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Auteur Sujet: L'étiquette  (Lu 480 fois)

Hors ligne Feather

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L'étiquette
« le: 14 Janvier 2026 à 19:01:27 »


Il y a des symboles plus ou moins forts, où la déception revêt sa peau de chagrin et l’espoir devient une sombre lueur. Il m’était parfois difficile de savourer les instants de paix  sans éprouver de la nostalgie. Les moments tendres restaient parfois des monceaux de joie indescriptible, laissant leur traînée de peine sur le chemin étriqué de mon existence. Et c'est avec un plaisir enfantin que mon âme saisissait alors le bonheur par des voies entrelacées de regrets et de plaisirs spontanés .
Je n’ai jamais oublié ma force d’aimer, même, quand toutes les désillusions se présentaient à moi sous des auspices malheureux.
Le temps passait et les événements poursuivaient doucement leur trajectoire dans ma mémoire, pour finir par s’inscrire et par parfaire mon identité d’une kyrielle de lumières. C’est en m’identifiant au travers de mes différentes rencontres et moments de ma vie que cette histoire prit forme.
Mon enfance fut heureuse, emplie de réjouissances enfantines où rire rimait avec naïveté.
La simplicité des instants était un prétexte à l’émerveillement. Mon enthousiasme naturel grandissait au rythme d’une gaieté puérile. J’étais désireuse de beauté, je ne cessais de m’interroger sur mon rôle dans ce destin aux variations entremêlées de surprises. Mon esprit s’ouvrait sur le monde avec une curiosité naturelle. Je me délectais de toutes les nouveautés s’offrant à moi.

J’étais une petite fille épanouie, heureuse de vivre dans une famille unie. Protégée et aimée, insouciante, je n’avais aucune arrière-pensée. Tout se composait d'une musicalité enchanteresse. Le temps se suspendait et prenait vie dans un espace privilégié, propice à la rêverie et à la contemplation.
Je passais mes mercredis après-midi, après l’école, à profiter des plaisirs du jardin de ma grand-mère. C’était un lieu magique, un lieu d’évasion et de rêves éveillés. Il était de ces endroits merveilleux où je pouvais profiter de chaque instant sans me soucier des affres de l’existence. J’adorais voir pousser les plantes. Leur ramure, leur ramification désordonnée, leur complexité élégamment sortie du sol… J’examinais les moindres bourgeons prendre naissance au printemps. Ce lieu me procurait un sentiment de confiance et de savoir naturel. Sa configuration quadrillée, partagée entre bosquets de fleurs et arbres fruitiers, offrait une place princière à un magnifique saule pleureur. La roseraie, qui était de toute splendeur, arborait des plants anciens dont les doux parfums enivrants se mêlaient aux essences boisées du jardin. Je m’amusais à gravir le muret et à converser avec les chats qui avaient fait de ce lieu leur domaine de prédilection.
Il m’arrivait de pêcher l’anguille dans la rivière depuis un petit lavoir en compagnie de mon père, ou de patauger dans l’eau, puis de me régaler des nèfles tapissant le sol aux fragrances musquées. Les balades en barque offraient également des instants de pure quiétude. Cette poésie légère élevait mon âme et réveillait de beaux sentiments.
Très jeune je fus initiée au jardinage et à la technique des greffons ; j’observais ma grand-mère, assistée de son jardinier, élaborer de vrais miracles sur les pommiers grimpants. C’étaient des moments de découverte qui me mettaient en éveil et me ravissaient. Chaque saison offrait sa plus belle parure.
Ma mère m'envoyait cueillir des pivoines pour agrémenter la table, dans le salon où trônait un grand miroir dont le reflet cristallisait la tranquillité de la pièce. Il y avait aussi les diverses cueillettes de pommes, de framboises, de fraises qui titillaient les papilles, et les tartes que nous cuisinions en chantonnant dans la cuisine au parquet à damiers blancs et noirs…Mes sens étaient en éveil. Du goût aux parfums odorants, l’atmosphère était paisible et enchantait tout un monde naïf et enfantin. C’était mon éden, où je me sentais protégée et rassurée. Les éléments participaient à l’éclosion de mon jeune esprit encore pur. Les moindres découvertes contribuaient à éveiller chez moi de nouvelles connaissances. C’était mon havre de paix.
