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Le Monde de L'Écriture » Encore plus loin dans l'écriture ! » L'Aire de jeux » Défis Tic-Tac » Le dégoût des limbes (Tic-Tac 06 juillet 2022)

Auteur Sujet: Le dégoût des limbes (Tic-Tac 06 juillet 2022)  (Lu 556 fois)

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Le dégoût des limbes (Tic-Tac 06 juillet 2022)
« le: 06 juillet 2022 à 22:28:49 »
Les lourds rideaux laissaient passer quelques timides mouches de lumière, le reste restait enveloppé par les serpents de pénombre. Au milieu, sur un lit d’éléphant, on ne dormait pas. On ne veillait pas non plus. On attendait. La nuit était passée rapidement, sans sommeil, sans réveil, noire et blanche comme toujours. Le dos voûté appuyé contre le sommier, les bras posés sur les cuisses pour se soutenir tout à fait, le torse glabre qui pulsait, effréné. L’impression de se noyer en permanence ; la sueur qui trempait les draps n’arrangeait pas la chose. Les draps avaient été repoussés à l’autre bout du matelas, ou bien on les avait chiffonné, au début de la nuit. Les poumons continuaient à s’animer, convulsivement. C’était les halètements continus qui seuls brisaient le silence tapissé de velours.

On frappe à la porte. Les halètements s’arrêtent. Un léger grognement, piqué de frissons. On ouvre. Il n’y a pas de lumière, le couloir est dans le noir. Une légère vapeur de camphre s’engouffre dans la chambre, très vite étouffée par le battant qui se referme. Une silhouette avance, parsemée de petites lueurs. Elle s’assoit à côté du lit ; il y a un tabouret de bois disposé à cette fin. Et puis une main affronte la distance du grand matelas et atteint un front. Les halètements se calment, une seconde. La chambre est vraiment silencieuse. Ça reprend. L’étoffe qui couvre le bras qui prolonge la main tombe jusque sur le torse. Trois mains sont inactives en tout dans la chambre, mais seule une peut s’activer. On attend encore. Ni sommeil, ni veille, ni hâte, ni patience. Comme chaque fois.

Finalement, la main se mettra en mouvement. Elle atteindra une coupelle posée sur une commode, disposée contre le mur, à portée du tabouret. Les maigres filets de jours contre la coupelle feront piquer les yeux. Quelques mots, la coupelle ira jusqu’au bord des lèvres. Un souffle, une esquisse de geste, une bouche qui s’ouvre, et le liquide glissera dans la gorge. Âpre sur la langue. Astringent contre les joues. Un spasme, léger, rien de plus, les halètements reprendront. Plus maîtrisés quelques minutes, peut-être. Les deux mains s’envoleront ; celle sur le front d’abord, ensuite la coupelle. Les reflets du retour, invisible car le liquide continuera à cheminer dans l’estomac, visqueux, on le sentira coller aux muqueuses. La porte se rouvrira avant de se refermer. Pas de camphre cette fois, seulement un peu d’épices du dehors.

Une autre main s’active, cependant. Elle se pose devant sa bouche, à elle, esquivant l’étoffe de la manche qui tombe du front. La coupelle garde son liquide, le métal est froid contre le dos des doigts. Combien d’années, ces phalanges n’avaient-elles pas touché autre chose que les draps ou les cuisses ? À travers les doigts, un léger grommellement, presque intelligible. La tête n’a pas la force de dire non, la langue si peu. Un murmure dans la pièce s’infiltre jusqu’aux oreilles. Il faut boire. Il faut avaler. Il faut. Sinon ? Sinon… Un sinon à glacer le sang, un sinon à pétrifier le cœur. Mais la main tient bon. Le froid s’achève lorsque la coupelle repart d’où elle est venue. Une autre main est toujours contre le front, elle est remontée par inadvertance et quelques bouclettes lui chatouillent les doigts. Les murmures se rapprochent, ils sont tout contre l’oreille, un peu de buée dans les tympans. De la buée et des mots, acérés dans le calme de la chambre, dans le velours, dans les étoffes. Dans la pénombre. « Buvez. » Et quelques autres compagnons spadassins. La tête ne bouge pas, mais refoule le sens à l’entrée du pavillon. La main, une autre, est toujours contre la bouche. Comme si empêcher ses lèvres de remuer l’aidait à ne pas entendre. Ce n’est pas la main qui refuse de boire, pourtant. C’est là-bas. Tapis au fond du ventre. Dans les boyaux, entre les tripes. Quelque chose est parti, et ne reviendra plus. Quoique les mots puissent essayer. La peur s’est éclipsée ; la nuit l’a digérée, et l’a recrachée en fragments biscornus. Entre les murs, l’écho des mots qui piétinent s’intensifie. Les sinon, les buvez, les il faut. Les enfant de putain. Les tu va boire, bouseux. Les tu vas mourir, charogne, si tu bois pas. Ça gronde, mais ça ne peut pas éclater. Les limbes n’ont jamais été si éloignées. Un parfum nouveau gagne les narines ; il vient de nulle part. Quitter les limbes, vers... Haleter jusqu’au dernier souffle, sachant que ça s’arrête, enfin. La coupelle résonne contre le sol, et le liquide est avalé par le tapis. Il n’y a plus que deux mains dans la chambre, sur le matelas. Posées contre le torse, laissant les lèvres libres de sourire, éclairées par quelques mouches. On se lèvera peut-être bientôt.
« Modifié: 07 juillet 2022 à 19:16:34 par ZagZag »
aucun : les artichauts n'ont aucun rapport avec le Père Noël. Ce ne sont pas des cadeaux et on ne peut pas faire de Père Noël en artichaut.

