocher la femme-enfant n’est pas une mince affaire. La vie est un jeu, et je refuse de perdre ma capacité à jouer, m’amuser, m’émerveiller, prendre le monde comme il apparait : je m’escrime,  par contre, à viser un juste milieu. La carte femme s’entremêle au joker enfantin.
J’ai opté pour une ambivalente liberté. Je me trimballe un sacré grain et me contrefous de la pression austère sociale. Je sors en short et en basket, en robe et escarpins, cheveux hirsutes, cheveux coiffés, je chante et danse dans la rue comme me balade l’air renfrogné.  Sans avoir la suffisance de prétendre me moquer de l’avis d’autrui (je me révèle d’ailleurs malgré les apparences, assez sensible sur le sujet), je me suis contrainte à poser des limites, selon mon estime pour l’Autre. Hors de question de m’attarder sur les raisonnements critiques, émanant de considérations et sentiments personnels subjectifs. Je me contrefous du jugement de ceux que j’ estime peu. Je me fie à mes vrais amis. Chose parfois susceptible de procurer plus grande tristesse, mais qui a le mérite de faire avancer dans le bon sens.

Comme tous les dimanche, je passe 20 coups de fils, alors que je n’ai aucune envie de parler, (je ne peux d’ailleurs plus parler) je sors prendre l’air, alors que je suis épuisée, j’avale un bœuf, alors que je n’ai pas faim, j’angoisse, alors qu’il ne se passe rien. Bref, je suis mal.
Un cui-cui cellulaire me sort de ma torpeur. Anna répond au traditionnel texto de la déperdition.
«    je vais crever…
-   M’en parle pas, j’ ai eu le mal du matin.. bizarre qu’on soit défoncées, on a pas tant bu que ça ?
-    c’est la vodka…
-   la salope …
-   Je vais jouer au squash, mais un ciné dans la foulée ce soir, ça te dit ?
-   Avec grand plaiz, j’aurais d’ici là raccroché les wagons.
-   Cool, te dis donc à ce soir ma poulette ! »
Le dimanche soir était réservé à la belle des copains. Ciné ou resto étaient d’usage si nous voulions éviter le calvaire du fond du sac, le mal-être, le rebond de la solitude.
Anna et moi nous sommes rencontrées il y a peu par l’intermédiaire d’une copine en commun, paradoxalement assez sage. Le caractère d’Ella diffère radicalement du mien. A croire que ces différences rapprochent,  si on considère Anna complètement fêlée. Elle s’était pointée hier en forme olympique, après avoir scotché son coude sur la buvette d’un gymnase, sautant les haies à en oublier le match pour lequel elle avait acheté les tickets. Elle avait surgi au bar, doigt levé, cri perçant :
-   youhouuu !!
-   youh-ouuuuuuuuuuuuuuuuuuu
Pépiements de perruches, signe de ralliement. L’ouverture de la croisade avait sonné.
J’ai hérité de mon père sa fascination pour les gens déjantés. Anna fait partie de ces tempéraments singuliers qui me ravissent.
Difficile de trouver des copines aux personnalités marquées. Quand mon premier déguisement fut à l’âge de 5ans celui d’un clown, à 11 d’ une sœur carmélite et 20 de l’homme invisible, je me suis souvent plainte de me sentir seule.  Et si j’ai reproché d’innombrables choses à mes parents, je ne les remercierais jamais assez de m’avoir poussée à réfléchir par moi-même sans tenir compte de la majorité.
C’est étrange, pour des gens à cheval sur les conventions sociales et l’apparence, d’inciter ses enfants à penser différemment et se démarquer.  Surtout quand ces même sujets  n‘assument pas non plus une progéniture avec peu d’égard pour les conventions sociales. Paradoxe, de ce que l’on n’a jamais osé être…
La plupart  de mes amis détiennent cette particularité commune d’autonomie de jugement, sans pour autant partager des convictions identiques. Ils disposent de cette capacité d’ analyser les chemins établis , avant de s’engager et d’apparaître sur la feuille de route. Si se profil peut devenir à la longue fatigant, il est incontestablement prompt au développement.
