V2 :
Purge
Les dunes et ce ciel bas confinaient le bandeau de sable face à l'océan, comme à l'orée de mondes invisibles, partagés par le souffle s'engouffrant le long de la côte, par la limite impalpable entre ces pins alignés et le désordre des vagues ; et sur cette plage, où l'informe se trace une silhouette pour disparaître à nouveau dans l'estomac du monstre, se trouvait une ombre ballottée par le vent, des rafales qui la tenaient en équilibre au prix de quelques courbes, de quelques écarts maladroits qui la faisaient danser en l'air.
Elle tanguait portée par la contingence jusqu'au bord de l'eau, puis trempa ses pieds, le regard posé sur ce semblant d'infini, la distance étirée devant elle qui lui soulevait le cœur ; l'horizon, se disait-elle, est hors de portée comme je suis à l'écart ; l'enfer, s'ajouta-t-elle, n'est que moi, que l'absence de l'autre et ma fierté qui s'est rompue, happée puis détruite par la solitude. Pleurant, tressautant face à l'immensité, les lèvres molles, des évocations arrachées à sa mémoire par l'intensité du vent, comme appâtées par une odeur familière.
Serrant les poings, plissant les yeux, la bouche ouverte déchirée en deux, empilant ses frustrations une à une, elle dessinait du bout des pieds, dans l'eau le fond de ses pensées ; absente, perdue dans la poussière, cherchait sous la surface opaque ce qu'elle n'avait su faire ; alors, dégoûtée par l'insignifiance de son reflet, entassant les regrets jusqu'à la nausée, la nuque froide, la peau moite, elle se rassemblait avant de se rompre, avant que tout n'éclate dans une explosion proportionnelle à son mutisme.
Alors son corps se crispa, son squelette se tordit, et un cri bestial s'envola.
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V1 :
Combien de gouttes, te demandes-tu la voix qui tremble, combien de gouttes ?
En équilibre entre le vent, serrant les poings, plissant les yeux, tes lèvres ouvertes déchirées en deux, tu sautilles la morve au nez, le regard résille noyé dans le passé, traînes dans le sable le bout de tes souliers, comme on y remue le fond de ses pensées.
Alors sur les sentiers du temps, réveillant la poussière, éclatant en l'air, un instant, un éclair, tu convulses en bavant, la nuque froide, la peau moite, tu secoues ton corps pour l'arracher à son sort.
Et du vacarme de la mélasse charnelle, du fracas de cette crasse pulsionnelle s'extrait un monstre avec fureur qui dévore sans faim rêves et lueurs.