Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

26 janvier 2022 à 22:01:49
Bienvenue, Invité. Merci de vous connecter ou de vous inscrire.


Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes mi-longs » Le Passage de Lefkoşa

Auteur Sujet: Le Passage de Lefkoşa  (Lu 193 fois)

Hors ligne Michael Sherwood

  • Calligraphe
  • Messages: 131
Le Passage de Lefkoşa
« le: 14 janvier 2022 à 07:00:52 »

Voici le début de mon premier roman. J'en livrerai 1 ou 2 chapitres chaque semaine.
Ma fille aînée a rédigé pour moi le synopsis, chose dont je suis incapable !
Elle m'a aussi forcé à revoir une bonne partie du roman qui est en cours de réécriture...
J'espère que vous ne serez pas déçu de ce voyage à Chypre !




Synopsis
"J'aime ces lieux où les âmes se sont accumulées au fils des siècles, creusant inexorablement de leur poids les pavés de pierre de leurs porches et le pavement des nefs" déclame Georges Grivas en se lançant avec frénésie à la découverte de Chypre.
Chypre du XXIeme siècle, et Chypre des siècles passés. Île inclassable à l'histoire tumultueuse, barrée d'une frontière Est-Ouest, à la fois turque, grecque, occidentale, musulmane, authentique, consumériste, antique, moderne, figée dans le temps...
Au travers de ses déambulations, fasciné par la cité morte de Varosha, Georges découvre qu'il n'est pas n'importe quel touriste. Il a un but caché : renouer avec le sens de la vie, aiguiser son regard au moindre détail, se réconcilier avec sa propre histoire, céder à l'appel d'un amour longtemps différé.
Un banal accident et l'avenir se dévoile. Rêve ou réalité ? Comment savoir. Georges vit l'aventure avec une ferveur quasi-mystique.




Le Passage de Lefkoşa
Livre I    Lefkoşa

Chapitre 1.   Ledra Street

Nicosie à Chypre est une capitale divisée en deux, comme le fut Berlin en son temps : la moitié sud correspond à la partie européenne, la Chypre grecque, tandis que la moitié nord est gouvernée (occupée disent les Chypriotes grecs) par la République Turque de Chypre du Nord. Depuis plus de 50 ans la Green Line, un no man’s land tenu par les casques bleus, sépare les deux populations grecque et turque de l’île, et tranche par le milieu la ville fortifiée au centre de Nicosie. Passé le point de passage situé dans Ledra Street, Nicosie change de nom et devient Lefkoşa.

Le contraste entre les deux moitiés de la ville est saisissant : on quitte tout d’un coup une ville animée, européenne, aux grands immeubles modernes de marbre de verre et d’acier, sillonnées par de larges artères bordées de commerces de marques de luxe, où circule un va-et-vient continuel de bus, camions, voitures dans un bourdonnement incessant ponctué par les hurlements des sirènes stridentes de voitures de police ou d’ambulances se frayant un chemin à vive allure au milieu de la circulation ; pour se retrouver soudainement projeté dans un autre monde, dans une petite ville poussiéreuse du fin fond de la Turquie.

Tout d’un coup le rythme de vie se ralentit, on se tort les pieds dans des ruelles étroites et mal pavées, les magasins offrent aux regards des passants des marchandises surannées. Mais aussi, tout d’un coup, et c’est un soulagement, comme un aveugle qui recouvre la vue on lit enfin les noms des magasins, les indications dans les vitrines, sur les murs, partout, car l’opacité de l’écriture du grec a été remplacée par le turc, en caractères latins familiers. Ce n’est pas que l'on comprend tout, c’est surtout l’assurance qu’avec un petit effort on pourrait comprendre !

Le sort semble avoir favorisé les Turcs dans ce partage au couteau de la ville, car la plupart des monuments anciens se trouvent rassemblés au nord, comme un cake où tous les fruits seraient tombés du même côté ! Il faut dire que les Turcs ont contribué au partage du gâteau…

J’ai suivi la direction de Ledra Street, après m’être un temps égaré dans le dédale des rues de la ville fortifiée, côté grec. Des toiles jaunes sont tendues comme de grands parasols d’un bord à l’autre de la rue, pour du soleil écrasant protéger les passants. En ce jour de juillet il doit bien approcher les 35°C. Arrivé au check-point au centre de la rue, mon passeport est scanné deux fois, une fois à droite par les fonctionnaires Grecs, une deuxième fois à gauche par les Turcs. Si le passage côté grec s’est effectué sans histoire, le regard du fonctionnaire Turc fait plusieurs aller et retour entre mon visage et la photo de mon passeport jusqu’à ce qu’il m’interroge :

- Your name’s Georges Grivas? (1)
- Yes.
- Are you of Greek origin?
- No, I’m French. My parents are French.
- What’s your occupation?
- I’m a civil engineer.
- What’s the purpose of your visit?
- I’m a tourist.
- What’s the length of your stay?
- Two days.