Je glanais des pépites de joie inaltérables, des trésors saisis à la moindre occasion.
Entourée de mes sœurs, de mes parents, de mes cousines, de mes oncles et tantes, chaque événement s’apparentait à une fête inoubliable.
Les réunions familiales devenaient des débats où les envolées verbales passionnées révélaient la diversité des tempéraments. Entre débats politiques animés des adultes et les visages encore potelés des enfants amusés par tant de rires enflammés, les repas étaient de vrais tableaux impressionnistes.
Nous étions des idéalistes à notre manière. Chacune de mes sœurs avait sa particularité : Manue la hippie, Claire la sportive, Laurence le cordon-bleu et Anne la lectrice .
De Joan Baez à Dire Straits en passant par Mozart et Chantal Goya, la maison résonnait de musique. Les dimanches, la salle à manger se travestissait en salle d'aérobic. Devant la télévision, nous exercions nos talents de souplesse en suivant les enchaînements de Véronique et Davina.
J’ai encore le souvenir du Patchouli, de Courrège in blue qui embaumaient les chambres, et les affiches de cinéma découpées dans la revue Studio. Tout aurait pu paraître hétéroclite, cependant il n’en était rien. L’amour donnait au tout une consistance et une logique naturelle. Mes grandes sœurs étaient mes modèles. De cinq à huit ans mes aînées, elles reflétaient l’évasion et tout un monde fantaisiste que j’admirais.
Nous avions pour habitude, dans notre village, de préparer l’évènement de l’année. La confection de chars pour le carnaval. Cela occupait une grande partie de nos soirées. Généralement, la construction se faisait dans une grange où papier mâché, peinture, ossatures de grillage se transformaient en une majestueuse création. Je me souviens de mon regard fasciné parcourant les moindres détails de ces constructions gigantesques. Chacun laissait ses querelles de voisinage le temps des festivités. Un bouquet d’humanisme planait sur ma terre natale. Enfants et adultes partageaient à l'unisson ce moment unique. 
C'était un hymne à l’amitié avant la grande parade où des milliers de personnes venaient contempler l’exceptionnel travail de plusieurs mois. Petite Cité de caractère au charme fluvial, notre village célébrait également les lavandières. La fête des lavoirs était l’occasion de mettre le patrimoine à l’honneur, la gastronomie et les chants bretons. Je me vois encore lécher le sucre sur mes doigts, mes lèvres hydratées par le beurre fondu des crêpes généreuses et la gorgée de cidre offerte alors que l’âge me l'interdisait… Tout participait à l’harmonie entre les habitants, et à la convivialité estivale.
Ces animations étaient  ma joie de vivre, la légèreté d’une enfance heureuse.

Nous passions nos étés au bord de la mer à profiter des joies de l’eau fraîche, à nous blottir dans le sable blanc et chaud des criques Bretonnes. Nous partions à pied à la pêche aux coquillages munis de nos épuisettes et de nos besaces en bandoulière. Volontaires, nous l'étions! En saison, assises sur nos bottes de paille, nous arrachions les cocos paimpolais. Ou, les pieds dans l'eau, au rythme des marées, nous ramassions le petit goémon, un lichen utilisé dans l'industrie cosmétique. Jeunes et dynamiques, ces activités nous permettaient de remplir nos poches de quelques billets afin de contribuer à l’achat de nos fournitures pour la rentrée scolaire. Les sorties à vélo entre filles étaient également de vrais moments de complicité.
Et puis il y avait ces bains interminables, les plongeons depuis la jetée, les sorties en mer sur le vieux gréement de mon oncle. La volière au fond du jardinet, où les canaris rapportés des voyages en espagne batifolaient en chantant, et où j’adorais m’attarder en pensant au jour où leur liberté leur serait rendue. La vie était belle et reflétait un état d’esprit paisible. Ça me profitait. Je ne manquais de rien. Les veillées dans les landes, entre filles, restent aussi des moments inoubliables. Nous refaisions le répertoire de Joe Dassin, Yves Duteil, Hugues Aufray… au son de la guitare et de l’harmonica.
