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04 décembre 2022 à 22:31:07
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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » Au pays des avions...

Auteur Sujet: Au pays des avions...  (Lu 215 fois)

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  • 💡 - "j'ai pas l'temps d'te mentir" - ?
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Au pays des avions...
« le: 17 septembre 2022 à 21:25:13 »
je me demande par ce titre
si la motorisation de nos ambitions
est bien 'de série' pour tous
comme on pourrait le croire



Au pays des avions...
... les planeurs ne sont pas rois

#rapport psychique #témoignage pudique d'une introspection #dépression #élan de vie



je brasse non-exhaustif de quoi ronger mes trucs, je veux surtout situer un vide, si cela en tant qu'expérience de vie parle à quelqu'un, si propos il y a à questionner sur cette idée 'd'avoir la force de vivre' qui me parle en son absence lorsque je me sens perpétuellement noyé par les impératifs de ma réalisation qui alors est impossible, y'a pas la force, et depuis le temps que je cherche en vain, je suis pas sûr donc, que ce soit ainsi normal pour tous de supporter la réalité, juste, ainsi, en toute omniprésence d'un sentiment de mort, de douleur, je m'électrise sans cesse et mêmes les souhaits et espoirs d'autrui à mon intention me semblent inaccessibles, ou impossibles, ou trop coûteux, ou... 'fin bref, j'crois c'est un peu ça la dépression, j'suis pas sûr que se traduise dans les consciences heureuses, à quel point mortifère est le sentiment, d'où ce petit brouillon d'esquisse de vie...