Il entre ces renseignements dans l’ordinateur en face de lui et décide finalement de me laisser passer. Je note mentalement qu’aucun autre touriste n’a été aussi longuement interrogé. Qu’à bien considérer aucun autre touriste avant moi n’a été interrogé ! Mais la même chose m’était déjà arrivé aux contrôles de l’aéroport lorsque j’avais atterri à Larnaca il y a bientôt un mois. En revanche le sac que j’ai au dos ne l’intéresse pas. Il y a dedans juste le petit nécessaire pour passer une nuit à l’hôtel. Comme aux touristes qui m’ont précédé, il me rend mon passeport accompagné d’une carte de la ville et me souhaite :

- Welcome to Lefkoşa! (2)

Contrairement à ce j’avais pu lire avant de venir, il n’était plus nécessaire d’obtenir un laissez-passer. Depuis quelques années, depuis que la République de Chypre était entrée dans l’Union européenne, les règles s’étaient assouplies. Je pouvais séjourner et dépenser autant que je le désirais en Kuzey Kibris Türk Cumhuriyeti, en République Turque de Chypre du Nord. Un pays qui n’existe pas officiellement ! Comme le Somaliland…

Me voici donc du côté Nord. Me frayant un chemin parmi les passants j’avance au milieu de la rue étroite. A ma droite la devanture de Süleyman Yüncü, un magasin de vêtements. Devant sa vitrine surchargée, à même la rue, un déballage de châles, de robes. Sur des cintres sont pendus des jupons de toutes couleurs, des culottes de femmes, des soutiens-gorges. Un incongru petit costume de garçonnet émerge au milieu de tout cet étalage de dessous féminins impudiques offert aux regards. Jusqu’à un mannequin en plastique rose décoloré, à demi vêtu, le haut seulement ! A ma gauche d’autres magasins, le plus proche propose des bagages, des sacs de toutes tailles, en toile, en faux cuir, en plastique, décolorés, poussiéreux à force d’être exposés dehors. Au-dessus des devantures, des stores aux bandes verticales blanches et vertes ou encore oranges et blanches sont censés protéger les marchandises du soleil. Je ne serais pas étonné qu’ils datent de 1974, ou avant. Mais ici et là les gros climatiseurs split-système qui ressortent des murs me rappellent que je suis en 2017.




(1)   - Vous vous appelez Georges Grivas ?
- Oui.
- Êtes-vous d'origine grecque ?
- Non, je suis français. Mes parents sont français.
- Quelle est votre profession ?
- Je suis ingénieur.
- Quel est le but de votre visite ?
- Je suis touriste.
- Quelle est la durée de votre séjour ?
- Deux jours.

(2) - Bienvenue à Lefkoşa ! (prononcer : Lefkosha)



Chapitre 2.   La Mosquée Selimiye

 
Et puis majestueuse, dominant le fond de la rue se dresse la mince colonne à étages, se rétrécissant au fur et à mesure qu’elle s’élève, du minaret de la mosquée Selimiye, surmontée d’une coiffe pointue de cuivre vert-de-grisé. Parallèles, lui répondent dans l’espace une antenne parabolique dressée sur son mat, et un drapeau blanc et rouge de la république Turque de Chypre, que la perspective rend tout petit, mais qui grandit au fur et à mesure que je progresse dans la rue.

La mosquée Selimiye était dans des temps reculés la Cathédrale Sainte-Sophie. C’est en 1570 que les Ottomans se la sont appropriée. Ces hommes des temps anciens faisaient preuve de bon sens, car au lieu de tout détruire ils ont réutilisé le bâtiment, lui ont ajouté deux tours, l’ont rénové et adapté au culte musulman. On pense irrésistiblement à la basilique chrétienne Sainte Sophie de Constantinople (Istanbul) devenue mosquée au XVème siècle sous Mehmet II ! Echange de bons procédés, un siècle plus tard les Chrétiens faisaient de même en s’appropriant la Mosquée de Cordoue pour en faire une cathédrale Catholique…