Cette famille était mon ciment et mon ressourcement, une bulle de protection. L’innocence avait cette force indélébile. Comme une protection qui semblait feutrer les moments d’une inaltérable beauté. La véracité des rapports se noyait dans un extrême et langoureux tempo. L’harmonie des échanges donnait à l’atmosphère un sentiment de sécurité, et la foi chrétienne toute la crédibilité à la légèreté. C’était une vie sans péché.  Je me souviens que, pour ne pas déplaire au curé et à ma tante, je m’inventais des histoires le jour de la confesse. Je crois que c’est à ce moment là que je me suis prise de passion pour la narration.
Alors que mon idéalisme prenait naissance et que je commençais à avoir mes propres idées sur le monde…
Peu après mon entrée au collège, un événement me blessa profondément.
Je fus exposée à de l’humiliation par mon petit ami qui m’affubla d’un surnom moqueur, “omelette baveuse”, parce que je n’avais pas su l’embrasser correctement. Ce surnom se répandit dans tout l’établissement, je finissais par longer les murs, me replier sur moi-même, coupable de ma faute. Ce fut un séisme sentimental alors que je découvrais les premiers émois amoureux, Je fus submergée. D’autant plus que mes premières connaissances de l’amour, je les avais puiser dans les sagas à l’eau de rose de la collection Harlequin qui trônaient sur la table de chevet de ma mère. Bref, le monde romantique de Barbara Cartland n’était que mensonge!
J’ai vécu cet événement dans une solitude maladive. Cette anecdote s’abattit comme un séisme là où la candeur s’habillait de tout son charme et de sa poésie. Ce sentiment nouveau, encore méconnu, allait me faire comprendre que l’extérieur pouvait revêtir toute une cruauté. Le contre-choc des éléments moraux commençait à contrarier ma personnalité naïve et pleine de joie. J'étais prise de cauchemars récurrents, je commençais à vaciller comme une poupée de son que l’on n’arrive pas à faire tenir debout. La peur m'envahissait, le réconfort et l’amour de ma famille m’aidèrent durant cette année de frayeur et d’incompréhension. Hypersensible, j’intériorisais mes effrois pour oublier ma fragilité. Un voile de nacre venait recouvrir la face d’un monde édulcoré. Je naviguais dans une eau trouble dont les profondeurs abyssales se parsemaient de roc anguleux, et la surface de forts remous maritimes. Mais je n'oubliais jamais mes attaches rassurantes et le soleil qui, par sa brillance jaillissait de ma mémoire et m’attirait vers une adversité bien moins sombre, que la stupidité ne pouvait gâcher.
Je me mis à porter le badge “ touche pas à mon pote” et à me pencher sur l’idéologie de SOS racisme. Cela renforçait mes convictions. C’était aussi l’époque des “Chanteurs sans frontières” avec la chanson “We are the World” en soutien à l'Éthiopie qui vivait la répression et une grande famine. Ces évènements participèrent à agrandir ma réflexion et à ouvrir des possibles encore inconnus.
Les compétitions de basket et de cross inter collèges m’aidèrent beaucoup. Les challenges me faisaient gagner en ténacité. Je développai un tempérament de battante.
