Un pur-sang, en habit faisant la
manche,
Dans le coin retiré d'un vieux
ranch,
Hennissait comme déchanterait
l'ânesse,
Qui brairait sur un bréviaire à
la messe
Un fier coq se prenant pour un de chez
Mercuri
Le sentant venir avec ses gros sabots
d'écurie
Le renvoya en ses murs voir les belles
juments
Pour le cher garnement satisfaire
justement
Tout bon bourrin en robe qui fait le
snob !
Devrait avoir douce compagne qui sait le
job...
Sans l'emplumé liquider ! caqueta agacé le
gallinacé
Sûr, dit l'équidé ! sauf que j'en ai : des
câlines assez ! Hello !
Voici que, dans un but de partage d'idée, je vous propose de donner votre avis sur cette petite fable moderne, à la fois loufoque et impertinente, qui pianote (mais pas trop) avec les contrastes de langage et de situation. Ceci, tout en bousculant (mais gentiment) les codes de la poésie classique par l'expression baroque d'un humour tant supposé abstrait que volontiers grinçant.
Certes, on y passe du "Pur-sang" (animal noble par excellence) au "bourrin en robe" (mélange des registres oblige) cela peut engendrer des écarts autant que des similitudes entre le noble sentiment et le sensuel trivial, quoique quelques traits de gomme s'obtiennent avec l'usage de termes plus ou moins désuets mêlés à des expressions populaires ou familières.
La parodie de soi-même… là aussi oblige ! Vous y décèlerez peut-être une forme de morale, mais comme le reste : tout aussi subvertie ?
Bon OK, j'ai tout de même glissé çà et là quelques subtilités sonores… que vous entendrez peut-être ?... ou pas ?...
Voire… des rimes internes et des jeux de mots quelque peu ternes ?
Comme aurait pu dire le regretté Michel Colucci : c'est l'histoire d'un déclassement ou d'une crise d'identité actuelle. Le pur-sang semble avoir perdu sa superbe et cherche peut-être une forme de réconfort ou de reconnaissance. Or le coq, en gardien du temple un peu hautain, le renvoie manu militari à sa condition d'animal reproducteur ("voir les belles juments").
Alors osez !
Est-ce un texte qui ne se prend pas au sérieux tout en étant techniquement très construit ? Dispose-t-il d'une verve satirique peu ou trop marquée ?