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Auteur Sujet: [Erakis] Les enfants de l’Arché-Liont.  (Lu 896 fois)

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[Erakis] Les enfants de l’Arché-Liont.
« le: 27 juin 2021 à 16:55:56 »
Salut ! Dernier texte avant le coup de départ d’une nouvelle ère (qu’on discutera dans sur le fil collectif).
Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.

Il a lieu en Ardhi vers 12 après l’Intercession de Nargarone.
En termes de commentaires, je cherche principalement vos avis sur la construction des personnages, leurs relations, etc. En deuxième lieu viendraient le scénario et éventuellement la cohérence interne (lore, création d’une toile de fond de monde) ; la syntaxe et les choix de mots ne poseraient pas de problème mais vous pouvez relever ce qui vous semble critique.



Unrithi II Ann-Rhi ajusta sa couronne. Dans le Refuge, toutes les délégations présentes semblaient manquer de place. Trois Liontári par tribu étaient assis, en demi-cercle, en face de lui. Les autres, une dizaine, étaient debout, dorés, blancs, et noirs mêlés. Il attendit que tout le monde se place et se taise avant de parler :
« Je suis Unrithi fils d’Inrikhu Ann-Rhi, Chef des Trois Tribus annonça-il avec une voix cérémonieuse, et je déclare cette session du Conseil de tous les Liontáris ouverte. Les Crinières Blanches ont appelé ce Conseil, c’est à eux de prendre la parole. »

Unrithi était particulièrement suspicieux des Crinières Blanches. Après leur attaque au cœur d’Ardhi-Kwanza dix ans avant, il avaient assumé la responsabilité de l’enlèvement de Chana et du déclenchement de la guerre. Il fut décidé qu’ils gardent leur place dans le Conseil et, en échange d’un vote sur le prochain Chef des Trois Tribus, ils livrèrent Asporo à la justice. Inrikhu et après lui Unrithi ont été confirmés dans leur titre. Malgré tout ça, Unrithi, vouait toujours une haine mêlée de dédain face à ces prestidigitateurs, trompeurs, et faux-dévots qu’il devait malgré tout laisser siéger au Conseil.
 
Les deux Crinières Blanches assis se regardèrent et se firent un signe de la tête. Une se leva :
« Par la volonté de l’Arché-Liont que nous voulons garder et chérir, commença-t-elle par la formule typique, nous voulons que ce Conseil invite à parler une de nos Alèphes. »

Ce n’était pas commun qu’un Alèphe (chef, dirigeant) vienne en personne au Refuge pour une affaire traitée au Conseil. Normalement, le Chef Suprême seul avait le droit d’y assister – en l’occurence Unrithi. Celui-ci laissa le Conseil décider et entérina la décision d’inviter l’Alèphe.
La Crinière Blanche ferma les yeux en signe de remerciement, puis fit un signe de la tête à un de ses co-crinière qui était debout. Celui-ci se pressa de sortir du Refuge pour aller chercher l’Alèphe invitée. À son retour, il annonça :
« Que le Conseil reçoive et écoute Chana Ann-Rhi, fille d’Inrikhu et Alèphe de la tribu des Crinières Blanches. »
Unrithi bondit sur ses pattes, un murmure grogna alors qu’entrait Chana dans le Refuge. Il ne faisait aucun doute : c’était bien sa sœur. Elle avait mûri, elle était habillée à la manière des Blancs, mais sa crinière était tout aussi dorée, et ses yeux caramel rappelaient l’éclat jaune qu’avaient ceux de son père. Anpacha, qui était assise comme Représentante des Dorés, et se leva immédiatement, rugissant de surprise et d’incompréhension. Unrithi s’avança vers sa sœur perdue depuis dix ans, bousculant les Crinières Blanches sur son chemin, prêt à vociférer.
Il y eut un moment de confusion, des crocs se dévoilèrent, des griffes se déchaussèrent.
« Halte! Paix dans le Refuge de l’Arché-Liont ! »