Dans ma vie d’adolescente, ce sont des rencontres de nouvelles personnes, venues d’horizons différents, dont les histoires riches de surprises m’attiraient. Elles contribuèrent à parfaire mon identité. Je découvrais une multitude d'univers bien différents de mon confort personnel. Je m’ouvrais alors à la camaraderie, aux sorties, à la première
cigarette, au premier kir partagé entre amis. Ça me semblait si simple, coloré de mille et une couleurs. Pourtant mon naturel optimiste  commençait à se teinter d’une sombre lueur. La jalousie, la convoitise, encore en sommeil, se réveillaient et me frappaient de plein fouet. Je subissais à nouveau l’hypocrisie d’une humanité juvénile. Le jeu des conversations des plus banales se transformaient en sujet de discorde et heurtait mon âme de malheureux constats. Les apparences vestimentaires étaient devenues des marqueurs sociaux ; moi qui ne m’attardais pas sur mon style et ma silhouette, je compris l’importance de ces critères qui par leurs attributions donnaient tout leur pouvoir à la concurrence. Je me retrouvais dans la cour des fauves combattant pour s'attribuer la faveur des plus audacieux. L’adversité prit tout son sens, malgré mon attachement à des valeurs solidaires.
Mais mon esprit n'était pas prêt pour affronter tous les affres de cette humanité désinvolte.
C'était aussi les premières vraies amours, celles qui sont capables de transcender les turpitudes existentielles en un charivari de belles émotions.
C’est à ce moment-là que je rencontrai Fabien au détour d’une rue. D’une démarche nonchalante, les mains dans les poches, il me souriait chaleureusement. Mon cœur se mit à palpiter, j’en éprouvais des sensations qui me traversèrent le corps. J’en étais tombée amoureuse dans l’instant. Les nuits suivant cette rencontre furent magiques et probablement utopiques dans leur dimension fantasmagorique. Je nourrissais un profond désir physique pour lui, comme tenue par une chimie presque viscérale. Était-ce un élan narcissique, une lubie, une chimère? Quoiqu’il en soit, je fis le nécessaire pour tout connaître de lui, je m’informai de ses faits et gestes pour en apprendre davantage… On aurait pu le qualifier de Bad boy au cœur tendre. Il fumait du cannabis et se désintéressait de ses études. J’appris qu’il avait cambriolé une bijouterie pour offrir une bague à sa copine. Je trouvais cette histoire très romanesque et cela amenait encore plus de croustillant à ce personnage mystérieux, de cinq ans mon aîné. C’est certainement l’inaccessible de la
relation qui me montait à la tête, et l’objet de séduction ne pouvait être qu’une allégorie de mon désir d’amour. Mais qu’importait la finalité, je me passionnais pour cet homme à la dégaine charmante et au sourire ravageur.
Ce premier vrai sentiment amoureux nourrissait ma conscience et mes rêves, j’en étais totalement éprise. J’étais comme médusée par son aura, j’en perdais la raison. Comme une icône religieuse, il sacralisait, par son existence, le rêve, l’imagination, le sublime. Cet amour me nourrissait à tel point que mes intérêts pour les futilités ordinaires s’en voyaient amoindries. C’était ma raison de vivre pour un temps. Car cela tournait à l’obsession. C'était réellement devenu une fuite, une façon de fuir la réalité pour laquelle je n’arrivais plus à donner du sens.
Ma gestion émotionnelle était de plus en plus compliquée, et connaissant l’impossibilité de la relation, je me morfondais dans une désillusion néfaste. Suivirent alors les premiers signes d’une dépression. Perte d’appétit, alimentation anarchique, affabulations : j’avais toute une représentation faussée de ma personnalité. Au lycée, je me désinvestissais des cours, et mes amies proches commençaient à s’éloigner. Un sentiment de solitude s’abattait sur moi. Je ne contrôlais plus rien. Je me sentais laide, difforme, inintéressante. Je n’étais plus en accord avec la jeune fille que j’étais, celle qui chantait Santiano face à une mer déchaînée sur la côte Bretonne. Je ne réfléchissais plus, mes pensées s’évaporaient. C’est alors que je me réfugiais dans l’écriture et la lecture. Je pouvais marcher des kilomètres en lisant, tenant dans mes mains la seule échappatoire de ma vie désertée. J'avais perdu beaucoup de poids. Seule l'imagination était mon seul espoir. J'étais sous l'emprise d'une idéation sans borne et d'un monde fantasque, que je me créais. La littérature et la philosophie me nourrissaient. Je vivais par procuration à travers les récits et réflexions d’auteurs tels que Rousseau, Saint Augustin , Nietzsche, Platon, Gide… Je fus passionnée par le phénomène d’Anna O, cette femme qui à l’aide de la psychanalyse retrouve l’usage de sa langue maternelle et le goût de vivre. L’inconscient devint pour moi une énigme à découvrir et Freud un écrivain fascinant. Paradoxalement, je me plongeai dans l'existentialisme, “l’être et le néant” de Sartre. L'ambiguïté humaine et les tréfonds de la psyché revêtaient un attrait bien particulier pour moi. je ne cessais de m’interroger sur la noirceur de mon âme poétique.