J’aime ces lieux où les âmes se sont accumulées au fils des siècles, creusant inexorablement de leur poids les pavés de pierre de leurs porches et le pavement des nefs. Ces édifices sont des points de rencontre des priants, des axes cardinaux de la terre. Il devrait être possible, les conditions de préparation mentale étant réunies, de voyager instantanément depuis la mosquée Selimiye jusqu’à Sainte Sophie par exemple, ou encore rallier la mosquée al-Aqsa de Jérusalem, comme le fit de nuit en son temps le Prophète entre la Mecque et Jérusalem ? Peut-être même atteindre les gates de l’hindoue Varanasi, ces longues esplanades de pierre disposées en larges escaliers, bâties au bord du Gange, avec pour décor, se détachant sur le fond rouge sang orange et noir des bâtiments de la cité, les fagots de bois et les troncs d’arbres rassemblés en tas, pour alimenter les feux des crémations en plein air.  Au sol traînent les résidus de bois brûlé, les têtes décapitées des œillets d’inde jaunes et oranges, les poussières grises des charniers qui attisées par le vent s’élèvent et soufflent aux visages leurs puanteurs résiduelles, une fois les âmes des défunts parties se réincarner…

Je reviens sur terre et continue ma visite !

L’entrée principale de la mosquée est précédée d’une cour pavée ombragée d’arbres sur le côté de laquelle se trouve une élégante construction octogonale aux grilles et colonnades en fer forgé avec en son centre des robinets de cuivre d’où coule l’eau pour les ablutions. Contre le muret et les grilles qui séparent la cour de la rue se trouvent des bancs et tables de bois usés par le temps où dorment des chats. C’est une constante à Chypre : à chaque mosquée ses chats ! Les chats aiment ces lieux tranquilles, ils savent que de bonnes âmes charitables les nourrissent. A cette heure de la matinée, proche de onze heures, juste quelques matous dorment là sur le muret d’enceinte, contre la grille, à l’ombre des feuillages. J’avance la main et caresse distraitement un vieux chat au long pelage noir et blanc, pas très soigné.

Dans la cour des pancartes en turc et en anglais rappellent aux touristes qu’ils doivent retirer leurs chaussures pour les ranger dans les casiers prévus à cet effet, et porter une tenue décente avant d’entrer dans la mosquée : pas de shorts, pas de jupes courtes. Au besoin, des tissus pour s’enrouler autour de la taille et des foulards pour les femmes sont à disposition. En dehors des heures de prière, l’accès aux visiteurs étrangers est favorisé.
Je me déchausse avant de franchir le seuil mais garde mes chaussettes, place ma paire de chaussure dans un casier, passe le portail et pénètre dans l’ombre fraîche de la mosquée. Mon regard est d’abord attiré près de l’entrée par un tableau blanc, comme on en utilise dans les classes, où je lis les lignes suivantes écrites en anglais au feutre :




Bismillahirrahmanirrahim (in the name of Allah)
The Most Gracious the Most Merciful
16. And mention in the Book (the Quran) the story of Maryam (Mary) when she withdrew in seclusion from her family to place facing east.
17. She placed a screen (to screen herself) from them: then we sent to her Our Run [angel Jibrîl (Gabriel)], and appeared before her in the form of a man in all respects.
18. She said: “verily I seek refuge with the most Gracious (Allâh) from you, if you do fear Allâh”
19. (The Angel) said: “I am only a messenger from your Lord, (to announce) to you the gift of a righteous son.”
20. She said: “How can I have a son, when no man has touched me, nor am –”
He said: “so (it will be), your Lord said: That is easy for Me (Allâh) and (We wish) – unchaste?”
To appoint him as a Sign to mankind and a mercy from Us (Allâh), and it is a matter (already) decreed, (by Allâh)


 
C’est l’histoire de l’annonce faite à Marie par l’ange Gabriel, de la naissance d’un fils, alors qu’elle n’a pas connu d’homme. S’agit-il d’une leçon interrompue, destinée aux enfants qui suivent le cours de religion, ou bien d’un tableau destiné aux touristes, afin de leur montrer, ce que les Chrétiens ignorent, les similitudes entre la religion chrétienne et la religion musulmane, qui puisent toutes les deux à la source commune de l’Ancien Testament ? A bien réfléchir, si la leçon s’adressait aux enfants, elle aurait été écrite en turc !