Tout le monde se tut. La voix de Chana était claire et assurée. Elle était si majestueuse que même le Chef couronné s’était arrêté en pleine course. La seule qui osa briser le silence de cristal que Chana avait posé fut Anpacha. Elle se précipita sur sa sœur pour l’enlacer, elles se saluèrent en se pressant le front. Bientôt, Chana saluait tous ceux qu’elle connaissait, et même qu’elle ne connaissait pas, Mimshu était là, Emerien fils de Marien, la fille d’Arben Sana, en finissant par son frère Unrithi, qui était si ému que ses vibrisses tremblaient.

Chana était d’une beauté formidable. Son poil était merveilleusement bien tenu, son brillant n’avait rien à voir avec la toison tannée des Dorés qui vivaient dans le sable. Il était d’un doré vivant, riche. Sa posture et son aisance faisaient oublier qu’elle était presque aussi haute qu’un Wazimu. Elle n’était plus la juvénile perdue et sans défenses, que son père avait désespérément tenté de récupérer, sauver des mains de ses ravisseurs Blancs. Père qui en était mort, des années auparavant, des suites de ses blessures après une énième escarmouche.

L’Alèphe appela tout le monde à reprendre sa place, et s’assit près du Chef pour exposer son cas :
« Je sais que vous avez tous et toutes une myriade de questions et je compte bien y répondre. Mais je viens moi-même pour une affaire bien plus grave, pour que ce Conseil décidera de l’avenir des Liontáris en tant que peuple. »
Elle avait en une seule phrase capté l’attention de tout le Conseil, assis et debout. Son regard chaud pénétra dans chaque membre assis en face d’elle.
« Je viens protester, dit-elle, du traitement inacceptable et indécent que ce Conseil et ce pouvoir réserve aux Liontári de Crinière Blanche depuis des années… »
Les Liontáris s’agitèrent de nouveau, mais la voix de Chana s’éleva pour couvrir les protestations :
« … alors même que des conditions de paix ignomigneuses imposées par Inriku Ann-Rhi, alors Alèphe non-élu des Trois Tribus… »
Cette fois, Anpacha se jeta sur ses pieds, mais le regard d’acier de sa petite sœur la fit vaciller et elle se rassit. Le reste de la salle prit exemple sur la Représentante Dorée et se calma. Unrithi, lui, assis un peu derrière l’Alèphe, n’avait rien dit et ne bougeait pas.
« …pour un lien supposément traître ou renégat avec Alvarenn, notre allié inaltérable ! »
Malgré sa voix forte, l’Alèphe n’avait pas perdu son calme princier, alors que la tension explosait dans la salle. Une voix d’un membre debout, indéterminé, invoqua l’acte d’agression d’Alvarenn, une invasion des terres neutres. Un grondement d’approbation roula à sa suite.
« Dis-moi, jeune Liont, demanda Chana, a-t-on besoin de terres neutres entre nous et nos amis ? Entre frères et sœurs sous l’Arché-Liont ? Qu’est-ce que la terre neutre sinon une perte irrémédiable de contacts et de confiance envers nos voisins ? Si les Crinières Dorées appellent ça une agression, alors Alvarenn n’a jamais été un allié ! S’ils étaient nos alliés, il n’y aurait pas de terre neutre. Il en va de même entre nos territoires…
— La tentative d’assassinat envers ton propre père n’était certainement pas une preuve de bon voisinage, s’indigna Anpacha qui avait repris contenance et avait coupé l’Alèphe. Notre père, reprit-elle en prenant l’assistance à témoin, a fait le sacrifice ultime pour défendre sa famille et sa tribu. Il est loin d’être le seul. »