Un an plus tard, j’étais hospitalisée pour trouble de la personnalité et du comportement alimentaire. J’avais perdu beaucoup de poids. J’étais devenue un légume, et mon esprit torturé me faisait souffrir. Perturbée, je n’éprouvais plus la sensation de satiété. J'avais l'impression de vivre à côté de mon être. Je ne ressentais plus mon corps. Comme si mon esprit se détachait de mon enveloppe charnelle.
S'ensuivirent alors  les premiers traitements médicamenteux, les perfusions,  la sismothérapie encore appelée électrochocs. Ce fut à ce moment-là que je commençais ma première analyse. Je voulais absolument tout connaître des profondeurs de mon âme et comprendre ce revirement chez moi. Il m'était agréable de parler et cela me faisait du bien. Cependant, les crises de désespoir persistaient.
Je n’avais plus comme seul espoir l’imagination et le monde fantasque que je me créais. J’étais sous l’emprise de la folie.
Malgré cela, je ne comprenais pas ce qui se passait… Je me donnais corps et âme à ces pratiques sans sourciller, sans émettre un quelconque avis ou le moindre élan de survie.  Cela m’aida néanmoins à ma reconstruction, mais non sans une certaine appréhension.
Les médicaments perturbaient ma sensation de satiété, j’avais l’impression de vivre à côté de mon être. Je me donnais entièrement à la science, en objectant aucune intention de révolte. J’étais dès lors prise en charge… me disais-je! Je ne me rendais pas compte que cela signerait la première identification à un trouble psychiatrique.
Mon psychiatre-analyste de l'époque me dirigea vers le centre médico-chirurgical de Saint Hilaire du Touvet en Isère. Je m’en souviens bien : C'était l’année de mon baccalauréat, et le centre dispensait des cours particuliers, ce qui me permettait de m'inscrire pour la session de septembre. Il y avait des personnes réellement cabossées par la vie. Valide, il m’arrivait de rendre service en poussant les fauteuils et plateformes roulantes. Je me sentais utile… J'appris beaucoup là-bas. Par exemple: que la vie est précieuse. Que le courage dont l’Être est capable pour surmonter les difficultés de la vie, peut transformer la peur, la haine en une grande fraternité. Ce fut une réelle leçon de vie. Le bon air et l'altitude du massif de la Chartreuse m'apportaient l'oxygène qui me manquait. Les parties de tennis et les randonnées ponctuaient mon séjour de véritables bulles d’air.
Mais quelques mois après mon retour en Bretagne, les premières bouffées délirantes apparaissaient. J'avais développé une agoraphobie : sortir dans la rue m'était difficile. Je n'arrivais plus à me reconnaître dans le miroir. Ma silhouette se déformait par extension. J'entendais parfois des voix lorsque je traversais une foule. Les yeux rivés sur moi me terrorisaient. Comme des milliers de fourmis me parcourant le corps, une sensation d'enfouissement venait pénétrer mon être pétrifié. Cela me terrassait d'effroi. Je perdais pied.
Malgré une attention particulière de mes proches, je me sentais incomprise et avais le sentiment d’être infantilisée et exclue des intérêts familiaux.  Il planait au-dessus de ma tête des non-dits, chacun avait sa propre interprétation, j'étais sujette aux pires suppositions, j'alimentais, malgré une certaine bienveillance, les fantasmes de tout à chacun. Le sujet restait tabou dans la famille. Je pouvais cependant voir, dans le regard de mes parents, de la détresse et de l’impuissance. Parfois de la culpabilité, mais à aucun moment du jugement.
