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04 février 2023 à 00:32:51
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Auteur Sujet: Le quartier maritime [29-01-22]  (Lu 484 fois)

Hors ligne Opercule

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Le quartier maritime [29-01-22]
« le: 29 janvier 2022 à 22:08:17 »
Je ne suis pas très bon pour improviser sur le petit temps, merci de tempérer vos attentes.
Je voudrais des retours sur l’expérimentation de style oral.
Je voudrais des idées pour une meilleure cohésion du texte.
Je voudrais des câlins.




On dit toujours, c’était Hemingway le premier askip, les catastrophes ça arrive en deux étapes : graduellement, puis subitement. Et bordel que c’était subit.
Le quartier, on le connaissait sur le bout des doigts. On allait prendre le thé chez le voisin quand on avait oublié nos clés. La petite vieille du numéro cinq nous amenait des sucreries les jours de fête. On faisait un ciné quand on avait l’argent avec les triplés qui restaient tout le temp près du parc.

L’épicerie a fermé, vers le début. C’était un vieux riffain, on a pensé qu’il était rentré au pays après la mort de sa femme, qu’il supportait pas ici, qu’il connaissait plus personne. Il fallait aller au Aldi ou bien attendre le marché ; d’abord personne n’y allait, et puis une des filles s’est mise à travailler là-bas, et on s’est tous mis à faire nos courses là. Pour la menthe et les épices par contre, il reste le boucher — aussi bizarre que ça puisse paraître.

Mais c’était quand même notre zone, même si le manager de l’Aldi voulait jamais qu’on entre à plus que trois pour acheter des chips et plein de chewing-gum. On échangeait des clopes avec les jeunes polonais après l’école, on parlait de petites combines pour gagner plein d’argent pendant l’été.

Juste les gens qu’on croise à la file de la boulangerie, c’est pas les mêmes. Pleins de visages… d’étrangers. Des étrangers d’ici. Cette boulangerie, ses croissants ont toujours été pourris et leurs msemmen délicieux  — maintenant c’est l’inverse. C’est toujours le même type derrière, on va dire qu’il a changé de priorités.

Nous on décore pas l’extérieur de nos maisons. Y a pas de fleurs, pas de père-noël, pas de petites lumières. Je sais pas pourquoi, c’est juste bête. Peut-être que c’est parce que c’est comme ça. Suffisait d’être le 20 décembre et de voir quelles fenêtres avaient des père-noël. Ces peluches sont partout maintenant.
Parfois on allait chez ce gars qui a un écran plasma, pour une partie de jeux vidéos, mater des animes ensemble. Il était sympa, un peu réservé. Ses parents ont divorcé, il est parti avec sa mère. On n’a pas gardé contact. Il a disparu, lui, sa console et sa télé. C’était le premier dont je me souviens.

Les hommes en grappes, sur la terrasse du café du coin. C’est pas fou comment les cafés du coin sont toujours dans des coins ? Des vrais cafés du vrai coin ! Les darons, leurs collègues, les amis improbables, l’écran avec du foot — comme au bled. J’imagine que maintenant ils ont mieux à faire que de partager un café au lait trop sucré avec tel camarade d’usine. Je sais pas où ils sont.

Un genre de salon de thé, petit déjeuner, brunch machin s’est installé. Nouveau truc, très classe, café moulu sur place, grands crus, tout ça. Mais faut voir l’endroit un dimanche matin : plein de jeunes blonds aux habits bariolés, grandes lunettes. Bizarrement la semaine, y a la file à 7h et puis elle attend la pause de midi.
En face de chez ma grand-mère y avait un genre de brico dans une ancienne usine. Pas un brico "Brico", disons une quinquaillerie. Gigantesque. Produits pas chers, grand choix. Des camions qui vont et qui viennent, des ouvriers couverts de plâtre et qui crient dans toutes les langues, ça donnait un sabir bizarre. Évidemment les klaxons, parce qu’évidemment tout le monde était en double file.

Et maintenant ? Un basic fit. Un véritable "Basic Fit", le vrai cette fois. Pour les gens qui bossent à la banque, trois rues plus loin. C’est pas la même chose. Y a plus de gens qui font la file pour acheter un sandwich, continuellement entre midi et quatre heures. Y a une maison médicale. J’y suis jamais allé.
Mes grands-parents sont venus du Maroc, pas beaucoup après l’Indépendance. Ils ne sont pas venus seuls. Ils sont allés là où y avait de la place. Ils ont fait leur vie. Leurs enfants ont grandi ensemble, ils ont fait leur vie un peu plus loin, pas beaucoup plus loin. Ils ont fait leur vie, ont eu des enfants. Mais bizarrement, je sais pas pourquoi, ils se sont dit : « Viens on se barre. ».

