Le Monde de L'Écriture – Forum d'entraide littéraire

04 décembre 2022 à 23:19:26
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Portrait-robot

Auteur Sujet: Portrait-robot  (Lu 609 fois)

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Portrait-robot
« le: 21 septembre 2022 à 18:03:40 »
                                                                                 Portrait-robot

J’entends, la nuit, la pluie tomber qui n’est autre que le bruit du torrent. Oui, j’arrondis les angles pour ne pas vivre dans les plus mauvais coins. Je choisis des mots simples pour voler comme un voilier. Je crois rentrer dans l’instant mais c’est lui qui rentre en moi. Je regarde alors paisiblement les maisons dont chacune contient son lot de tourment. Pour ne pas tomber je m’agrippe aux rampes d’escalier où sont incrustés tous les virus de l’épidémie. Je donne à boire aux fleurs avant de manger puis je vais m’asseoir sur un joli banc au-milieu d’un massif d’orties sur le bord du chemin. Je lis le bulletin municipal en soulignant les mots-clés. Puis je pousse une porte mais la vétusté poisseuse me colle aux mains. Je ne parviens même plus à être imperméable aux averses cinglantes de votre caractère. Le soir, si je sors, je regarde le silence. J’attribue un sens à mes actes par un pacte passé avec autrui, et je place résolument mon espoir dans le mot « résistance ». J’utilise fâcheusement ma conscience à me regarder être. Je cherche un vaccin contre la tristesse. Je me souviens toujours des bons endroits jusqu’à ce que le présent les modifie. Je cherche une vérité dans les feux d’artifice, je la trouve dans la joie de ceux qui les regardent. Je vois les visages changer lorsque je découvre leurs opinions. Je ne fais jamais d’histoire car je serais inévitablement le perdant pour l’avoir commencée. Alors je décide de me taire et de dormir pour répondre au désastre. Je ne trouve pas de gant assez grand pour couvrir mon poing levé. J’ouvre tout de suite les fenêtres pour que rentrent vite les idées mais je compatis à la souffrance des autres seulement pour me soulager. Quand je rêve à une réalité je crains en même temps qu’elle se réalise. J’assiste au lever du jour où bourdonnent des effluves de chocolatine. Je me promène sous la pluie qui dilue les différences. Durant tout le chemin, j’ai entendu les oiseaux dialoguer. Je suis assis au bout d’un banc, au bout d’une table, j’écris sur des bouts de papier. Là, je voudrais être dépendant que de ma volonté. Quand je regarde les actions d’autrui, je suis rempli de ses sentiments. Je m’éloigne de la présence du fleuve en suivant le ruisseau de mes rêves. Dans un programme, avez-vous déjà trouvez l’annonce d’une caresse ? Non. Pourquoi je rencontre toujours que celui que je crains de rencontrer ? Je ne peux jamais toucher mes souvenirs. Je m’introduis dans les manches de la pluie pour avancer avec elle. J’entends chaque matin les paroles de l’ombre qui demandent au soleil de ne pas la congédier.  Mais je vois hélas toutes mes décisions de l’aube fondre au soleil de midi. Après la pluie je marche parfois dans la netteté des lignes, la chair des choses. J’aime les livres sans titre parce qu’ils sont universels. Si j’écoute bien, les réponses seront en accord avec mon écoute. Je ne peux imaginer que ce que j’ai déjà vu. Si je ne demandais pas toujours pourquoi, je n’aurais plus rien à dire. Pour intéresser les mortels, il me faudra écrire un livre sur la mort. Je suis mal à l’aise avec l’instant quand j’attends. Je sens la fatigue comme une personne étrangère qui se couche en moi. Je marche face au soleil pour compter le nombre infini de mes pas. Dans le mot juste d’un écrivain j’essaie d’y trouver le mien. Je déplace mes problèmes dans un temps et un espace plus grand pour disséminer la problématique. Le soir, je me refugie dans le halo des lampes dont je suis le prisonnier volontaire. Par culpabilité, j’agis contre moi-même. Je reconnais un plaisir, quand il demande à se répéter. Je préfère le halo des lampes à défaut de celui des astres.     


« Modifié: 21 septembre 2022 à 18:52:20 par LOF »
Lof

Hors ligne LOF

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Re : Portrait-robot
« Réponse #1 le: 26 septembre 2022 à 17:13:10 »
 
  Sur ce genre de texte il n'y a rien à dire.
 