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Re : Le dégoût des limbes (Tic-Tac 06 juillet 2022)
« Réponse #1 le: 06 juillet 2022 à 22:33:22 »


Je te relirai demain, parce que là ça me semble un peu obscur  ;)
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Re : Le dégoût des limbes (Tic-Tac 06 juillet 2022)
« Réponse #2 le: 06 juillet 2022 à 23:39:34 »
Comme avec le texte de Rémi, c’est vraiment les limbes dans la narration, c’est très obscur et sirupeux. C’est dans une chambre, on sait pas trop ce qui s’y passe, c’est très atmosphérique aussi ! les odeurs, les bruits.
C’est assez déroutant ce focus sur le corps et l’intérieur du corps. C’est lié à genre la maladie, ou l’agonie ? Est-ce que c’est ça qui est censé susciter le dégoût ? Par ce que, pas forcément  :-X

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Re : Re : Le dégoût des limbes (Tic-Tac 06 juillet 2022)
« Réponse #3 le: 07 juillet 2022 à 00:22:57 »
À demain ou plus tard, Caldius !



Comme avec le texte de Rémi, c’est vraiment les limbes dans la narration, c’est très obscur et sirupeux. C’est dans une chambre, on sait pas trop ce qui s’y passe, c’est très atmosphérique aussi ! les odeurs, les bruits.
C’est assez déroutant ce focus sur le corps et l’intérieur du corps.
Hm c'est l'ambiance que je voulais rendre, ou que j'avais en tête en tout cas, don c'est bien que ça ressorte comme ça, j'en suis content.

C’est lié à genre la maladie, ou l’agonie ? Est-ce que c’est ça qui est censé susciter le dégoût ? Par ce que, pas forcément  :-X
Ouaip, par facilité, par rush, j'ai versé là-dedans et c'est pas forcément ce que je veux communiquer en effet. Mais j'étais quand même ambivalent entre une maladie, ou quelqu'un qu'on maintient dans un certain état volontairement, c'est surtout l'ambiance que je met en avant, je me dis que c'est ptet assez flou pour qu'on n'y voit pas forcément ce que tu soulignes. Je sais pas. Faudra nécessairement que je me pose la question si je fais quelque chose de ce texte hors tic-tac.
En tout cas le "dégout" n'étais pas vraiment l'émotion que je voulais susciter, pas le dégoût du personnage sur le lit en tout cas.
« Modifié: 07 juillet 2022 à 00:25:29 par ZagZag »
aucun : les artichauts n'ont aucun rapport avec le Père Noël. Ce ne sont pas des cadeaux et on ne peut pas faire de Père Noël en artichaut.

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Re : Le dégoût des limbes (Tic-Tac 06 juillet 2022)
« Réponse #4 le: 07 juillet 2022 à 08:36:34 »
Bonjour Zagzag

un commentaire sur ton texte

B

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.
Tout a déjà été raconté, alors recommençons.