Chana se tut. Elle laissa la remarque emplir la salle. Les deuils avaient été nombreux, dans les Trois Tribus, suite à cette période de troubles. Entre vengeances et punitions, les Crinières Dorées avaient réussi à rétablir un semblant de calme entre les factions, mais la paix était encore plus fragile qu’avant.
« Moi aussi, comme vous, j’ai mugi ces morts, pour les accompagner à l’Arché-Liont. De toute évidence, des fautes regrettables ont été commises, par des Alèphes inconscents, des Wazimus ambitieux, et c’est le devoir de chacun de reconnaître sa place et sa responsabilité dans ce conflit. »
Derrière Chana, assis sur un tabouret un peu plus élevé, Unurthi se remuait enfin. L’émotion et le choc avaient laissé la place à une colère dévorante, qu’il contrôlait mal alors qu’il dit :
« J’aurai sans hésiter arraché la gorge à quiconque oserait dire tout cela devant ce Conseil, mais tu es ma sœur, et la fille d’Inrikhu. Pendant des années, nous les avons suppliés de nous te rendre, mais à chaque fois on nous a répondu que tu avais été prise par les Alvarenniens, que tu étais leur otage. Nous t’écoutons encore, mais tu ressembles de plus en plus à ces Crinières Blanches, qui nous séduisent et puis nous dupent… »
Un Représentant des Crinières Blanches voulut protester, mais l’Alèphe Suprême le fit taire en montrant les crocs. Chana fit un geste pour calmer son représentant :
« Leur otage, ou leur pupille ? Oui, j’ai passé des années en Alvarenn, à la cour d’Albareth, où je fus instruite par Miltidas, Busara et d’autres. J’ai vécu parmi mes frères et sœurs blancs et ils me  respectent et me chérissent au point de me lever au rang d’Alèphe. Qu’est-ce que cela dit sur vos "ennemis" ? Quand est la dernière fois que vous avez accueilli un frère ou une sœur sous l’Arché-Liont, au sein de votre tribu ? »

Cette fois, Chana se leva. Elle soutenait implacablement tous les regards posés sur elle, qu’elle faisait détourner. Elle se mit à marcher parmi les Liontári debout. Elle évoqua la période où les trois tribus ne formaient qu’un peuple, sans barrière et sans frein, quand les sorciers blancs allumaient les forges des Crinières Noires, du désert jusqu’au bout des plaines de Kalama, et siégaient dans les Conseils d’Urduni. Elle raconta l’histoire de ces Liontáris Dorés qui pouvaient approcher le saint de l’Arché-Liont au même titre que les Blancs, dans les contreforts au nord de Sebelké.
Elle rappela la douleur des conflits réguliers et incessants, le meurtre des Liont, sacrilège devant le Grand Esprit. Tout avait débuté deux générations plutôt, une déchirure graduelle des liens entre les tribus, dissensions et manipulations. La mort de la mère des enfants d’Inrikhu, qui jeta une ombre sur tous les agissement du Chef des Crinières Dorées. Un pouvoir affaibli qui ne pouvait qu’arbitrer entre des factions pro, anti, alliées et fédérés.
« Notre Père, admit Anpacha, n’était pas parfait. Mais il a fait de son mieux pour sa famille et sa tribu. Il a préservé son statut, et il a maintenu la paix.
— La Paix n’est pas assez, déclara Chana en allant se rasseoir à sa place. Je veux la prospérité. À bien des égards, Inrikhu Ann-Rhi était faible. (grondements scandalisés de l’audience, elle continua : ) Il n’avait pas la férocité son père, Unrithi, et la force de se battre pour étendre ses frontières, mais seulement celle de garder sa position et un statu quo que personne n’a accepté. Et il n’avait pas la sagesse ni la force d’esprit d’ouvrir son cœur à l’Arché-Liont.
— C’est assez, meugla Unrithi. Ce que tu dis est sacrilège aux yeux des Esprits. »

