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Le Monde de L'Écriture » Coin écriture » Textes courts (Modérateur: Claudius) » [Erakis] Le grand œuvre du vieux Barnous

Auteur Sujet: [Erakis] Le grand œuvre du vieux Barnous  (Lu 705 fois)

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[Erakis] Le grand œuvre du vieux Barnous
« le: 18 mars 2022 à 20:08:24 »
J’ai l’honneur de vous présenter un nouveau texte Erakis, écrit par mes soins, et qui se déroule dans le sud du Hadvast, un peu avant l’événement qui va précipiter l’arrivée d’une… nouvelle ère.

Vous n’avez aucune idée de ce dont je parle ? Voici une présentation d’Erakis en six questions sur le fil de l’Univers collectif. J’ai aussi rassemblé quelques liens vers les sujets importants pour pouvoir retrouver ses repères !

[@Dot Quote, cela constitue également ma réponse à ton défi d’il y a un an. Mieux vaut tard…]

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.



Barnous grommela quand la grande perche du Réveilleur toqua à sa fenêtre. De l’autre côté des vitres obscurcies par la suie, la ville de Martelbour avait déjà commencé la danse réglée d’un matin de printemps.
Il sortit de son lit, à moitié conscient. S’approcha en claudiquant de la fenêtre, écarta les tentures mordues par l’humidité. Il prit un moment à regarder la rue en contrebas. Les gens aux costumes sombres s’affairaient,  les calèches cahotaient sur les pavés. Les lampes publiques étaient éteintes. Barnous contempla la vie quelques secondes avant de comprendre qu’il était bien après huit heures.
Il se saisit de sa canne et se précipita tant bien que mal vers la cuisine ; là, Adir mangeait déjà :
« Tu te réveilles tard, mon aïeul, dit l’enfant sans lever les yeux vers Barnous. Et il n’y a ni lumière ni chauffage.
— Mon réveil n’a pas fonctionné, grommela le grand-père, j’ai dû dépenser tout le reste d’héliofluide. Désolé, tu n’auras pas de petit déjeuner chaud. »
Sur la table fatiguée en bois sombre, il restait du pain, des restes de la nourriture de la veille dans un vieux faitout cabossé, et du fromage. Barnous saisit l’œuf que l’enfant avait sorti de sa boîte et le remit à sa place, dans une armoire bancale.
« Qu’allez-vous faire aujourd’hui, à l’école  ?, s’intéressa Barnous.
— Composition sur les temps passés, répondit Adir. Aussi, le Phréno revient après nous avoir mesurés la semaine dernière. Cet été, nous changerons d’école.
— Vous avez douze ans maintenant, dit le vieux. Enfin, ta classe a douze ans, se corrigea-t-il immédiatement. »
Adir ne répondit pas. Son silence dura quelques secondes désagréables pendant lesquelles le grand-père alla s’asseoir sur une des chaises de la cuisine. La chaise grinça horriblement, prête à rendre l’âme, mais Barnous s’intéressait plus à la réaction de l’enfant, qui mangeait toujours comme si de rien n’était. Il reprit  :
« Que va te dire le Phréno, à ton avis ?
— De toute évidence, je présente un intellect extraordinaire, expliqua Adir. Il ne peut que m’envoyer dans les meilleures écoles.
— Tu voudrais ça, aller à Lustrandehlm, de l’autre côté du Canal Octentrional  ? Tu ne verras pas ton grand papa Barnous aussi souvent.
— Si ça me permet de pouvoir lire à toute heure, et ne pas être en manque continuel de chauffage », dit l’enfant tout bas.
Barnous se tortilla sur son siège. En dessous de son sentiment de culpabilité de ne pas subvenir aux besoins de l’enfant, il se sentait immensément soulagé qu’il soit enfin hors de sa charge. L’enfant n’était pas comme les autres, et ses parents l’avaient déjà confié au grand-père, prétextant qu’ils étaient trop occupés. Mais Barnous réussissait à jongler avec l’humeur de l’enfant, et à apprivoiser son intelligence acerbe.