Ils étaient malheureux pour moi et ne reconnaissaient pas leur propre fille. Cette jeune fille qui, jadis était la joie de vivre. Moi-même, je ne me l’expliquais pas. 
J’alternais entre des moments de rémissions et de crises, je devais composer avec cela. Pendant les périodes de calme, j’étais heureuse et arrivais à renouer avec mes amis et à travailler. Mes tentatives de reprendre des études supérieures me motivaient un temps et puis mon démon intérieur, qui sommeillait pendant mes périodes d’enthousiasme, se réveillait en sursaut. Les moments d'accalmie étaient de vraies aubaines. Ils étaient précieux. Je profitais au maximum de ces pauses pour embrasser la légèreté d'une réalité qui s'éclaircissait par ondes alternées. Je décuplais alors d’énergie. Puis, arrivait, sans prévenir, le moment où je me réfugiais dans un monde obscure.

Mes différentes hospitalisations se succédaient dans un espace-temps qui m'échappait.
J’avais bien conscience que je mettais ma vie en danger. Quand je fus hospitalisée en urgence pour hypokaliémie (défaut de potassium dans le plasma sanguin), s'ensuivit une série de perfusions qui me laissèrent de nombreux hématomes sur les bras. Je n’arrivais plus à prendre conscience des événements délétères s'abattant sur moi. Le temps passait et mon corps subissait des maltraitances involontaires. Mes crises de décompensation créaient une tension permanente dans mon organisme malmené par les médicaments, et par les traitements d’une mauvaise alimentation.
Etais-je devenue folle, inconsciente? Je n’arrivais pas à discerner le bien du mal. Tout faisait résonance avec la crainte intérieure d’un monde sans précédent qui s’alimentait d’une peur infinie.
Malgré la bonne volonté de mes proches, la maladie mentale restait un mystère et me faisait vivre un vrai ostracisme social. Comme une tornade propulsée dans les airs, je ressentais parfois une envie de hurler à l’injustice. Cependant j’étais aphone. Aucun mot ne sortait malgré ma rage de crier haut et fort ma révolte.
La vie m’apprit énormément sur l'impuissance à exprimer son for intérieur. Je me sentais emportée dans un tourbillon. Je ne maîtrisais rien. Les périodes de rémissions étaient de plus en plus inexistantes. Engluée dans ma problématique, j'en arrivais même à me surprendre par ma capitulation. La force me manquait. C'était désarmant. Cette faiblesse pernicieuse construisait une forteresse autour de moi, que nul ne pouvait franchir. Afin de comprendre mes errances, et mon naturel dépressif je m'étais inventé des origines J’avais le sentiment de porter sur mes épaules toute la misère du peuple juif.

Mes origines portugaises du côté de ma grand-mère m'avaient amenée à faire des recherches sur l'existence des Marranes. Ces juif, forcés de se convertir au catholicisme connurent l’expiation et des exécutions sous l’inquisition au Portugal au XVième siècle.
Bien que cela pouvait sembler invraisemblable, ce rapprochement tragique m’aidait à comprendre viscéralement ma neurasthénie.
Cette identification à cet ADN historique me désengageait de mes responsabilités. Je vivais une crise identitaire. Comment pouvais-je apprécier cette vie de désoeuvrement et de déperdition qui m'entraînait vers une sombre destinée.? Une sensation de trouble m'envahissait. Et ma fragilité psychologique m’imposait du repos.
je fus donc admise dans une clinique en Ille et Vilaine, un lieu retiré dans la campagne Rennaise. Les jardins coquets contrastaient avec la vétusté du bâtiment qui laissait penser à un manoir d'un autre temps. Malgré l'austérité des hautes façades, on s'y sentait bien. Les résidents pouvaient jouir de la tranquillité ambiante sans être perturbés par l'effervescence de la vie citadine.