Toute la salle explosa en discussion. Chana s’arrêta de parler et regarda la scène, encore assise. Certains conseillers inconfortables appelaient leurs aides pour consulter leur avis. D’autres se répondaient violemment et hurlaient presque. Unrithi ne parvint pas à rétablir l’ordre, malgré ses cris et ses meuglements, et c’est au prix de nombreux rappels à l’ordre et coups de bouclier que le calme revint enfin. Chana restait imperturbable dans l’atmosphère houleuse d’un soir qui s’allongeait dans la nuit.
« Ta position contre ce Conseil et tes propres ancêtres se révèle enfin, Chana. Je suis convaincu que tu n’as pour but que de nous diviser et de livrer notre territoire à nos ennemis. Je commande au Conseil d’expulser Chana Ann-Rhi et de la bannir.
— C’est bien ton droit, cher frère, mais une question : Qui sont nos ennemis, et que veulent-ils ? »
Un silence religieux s’installa à l’attente de la réponse d’Unrithi. Il hésita d’abord, et Anpacha prit la parole :
« Les humains, qui convoitent notre savoir-faire et notre position, qui veulent faire de nous des combattants et des esclaves. Hadvast veut nous prendre les plaines de Kalama pour contrôler le Golfe d’Urduni. Alvarenn veut un accès à la mer, par le fleuve Odé qui borde Sébelké…
— Ma sœur a-t-elle prononcé les mots Territoire, coupa Chana en se levant. Ou Crinières, ou quoique ce soit qui nous sépare les uns des autres ? Toi, ajouta-t-elle en montrant Mimshu, as-tu entendu que nos ennemis étaient des Liontáris ? Chère Conseillère, dit-elle à l’adresse d’une Crinière Dorée, ton ennemi est-il le bâtisseur de Badguir qui te tient au frais dans le désert ?
— Réponds-moi seulement, Chana, répondit l’impliquée : Alvarenn n’a-t-elle pas assisté les Crinières Blanches dans leur tentative d’assassiner et renverser Inrikhu, ton père, quand il était notre Chef ?
— Alvarenn a répondu à l’appel d’Asporo, en tant qu’alliée des Liontáris et dans leur intérêt. Inrikhu Ann-Rhi devait céder le pouvoir, mais son influence dans le Conseil a été grandement sous-estimée. Le Coup d’État a manqué et Alvarenn s’est retirée, comme les conditions de paix l’ont voulu.
— Mais dans sa magnificence, Alvarenn a subtilisé une princesse pour l’instruire et nous la retourner, toute sage et parfaite, pour propager la sédition, ironisa Unrithi. Tu nous faire perdre notre temps...
— Attends !, s’interposa Chana. Je sais qu’il est tard, mais j’ai encore des choses à vous dire. Je vous soumets la requête pour laquelle je suis venue. Je demande que le Conseil délibère et vote les points suivants :
  • L’abolition des frontières intérieures.
  • Le Rétablissement de la caravane régulière Sébelké–Olomé–Ardhi-Kwanza–Urduni sans aucune entrave.
  • L’échange intensif de conseillers et de jeunes nobles entre les tribus, et que chaque nouveau membre du Conseil à l’avenir ait vécu au sein de deux tribus au moins.
  • L’établissement d’unités Liontáris mixtes avec des sorciers, des arbalétriers et des wazimu qui patrouillent aux frontières avec le Hadvast.
  • Un renforcement des installations le long du Golfe d’Urduni, en machines et en sorciers.
  • La suppression des terres neutres entre nos territoires et notre alliée Alvarenn.
  • L’ouverture du fleuve d’Odé au trafic marchand venant et allant à Alvarenn.
  • La tenue d’une liaison diplomatique et permanente entre Alvarenn et Ardhi, avec la présence d’un Alvarennien en qualité d’observateur aux tenues de ce Conseil.
  • L’élection d’un nouvel Alèphe Suprême, par vote unanime de tous les membres siégeant au Conseil de Liontáris, le plus tôt possible.
Merci Unrithi, tu peux clore la séance.
— Cette séance du Conseil est ajournée, se précipita-t-il avant que le brouhaha ne monte de nouveau. Le vote sur ces propositions se tiendra dans une semaine, l’Arché-Liont vous suivra ! »