Le grand-père tenta d’expliquer que sa recherche, bien qu’elle soit très gourmande en hélio, approchait du but ultime, et qu’il aurait bientôt complété son « Grand Projet  ». Il demanda encore un peu de patience, et promit des jours meilleurs. Son explication ne fit aucun effet à Adir, qui se leva pour se laver les mains dans une bassine d’eau qui faisait office de lavabo. La vieille bassine de bois cerclé commençait à fuir et à déverser son eau sur le sol. Barnous reprit :
« Cette composition d’histoire, sur quoi porte-t-elle ?
— Temps passés, mon aïeul, pas "histoire". Ce ne sont pas des racontars.
— Les temps passés nous sont racontés par ceux qui les ont vécus, par définition tous les événements auxquels on n’a pas assisté, c’est des racontars.
— Je sais. Mais les cours que l’on nous donne sont suffisamment proches de la réalité.
— Comment tu sais ? Comment peux-tu comparer ? »
Le regard d’Adir fit comprendre à Barnous qu’il était allé un peu trop loin. Le grand-père redoutait toujours ce regard. Ses yeux avaient un pouvoir de suggestion qui poussait à l’hypnotisme. Et, surtout, la seule émotion qu’Adir connaissait était la colère. Une colère sourde, aveugle et sans borne, qui avait causé nombres d’accidents, de blessures, et même des morts. Mais avec le temps, Barnous avait appris à apprivoiser le malaise qui venait avec ce regard terrible, et à désamorcer la situation avant que quelque chose de mal ne se produise.
« De quels temps passés parle-t-on ? La chute des Télètes en Ardhi Noir ? Le testament de Naacia Callanthiel-Zäx ? Le sac de Kentish ? l’Intercession de Nargarone ? Les Joutes Funèbres ? 
— Je dois m’en aller maintenant, dit Adir avec une voix morne. Tâche de trouver de l’hélio avant ce soir, j’ai besoin de lire cette nuit. »
L’enfant disparut dans les escaliers de l’immeuble. Barnous entendit les pas, les sauts sur les paliers, et finalement la porte du bâtiment. Il claudiqua à la fenêtre et vit à travers la vitre sale l’enfant qui traversait la rue animée pour rejoindre son école. Barnous soupira : trouver de l’hélio n’était pas si simple.
*     *     *
Il mangea rapidement et, sous les coups de neuf heures, avait fait sa toilette et était habillé. Sa pipe maladoitement bourrée attendait sur la console du lavabo alors qu’il tentait de fermer son manteau avec sa bonne main. Ces temps-ci, son mauvais bras était un poids mort. Les bons jours, il pouvait le lever, le presser contre quelque chose pour le tenir en place. Ce jour-là, il n’y avait que la douleur.
La pipe prise, il ferma les tentures et descendit les escaliers de bois en tenant la main courante avec crispation. Il était déjà en nage en arrivant à la chaussée, et prit un transport collectif pour sortir de la ville.
Le manoir des Yarl de la Perche était à quelques dizaines de minutes de la ville. La navette faisait le trajet toutes les deux heures. Barnous serra son porte-documents et descendit avec l’assistance d’un autre passager. Il boita jusqu’à l’entrée du manoir où il se présenta. Le maître d’hôtel l’accueilla et le fit s’assoir dans la bibliothèque.
Le manoir ne présentait aucune nouveauté technologique. Pas de tuyaux pneumatiques pour les messages en provenance de la ville, pas d’éclairage ni de chauffage à l’hélio. La maison fonctionnait intégralement à l’ancienne. Les cheminées fonctionnaient déjà, ravivées au petit jour par les employés qui s’affairaient en ce milieu de matinée, dans la bibliothèque du Yarl de la Perche.
Ce fut les seules personnes qu’il vit. Le Yarl était occupé, et Barnous fut renvoyé après une heure d’attente. Le vieil homme refusa la proposition qu’on le ramène à Martelbour en voiture privée, et salua le maître d’hôtel. Il sortit du manoir par la grande porte, s’éloigna en claudiquant, jeta quelques regards suspicieux autour de lui et, une fois satisfait, contourna le bâtiment pour rejoindre l’aile des domestiques.