Après ce temps d’arrêt sur le tableau, mon regard parcourt maintenant la profondeur de l’édifice. C’est le blanc éclatant qui domine, les murs, les plafonds, les lourdes colonnes qui supportent la voute, juste soulignées d’un chapiteau noir cerclé d’or. Une épaisse moquette à dominante rouge sombre couvre l’entièreté de la surface. Et là je réalise au marquage des places de prière au sol que la transformation de la cathédrale en mosquée n’est pas allée de soi, le plan de prière étant situé en diagonale par rapport à l’axe de la nef. Il faut bien que les fidèles aient la tête tournée vers la Kaaba aux heures de prières ! L’espace est vide, mis à part le mobilier religieux habituel des mosquées tel le mimbar, un escalier de bois orné menant à une chaire surélevée pour les sermons, étrangement surmonté de 2 petits drapeaux, l’un de Turquie, l’autre de Kuzey Kıbrıs, de Chypre Nord. Contre un pilier une grande estrade de bois étagée, que l’on retrouve dans les mosquées turques, dont j’ignore l’usage, et puis, situé au fond à droite dans ce qui était à l’origine une chapelle, le mirhab, indiquant la direction de la Mecque, orné de couleurs aux teintes passées, entouré de deux fresques bleues verticales représentant des fleurs et feuillages, sortant de pots peints au bas de la fresque. Des lustres de cristal et de cuivre pendent de place en place le long de la nef principale. Des armoires renferment des corans. Les murs sont ornés d’écritures coraniques stylisées. Les vitraux d’origine sans doute représentant des saints, mais impossible de le savoir après tous ses siècles, ont été remplacés par des carreaux clairs, sauf les ouvertures au-dessus de l’entrée, faites de carreaux alternés jaunes et transparents. Sur la gauche, un escalier mène à une galerie, réservée aux femmes. Enfin, ma visite serait incomplète si je ne me penchais vers une vitrine de bois et de verre dans laquelle trône un large livre ouvert, un précieux Coran, dont une plaque de cuivre située dessous donne l’explication :

Türkiye Cumhuriyeti Başbakanı Sn. Recep Tayyip Erdoğan tarafindan hediye edılmıstır 2006

Don de M. Recep Tayyip Erdoğan, Premier Ministre de la République Turque, en 2006.

It's not because you're paranoid that they aren't after you.

Hors ligne Albatros

  • Calligraphe
  • Messages: 111
Re : Le Passage de Lefkoşa
« Réponse #1 le: 14 janvier 2022 à 12:32:36 »
Kaliméra-Merhaba Mister Michael Sherwood,


Voilà un style d'écriture que j'aimerais bien plus souvent voir dans les récits de voyage que je lis !
C'est-à-dire un texte romancé où vont j'en suis d'ores et déjà sûr et absolument certain, très joyeusement s'entremêler...

Réalité et fiction; anecdotes probablement vécues et histoires purement imaginaires; très concrète foule de détails d'ordre géographique, historique, politique, économique, social et religieux d'un carnet de voyage très méticuleusement documenté à la manière d'un journal de bord qui aurait été rédigé avec l'extrême précision d'un horloger suisse; tout en foisonnant de descriptions relevant de ce qui est plutôt immatériel et subjectif, comme les odeurs et les couleurs, les sensations et les impressions, en un mot... tout ce qui a trait à l'émotion, dont la façon de ressentir les choses dépend essentiellement de la sensibilité du narrateur. 

Conclusion albatrostesque :

Concocté de manière familiale selon tes propres dires, ce que tu as appelé un synopsis m'a déjà formidablement alléché en me donnant grandement envie de lire ton roman franco-chypriote. Ce qui dans la foulée m'a d'ailleurs très rapidement été confirmé par la lecture des deux premiers chapitres de ce roman au contenu qui promet d'être à la fois captivant et très instructif, car je n'ai encore jamais eu l'occasion de me rendre à Chypre. Tout en étant certainement et j'en prends le pari, de très bonne facture.


Amitiés voyageuses

Albatros

 
« Modifié: 14 janvier 2022 à 18:02:20 par Albatros »

Hors ligne Michael Sherwood

  • Calligraphe
  • Messages: 131
Re : Re : Le Passage de Lefkoşa
« Réponse #2 le: 14 janvier 2022 à 17:40:59 »
Kaliméra-Merhaba Mister Michael Sherwood,

Merhaba !

J'ai l'impression que tu vois loin depuis les airs, Albatros, car pour l'instant à part le synopsis de ma grande fille (qui a vu plus de choses dans mon roman que je n'avais cru mettre), pas encore grand chose à se mettre sous la dent !