Souviens-toi, gamin ; je te parle depuis le futur.
La mémoire remonte, sa surface est parcourue par une ondée fantomatique. Des bulles vaseuses percent l'atmosphère pour s'y répandre, et au-dessus de la brume légère qui parcourt l'absence de flots, les rayons du soleil levant peinent à chauffer les fines particules qui s'évaporeront plus tardivement dans la journée. Il est tôt, et près de l'étang, les oiseaux sont déjà réveillés. La brutalité de leurs cris ne saurait trouver réceptacle qu'en quelqu'un qui a mal dormi. Gamin, cet étang tu le rêves à peine, tellement tu dors dans le bus.
Collège. T'as pas encore du vieux, au contraire, tout fragile encore, et inconscient, inconscient des problèmes qui, tu le découvriras, ne feront que s'accumuler. T'es même dans cette étrange histoire de père noël où l'enfance est ce truc naze en attendant d'être un adulte libre. Tu espères te construire, prendre de la force, apprendre la vie, et pourtant tes paupières se ferment dans le bus, car il est assez tôt pour que la nuit d'hiver soit au rendez-vous et t'accompagne en classe. T'arrivais pas à trouver le sommeil hier soir, comme tous les autres soirs, non pas tournant dans les couvertures indéfiniment, au contraire immobile, dans la résilience du vide, à endormir non pas ta conscience encore à l'affut, mais la prise que tu as sur le réel, ce réel à la prison de lit d'enfant. Au fond de tes orbites dans l'obscurité, les étoiles à la fenêtre s'éloignent, et toi tu recules, rapetisses, scotché à ta rétine tu constates avec vertige la distance astronomique jusqu'à l'ouverture de ton iris, le transparent de ta cornée en toile d'un au-delà si lointain... Ce soir comme tous les autres, à creuser le néant des éternités durant, à attendre l'amnésie du sommeil, et jusqu'à la violence du prochain matin. Dring, il faut arrêter de rêver, se lever dans le froid, tirer ce nuage, non, gamin, je te le dis ce nuage ne va pas se dissiper, car tu vas manquer d'air. A peine lancée, la machine de ton corps ne parviendra jamais je crois, à empêcher cette fermeture d'elle-même. Fermeture des paupières, dans le bus, tu ne vas pas t'endormir c'est sûr, il ne faut pas louper l'arrêt. Tu ne peux pourtant pas te réveiller pleinement, comme tous les matins, jusqu'à au moins l'après-midi. Tu es ce zombie traîné par la nécessité, tu subis, avec douleur, ce que tu estimes pourtant légitime pour grandir. Tu as confiance en ce collège, en ce chauffeur de bus, c'est pas facile, mais quand tu seras adulte... Je te parle depuis le futur, gamin, c'est dommage que tu te renies à ce point en te posant la confiance d'un après qui aurait payé ses fruits. Non gamin, tes efforts là n'ont fait que te laisser dans ta grise perception de l'existence. Tes yeux se ferment dans le bus, tu ne peux pas te réveiller mais cet état intermédiaire tout amorphique, apparait en l'urgence, une option presque supportable. Pas le choix. Tout t'agresse, tout te fait violence, tant tu manques d'énergie pour affronter le réel. Un bruit de klaxon énervé est identique à un crissement de pneu, et n'importe lequel des bruits du vacarme de la ville. L'inconnu assis à côté de toi est trop près, tu ne veux pas de son contact, ni de sa présence, ni de ce siège ; tu veux dormir encore dans le rêve incompatible avec ce qui te donnerait presque envie de te réveiller pleinement, le réel, sans énergie pourtant. Tout est tout serré, la neige se transforme en soupe froide sous les roues des véhicules emmagasinés dans les bouchons, bougeant juste assez pour ce qu'il est permis de traduire par ce terme. Gamin, les lumières du bus te maintiennent éveillé, c'est pas plus mal en pratique, mais même cette sensation à les percevoir, est une oppression sensible. Tes écouteurs te confirment que la promiscuité se combat avec hermétisme. Ton gros cartable commence tout juste à esquinter la vie de ton dos, et en plus tu n'as pas la place pour le poser dans ce bus bondé, ni à tes pieds ni sur tes genoux. L'un de ces genoux d'ailleurs, appuie douloureusement sur le siège de devant, tu veux oublier que tu n'as pas la place de t'allonger, alors tu atrophies ta conscience sur ton corps, tu l'abandonnes, il n'a qu'à souffrir dans son coin ce genou, y'a plein de coins comme lui.
Tu te rappelles, gamin ? Un peu plus tard au lycée, quand l'autre sportif forcené te parle que des récentes études montrent que l'éducation sportive manque de recul sur les retombées de ses conseils, ouvrant le sujet au propos de la croissance biologique, le développement du corps, et que des récents gamins montrent des déformations ou malformations, à cause d'une confiance un peu aveugle des coatchs pourtant formés et agréés, en le travail physique et sportif en cours de maturation humaine... Heureusement lui tout va bien pour sa santé.
Tu te souviens gamin ? Depuis le futur ?
Comment la chaise de classe connait ton cul par coeur... Comment au bout d'un moment, même le jus d'orange, le café, ne restent que des artifices qui ne t'aideront plus quand il seront obsolètes.
Tout ça pour traîner tes larmes sèches, tu rêves d'autre chose que ces passagers au regard gris, dans le bus on est tous endormis. Une heure le matin et avant le lever du soleil, rien que le temps d'aller s'emprisonner devant un pupitre en croyant que c'est le rail qui mène à la vie. Non, gamin, t'as trop rêvé, souviens-toi depuis le futur. T'étais trop fatigué, trop blasé, t'as pas vu que le plaisir existait et qu'il était un moteur pour se fixer soi-même les objectifs de sa liberté, t'as pas pigé qu'il fallait que tu t'enchaines au bateau pour t'envoler avec lui. Toute ces remises à plus tard t'ont laissé dans ton enfance, t'en es pas sorti, sinon avec un coup de pieds de chaise ; au cul donc. S'endormir sur ta vie, gamin, c'était pas le truc le plus safe que t'aies pas choisi de faire. Dommage.
Maintenant t'es une loque. Un déchet. Le manège tourne, et bien trop vite à présent pour que tu ne puisses le rejoindre. Tu ne voudrais même pas, nauséeux à l'idée. Comme sur le quai d'un train raté. Pis tu as pris comme du béton, tu larves, tu limaces, et sans l'élan du bateau-manège, c'est un processus vicieux inéluctable, tu t'enlises, tu continues oui, de t'épuiser.
Gamin, t'as bien fait de te préparer tôt à une fin. Elle seule est, sur l'étang et l'ondée.

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"crois pas qu'un diplôme va rattraper ta vie d'môme
t'as qu'à chercher mon coeur si tu trouves ça facile
this is your last warning a courtesy call
mes pelures sont plus belles que vos fruits"

 


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