Devant une porte basse, attendait une des domestiques, assise sur une barique. Malgré sa jeunesse, elle avait un visage dont le fard ne masquait pas la lassitude. Elle se leva en voyant le vieil homme et le fit asseoir à sa place. Elle était nerveuse et regardait autour d’elle.
« Tu ne devrais pas venir aussi souvent, papa, les autres vont se douter de quelque chose.
— Je suis juste un vieux fou qui vient faire sa supplique à notre bon Yarl, je n’ai pas le droit ?
— Tu sais très bien que le Yarl est un Télète, jamais il n’acceptera de financer ton projet. C’est contre leur Consolamentum. Et bientôt, le maître d’hôtel se rendra compte que tu ne viens que pour moi.
— Oh, ma petite fille chérie, viens au moins me dire bonjour! »
Barnous écarta le bras pour que sa fille vienne s’y blottir. Il la serra de sa bonne main tandis qu’elle disait en le serrant :
« Tu as raison, bonjour papa. Adir va bien ?
— Adir va bien, dit Barnous. C’est à ce propos que je viens, justement. Nous avons besoin d’hélio…
— Oh non, papa, ce n’est pas possible, s’exaspéra la fille.
— Damya, je t’en supplie ! Je suis si proche !
— Ce n’est pas pour rien qu’on doit économiser l’hélio ! Tu consommes autant qu’un magasin de lampes !
— Quand j’aurais trouvé la solution à mon Projet, c’est nous qui les vendrons, ces lampes, je te promets ! »
Damya enfouit la tête dans ses mains. Elle secoua la tête. Il prit la main de sa fille.
« Et puis, le Phréno passe aujourd’hui. Adir va peut-être aller en internat, à Lustrandehlm. Ils vont bien s’en occuper, il ne manquera de rien. »
La domestique laissa échapper un petit gémissement supris. Elle se laissa tomber sur les genous et sanglota. Barnous essaya de la consoler, s’asseillant sur le sol près d’elle et salissant son plus beau pantalon.
« Lustrandehlm ! Quelles catastrophes va-t-il encore causer !, se lamenta la domestique.
— Il est assez mature pour savoir que ce n’est pas dans son intérêt, dit le grand-père. 
— Pourquoi est-ce que cet enfant me fait souffrir autant, demanda Damya la voix serrée par des sanglots.
— Il est des choses, philospha Barnous, qui sont hors de notre portée. Et je pressens qu’Adir, bien qu’il semble être un fardeau aujourd’hui, est une des choses les plus extraordinaires qui soient arrivées.
— « Extraordinaire », reprit Damya avec amertume. Quoi que ce monstre puisse faire, je m’en lave les mains. J’ai déjà trop souffert pour lui. », décida-t-elle alors.
Elle se releva du gravier jaune et épousseta sa robe noire zébrée de poussière ocre. Elle aida son père à se rasseoir sur la barique.
« C’est la dernière fois, dit-elle en sortant une bourse de son corsage, que je te donne quoique ce soit. De combien as-tu besoin ?
— Onze Thals.
— Onze ? C’est mon salaire pour une semaine ! Je te donne six. »
Elle compta les grosses pièces d’argent. Elle fit mine de les donner, puis les retint :
« Pour l’éclairage et la nourriture. Pas d’expériences, pas de "Projet". C’est pour mon enfant. Prie pour que ce soit suffisant jusqu’à son départ. »
Barnous voulut protester, mais il se ravisa, promit et elle libéra l’argent. Il remplit son porte-monnaie et la remercia. Elle sécha ses larmes, se composa un sourire, épousseta une dernière fois sa robe et rentra dans le manoir, laissant Barnous seul sur sa barrique.
*     *     *
Barnous avait l’habitude de passer l’après-midi dans son atelier, pièce qu’il avait aménagée dans le petit appartement qu’il partageait avec Adir. Mais pour résister à la tentation d’encore vider les nouvelles réserves d’hélio qu’il avait achetées et fait livrer chez lui, après avoir préparé un ragoût de légumes divers et mis le tout à chauffer, il redescendit dans la peine et la douleur pour aller s’asseoir avec des amis dans un salon populaire.