Mais ça réconforte d'avoir quelqu'un qui croit en vous.

Quelques sons et très peu d'odeurs en fait, le narrateur est avant tout voyeur, c'est le regard qu'il promène sur les choses qui est important, et pourquoi il regarde ou remarque certaines choses et pas d'autres.
Il faudra faire attention à la récurrence des formes, des noms, des nombres, des situations...
Mais je ne vais pas dévoiler tout le sujet !

Amitiés,
MS


It's not because you're paranoid that they aren't after you.

Hors ligne Albatros

  • Calligraphe
  • Messages: 111
Re : Re : Re : Le Passage de Lefkoşa
« Réponse #3 le: 14 janvier 2022 à 18:31:09 »
Merhaba-Kaliméra,


J'ai l'impression que tu vois loin depuis les airs, Albatros, car pour l'instant à part le synopsis de ma grande fille (qui a vu plus de choses dans mon roman que je n'avais cru mettre), pas encore grand chose à se mettre sous la dent !

Comment ça... pas grand chose à se mettre sous la dent le bec ?! :o

Mis à part celui du synopsis, le contenu de tes deux premiers chapitres ne seraient-ils donc à voir que comme un très insignifiant petit feu de paille, ou comme l'un de ces mirages que nous font souvent miroiter les sables brûlants des déserts ?!   

Mais ça réconforte d'avoir quelqu'un qui croit en vous.
Je persiste à croire que cette première petite pelletée de terre chypriote est très prometteuse de ce qui reste à venir.
Et espère donc que ce que tu viens de me répondre n'est qu'un simple petit excès de modestie !

Quelques sons et très peu d'odeurs en fait, le narrateur est avant tout voyeur, c'est le regard qu'il promène sur les choses qui est important, et pourquoi il regarde ou remarque certaines choses et pas d'autres.
Euh... tant que le narrateur ne se comporte pas comme le font les fameux "Trois petits singes de la sagesse" du moine bouddhiste Xianzang, tu sais, ceux qui à eux trois... ne voient rien, n'entendent rien et ne disent rien... moi, ça me va !  ;x 

Il faudra faire attention à la récurrence des formes, des noms, des nombres, des situations...
T'inquiète donc pas pour cela, amigo des lointaines Terres de l'Est africain et des îles de l'océan Indien...
L’œil exercé d'un piaf des mers du type Albatros a la vue encore bien plus perçante que celle d'un lynx ! :)

Mais je ne vais pas dévoiler tout le sujet !
Bien évidemment que non, car cela pourrait  alors être considéré comme un véritable sacrilège.


Amitiés voyageuses

Albatros

Hors ligne Emma Rougegorge

  • Scribe
  • Messages: 99
  • Apprentie de l'écriture
Re : Le Passage de Lefkoşa
« Réponse #4 le: 16 janvier 2022 à 10:24:13 »
Alors, alors… Un style neutre, agréable à lire, bien maîtrisé, descriptif. Pas de souci, sinon le sel et le poivre. Il me semble que, pour que le lecteur attende quelque chose et qu’il continue de lire, il faut au moins qu’il ait une vague idée de ce qui risque de se passer ou que quelque chose éveille sa curiosité, le picore… Même un petit truc qui ne va pas avec le reste. Contrairement à ce que je lis souvent dans les commentaires, c’est souvent ce qu’on ne comprend pas tout de suite, le plus important. Peut-être pas dans un texte court, mais dans un début de roman, oui. Sinon, c’est Michael qui va me raconter ses vacances, peut-être sa vie, peut-être très bien, mais je ne saurai qu’à la fin si ça m’intéresse… C’est aussi pour ça que les gens connus peuvent écrire n’importe quoi, parce que si Sheila raconte ses vacances, il y a des gens que ça intéresse (si, si ;D) Quand tu auras fini ou au moins très avancé, il me semble donc qu’il faudra le mettre, ce piment, à toi de voir. « Quand j’ai débarqué à Nicosie, je ne savais pas encore… » ou ce genre de truc. Ensuite, je me suis demandé pourquoi un chapitre 2, alors qu’on était dans la continuité, mais c’est sans doute pour rester dans le format mi-long ? Du point de vue d’une intrigue ou d’un cheminement, ça ne m’a pas paru évident.
À bientôt,
Emma
« Modifié: 16 janvier 2022 à 10:39:38 par Emma Rougegorge »
" Et les vents alizés inclinaient leurs antennes / Aux bords mystérieux du monde occidental " - Hérédia mais faire gaffe à la diérèse !