Je reviens chez ma grand-mère et, en fait, il reste plus personne. Juste elle.
« Modifié: 30 janvier 2022 à 20:18:51 par Opercule »

Hors ligne Claudius

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Re : Le quartier maritime [29-01-22]
« Réponse #1 le: 29 janvier 2022 à 22:19:23 »

Oper, ton texte est plein de sensibilité, ça m'a fait chaud au coeur. Des souvenirs presque comme les miens, comme ceux du voisins, quand le vie était la vie, avec des gens simples qui faisaient eux aussi chaud au coeur. Loin de l'indifférence de la ville, du business et du fric... bien aimé, beaucoup.

Demain je relirai, là pas trop la tête à voir autre chose que le texte.

Ah ! les câlins !  :calin: :calin: :calin: :calin: plein :)
« Modifié: 29 janvier 2022 à 22:34:36 par Claudius »
Usage de la fenêtre : inviter la beauté à entrer et laisser l'inspiration sortir. Sylvain Tesson

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Hors ligne Rémi

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Re : Le quartier maritime [29-01-22]
« Réponse #2 le: 29 janvier 2022 à 22:28:01 »
Salut Oper,

Citer
Les hommes en grappes, sur la terrasse du café du coin. C’est pas fou comment les cafés du coin sont toujours dans des coins ? Des vrais cafés du vrai coin !
:coeur:

Citer
Je reviens chez ma grand-mère et, en fait, il reste plus personne. Juste elle.
:coeur:

Pour le style oral, je dirais que ça pourrait l'être un poil plus, mais ce que tu as distillé passe très bien. À toi de voir comment tu veux doser.
Pour la cohésion, je pense que ça passe crème, l'ensemble me parait bien tenir ensemble du début à la fin. Tu laisses de la place au lecteur, on comprend le truc sans que tu nous le dises (d'ailleurs, tu expliques sur la toute fin et ça me semble pas nécessaire de le faire à ce point).

Et pour les câlins :  :calin:

Merci pour la lecture !
Le paysage de mes jours semble se composer, comme les régions de montagne, de matériaux divers entassés pêle-mêle. J'y rencontre ma nature, déjà composite, formée en parties égales d'instinct et de culture. Çà et là, affleurent les granits de l'inévitable ; partout les éboulements du hasard. M.Your.

Hors ligne BeeHa

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Re : Le quartier maritime [29-01-22]
« Réponse #3 le: 29 janvier 2022 à 23:23:11 »
Bonsoir Opercule,

Je trouve aussi qu'il y a une bonne cohésion sur l'ensemble. Le style oral pourrait presque aller encore un peu plus loin si tu as envie d'aller plus loin.
J'ai bien aimé ce qui se dégageait du texte au niveau de l'ambiance général.

 :calin:
“A faint clap of thunder;
Clouded skies;
Perhaps rain comes – if so, will you stay here with me?”

“A faint clap of thunder;
Even if rain comes not;
I’ll stay here, together with you…”

Hors ligne Stevius A

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Re : Le quartier maritime [29-01-22]
« Réponse #4 le: 30 janvier 2022 à 11:01:29 »
Salut Opercule,
j'ai relevé deux petites fautes :
"mater des anime(s) ensemble"
et
"on eu des enfa(n)ts"

Merci pour l'histoire, on sent une vraie nostalgie.
Tranches de vie et carnets de voyages peu classiques sur fond d'écriture non policée...

Hors ligne Opercule

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Re : Le quartier maritime [29-01-22]
« Réponse #5 le: 30 janvier 2022 à 20:18:29 »
Merci pour les Câlintaires !  :calin:

Alors oui l’oralité est light, mais est-ce que ça ne la disqualifie pas en tant qu’oralité, justement ? Que le style soit "pas assez" oral ?

Il y a une touche sur la condition urbaine que je pense avoir touchée mais pas vraiment trouvée… un genre de sentiment de perte de communauté, de dissolution dans l’anonyme — que Claudius remarque très bien, par ailleurs. Est-ce que ce sentiment doit être explicité ?

Hors ligne derrierelemiroir

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Re : Le quartier maritime [29-01-22]
« Réponse #6 le: 31 janvier 2022 à 14:08:17 »
Bonjour Oper.

J'ai bien aimé le ton sincère qui se dégage du texte. Je trouve que ce langage oral passe bien, ça donne envie d'en connaître plus sur le narrateur et son histoire, et les histoires qui l'entourent. Par endroits, j'ai trouvé que le texte aurait pu être plus clair (par exemple, je n'ai pas compris la place donnée au paragraphe sur les Pères Noël).

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"[...] alors le seul fait d'être au monde
  remplissait l'horizon jusqu'aux bords"
  Nicolas Bouvier

 


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