La discussion, déjà bien commencée, s’intensifia alors que les Liontáris se massaient vers la porte du Refuge. Unrithi fut un des premiers à partir, bondissant de son siège pour sortir sans un mot. Chana resta assise à sa place, et fut rejointe par Anpacha et Mimshu.
« Comment ira-t-il ?, demanda Chana en désignant la place vide laissée par son frère.
— Je ne sais pas. Il a beaucoup de doutes, admit Anpacha. Je ne lui en veux pas.
— Et toi ? Comment iras-tu ?
— C’était certainement puissant et dérangeant. Cela donnera beaucoup à réfléchir. Mais je n’abandonnerai pas Père si facilement. Il nous aimait.
—Oui, je sais bien, murmura Chana. Mais il a failli à tous ses autres devoirs. Et toi, Mimshu, dit-elle plus fort, ça fait aussi du bien de te voir, et je dois dire que c’est bien la première fois que je vois des tabliers en peau de rhino depuis des années !
— C’est cérémoniel, je ne m’approche plus des forges, répondit-il. Tu nous as tous surpris aujourd’hui, on te croyait…
— Tu m’as beaucoup manqué, toi aussi, interrompit Chana. »
Elle salua Mimshu du front, et il s’éloigna. Il ne restait plus qu’Anpacha et Chana dans le Refuge soudain silencieux.
« Combien de temps, Mimshu et toi ?, dit subitement Chana.
— Quelques mois, répondit Anpacha, prise au dépourvu.
— Daros approche de l’âge de la retraite, tu devrais lui parler de Mimshu, dit Chana en parlant d’un très vieux conseiller Crinière-Noire. Mimshu est exactement le genre de Liont que je veux voir siéger au Conseil. Unrithi sait, pour votre relation ?
— Il suspecte. Mais il n’a pas encore complète confiance envers les Crinières Noires. Le retournement de Mavros a laissé des marques, même si les autres l’ont tout de suite désavoué. Je sais que Mimshu est proche de lui, mais Mavros l’était aussi, de notre père. »

Chana acquiesca. Ses vibrissent frémirent quand elle voulut parler mais ne dit rien. Il y eut un moment de silence. Anpacha sourit :
« Tu étais très imposante ce soir, à des moments on aurait dit Maman. Je me rappelle de ces Conseils où elle hurlait "Silence!" et tout le monde s’arrêtait. On aurait dit qu’elle était là, un peu.
— Merci pour tes remarques, même si je sais que tu n’es pas d’accord avec tout.
— J’y crois toujours pas, gloussa Anpacha. Dix ans, tu reviens comme défenseuse de tes ravisseurs. On t’a cherchée, on a fouillé Sebelké plusieurs fois…
— Je devais être hors de votre portée, pour le bien de tous, expliqua Chana. C’était la seule manière de faire voir la vérité au Conseil. Tu as entendu toi-même : si je n’étais pas sa sœur, Unrithi ne m’aurait pas laissée parler.
— Mais il avait raison, c’est un sacrilège pour l’Arché-Liont. Toi-même, qui es à moitié des Crinières Blanches, tu dois savoir.
— Tu sais, l’une des premières choses qu’ils m’ont demandée, les Alvarenniens, était "Sais-tu ce qu’est l’Arché-Liont ?". J’avais seulement quinze ans, et j’ai regardé Asporo, et il m’a encouragée à répondre. J’ai découvert que notre Père nous avait rien dit. Il nous a appris les mots, mais il ne nous a pas transmis le savoir. Il ne marchait pas avec l’Arché-Liont.
— Et toi, maintenant, tu "marches" avec l’Arché-Liont, demanda Anpacha, déroutée. »
Anpacha se perdait dans le regard grave de Chana, elle y voyait des choses sublimes des horribles. Sans qu’elle prononce un mot, Chana avait tout dit. Anpacha détourna les yeux, soupira, se recomposa un sourire et dit :
« Tu es vraiment belle. Et forte. Je ne sais pas ce qu’on t’a fait de l’autre côté, mais tu as vraiment l’étoffe d’une Alèphe. Les Crinières Blanches sont chanceux. J’aurais voulu que tu restes.
— Je resterai jusqu’au vote, connaître les résultats de l’élection. Je me présenterai. Les Blancs voteront naturellement pour moi.
— Et je devrai choisir, entre mon frère jumeau, fidèle à mon père, et ma petite sœur retrouvée, qui marche avec l’Arché-Liont. En sachant que si l’un des deux gagne, l’autre devra s’exiler pour des années.
— Ne te soucie pas de ça, maintenant. Rentrons à la maison, mangeons. »