Il fut accueilli chaleureusement par ses quatre anciens collègues de chantier, infirmes comme lui : Barnous avait subi un accident qui lui avait coûté la mobilité de son côté gauche ; certains étaient devenus borgnes, d’autres amputés. Il coulaient alors des jours de misère à attendre la mort, autour d’un verre et dans un bon campagnonnage, à écouter les lecteurs publics lire les journaux du matin et du soir.
Comme Barnous n’était pas venu les voir depuis longtemps, ils le raillèrent, rièrent et s’enquirent de son petit-enfant, de sa fille, de son « Gros Problème » et de sa face déformée.
Il était, de son groupe d’anciens ouvriers, le seul à vouloir "comprendre" et "faire quelque chose" de l’hélio, ce "soleil fluide" qu’ils manipulaient pour chauffer, cuire, éclairer, brûler et fondre. Beaucoup avaient juste appris sur le tas comment ne pas se faire brûler, comment guérir une brûlure (très dangereux) et c’est tout. Le reste, c’était le problème de l’ingénieur, celui qui avait fait ses classes dans les grand collèges, comme à Lustrandehlm. Parfois certains de ces ingénieurs étaient même des elfes !
Mais Barnous avait une idée fixe, il avait un projet. Autodidacte, il avait appris à manipuler, contrôler, le fluide ancien des elfes. Et la clé de voûte de ses recherches, son "Grand Projet", l’objet tantalesque de son appréhension, était de créer ou, comme les sources le disaient "le faire sortir du fin air", avec une traduction qui faisait hausser les sourcils.
« Tu as réussi à raffiner l’air ?, lança un humain goguenard et épais.
— Encore faut-il en sortir de l’hélio, qu’on ne peut pas toucher, rappela un Liontàri Crinière-Noire.
— Vous ne méritez même pas que je vous explique, répliqua Barnous avec amusement.
— Explique-moi encore, dit le premier humain. Peut-être que cette fois, ça entrera. »
La boisson du grand-père arriva. Il en dégusta une lampée avant de commencer :
« L’hélio, ça se conserve dans des boîtes ou des conduits, c’est comme un gaz, ça s’échappe et ça disparaît dans l’air, et on dit qu’il est perdu. Un peu comme si tu mets du sucre dans un verre d’eau, tu secoues, et pouf ! le sucre disparaît. Mais dans le cas du sucre, est encore là : ton eau est sucrée !
— Tout ce temps, on a respiré de l’air avec de l’hélio ? demanda un ancien ouvrier.
— Mes poumons doivent avoir vu passer un bon quintal d’hélio : une fortune, plaisanta le Liontári.»
Barnous profita des commentateurs pour boire un peu, et reprit son explication :
« Avant de pouvoir attraper l’hélio qui a fondu dans l’air, je voulais d’abord pouvoir le voir. J’ai supposé, et j’ai eu raison, que comme l’eau dans le sucre, si tu mets trop d’hélio dans une pièce, alors l’air se sature et l’hélio devient… visible…
— Je t’avais dit, s’excita un des ouvriers à un incrédule. Il a bien une pièce à hélio calfeutrée dans son appartement !
— Ce doit coûter une fortune d’en obtenir autant, murmura l’ouvrier apostrophé.
— Tu te brûles alors, en étant là-dedans, fit remarquer le Liontári.
— Non, répondit Barnous, c’est assez pour chauffer salement, mais si on bouge, on ne brûle pas.
— Qu’est-ce que tu vas faire de cette pièce, reprit le Liontári, tu vas aspirer l’hélio comme dans une paille ? C’est inutile, c’est de l’hélio que tu as acheté et dispersé ; ça ne vient pas "de l’air fin".
— C’est là que c’est différent, nuança Barnous. Je suis certain que si j’arrive à détecter et "aspirer" de l’hélio qui se trouve dans mon atelier, alors je pourrai le faire partout ! Dans ce salon, par exemple, je suis sûr qu’il existe une quantité appréciable d’hélio autour de nous, qu’on peut capter de la même manière ! »
Les autres regardèrent autour d’eux. C’était une pièce tout à fait normale, éclairée par le soleil d’après-midi qui filtrait par les fenêtres. Il y avait une demi-douzaines de clients sur des sièges crasseux, ou avachés contre un zinc branlant où une pompe unique ramenait de la bière fraîche.
