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Auteur Sujet: B1 - Bas les masques [ BT Carnaval]  (Lu 459 fois)

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  • Calame Supersonique
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B1 - Bas les masques [ BT Carnaval]
« le: 01 mars 2022 à 17:22:54 »
Bas les masques

Ridicule. Je suis ridicule.
Arthur fait les cent pas en bas de l’immeuble de son meilleur ami dans son costume sans savoir s’il doit monter ou pas. Sa petite amie l’a trouvé « tout doux et trop mignon », mais ce n’est pas ça qui le rassure.
Soirée costumée. Soirée costumée. Sur le thème des animaux qui plus est. Dire qu’il pourrait être un lion ou un tigre, même un dragon effrayant. Mais non, Lucie lui a choisi un costume de lapin rose. C’est bien parce qu’avec Tristan ils se connaissent depuis quinze ans, sinon il serait déjà rentré chez lui depuis longtemps. Non, mieux, il ne serait pas venu du tout. Mais ce sont les trente ans de son pote, alors il ne peut décemment pas se défiler. En plus, Lucie est de garde ce soir à l’hôpital, il se retrouve tout seul. C’est vraiment qu’il tient à son ami parce que là…
« Maman ! Le lapin, il fume. C’est pas bien ».
Merde.
Arthur retire à toute vitesse la cigarette de sa bouche, la planque derrière son dos en espérant ne pas mettre le feu à son pelage et tente un petit sourire à l’encontre de la petite fille à couettes et col Claudine et sa mère en tailleur strict qui lui font toutes les deux les gros yeux.
— Fumer c’est pas bien. Tu as raison.
La petite lui décoche une grimace et lui lance.
— De toute façon, t’es pas un vrai lapin !
Le sourire on ne peut plus forcé d’Arthur commence à s’effacer. C’est quoi cette gamine à deux balles qui lui fait la morale ? Il lui tire la langue et répond par une grimace encore plus affreuse.
— Maman ! Maman ! Il m’a tiré la langue !
Regard outré de la mère de famille qui tire sur le bras de sa petite pour s’éloigner au plus vite de lui.
— Pervers !
Pervers, lui ? On aura tout vu. Il déteste les gosses, surtout quand ils sont pourris, gâtés. Bon, pas la peine de renchérir. Tristan habite vraiment dans un quartier de coincés du cul. D’ailleurs, il en a marre de passer pour un débile sur ce coin de trottoir, il est temps de monter, même s’il n’a vu personne entrer dans le bâtiment depuis qu’il est là. C’est bizarre. Il n’est quand même pas le seul invité ?
Dernière taffe, mégot écrasé sous la chaussure et go. Le doigt à peine posé sur l’interphone, la porte s’ouvre, bonjour la sécurité !
En gravissant les marches, une mélodie de plus en plus forte parvient à ses oreilles. Il ne s’est peut-être pas trompé finalement. Sur le palier du troisième, les notes de Saturday night fever traversent allègrement la porte blindée bleu pétrole et une petite affiche indique « Entrez sans frapper ».
OK.
Porte ouverte, ambiance boîte de nuit avec lasers de lumière et musique des années soixante-dix, Arthur fait un bond dans le temps, à l’époque où ses parents n’étaient que des enfants, où les friteuses étaient à bain d’huile et les passoires, en inox. Mais pourquoi est-ce qu’il pense à ça ?
Il sent tout de suite que quelque chose cloche.
— Arthur ? Mais, c’est quoi cet accoutrement ?
Le jeune homme tourne son visage vers son interlocuteur qui relève son masque vénitien et laisse apparaître ses yeux verts. Ce n’était pas la peine, Arthur aurait reconnu son meilleur ami rien qu’à sa tignasse rousse qui ne passe pas inaperçue.
— Bah… euh… bon anniversaire !
Arthur jette un coup d’œil circulaire sur la masse des invités. Pas un seul costume, uniquement des masques de toutes les formes, de toutes les couleurs. Son visage se décompose et il a soudain très chaud. Voilà ce qui clochait. Il a vraiment l’air d’un con.
— Lucie ne t’a pas dit qu’on avait changé le thème, pour pas avoir l’air trop ridicule.
La mâchoire du jeune homme se crispe.
— Non.
Je vais la tuer.
— Oh, c’est pas grave, je suis content que tu sois là. Allez, viens, il manquait plus que toi. On va boire un coup !
Tristan commence à le pousser vers le salon immense.
