Le Monde de L'Écriture

Coin écriture => Textes courts => Discussion démarrée par: EloiR le 03 Octobre 2013 à 11:39:45

Titre: Berlin. Ou toi.
Posté par: EloiR le 03 Octobre 2013 à 11:39:45
Un jour tu me rappelleras à ces chemins tracés très tard dans la neige et l’alcool.
Tu poseras sur ma lèvre le passé bouillant, les ruines épaisses étendues déjà dans les fracas du métro. Et quelles plaies alors je ne saurai rouvrir ? Quand tu prieras, de là-bas, le soleil déchiré, et d’ici ton cœur. Ton cœur noyé dans la peinture et la lumière. Quand tu feras à ce jour écorché par le temps, tes génuflexions pitoyables. Le ciel il y a longtemps a recraché de ses veines cette ville abattue.
Un jour tu me rappelleras à ce béton hurlant sous mes doigts pour la première fois.
Et je reviendrai de ton pouls, tardif, pour danser dessus les pavés de sang. Pour chanter à nouveau sous l’ombre des étoiles. Être maladroit partout dans le passé. Je quitterai ton chanté, gravé dans le sable et les larmes, et j’irai retrouver le rire dur de ce voyage.

Tu avais une voix immense pour promettre l’infini et m’y laisser trembler mes doigts. Comme si tu avais su tromper tous les bruits, et porter à ta bouche en même temps mort et naissance. Tu as pris tous ces gestes, la couleur et le temps, la larme et la bougie tiède, tu en as fait une jungle étrange, et j’ai voulu longtemps la fouiller, chercher tout autour de toi ces incendies tropicaux, cet alphabet brûlant et fertile aux couleurs inventées. Je m’y suis perdu dans ta maladie sensible, oubliée de ton langage très bien peigné, piégé dans un refrain que tu ne savais plus tout à fait comme avant. J’y ai retrouvé, moi, les os broyés par la guerre et les mers toujours recommencées. Cette peau furieuse dans laquelle se cachaient les angoisses et la fièvre des enfants, le vent captif et l’agonie des rochers. J’ai fouillé les paroles infâmes de ce corps perdu, j’y ai creusé jusque dans la poitrine du monde, et c’est ton pouls fier, sec et définitif, que j’y ai découvert.

Désormais que j’ai vu tes yeux de panique, je sais que je vais fuir
Toi
et tes songes étranges.

C’est ce matin familier, plein de périls et de mauvaises saisons que je vais retrouver la pluie glacée des mémoires. Sous un ciel déserté par l’infini, frappé par des gestes ratés. Je m’en vais revoir les brûlures fatiguées de Berlin. Et son rire. Son rire fertile, énorme et acharné.
Titre: Re : Berlin. Ou toi.
Posté par: Ned Leztneik le 03 Octobre 2013 à 12:45:17
Beau texte. Je le comprends d'autant mieux que j'ai ressenti un peu de ces émotions, lors de mon dernier séjour dans cette ville.

Permets-moi de te suggérer ces modifications :

"Je quitterai ton chanté"

J'offrirai au passé tes mélodies

"Désormais que j’ai vu tes yeux de panique, je sais que je vais fuir
Toi
et tes songes étranges.

C’est ce matin familier, plein de périls et de mauvaises saisons que je vais retrouver la pluie glacée des mémoires. Sous un ciel déserté par l’infini, frappé par des gestes ratés. Je m’en vais revoir les brûlures fatiguées de Berlin. Et son rire. Son rire fertile, énorme et acharné."


J'ai vu la panique dans tes yeux, désormais je te fuirai, toi et tes songes étranges. Je retrouverai sous la pluie glacée des mémoires de matins familiers, de matins de périls et de mauvaises saisons. Des matins sous un ciel déserté, frappés de gestes ratés. Mais je reverrai tes brulures fatiguées, toi Berlin. Toi et ton rire, ton rire fertile, énorme et acharné.
Titre: Re : Berlin. Ou toi.
Posté par: PaulineC le 03 Octobre 2013 à 20:47:05
Salut...

Je ne sais pas si c'est moi mais beaucoup des formulations dont tu as usé ici étaient si recherchées que je n'y ai pas accroché... C'est joliment dit mais... qu'est-ce que ça dit? Je n'ai pas toujours compris, même si j'ai cru percevoir à travers ton écrit les sentiments qui doivent y transparaître...

Par exemple:
"Quand tu prieras, de là-bas, le soleil déchiré, et d’ici ton cœur"
" Être maladroit partout dans le passé."
" et les mers toujours recommencées"
ca ca ne me dit rien...

Ca, oui:
"Tu poseras sur ma lèvre le passé bouillant, les ruines épaisses" (je ne sais pas ce que ca a à voir avec le métro)

Je crois que des formulations imagées en si grand nombre perdent de leur valeur... Alors peut-être que je n'y comprends rien à rien, et tout (j'ai pas toujours accroché aux poètes classiques aux métaphores allant chercher très très loin) mais malheureusement c'était trop loin pour que je capte tout...
J'en suis désolée en fait parce que quelque chose est à raconter je pense. Mais raconte-le, alors: rien ne laisse transparaître des personnages... c'est très bizarre notamment qu'à la fois les génuflexions de la personne soient pitoyables en même temps qu'une sorte d'amour transparait... Qui sont tes personnages?
Je crois que ce n'est pas seulement pour un roman ou un écrit plus long qu'il faut pouvoir répondre à cela... même si tu ne le dis pas, il faut ne fut-ce qu'un peu qu'il y ait plus que de la recherche de vocabulaire...

Je m'en veux presque de ma critique car je crois que c'est pas facile de "sortir" des bouts de phrases comme cela... mais je crois que si tu es bien là-dedans, tu dois persévérer. Dans un style plus aéré peut-être... Ce n'est que mon avis!

Au plaisir de te lire, vraiment.

P