On s'adonnait à de longues discussions, assis sur le perron de l'entrée principale. Je revois encore Paul, un jeune garçon passionné, nous racontant le sujet de son futur roman, Laura nous partageant son intérêt pour l'Égypte ancienne… Chacun et chacune avions des ambitions, et malgré la maladie, l’espoir nous habitait.
Tout semblait presque normal jusqu'à la tragédie.
Quand la bâtisse s’est embrasée en pleine nuit, l’horreur s’est abattue. Je fus réveillée par le hurlement de l'alarme. Contrairement à ma compagne de chambre, je n’étais pas sous l’emprise de somnifères. Je la secouai et l’intimai de sortir au plus vite. Encore groggy par les barbituriques, elle ne comprenait pas la gravité et l’urgence de la situation. Elle tardait à sortir, voulant emporter toutes ses affaires. Mais les émanations de fumée se faisaient sentir et nous n'avions plus de temps. Nous étions dans un amas de fumée.Par chance, deux jours avant la catastrophe, pour obtenir plus d'intimité, j’avais demandé à être relogée. J’avais donc quitté le dortoir pour une chambre double dans l’aile annexe, épargnée par les flammes.
Les barreaux aux fenêtres empêchaient les personnes de sortir, emprisonnées dans le bâtiment principal. Malgré les efforts déployés par
les pompiers, plus d’une vingtaine périrent asphyxiées ou brûlées. J’en garde encore aujourd'hui une profonde tristesse et un sentiment d’injustice quant à ma survie. Suite à cet événement, je retournai vivre chez mes parents et développai des tocs phobiques et une peur du feu. Il ne se passait pas un instant sans vérifier scrupuleusement  la fermeture des brûleurs de la gazinière. Pour reprendre contact avec la vie et retrouver de l’espoir, j’’avais trouvé une activité dans  un haras. La compagnie de chevaux m’aida beaucoup mais malheureusement mes démons persistaient.
Je fus à nouveau dirigée vers un centre de psychothérapie pour jeunes dans le Maine et Loire. Tout d’abord tout se passa bien. Mes journées commençaient par de l’ergothérapie (sculpture, émaux, peinture sur soie, aquarelle…) et se poursuivaient par des séances de psychothérapie de groupe où chacun à notre tour prenions la parole. On tissait de vrais liens d'amitié. Tout en se racontant, on rentrait dans l'intimité de nos vies très singulières, on était dans un processus de découverte de soi. Respectueux et bienveillants, on construisait des liens sincères animés d'authenticité. Tout semblait banal.
Jusqu'au jour où une jeune fille, Camille, se donna la mort.
Rien ne pouvait prédire ce geste car elle arborait toujours un sourire et parlait de ses projets de sortie. Elle passait son temps à dessiner des clowns, je m'en souviens très bien car ses dessins étaient très colorés. La souffrance pouvait être pernicieuse et sournoise. La mort pouvait nous prendre des cœurs tendres sans le moindre remords. Pensais-je?
Suite au suicide de Camille, des symptomes d’angoisse apparus, je n’avais plus d’appétit. C’est alors qu’on m’isola à “l’aquarium”. C’était le nom donné au lieu dédié à l’isolement. Il s'agissait de m'enfermer dans  une chambre capitonnée avec pour seul accessoire un pot de chambre.
Vingt minutes de sortie dans le parc m’étaient autorisées par jour, accompagnée d’un infirmier. Cela dura plusieurs semaines.
Je dois dire que mon parcours de soins fut très traumatisant, je conservais malgré tout une confiance en l’équipe soignante.
J’acceptais la situation, comme résignée par un destin sans avenir. Sans volonté. je n’étais plus qu’une ombre qui se dessinait dans la pénombre, sans aucune réelle consistance.
Je n'étais pas prête à vivre ces drames.
En arrivant dans ce centre, j’avais trouvé de l’aide et du réconfort, un groupe de soutien, des amis, et finalement, suite à cette période d’isolement, j’en suis ressortie, perturbée, après avoir sollicité mes parents de signer une décharge. 