— Attends, je vais plutôt me changer. T’as pas des fringues à me prêter ?
— C’est rien. Reste comme ça.
Son ami lui prend le bras.
— T’es tout doux, monsieur lapin.
— Ah, ah, très drôle. Mais ça va pas être possible, là.
Tous les regards se braquent sur lui. Le cauchemar de son enfance qui prend vie puissance mille. Arthur se sent mal, très mal, et son ami qui le tire vers le centre de la piste de danse, lui colle une bière dans la main qu’il vide d’un trait. Arthur n’a qu’une envie : partir. Il savait bien que c’était une très très mauvaise idée de venir accoutré comme ça. Les personnes se poussent sur leur passage.
— Non, mais vraiment, Tristan. Je vais repartir là. Un aller-retour à la maison… J’en ai pas pour longtemps.
— Mais non. Viens, j’ai un truc à te montrer.
Ils s’arrêtent enfin au centre de la pièce où un énorme paquet les attend alors que la musique s’arrête.
Arthur fronce les sourcils. C’est quoi ce binz ? Il y avait un cadeau commun et il n’était pas au courant ? De mieux en mieux. Le paquet se met à bouger alors que la musique reprend et qu’une avalanche de confettis s’écoule du plafond, masquant ce qui en sort.
— Surprise !
Tout le monde crie en cœur alors que les confettis se dispersent. Arthur se joint aux autres largement en retard et se met à applaudir pour imiter ses voisins. Cette soirée s’annonce comme un désastre, autant aller jusqu’au bout dans le délire et se bourrer la gueule ensuite pour oublier. D’ailleurs, il lui faut un autre verre urgemment. Il regrettait l’absence de sa copine, finalement, ce n’est pas plus mal, il pourra se mettre minable. Les applaudissements redoublent et les invités continuent de le dévisager. Oui, bon, c’est vrai qu’il détonne, mais ils ne vont quand même pas en faire tout un fromage.
— Mon amour, petite lapine cherche gros lapin pour élever son lapinou.
Alors que des petits cris de surprise retentissent dans l’assemblée, Arthur se tourne vers cette voix qu’il ne connaît que trop bien, écarquille les yeux puis vacille. C’est pas vrai, il a la berlue.
De longues oreilles rose bonbon poilues, un bustier de la même matière parfaitement ajusté et un collant résille rouge… Là, devant lui, en costume très sexy de lapine, Lucie vient de sortir du paquet et lui tend une carotte.
— Tu veux bien ?
La tête lui tourne, il ouvre la bouche et reste là, comme un poisson hors de l’eau, ne sachant quoi répondre. Ces applaudissements, cette chaleur, la petite qui lui a tiré la langue, la mère qui l’a traité de pervers, sa copine là alors qu’elle devrait être à l’hôpital. Un lapinou? Il tire sur le col de son costume.
— Arthur ? Ça va ?
Il secoue la tête.
— Je comprends plus rien.
Le regard de Lucie se fait inquiet.
— Arthur, tu vas pas tomber dans les pommes, hein ? C’est moi qui suis enceinte et toi qui te sens pas bien, c’est la meilleure !
La pièce s’arrête soudainement de tourner. Arthur lève un sourcil.
— Enceinte ?
— Oui.
Énorme sourire de la part Lucie qui lui tend de nouveau la carotte sur laquelle est fichée une bague gravée.
— Tu veux bien qu’on se marie avant son arrivée ?
Tout le monde retient son souffle pendant qu’Arthur reprend ses esprits et se frotte le visage.
— Moi ? Papa ? Oh, merde.
— Tu es déçu ?
— Non, bien sûr que non.
Que pourrait-il dire d’autre au milieu de tous ces gens ? Il enlace Lucie et l’attire à lui.
— Je te déteste et je t’adore, madame Lapin. Tu pouvais pas faire plus simple ? C’est quand même l’anniversaire de Tristan.
— Non. C’est la semaine prochaine.
— Quoi ?
— Ici, il n’y a que nos amis et notre famille.
Arthur jette un coup d’œil circulaire sur les visages qui se découvrent. Ses parents, son frère, sa belle-sœur… Lucie dit vrai.
— Et ils sont tous au courant, sauf moi ?
— Oui, monsieur. Sauf pour lapinou. C’était en direct pour tout le monde.
Les lèvres de Lucie cherchent celles de son aimé. Arthur lui rend timidement son baiser.
— Je vais épouser un monstre.
— Alors, c’est oui ?
— Oui.
Leur étreinte se poursuit sous les hourras alors que la musique reprend. Arthur est un peu perplexe.
Dans quelle galère est-ce qu’il s’est embarqué ?