Hors ligne frenchwine

  • Calliopéen
  • Messages: 552
  • Les Muses n'existent pas.
Re : Re : Le Passage de Lefkoşa
« Réponse #5 le: 16 janvier 2022 à 11:01:49 »
Alors, alors… Un style neutre, agréable à lire, bien maîtrisé, descriptif. Pas de souci, sinon le sel et le poivre. Il me semble que, pour que le lecteur attende quelque chose et qu’il continue de lire, il faut au moins qu’il ait une vague idée de ce qui risque de se passer ou que quelque chose éveille sa curiosité, le picore… Même un petit truc qui ne va pas avec le reste. Contrairement à ce que je lis souvent dans les commentaires, c’est souvent ce qu’on ne comprend pas tout de suite, le plus important. Peut-être pas dans un texte court, mais dans un début de roman, oui. Sinon, c’est Michael qui va me raconter ses vacances, peut-être sa vie, peut-être très bien, mais je ne saurai qu’à la fin si ça m’intéresse… C’est aussi pour ça que les gens connus peuvent écrire n’importe quoi, parce que si Sheila raconte ses vacances, il y a des gens que ça intéresse (si, si ;D) Quand tu auras fini ou au moins très avancé, il me semble donc qu’il faudra le mettre, ce piment, à toi de voir. « Quand j’ai débarqué à Nicosie, je ne savais pas encore… » ou ce genre de truc. Ensuite, je me suis demandé pourquoi un chapitre 2, alors qu’on était dans la continuité, mais c’est sans doute pour rester dans le format mi-long ? Du point de vue d’une intrigue ou d’un cheminement, ça ne m’a pas paru évident.
À bientôt,
Emma

Il y a un peu de cela dans le commentaire cité, je rajouterais une chose qui ne vaut que pour mon prisme, j'ai cru voir une carte postale, j'ai abandonné plusieurs fois, mais quand je commence je finis, parce que c'est bien écrit, mais ça m'a rappelé le style de Tatiana de Rosnay et ses romans d'amour ( je ne dis pas que j'en raffole).
La grosseur d'écriture, je me suis senti agressé ^^, une question d'habitude sans doute.
Je vais suivre la suite sans doute, je précise néanmoins que j'ai du mal sur écran à lire de longs récits, mais ça c'est personnel.

Hors ligne Michael Sherwood

  • Calligraphe
  • Messages: 131
Re : Le Passage de Lefkoşa
« Réponse #6 le: 16 janvier 2022 à 11:43:30 »
Merci Emma,

Pour ce retour. Je comprends exactement ton point de vue.  Sans tout à fait le partager, car l'objectif du livre est autre.
Pour l'instant tout est dans le regard du passant/narrateur. Tout est circonscrit à ce qu'il voit (inspiré de la technique du Nouveau Roman.)
La lecture du roman s'inscrit dans la durée, il ne se passe rien dans le Livre I, sauf au dernier chapitre (non publié ici.)
Cependant des jalons sont déjà posés : le nom du  narrateur Georges Grivas qui éveille la suspicion du fonctionnaire Turc.
Le tableau à l'entrée de la mosquée avec l'histoire de Marie.
Et peut-être aussi sa compréhension de la mosquée qui dépasse celle d'un simple touriste.

Autre remarque : le style est neutre, bien vu ! Les phrases sont courtes sans adjectifs ni fioritures inutiles.
La séparation en livres et en chapitres correspond à des changements de lieu principal. Ici : Ledra Street (1), puis la mosquée Selimiye (2) et ça continuera comme ça par la suite.

Finalement Michael ne va pas raconter "ses vacances"  où serait l'intérêt  :???:
Malgré tout il y a inévitablement du Michael dans Georges, car on ne construit pas sur du sable.  8)

@+MS
It's not because you're paranoid that they aren't after you.

Hors ligne Michael Sherwood

  • Calligraphe
  • Messages: 131
Re : Re : Re : Le Passage de Lefkoşa
« Réponse #7 le: 16 janvier 2022 à 12:06:48 »
Merci frenchwine,

Pour ton retour de lecture. Je vais répondre à tes remarques personnelles :

Il y a un peu de cela dans le commentaire cité, je rajouterais une chose qui ne vaut que pour mon prisme, j'ai cru voir une carte postale, j'ai abandonné plusieurs fois, mais quand je commence je finis, parce que c'est bien écrit, mais ça m'a rappelé le style de Tatiana de Rosnay et ses romans d'amour ( je ne dis pas que j'en raffole).
La grosseur d'écriture, je me suis senti agressé ^^, une question d'habitude sans doute.
Je vais suivre la suite sans doute, je précise néanmoins que j'ai du mal sur écran à lire de longs récits, mais ça c'est personnel.