Nous conversons rarement maquillage, potager ou  diner presque parfait, refusons d’ engraisser Georges aux ateliers Nespresso du samedi, ni ne concourrons aux cessions runtastic facebook (susceptible de peiner l’ami « Face » alors obligé de t’encourager….  la route s’annonçant encore longue). L’art du cappuccino me dépasse et je demeure incapable de poser en brassière, le teint frais, maquillage en place et sourire immaculé. J’incarne d’avantage rocky sous une averse, les yeux aux beur noir d’un maquillage supposé waterproof, trop concentrée à reprendre mon souffle pour espérer la moindre photo de profil. Mais comment font-elles, les autres ?
Nous revendiquons notre génération Y, le syndrome Peter pan, la superwoman inébranlable, en quête d’un équilibre des vies, un semblant de parité, et surtout, le droit au bonheur.



Léa bossait de nuit. Malgré les contraintes inhérentes à son métier d’infirmière, elle se plaisait dans son job. Son job que son père s’était avisé de caractériser  « de  porte temporaire alimentaire ».
Il semblait qu’elle fut promise à des perspectives brillantes. Ses parents avaient cautionné ses choix, tant que ceux-ci ne débordaient pas du cadre de leurs attentes. Mais quand elle décida de contourner la voie pour assurer son développement et sa survie, cela n’eut plus jamais été le cas.
C’était un drôle de statut. Le trublion du tourbillon. Celle qui foutait la merde. Qui désorganisait l’organisation, improvisait le chambardement de l’artificiel. Il lui en portait rancoeur. Elle, jouissait de son inquiétude, mais déchantait à son sentiment d’amertume. Le père devait payer, endurer à son tour l’angoisse de l’amour, remplir son cœur de graves incertitudes. Elle ne lui autorisait le droit de se substituer à la plainte. S’était elle plainte, elle, auparavant. Jamais permise, trop de respect. Elle avait ainsi ravalé ses mots pour « ne pas répondre », ravalé sa douleur, ses angoisses face au martèlement impulsif, souverain, et net. On se détache, se focalise. Ailleurs. Comme sur l’insupportable mastication maintes fois en passe de l’avoir rendu folle en son for intérieur. Aujourd’hui encore les mastiqueurs l’exaspèrent.
Un jour, à la puberté, comme ça. Léa eut l’inconscience de s’accorder une conscience. Elle n’eut alors songé un instant affronter les conséquences.  Elle avait chiqué l’image Ricorée. Il s’était forgé de la rancœur, de l’incompréhension, une dénégation inhérente à l’incapacité de percevoir « son sang » différent de soi. Bercé dans l’illusion de l’appartenance mentale de sa chair, d’avoir donné vie à un deuxième soi, son père avait travaillé  sa frustration à lui façonner une image de paria. Insidieusement au yeux de sa famille : il réfutait depuis ses 15ans, ce qu’elle devenait et désavouait toute action et personnalité. Elégamment aux yeux de son entourage : le pauvre démuni face à la détresse de sa fille désaxée. Elle se souvient d’un de ces jours de dispute verbalement et physiquement violente. Il l’avait poussée à bout, tambourinée de paroles assassines et humiliantes. D’une broutille elle avait osé manifester son désaccord. Il ne s’agissait pas de cette quête d’identité propre à l’adolescente. Ils dissertaient société. Elle émettait son point de vue. Il ne put l’entendre et le considérer. Qui était-elle du haut de ses 18 ans pour s’enhardir à réfléchir autrement ? Il l’avait abaissée, galvaudé, salie. Explosion cérébrale. Elle s’était à son tour mise à hurler. Sa mère apeurée le suppliait d’arrêter, la suppliait de se taire. Il  lança à sa fille son verre au visage, puis tout ce qui était à sa portée.  Il la cingla de multiples gifles, l’empoigna nerveusement, une main sur l’épaule et l’autre sur le cou, pour finir par la coller au mur. Dans un instinct de survie, elle tenta de se dégager, de se défendre, les yeux noyés dans la mer. Et c’est cette insoumission qui octroya à ce père, la capacité de contourner le problème. Il prit à parti sa mère et s’écria :
 « Marion, appelle le médecin, elle est devenue folle. Appelle le médecin je te dis, il faut la calmer ! ».