  Comment çà ?!
Lof

Hors ligne flag

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Re : Portrait-robot
« Réponse #2 le: 26 septembre 2022 à 20:19:11 »

Bonjour,

Citer
J’entends chaque matin les paroles de l’ombre qui demandent au soleil de ne pas la congédier.  Mais je vois hélas toutes mes décisions de l’aube fondre au soleil de midi.
c'est onirique et surréaliste. J'aime bien  :)
Dieu et la nature vont bien ensemble, ça va de paire, c'est Dieu le père.

En ligne Safrande

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Re : Portrait-robot
« Réponse #3 le: 09 octobre 2022 à 02:07:55 »
Salut Lof.

Je me dis qu'il y a une injustice, quand on voit une écriture comme celle-ci passer à la trappe.
Bien sûr qu'il y a des choses à dire sur ton texte.

Le rythme est à mon sens le point fort : rythme lent, phrase courtes, mais pas forcément percussives, non, rien de clinquant, un rythme qui respecte la respiration, le corps, et on se voit devenir calme, comme quand on rêve lentement : on devient apaisé. Ce n'est pas prenant tout de suite, car le début du texte n'est pas représentatif (le début est pour moi le point faible) ; cet effet apaisant, cette impression d'être pris dans la houle d'une mer calme arrive en milieu de lecture - je dis "pris", car malgré le "calme" ou "l'apaisant" dont je parle, il y a quelque chose de fort dans l'expérience de te lire, d'hypnotisant.

Je suis bon client des écrivains qui se sondent, ils me fascinent, surtout quand c'est fait de manière quasi scientifique. Ici je trouve trop rarement de la profondeur dans l'analyse que tu fais de toi-même - il y en a, mais on reste à la surface la plupart du temps. Cette façon de commencer les phrases par "je" donne l'illusion de profondeur, on a l'impression de s'enfoncer en toi, c'est un bon effet je pense, efficace, mais le contenu de la phrase en général ne va pas assez loin pour moi.

J'suis enthousiaste à la lecture, je me dis que c'est possible d'écrire comme ça - j'aime par-dessus tout ceux qui jouent avec la forme. Il y a cette impression de balade/d'errance qui traine en fond, qui met du mouvement à l'analyse de toi-même - on dirait que tu te cherches dans la nuit, au bord du fleuve, sous la pluie, et c'est touchant : on sent l'homme qui pense, et dont les pensées le pousse au mouvement, à la recherche. Y'a quelque chose de mélancolique, mais pas tant appuyé, on évite le mélo. On sent l'analyse un peu froide, faite avec recul, de soi-même. J'ai beaucoup aimé ton portrait-robot, j'ai l'impression d'avoir fait une rencontre - et j'espère que tu n'es pas recherché par la police  ;D

Les détails là dessous.

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


J'espère t'avoir aidé ! En tout cas tu as trouvé un lecteur, ton style et tes jeux formels me séduisent, ta sensibilité me parle.

À bientôt ;D








Il regardait le verre non à sa portée d'une façon de reproche.

Hors ligne LOF

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Re : Portrait-robot
« Réponse #4 le: 10 octobre 2022 à 15:44:21 »
 Cela réconforte de trouver un lecteur qui prend le temps de lire et qui ressent l'atmosphère de ce qu'on écrit.   
 Dans les spoilers, beaucoup de tes questions sont pour moi sans réponse.
 Finalement malgré tes remarques tu as bien accompagné mon texte.

 Tâche laborieuse, périlleuse, courageuse, que de commenter l'autre...
 Merci
 
Lof

Hors ligne LOF

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Re : Portrait-robot
« Réponse #5 le: 13 octobre 2022 à 10:15:16 »
 J'ai lu tes remarques avec beaucoup d'intérêt.
 Mes phrases sont souvent courtes, c'est vrai.
 Toutefois le bel exemple de Le Cléziot ne peut être comparé à mon texte. JML développe un sujet (des voyageurs en
 partance dans une gare) avec une unité de lieu et de temps, soit le déroulement de celui-ci. Alors que mon texte
 est dans un espace de temps et de lieu complétement éclaté. Il n'y a que le "je" du narrateur qui crée une continuité
 et une suite. C'est justement cette distorsion entre le même narrateur et des instants pluriels qui m'a intéressé. Si le
 "je" est immuable, tout le reste n'est que rupture. Dont peut-être un effet de malaise.
 Je te remercie vivement pour ta lecture, tout ce qui est dit est précieux, quoi qu'il en soit.     
« Modifié: 13 octobre 2022 à 10:53:47 par LOF »
Lof

 


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