Je ne connais pas Tatiana de Rosnay, donc je ne peux pas te répondre sur ce point. (Les romans d'amour ne sont d'ailleurs pas mon truc.)
Par contre quand tu dis que tu vois une carte postale, c'est bien vu, car j'ai travaillé à partir de photos que j'ai prises sur place pour les descriptions.
J'ai utilisé des gros caractères car j'ai du mal à lire la taille de police proposée par le forum.
Et j'ai coupé en plusieurs épisodes parce que je sais qu'il est dur de lire une longue histoire d'affilée !

@+MS
It's not because you're paranoid that they aren't after you.

Hors ligne Delphine

  • Tabellion
  • Messages: 48
Re : Le Passage de Lefkoşa
« Réponse #8 le: 17 janvier 2022 à 20:26:02 »
Merci Michael pour ces premiers textes qui nous font découvrir Chypre.

J'ai lu avec plaisir un début de roman qui laisse penser au premier abord à un carnet de voyage. Je me laisse emporter, et ça me va très bien; je n'attends pas forcément autre chose d'un premier chapître. Poser le décor (très beau, d'ailleurs!)

Néanmoins, et là où je rejoins Emma dans ses remarques, c'est que je pense qu'à un moment où un autre, il faut passer la deuxième vitesse, avancer dans l'histoire dès le deuxième chapître . J'ai lu le synopsis très engageant ( ;) à ta fille :) ), et maintenant, je veux en savoir plus sur l'intrigue, pour me donner envie de continuer la lecture.

Tout cela reste bien subjectif de ma part. A toi d'y réfléchir  :)
Delphine

Hors ligne Michael Sherwood

  • Calligraphe
  • Messages: 131
Re : Re : Le Passage de Lefkoşa
« Réponse #9 le: 18 janvier 2022 à 07:39:08 »
Merci Delphine,
Pour ton appréciation et ta juste analyse.

Néanmoins, et là où je rejoins Emma dans ses remarques, c'est que je pense qu'à un moment où un autre, il faut passer la deuxième vitesse, avancer dans l'histoire dès le deuxième chapître . J'ai lu le synopsis très engageant ( ;) à ta fille :) ), et maintenant, je veux en savoir plus sur l'intrigue, pour me donner envie de continuer la lecture.

Oui, ce livre, c'est un peu comme un vieux moteur diesel : il a besoin d'un long temps de chauffe avant de démarrer  8) !  (bon, peut-être pas une bonne image, mais tant pis...)

Il s'ouvre d'abord par un long cheminement dans Lefkoşa, correspondant à une révolution psychologique du personnage (mais qu'on ne perçoit pas immédiatement)  avant que les choses s'animent vraiment. Lefkoşa sert de révélateur.

Bien sûr j'aurais pu construire les choses différemment, en replaçant dans un ordre chronologique, (Arrivée à Larnaca, installation, etc..) mais là on tomberait dans un banal récit de voyage.  Ce qui m'intéresse c'est l'évolution de Georges, ce qui se passe dans sa tête... Et à travers lui essayer de voir clair dans le conflit qui oppose depuis 50 ans Grecs et Turcs sur cette île de Chypre. Essayer d'anticiper aussi sur une évolution possible.

Mais promis : ça s'anime en fin de Livre I, ça devient bizarre dans le Livre II, on finira par comprendre mieux le personnage de Georges dans le livre IV, qui....
Mais stop, j'en ai déjà trop dit  ;) !

MS
It's not because you're paranoid that they aren't after you.