L’histoire se renversait. Une fraction de seconde, une phrase, suffit à passer d’un statut de bourreau à celui de victime.
Léa réussit à s’extirper et dégager de la maison. Elle errait, désorientée dans les rues, sans but, s’interrogeant sur les options qui se présentaient alors à elle. Prendrait-elle le train ? Trouverait-elle refuge chez son frère ? Quelques heures plus tard, elle recevait, comme à chaque fois, un message d’excuse. Puis, comme d’habitude elle pardonnait tout et culpabilisait. Après tout, elle lui devait la vie. Quelle idée aussi de le pousser à bout. Il n’était pas méchant, juste impulsif.
Pour elle, l’unique façon de rompre son CDD (contrat de dignité familiale), fut de se faire licencier et de les licencier à son tour, exigeant des motifs valables. Elle était ainsi, devenue une « hors caste », et déshonorait de surcroît sa famille par une apparence frêle et une fin de scolarité houleuse. Exit Khâgne-hypokhâgne. Pas question de passer ses jeunes années recluse à travailler. La vie semblait emplie de promesses et découvertes. Trop bridée, elle avait besoin d’air. En attendant ses 19 ans, elle foirait, et s’oxygénait dans l’excès. Elle courait, tous les jours, deux fois par jour, enchaînait les succès dans les compétitions. Elle sentait son corps vivant, elle se sentait exister. Le sport l’a armée et protégée du huit clos familial. Elle avait quelque chose à elle. Elle devait apprendre à marcher sans tomber. Sans le savoir, elle se préparait à se heurter à elle même….
Elle  avait du mal à trancher et transgresser sa peur d’abandon, stagnant dans le fantasme de tous les contenter. Elle oscillait entre le bien-pensant ou l’ingratitude. Elle perdura longtemps dans le dilemme des exigences de l’amour. Elle se hasardait tantôt dans le mimétisme identificatoire, tantôt dans le refus obsessionnel de la pensée unique. Vain-ité. Elle noyait alors sa paralysie dans l’halètement asthmatique et l’indigestion. Il fut alors temps de se construire, temps d’endiguer l’illusion de nourrir l’autre pour préserver l’artificiel.

Léa eut l’electrochoc un mois avant les épreuves du BAC . Elle l’obtint. Le glas avait sonné. Bye-bye. Elle aspirait à une place. Mais quand on a coutume de vivre dans l’aliénation de sa personnalité, le chemin s’annonce nébuleux. Elle ne cessait de déménager. Sa construction se forgeait dans le changement, et elle avait commis l’erreur classique d’imaginer l’éloignement apaiser ses peines. Elle arpentait les murs de la fac, américaine, parisienne, toulousaine, à coup d’histoire, d’anglais, communication. En quête d’une révélation. Elle cumulait les petits boulots pour éviter les ponts. Ses parents étaient englués dans des sables mouvants financiers qu’elle ne saisissait pas. Ils lui certifiaient leur innocence, et jugea opportun de les croire.  Baby-sitter, banquière, fonctionnaire, elle se démerdait comme elle pouvait, sans jamais pourtant toucher aux petits boulots ingrats. Elle jouait l’usurpatrice.  Professeur particulier d’anglais, français, allemand, latin, alors qu’exception faite pour l’anglais, elle ne maîtrisait aucune de ces matières, apprenant  la veille ses leçons du lendemain. Elle put accepter des postes fixes proposés à cette époque, mais ambitionnait une vie moins insipide… Elle erra des années en quête de sens, souffrant de solitude, incapable de conduire en ligne droite, d’un dégoût pour un monde complètement avarié et d’un gouffre affectif destructeur.






