Allons, petite fille, relève la tête. La vie est belle, tu sais. Personne dans ce monde, pas même le plus grand des rois, ne mérite tes larmes. Toi, qui ris et vis sans te soucier de ce que t’apportera le lendemain, ne pense plus, petite fille. Les gens qui aiment veulent te voir sourire.
Allons, prends ma main, je vais t’emmener faire un tour. Ensemble, nous verrons les sirènes et les anges du paradis. Peut-être même pourras-tu voir la licorne au front fier, le phénix flamboyant et la biche aux pieds dorés. Loin, toujours plus loin, nous irons voguer sur les terres de l’imaginaire et du souvenir.
Prends ma main et viens. Qu’importe ce qui se passera demain. Qu’importe que les fleurs se ferment et que l’eau laisse place à une terre aride. Si tu as vu toutes les beautés du monde, qu’importe ! Allons, petite fille, dépêche-toi, le chemin est long et l’instant fugace. Le passage est déjà en train de se refermer et les nuages obscurcissent l’étroit chemin. Presse-toi.
Regarde ! Nous traversons des monts enneigés, mais tu n’as pas froid. Touche ! C’est bien de la glace. Sa blancheur fait ressortir le rouge de tes joues, petite fille. Bois ! Cette eau sucrée est faite par des fées aux doigts fins comme les tiens. Sens ! Respire ! Petite fille.
Plus rien ne retient tes jeunes ailes. Tu peux t’élancer sans craindre de les brûler. Ici, le soleil est doux. Cours ! Vole ! Petite fille.
Ici, tout n’est que rêve et désirs réalisés. Regarde les cascades dans lesquelles les nymphes se parent. Vois leurs longs cheveux et leurs regards farouches. N’aie pas peur, petite fille. Personne ici ne te fera du mal.
Laisse le vent t’entraîner sur le chemin argenté. Regarde, voici les fougueux centaures qui galopent au loin. Vois leurs longues enjambées, vois les fleurs qu’ils font voltiger dans les airs. Tiens, en voici une. Sens. Ressens-tu ce sentiment de plénitude ?
Vois le pommier là-bas. Grimpe. Mange les fruits. Ici rien n’est interdit.
Petite fille. Te sens-tu mieux à présent ?
Les nuages ont réapparu. Le fameux chemin s’en est allé. Tu ne l’as pas vu partir, petite fille.
Allons, il est temps. Reviens, petite fille. Le monde a besoin de toi. C’est l’heure de sacrifier ta jeunesse et ton bonheur. Désormais ce sont les autres qui ont besoin de toi. Il est temps d’inspirer les hommes.
Le temps n’est plus où tu pouvais jouir des plaisirs sans la juste compensation. Désormais, te voilà femme, tu es inspiratrice et c’est à toi de mener les hommes sur le chemin argenté. C’est à toi de les voir s’extasier devant ces beautés que tu ne peux désormais plus toucher. Tu es Muse désormais. La petite fille que tu étais a rêvé de grandeurs. Tu as voulu être supérieure à ceux qui t’ont chassée, petite fille. Mais on ne peut régner sur le monde et goûter aux charmes de l’insensibilité et de l’insouciance.
Il ne s’agit plus de jouir, il faut régner désormais. Muse inspiratrice, c’est ton nouveau titre, petite fille n’est plus.