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Hors ligne Claudius

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Re : Le dégoût des limbes (Tic-Tac 06 juillet 2022)
« Réponse #5 le: 07 juillet 2022 à 18:37:43 »


Me revoilà :)

Lorsque j'ai lu hier, j'ai pris ce texte comme un cauchemar. Et puis, je me suis dit que non. Une impression dérangeante, d'un personnage hors du monde. J'ai pensé à une sorte de vie extérieure à sa propre vie, d'un sentiment de se voir à travers des gestes, des mains... Un coma ? Un passage de vie à trépas . Je ne sais trop, mais c'est vraiment flippant !

 ;)
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Re : Le dégoût des limbes (Tic-Tac 06 juillet 2022)
« Réponse #6 le: 07 juillet 2022 à 18:51:16 »
Hello Zag,

Un texte bien mystérieux!
J'y ai vu l'agonie d'un homme qui attend la mort. C'est très étrange ce point de vue narratif, un peu déroutant, mais bien trouvé.
Je me suis un peu embrouillée dans le mouvement des mains.
Citer
Les deux mains s’envoleront
Citer
Une autre main s’active, cependant.
Et à la fin, j'ai dû relire les dernières phrases plusieurs fois.
Citer
Les sinon, les buvez, les il faut. Les enfant de putain. Les tu va boire, bouseux. Les tu vas mourir, charogne, si tu bois pas. tu mets pas de guillemets ou quoi? Ça gronde, mais ça ne peut pas éclater. Les limbes n’ont jamais été si proches, et si loin. Un parfum nouveau gagne les narines ; il vient de nulle part. Quitter les limbes pour les rejoindre. Haleter jusqu’au dernier souffle, sachant que ça s’arrête, enfin. La coupelle résonne contre le sol, et le liquide est avalé par le tapis. Il n’y a plus que de deux ?mains dans la chambre, sur le matelas. Posées contre le torse, laissant les lèvres libres de sourire.
J'avais pas compris qu'autant de gens l'entouraient... Où est-ce son imagination?
Des petites coquilles dans ce passage aussi.

Merci pour ton texte! :)

Hors ligne Rémi

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Re : Le dégoût des limbes (Tic-Tac 06 juillet 2022)
« Réponse #7 le: 07 juillet 2022 à 23:08:50 »
Salut Zag,

Citer
quelques timides mouches de lumière,
j'ai tiqué, mais avec les serpents derrières, c'est assez cool en fait

Citer
L’étoffe qui couvre le bras qui prolonge la main
pas top le kiki

Citer
Trois mains sont inactives en tout dans la chambre, mais seule une peut s’activer.
j'aime beaucoup l'idée, la formulation un peu moins

C'est vraiment stylé, ce "on" et ces formulations au futur, ça donne un côté irréel qui marche bien.

Citer
esquivant l’étoffe de la manche qui tombe du front.
? la main esquive la manche qui tombe du front ? Waw, c'est chelou quand même

Et ces mains qui se font personnages principaux, c'est vachement bien aussi.
Bon, ça reste super nébuleux comme truc (et ça doit l'être), y a un équilibre à trouver ; mais c'est un texte qui mérite d'être travaillé, y a un chouette truc à faire. En tout cas, les limbes sont là !

Merci pour la lecture
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

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Re : Le dégoût des limbes (Tic-Tac 06 juillet 2022)
« Réponse #8 le: 08 juillet 2022 à 11:54:51 »
Salut ZagZag !

Pour la forme, je n'ai rien relevé.

Pour le fond, je crois voire la scène, ou du moins j'arrive à interpréter un minimum. Par contre, je suis vraiment dans les limbes ( :mrgreen: ; pardon je sors) à la lecture, qui qu'est quoi où quand comment. Après, au vu du thème ça se comprend, mais de me sentir perdue comme ça, je ne sais pas si j'accroche ou pas. J'aime être perdue, mais je pense avec un minimum de clefs et de confort pour la compréhension (je crois que je me perds aussi dans mes explications...).

En te souhaitant une bonne journée !
If the day comes that we are reborn once again,
It'd be nice to play with you, so I'll wait for you 'til then

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Re : Le dégoût des limbes (Tic-Tac 06 juillet 2022)
« Réponse #9 le: 09 juillet 2022 à 09:28:27 »
Ton texte est descriptif et voulant partager une ambiance.

Le sujet je ne l'ai pas compris. Je crois que les limbes c'est la porte devant les enfers et certainement ton personnage subit une épreuve.

 


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