((« J’ai quitté mon père pour apprendre à aimer les hommes. Il m’a appris que l’on ne décape pas l’autre pour mieux régner. L’amour et le respect ne se monnayent pas. Merci de tes bévues, errances, pécadilles, duperies, aveuglement, de tes soufflons et martèlements souverains, de tes tornades impulsives et principes à la con, résonnant dans mes tempes comme des incantations. Tu m’as flanquée la nausée. Depuis le jour où ta voiture puait et que tu m’as suggéré de mettre les doigts pour éviter la maladie en chemin, ne pas l’abimer, ni incommoder les autres. Ca n’a pas carburé comme tu l’eus aimé, papa. Une question me taraude : pour qui as-tu aimé ?
Tout s’est émietté sur les bons sentiments. Au nom de quoi s’octroie –t-on le monopole du bien agir en déversant, seul face à son but, ses vagues de principes à la moindre menace ?
J’ai quitté mon père pour apprendre à aimer les hommes. Je lui dois aussi ma capacité à me séparer d’eux…
Léa.        » ))








« Alors etchevette (cette fâcheuse tendance à apposer le suffixe –ette à nos noms de famille…), j’apprends de source sûre qu’hier soir, c’était apéro meuf ? remise ?
-   permets moi un « lol »…! Il est 21h30 et je suis au taf , donc au vingtième sous-sol. Tu fais quoi ?
-   je bois des bières… t’es au fond du sac ou quoi ?
-   Nan ça va, mieux.  Juste deux de tension. We éprouvant ?
-   Bah je te raconterai mais on peut dire que j’ai attaqué fort vendredi. Je te ferai un descriptif détaillé jeudi.
-   Pour un « rien de prévu pas d’embuscade », well done buddy ! J’ai l’impression que ça fait un bail que j’ai pas vu ta tête de choux !
-   mais c’est clair ! c’est que ça commencerait presque à me manquer. Tête d’ail ;-)
-   Merci pour le  « presque », lardon frit
-   J’aime ces doux mots dont tu m’affubles.. ! Bon, tu me raconteras en détail ta soirée et tes vacances, histoire que je me marre un peu.
-   Claro, toi aussi tu vas me raconter ton we « entre pote » ;-) On se voit jeudi
-   Entre potes tout à fait madame ! allez, à dijeu

Eternels débriefs d’après marathon.
J’ai connu Jonas par amis interposés. J’étais encore une post ado réservée, il était expansif et mouvementé. Mon itinéraire de vie l’intriguait. Je vivais « en couple », une petite vie sécure, dans la maison avec jardin de mon mec, trois chats en bas-âge, et une soupière à vapeur. Je regardais Louis la brocante et Joséphine ange gardien, sortais raisonnablement, faisait preuve d’une fidèle vertue, et préparait quotidiennement le souper. J’avais 23 ans… Il m’avait croisée plus jeune, le corps décharné, je lui faisais peine, il m’imaginait perdue et beaucoup plus plombée.  Que je m’épanouisse dans ce schéma de vie lui paraissait insaisissable.
Nous avions coutume de passer des soirées entières à occulter les autres. A converser de la vie, de nos vies, de ses tourments. Il s’interrogeait sur la façon dont je m’en étais sortie, je tentais de comprendre ses excès. .
J’affectionnais passer des heures en sa présence, ses départs suscitaient du vide. Evidemment, ceci ne se révéla pas du goût de mon mec. Je m’efforçais donc à cantonner nos relations dans un contexte soirée. Et puis Jonas n’était pas « mon pote», mais un ami de mes amis. Le hors piste suscite avalanche.  Ne sortons pas du cadre. J’évitais de penser à lui, acceptant les critiques de mon homme à son sujet, à savoir un furet un peu paumé. Il n’y a pas si longtemps, Jonas me confia d’ailleurs que cette belle entente résultait effectivement d’une tentative de séduction assez odieuse à mon égard. Certes, je me suis sentie flouée par mon aveuglement… mais flattée. Je suis une fille.