La semaine passa assez vite, en tractations, négotiations, et promesses, et quand l’heure du Conseil arriva, tout le monde se dirigea vers le Refuge. On décida de voter pour les résolutions d’abord, puis l’élection. Chana n’avait pas été invitée à entrer, mais Unrithi y présida les votes.

Quand l’élection commença, Unrithi quitta le Refuge. Chana et lui étaient les deux seuls candidats, ils attendaient dans le Palais non loin du Refuge, dans la résidence confortable de l’Alèphe Suprême. À chaque tour, quelqu’un venait leur délivrer les résultats. Chaque tour où il n’y avait pas d’unanimité, l’élection reprenait après un débat. Il y en une une dizaine, avec allers et retours de pages et de messagers, sans résultat définitif. Et puis, alors que l’on pensait abandonner pour la nuit, la situation se débloqua.
À Albareth, le chargé d’affaires aux Liontári attendait impatiemment le résultat des votes. Il dormait quand la nouvelle arriva enfin, c’était juste avant l’aube. Le messager lui donna les missive, qu’il lut rapidement.
Toutes les résolutions posées au vote ont été passées, mais Unrithi avait été réélu. L’exil de Chana avait été fixé à dix ans. Dix nouvelles années pendant lesquelles elle ne pourrait pas revenir en Ardhi.
Il soupira devant le résultat doux-amer. Alvarenn obtenait beaucoup par rapport à la situation précédente, mais Unrithi n’était pas l’un d’entre eux.
« Passez mes remerciements et mes regrets à Chana Ann-Rhi, dit le chargé d’affaires. C’est l’une d’entre nous, et nous lui trouverons un poste convenable avant qu’elle revienne à son pays. Décidément, les griffes d’Unrithi Premier sont encore profondément implantée à Ardhi. Quelles concessions ont accordées pour obtenir le vote des Crinières Blanches ?
— Je ne sais pas, Monseigneur, mais Chana elle-même était satisfaite de ces garanties.
— Ont-il obtenu qu’Unrithi reçoive le Consolament ?
— Non, cependant il est dit qu’Anpacha Ann-Rhi ait approché spontanément une Crinière Blanche à ce sujet. »
Le chargé d’affaires leva un sourcil, en demandant, incrédule :
« Elle vote pour son frère mais veut être l’une des nôtres ? Soit, nous prendrons des arrangements. Il est toujours utile d’avoir une Parfaite dans l’entourage si proche de l’Alèphe. Espérons que ce soit assez pour que le peuple Liontári s’épanouisse de nouveau. Merci beaucoup, conclut-il à l’adresse du page, reposez-vous bien de votre voyage. »

Le messager fit un petit salut et laissa le chargé d’affaires à moitié endormi.
« Modifié: 04 juillet 2021 à 11:51:51 par Opercule »

 


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