Hors ligne Emma Rougegorge

  • Scribe
  • Messages: 99
  • Apprentie de l'écriture
Re : Le Passage de Lefkoşa
« Réponse #10 le: 18 janvier 2022 à 08:10:39 »
Non, Michael, vraiment, tu n’as pas besoin de tout refaire ou de changer l’ordre : juste poser des jalons plus clairs pour piquer la curiosité du lecteur, pour qu’il attende quelque chose. Une phrase sibylline en rapport avec la suite,,, Sinon le lecteur ne peut pas savoir, il ne se fondera pas seulement sur le synopsis ou la 4e de couverture, il lira le début pour se faire une idée. D’accord, Balzac ou Stendhal ça commence par de la description, mais bon…  Ils sont dans Lagarde et Michard et on sait à quoi s’attendre  ;D Nicosie est une capitale, c’est quand même platouille, comme début.
« Modifié: 18 janvier 2022 à 08:27:39 par Emma Rougegorge »
" Et les vents alizés inclinaient leurs antennes / Aux bords mystérieux du monde occidental " - Hérédia mais faire gaffe à la diérèse !

Hors ligne Michael Sherwood

  • Calligraphe
  • Messages: 131
Re : Re : Le Passage de Lefkoşa
« Réponse #11 le: 18 janvier 2022 à 09:10:36 »
Bonjour Emma,

Non, Michael, vraiment, tu n’as pas besoin de tout refaire ou de changer l’ordre : juste poser des jalons plus clairs pour piquer la curiosité du lecteur, pour qu’il attende quelque chose. Une phrase sibylline en rapport avec la suite,,, Sinon le lecteur ne peut pas savoir, il ne se fondera pas seulement sur le synopsis ou la 4e de couverture, il lira le début pour se faire une idée. D’accord, Balzac ou Stendhal ça commence par de la description, mais bon…  Ils sont dans Lagarde et Michard et on sait à quoi s’attendre  ;D Nicosie est une capitale, c’est quand même platouille, comme début.

Ah ah ! Je sens que tu voudrais refaire le livre, ou lire autre chose que ce qui est proposé  ;) !

Par contre je ne comprends pas la remarque finale : "Nicosie est une capitale, c’est quand même platouille, comme début."
Je comprend que platouille veut dire plat, mais en quoi le fait que Nicosie soit une capitale, bon bref, ce n'est pas très clair !

Car justement, le récit se construit à partir de l'opposition entre les 2 Nicosie, la grecque et la turque, contraste révélateur de l'opposition entre les deux pays, la Grèce et la Turquie, ensuite plus largement entre deux mondes, chrétien et musulman. Car ces deux mondes ne partagent pas le même rythme de vie, les mêmes croyances, les mêmes valeurs. Les 2 communautés coexistent, séparées sur l'île, sans se comprendre, d'autant qu'il subsiste un gros contentieux entre elles (l'une des obsessions récurrentes de Georges, mais on ne le découvre pas tout de suite, en quoi il rejoint sans doute Michael  :D )

Nicosie est aujourd'hui la seule ville, de par son histoire et sa situation géographique au centre de l'île, que se partagent les Chypriotes grecs et turcs. Donc quel meilleur point de départ pour situer le conflit ?

MS
It's not because you're paranoid that they aren't after you.

Hors ligne Emma Rougegorge

  • Scribe
  • Messages: 99
  • Apprentie de l'écriture
Re : Le Passage de Lefkoşa
« Réponse #12 le: 18 janvier 2022 à 10:20:13 »
As you like it, c’est ton roman !  ;) Non, je ne veux pas le refaire, je dis juste que la littérature, c’est aussi une question de genres et qu’on a besoin d’identifier le genre au moins un peu. Si ça commence comme le Guide bleu, la lectrice que je suis se dit, lala, pas trop envie de me taper une description de Chypre pour découvrir… quoi ? Tu l’as dit toi-même, raconter tes vacances, aucun intérêt, mais le lecteur ne peut pas le savoir à l’avance, que tu ne vas pas les raconter… C’est juste un ressenti de ma part. Après, tu peux mettre «  Longtemps je me suis couché de bonne heure…», «  J’ai eu vingt ans et je ne laisserai personne…» ou « When I was young, my father gave me… »  :)
N’y attache pas trop d’importance, d’ailleurs, puisque d’autres ont été alléchés…
« Modifié: 18 janvier 2022 à 10:25:19 par Emma Rougegorge »
" Et les vents alizés inclinaient leurs antennes / Aux bords mystérieux du monde occidental " - Hérédia mais faire gaffe à la diérèse !

 


Écrivez-nous :
Ou retrouvez-nous sur les réseaux sociaux :
Les textes postés sur le forum sont publiés sous licence Creative Commons BY-NC-ND. Merci de la respecter :)

SMF 2.0.18 | SMF © 2017, Simple Machines | Terms and Policies
Manuscript © Blocweb

Page générée en 0.063 secondes avec 18 requêtes.