           Peu importe. Ma rupture fut l’occasion d’approfondir nos relations amicales. J’avais 28 ans. Si je conservais au départ un certain détachement méfiant, un fond réfléchi et posé transparaissait en lui. J ‘ai été surprise du contraste de ses personnalités. Le premier abord, et le fond. Jonas se présentait plein de paradoxes. Affectif mais manipulateur, le cœur sur la main et un penchant égoïste, une maturité intellectuelle étonnante assortie d’ un comportement déraisonné. J’aimais le côtoyer. Il incarne manifestement à lui-seul les vices les plus dérangeants chez un homme. Et pourtant,  c’est une  des personnes les plus humaines que je connaisse. C’est ce qui fait sa différence et la raison pour laquelle j’éprouve une grande affection pour lui. Pourquoi rejeter une amitié si nous nous entendions bien ?
Evidemment, nous avons dérapé. A trois reprises L’amour des festivités nous avait furtivement unis dans le même lit.  Je dois avouer avoir à l’époque confondue les sentiments. J’imaginais trouver « le bon » dès qu’un homme d’apparence potable s’intéressait à moi. J’appréhendais le temps,  car pour tout recommencer il en fallait, et je me devais d’en perdre le moins possible. J’étais affectivement désoeuvrée, dotée de cette incapacité à vivre seule. Je n’étais plus portée. Je déchiffrais l’autonomie, improvisant dans différentes tonalités, pas toutes relatives. Beaucoup trop d’armures… Jonas avait pourtant été clair. Il ne cherchait pas de copines. Il ne se jugeait pas assez stable pour envisager une histoire sérieuse. Diplomatie quand tu nous tiens : il n’était surtout pas intéressé. Il avait eu ce qu’il convoitait.
 De cet écart s’en sont suivies des relations amicales chaotiques. Nous avions peine à nous regarder, nous invitions automatiquement, sans pour autant nous adresser la parole. Ma timidité, ou la pudeur de mes sentiments, et surtout mon effroi de l’expression orale m’ont alors poussée à briser la glace par les actes. Je cumulais les rencards, les baisers en boite et dans les bars, m’érigeant une réputation de femme excessivement libérée. Lui draguait allègrement mes copines, dont il fallu peu pour lui allouer un manque total de fiabilité à l’égard de la gent féminine. L’un comme l’autre étions grillés. Il  fallut du temps pour gommer. Aujourd’hui, nous avons presque retrouvé nos relations d’antan. Nous dormons l’un à côté de l’autre sans qu’il ne se passe rien, nous rions, nous vannons. Je demeure toutefois fixée dans mes starting blocks, en garde contre  toute attaque pulsionnelle imprévisible. Nous connaissons tous les rengaines sexuelles dans leur enclin à se réitérer. Je ne tiens pas à renouer avec ces mois houleux de relations amicales flouées.










Elle s’appuyait depuis longtemps sur de nouvelles visions et nouveaux cadres. Elle s’accoudait sur des personnes différentes. Des plus jeunes, des plus âgés, qui avaient le mérite de voguer bien mieux qu’elle. Des pauvres, des riches, des fous, des illuminés, des babas, des bobos, des prolos, des cadres, des familles, des célibataires. Ils ne partageaient pas les mêmes perceptions, et peut-être est-ce justement ce rayon qui lui allouait des capacités à voir plus loin, à éclaircir ses horizons. Ils l’ont aidée à évoluer, à percevoir la vie sous des angles différents. Bons ou mauvais, le temps autorise à trancher et avancer. Elle faisait la planche, ils lui ont jeté des bouées, lui ont appris à crawler quand d’autres ont tenté de la couler. Ce qui connotait un manque d’amour propre absurde pour son père, peignait le sens de son existence.  Léa n’ambitionne pas à supplanter et faire mieux que les autres.  Elle aspire simplement à se satisfaire de sa vie. Elle se fout des avoirs d’autrui comme elle se fout de ce qu’on peut penser. La réussite ne passe par le fric, si ce n’est l’utilisation que l’on en fait. D’ailleurs elle claque tout.  La panique la terrasse si son compte arbore 4 chiffres.