« Si tu captes l’hélio, demanda l’un d’eux, tu plongerais cette pièce dans l’obscurité ? Tu volerais les rayons du soleil ?
— Ne sois pas stupide !, dit un autre.
— Eh, quoi  ! Fluide de soleil, aspirer, soleil, ça fait sens ! se défendit l’ouvrier. Hein que ça fait sens, demanda-t-il à Barnous.»
Barnous ne répondit pas. Après un moment d’hésitation, il répondit qu’il n’en savait rien. Le sujet de conversation changea, et il passa un moment d’insouciance avec ses anciens amis, jusqu’à ce que le soleil déclinant lui rappelle qu’il valait mieux qu’il soit de retour à la maison.
*     *     *
Adir l’y attendait déjà ; le ragoût bullait joyeusement sur le réchaud à l’hélio. Il tenait dans ses mains un ouvrage joliment relié de bleu et de blanc. Barnous s’éclaira :
« C’est ce livre, tu l’as trouvé ?
— Dans la bibliothèque des professeurs, dit l’enfant. Je l’ai lu sur le chemin. Il est correct. »
Le grand-père prit le livre dans ses mains, il était assez épais. Recherches et Essais sur la Chaleur de Murdyn de Tringel. Il l’ouvrit, lut certains passages. Ils étaient particulièrement alambiqués et complexes.
« Tu l’a fini sur le chemin, s’étonna Barnous. Il me prendrait des semaines à lire ! 
— Tu en as deux. 
— Alors, dis-moi les passages les plus intéressants, le pressa le grand-père. Que je saute les autres.
— Rien n’est intéressant, et je t’ai déjà dit, cher aïeul : je ne t’aiderai pas pour ton "Grand Projet". Ces basses considérations ne m’intéressent pas.
— Ces basses considérations vont changer le monde, se défendit Barnous, et ta manière de vivre. »
Adir eut de nouveau ce regard vibrant et puissant, qui imposait tout de suite le silence. Puis, il se calma et laissa ses yeux glisser vers un dossier qu’il avait posé sur la table.
« Tu dois signer ça pour demain. C’est pour autoriser le transfert. »
Le grand-père ferma le livre et le posa sur la table, puis manœuvra tant bien que mal pour accéder au dossier devant l’enfant. Il tournait les pages sans pouvoir le porter à ses yeux et lire à son aise.
« Le Collège des Trois Nations, Lustrandehlm. Très grand établissement, commenta-t-il. Même des elfes kingr y étudient. Frais, internat, vacances, visites… »
Il s’assit en s’affalant presque à côté d’Adir, qui soutint mollement le regard que son grand-père lui portait.
« C’est que tu voulais, non ?, demanda Adir. Qu’on m’envoie loin et que je ne sois pas un problème pour mes parents et toi.
— Je n’ai pas envie que tu soies le problème de quelqu’un d’autre. J’ai envie que tu ne soies le problème de personne, expliqua le grand-père avec malaise.
— Et bien, je serai le problème de qui je veux, décida l’enfant. Et je veux que tu signes ce document.
— Alors on accepte le… ? »
Avant même qu’il puisse finir sa phrase, le grand-père se sentit léger, son attention flottante. Les yeux mystifiants de l’enfant avaient comme pris possession de son corps, et pendant un instant ses mains bougèrent sans qu’il les ait commandées. Mais Barnous prit vite possession de ses moyens, jeta un regard exaspéré à l’enfant qui relâcha son regard, et se saisit sans tarder d’un fusain pour laisser une signature au bas du document devant lui. Il referma le dossier avec un air sévère. Adir faisait la moue.
« Pour ton bien, que tu ne sois pas surpris à utiliser ce genre de pouvoir là-bas. Ça pourrait très mal finir pour toi. »
Il ouvrit son bras pour que, comme Damya plus tôt ce jour-là, Adir s’y blotisse. Mais Adir se contenta de s’approcher, se presser sans chaleur contre son grand-père, qui referma son bras droit pour enlacer l’enfant bougon. Alors Barnous laissa l’enfant et annonça que le ragoût était prêt.