« Modifié: 02 mars 2022 à 11:02:49 par GameMaster »
Ce que tu penses, tu le de­viens. Ce que tu res­sens, tu l’at­tires. Ce que tu ima­gines, tu le crées

Hors ligne GameMaster

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Re : B1 - Bas les masques [ BT Carnaval]
« Réponse #1 le: 02 mars 2022 à 11:16:10 »
Merci pour ta participation énigmatique auteur !
"Tout dépend du hasard, et la vie est un jeu."

-Jean de Rotrou-

Hors ligne Claudius

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Re : B1 - Bas les masques [ BT Carnaval]
« Réponse #2 le: 02 mars 2022 à 14:39:43 »


J'ai trouvé très chouette ce texte  ! Ce n'est pas très orthodoxe, mais pourquoi pas ! Une lapine qui fait sa demande en mariage à son lapin chéri ! C'est bien écrit et facile à lire. La fin n'est pas du tout annoncée et ça j'aime bien, les chutes imprévisibles.

Il y a juste un petit détail qui me turlupine, les invités ne portent qu'un masque et il ne reconnait pas les membres de  sa propre famille à leur aspect général ?

 ;) ;)



Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

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Hors ligne Cendres

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Re : B1 - Bas les masques [ BT Carnaval]
« Réponse #3 le: 02 mars 2022 à 18:38:10 »
Une sacrée soirée.
Déjà l'attente et l'insulte de pervers, ensuite son costume ridicule devant tout le monde et à la fin l'annonce de sa copine.

Il n'oubliera pas cette journée la. Sa fête commence mal, mais fini bien. Il en sort papa et futur marié.

Hors ligne Thom

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Re : B1 - Bas les masques [ BT Carnaval]
« Réponse #4 le: 03 mars 2022 à 16:55:44 »
Permettez un autre point de vue ?

Tout est dit dans la première ligne : "Ridicule. Je suis ridicule."

Vu par un homme, voilà ce qui pêche : non pas d'être habillé en lapin, s'il l'a fait, c'est qu'il trouvait ça amusant, au moins en théorie... Le coup du changement de thème non annoncé est, même si déjà vu au cinéma, assez amusant car c'est un mélange de cruauté, de confiance trahie et finalement de courage.

J'aime bien le malaise face à la petite : le type est habillé en lapin mais doit avoir une haleine de fumeur et si la gosse persiste il va lui mettre une bonne baffe qui va le soulager, c'est transgressif et très amusant, au moins en théorie encore une fois...

Mais que les autres soient au courant avant lui, le langage puéril qui lui est adressé, qui ne devrait pas sortir de l'intimité, sa nana en costume sexy, que ce soit elle qui fasse la demande, que la demande se fasse en public (pouvait-il dire non ? Même sans l'envisager, cette demande tient du chantage).

En fait, c'est très drôle et savoureux parce que ce n'est pas grave, mais tout dépend du point de vue.

J'ai adoré.


Hors ligne derrierelemiroir

  • Calame Supersonique
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Re : B1 - Bas les masques [ BT Carnaval]
« Réponse #5 le: 03 mars 2022 à 21:40:21 »
Bonsoir Gamie :-)

Sur l'écriture, pas grand chose à dire. C'est fluide, le ton convient au narrateur et à l'histoire. C'est drôle parce que l'idée du cauchement est évoquée dès le début mais je ne me retrouvais pas vraiment dans le perso parce que je me disais, bah, c'est pas si grave. Et puis la chute arrive, et en fait c'est cette chute qui est vraiment cauchemardesque à mon sens, comme la cerise sur le gâteau d'un horrible rêve. Ce texte me donne envie de dire deux choses: (1) pourquoi les gens jettent-ils encore leur mégots par terre, comme si ça n'entrait pas dans la catégorie "déchets"? ; (2) pourquoi les gens font des demandes en mariage-embuscade-où-tu-peux-pas-dire-non ? Je suis sûre que le pourcentage de divorce chuterait si ces embuscades arrêtaient.