Si elle s’était cantonnée à devenir la personne idéale aux yeux de son père, elle n’aurait jamais eu de situation. Elle aurait stagné dans son brouillard, oscillant entre modèle et attentes personnelles réelles. Comme quand elle avait songé à devenir hôtesse de l’air, jusqu’à celui-ci l’en détourne : « les hôtesses de l’air ne que sont les femme de ménages des avions , tu sais». Rien n’était assez bien pour satisfaire l’ego paternel. Sa descendance devait parvenir là où il avait échoué dans la représentation sociale.  Le mot « journaliste » reflétait louanges et réussite. Bien qu’il se mirait sur les réelles conditions de ces derniers,  et si la réussite financière l’intéressait, c’est le reflet, qui s’avérait d’importance majeure. Dans sa recherche de compromis, Léa eut bien aimé devenir ce journaliste chevronné. Du terrain, de l’écriture, des rencontres, du mouvement. Peut-être que la clé résidait là. Mais elle s’aperçut rapidement de ses lacunes pour accéder à ce statut. Elle devenait trop « âgée » pour tenter les concours et rattraper son retard,  possédait peu de bagou, quant à subsister sur la sellette, nager dans des postes temporaires, ou les méandres de pole emploi… non merci.

C’est l’amour, qui lui redonna goût à la vie. Comme ça, après une soirée, dans laquelle elle avait prévue de s’emmerder. Elle avait choisi de se changer les idées et avait fini dans le lit d’un Homme. Elle l’eut sans doute laissé filer s’il ne l’avait pas rappelée. Elle esquiva ses appels, éternelle phobique du téléphone, jusqu’à ce qu’il s’aventure à la chercher chez elle. Elle finit par se laisser porter. De toute façon, cette histoire n’irait pas bien loin. Elle dura 5 ans. 5 ans pendant lesquels elle se forgea un équilibre, une stabilité. 5 ans pendant lesquels elle apprit à s’ouvrir et à aimer. Ses parents le détestaient, tant mieux, elle apprenait ainsi à se séparer d’eux. L’amour lui a octroyé le droit d’exister. L’avenir avait un sens. Elle construisait des projets, vivait, se nourrissait d’ambition. Elle était surtout aimée.  Il l’avait poussée à trouver une voie, encouragée dans ses interrogations.  Elle s’informa sur les concours d’infirmier, les réussit dans la foulée. Robin louait sa volonté et ses études. S’il n’avait été là, elle eut certainement reproduit le même schéma d’abandon que par le passé. Mais cette fois, les choses tournaient différemment. Elle était sécurisée.
Et c’est dans ce nouveau souffle qu’elle rencontra les rayons de soleil qui ont illuminé sa vie, lui ont appris à avoir moins peur de soi, du monde. Ils ne sont pas vieux, mais certains nagent bien mieux qu’elle. Elle avait trouvé son vaccin.

Titre: Re : besoin d'avis sur débuts..
Posté par: World End Girlfriend le 05 Novembre 2013 à 23:44:51
Il y a des lourdeurs, quelques fautes, parfois on ne sait plus trop où tu veux en venir, mais... j'aime bien quand même.
Quelques passages sont écrit avec le coeur, avec de l'énergie, la vraie, c'est cool. Ce que je n'ai pas aimé ce sont ceux où tu vocabulariote sans raison, comme aux premières lignes.
Voilà voilà, reste simple autant que tu peux, pour le reste c'est la plume qui parle.
Titre: Re : besoin d'avis sur débuts..
Posté par: cacoquinou le 05 Novembre 2013 à 23:54:32
merci. Sur les fautes, oui je m'en suis rendue compte, suis allée un peu trop vite, et c'est assez dérangeant.
Quant à la lourdeur, je vais essayer de simplifier les choses.
Merci de ton avis