Hors ligne Bapt90

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Re : [Erakis] Le grand œuvre du vieux Barnous
« Réponse #1 le: 19 mars 2022 à 10:31:37 »
Salut Oper,

Je passe par ici pour laisser un petit comm'  :)

J'aime bien l'énonciation des événements "De quels temps passés parle-t-on ? La chute des Télètes en Ardhi Noir ? Le testament de Naacia Callanthiel-Zäx ? Le sac de Kentish ? l’Intercession de Nargarone ? Les Joutes Funèbres ? " qui éveilleront sûrement de la curiosité chez les nouveaux venus :D (par contre tu as oublié une majuscule pour "L'Intercession...")
Je me demandais est-ce que Damya aurait confié son fils à Barnous pour éviter l'influence du Yarl télète (en plus des raisons citées dans le texte) ?
Et du coup on ignore qui est son père, mais j'imagine que c'est voulu.

Le texte lance pas mal de pistes pour de nouvelles histoires dans cette ère, notamment sur les personnages principaux.

Une nouvelle pierre pour l'Univers d'Erakis qui prend un nouveau départ  ^^

A bientôt !



Mon roman de Fantasy : Les Douze Élus.

Hors ligne Alan Tréard

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Re : [Erakis] Le grand œuvre du vieux Barnous
« Réponse #2 le: 23 mars 2022 à 23:26:23 »
Bonjour Opercule,

Me voici pour la découverte de cette ère nouvelle dans Erakis. :)


Après lecture, j'ai trouvé que c'était une excellente présentation et une agréable occasion de souffler les braises d'un nouvel élan. Je suis heureux de profiter de cet événement audacieux auquel je souhaite longue vie et créativité. ^^


Pour en revenir au texte, beaucoup d'éléments sont offerts à la lecture pour permettre de s'identifier aux personnages, tenter d'en comprendre les secrets et les émotions.

J'ai trouvé que l'énergie héliofluide ressemble à une magie occulte dont les pouvoirs dépasseraient notre imagination. En entendant les espoirs du vieux Barnous, je me suis demandé s'il avait vraiment fait une découverte de génie ou si c'est juste un pauvre bougre qui essaie de satisfaire ses fantasmes de vie meilleure en bidouillant dans son coin.

Super personnage, donc, à la fois mystérieux et entraînant, il nous ferait plonger dans un univers merveilleux à n'en pas douter.


Sa fille et son petit-fils sont tout aussi attachants, c'est vraiment une super lecture, décidément !


Merci à toi pour cette découverte, une excellente occasion de stimuler la créativité au profit de l'univers collectif d'Erakis.

Au plaisir de connaître l'évolution des différents récits, à bientôt.
Mon carnet de bord avec un projet de fantasy.

Hors ligne Opercule

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Re : [Erakis] Le grand œuvre du vieux Barnous
« Réponse #3 le: 08 avril 2022 à 10:20:15 »
Merci Bapt ! Oui, je voulais mettre pêle-mêle des choses qu’on a décrites et d’autres pas, pour les mettre sur le même pied d’historicité, j’ai trouvé ça un bon moyen d’enrichir ce qui s’est passé sans trop imposer.
Je n’ai pas pensé à l’influence du Yarl. Certainement c’est un homme de pouvoir, mais je pense que Damya ne ferait confiance à personne d’autre que son père pour s’occuper de son enfant, qui est si… spécial. Et puis, comme il va à Lustrandehlm, voilà, il va clairement suivre "l’autre voie"  :mrgreen:
Alors le père, je l’avais mentionné mais le texte était déjà assez long comme ça, je n’avais rien de spécifique à propos de lui.

Merci Alan, tu es bien gracieux de tes éloges !
Mais Barnous pourrait-il être les deux ? Un génie ? un ingénieur ? un illuminé ? En tout cas c’est quelqu’un avec une idée et qui est prêt à se ruiner pour elle. En tout cas, il y croit et peut-être… que ça va fonctionner, mais que ça ne va pas se dérouler comme il l’avait prévu :-¬?



Hors ligne Delnatja

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Re : [Erakis] Le grand œuvre du vieux Barnous
« Réponse #4 le: 08 avril 2022 à 14:21:36 »
Bonjour Opercule, je me suis régalé à lire ton texte.
Je ne connais pas bien ce monde mais ton texte donne envie d'en savoir d'avantage.
Bonne journée.
Michèle

 


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