Voilà  :mrgreen:
"[...] alors le seul fait d'être au monde
  remplissait l'horizon jusqu'aux bords"
  Nicolas Bouvier

Hors ligne Alan Tréard

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Re : B1 - Bas les masques [ BT Carnaval]
« Réponse #6 le: 07 mars 2022 à 23:43:28 »
Bonjour à toi bel.le inconnu.e,


Il y a dans ce texte un mystère si grand que je me suis dit que j'aurais tout à fait pu être celui qui l'a écrit. :huhu:

J'ai eu le sentiment que derrière le pudique humour se cachait une grande détresse. J'ai pensé à ces hommes qui se sentent impuissants face aux rencontres de la vie, et qui se font amoureux faute de pouvoir proposer mieux.

Sur la forme, car c'est la forme qui compte, je l'ai trouvé très bien rythmé, bien écrit, bien ficelé. Ce serait sûrement préférable que l'intériorité du personnage principal (son angoisse) soit mieux expliquée plutôt que simplement survolée, car le langage de l'émotion est un langage absolument littéraire.

Pour autant, j'aurais du mal à proposer une amélioration à partir de ce que j'y trouve car il m'a semblé qu'il y avait une cohérence dans l'ensemble du récit, et dans la façon avec laquelle était élaborée l'intrigue.

Alors j'en profite donc pour te transmettre d'enthousiasmants encouragements en applaudissant la prouesse réalisée à cette occasion.


Enfin, puisque j'ai pour habitude de m'auto-féliciter, de me satisfaire de mon égo et de mes propres créations, ne préviens surtout pas les autres si jamais c'est moi qui ai écrit ce texte. ^^

Au plaisir de savoir ta réponse et à bientôt. :)
« Modifié: 07 mars 2022 à 23:54:31 par Alan Tréard »
Mon carnet de bord avec un projet de fantasy.

Hors ligne Earth son

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Re : B1 - Bas les masques [ BT Carnaval]
« Réponse #7 le: 22 mars 2022 à 21:46:01 »
Bonsoir,

Merci aux blind-texteurs et blind-texteuses pour vos lectures et retours.
J'avoue, comme dit auparavant, je ne suis pas très contente de ce texte qui, je pense, aurait mérité un meilleur traitement. M'enfin, bon, j'ai fait pire  ;)
Allons-y pour quelques réponses sur des détails dans l'ordre des avis

@Claudius
Oui, la demande en mariage est un peu spéciale, ça ne doit pas arriver tous les jours (enfin j'espère qu'il n'y a pas trop d'Arthur qui subissent ça).
Pour ta question sur le fait qu'il ne reconnaisse personne, pour moi, ça se passe très vite. Pas le temps d'arriver qu'il se retrouve alpagué et emmené sur les lieux du forfait donc n'a pas le temps de réfléchir. C'est peut-être bancal, mais c'est comme ça que je voyais la scène.

@Cendres
Je ne suis pas d'accord avec le fait que la soirée se finisse bien pour Arthur. Il s'est retrouvé piégé par sa copine, sans possibilité de dire non et mis sur le fait accompli.
Personnellement, je ne donne pas cher de leur couple  :relou:

@Thom
C'est amusant, oui, ça dépend de quel côté on se place.
Personnellement, je n'aimerais pas être à la place d'Arthur.
Par contre, ta remarque sur le fait qu'il a tout de même accepté de venir accoutré comme ça est très pertinente, je n'y avais pas pensé :) (ce qui rajoute une couche sur le fait que ce pauvre gars se fait un tant soit peu marcher sur les pieds)

@DLM
Marrant que tu soit outrée par le fait qu'il écrase sa cigarette sur le trottoir. Moi, c'est pas ce que je remarque en premier  ;D
Après, j'adhère complètement à ton analyse. Cela revient à ce que j'ai dit à Cendres plus haut. Je voyais vraiment ça comme ça.

@Alan
Mais, euh, arrête de t'attribuer tous les textes  ;D (d'ailleurs, sur celui-là, tu n'as pas vraiment touché le bon numéro)

En tout cas, marrant qu'il ait été bien accueilli car je le trouve très bof.
Je n'envisage donc pas de le transférer dans les textes courts. Il restera dans ce 18ème BT

Merci à toutes et à tous  :)
« Modifié: 21 juillet 2022 à 11:27:27 par Earth son »
Ce que tu penses, tu le de­viens. Ce que tu res­sens, tu l’at­tires. Ce que tu ima­gines, tu le crées

 


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