Après cet épisode, je connus un peu de répit. Mais je n’avais pas encore tout réglé. Mon corps me tiraillait. Les sommations à manger de la part de mon psychiatre et de ma famille devenaient impérieuses et les restrictions que je m'infligeais se transformèrent en orgies incontrôlables.
Le corps était certes à soigner, mais ma tête ne suivait pas.
Alors, je m'empiffrais en occultant le plaisir et puis, je me purgeais frénétiquement. Cette poussée d’adrénaline me donnait du courage supplémentaire, me propulsant vers un possible encore réalisable.
J’eus la chance de partir au Canada quelques mois dans une famille d’accueil. Alimentée par l’exotisme du pays et de l’expérience, mes troubles, au début, s'arrêtèrent. Je pus profiter au maximum des merveilles de Montréal. J'étais enfin libre! Je m’étais inscrite à des cours du soir d’anglais à l’université et j’occupais mon temps à flâner.
Je prenais plaisir à déambuler sur la rue McGill, à faire du lèche vitrine sur  Sainte Catherine, et à profiter des bars concerts sur le boulevard Saint-Laurent. Je découvrais avec fascination les œuvres contemporaines du MAC, le Musée d'Art Contemporain de Montréal. Je me sentais pousser des ailes. J’étais descendue en bus jusqu' à Key West en Floride retrouver un ami. Je visitai la maison d'Hemingway, m’étonnai de la multitude des chats, et du commentaire amusé de la guide en décrivant avec admiration la faïence française de la cuisine… Le coucher de soleil à Mallory Square… Bref j’étais épanouie!
Jusque là, tout allait bien. J’avais eu une lueur d’espoir quant à ma guérison. Cependant, après l'excitation et l’exaltation des quatre premiers mois, les symptômes réapparurent. Par manque de médicaments, je sombrai progressivement vers l’inaptitude. Lors d'une visite à Toronto, je commençai à perdre mes repères, et à fantasmer toute éveillée. Je me vois encore parcourir pieds nus un pont au-dessus du lac Ontario. L'incongruité de la situation révélait ma descente vers un monde où mon réel ne correspondait pas avec une certaine conformité de la réalité. J'étais comme habitée par un sentiment de toute puissance et de déréalisation.
Et puis, je me réfugiai dans le désordre d’une gabegie ogresse. Je pouvais m’asseoir autour d’un comptoir au fast food Schwartz's et engloutir jusqu'à trois plats d’affilée, puis me vider comme une bête effrayée. Et je rentrai en France après huit mois d'escapade canadienne, partagée entre enthousiasme et déprime.
Quelque temps après mon retour, je perdis ma grand-mère. Les sonates pour piano de Haydn, qu'elle jouait avec virtuosité sur un vieux Gaveau, ne résonnaient plus en moi. Les soirées, installée avec elle et ma sœur jumelle dans le crapaud en velour vert, à regarder “des Chiffres et des Lettres” à la télévision, revêtaient un goût nostalgique…
À nouveau la mort se présentait comme une fatalité. Thanatos avait encore touché un être cher. Ce fut très douloureux et je fus très affectée. Une partie de ma jeunesse s'évaporait telle une onde passagère. La réalité me frappait et s’envolait avec toute la beauté de l’innocence.
        J'étais un être affaibli que l’on devait protéger.
Et pourtant, du courage, j’en avais… .
Je n’ai au fond de moi jamais accepté ma maladie, je pensais que c’était  une épreuve de vie, de celles qui nous aident à grandir. Je pensais que j’étais sous l’emprise de mon âme romantique, exposée à mes propres turpitudes. Mais la psychiatrie avait ses mots à elle, elle n’hésitait pas à me stigmatiser par son jargon médical. J’étais une psychotique. Je sortais à peine de l’adolescence que l’on m’attribuait une étiquette. Moi qui clamait haut et fort que je ne pouvais être réduite à cela. La seule chose qui me manquait était d’être aimée pour mon âme fougueuse et passionnée telle une jeune femme libre. Mais, je n'étais pas libre, j'étais emprisonnée dans ma tête et dans mon corps.
Les traitements n’étaient pas totalement adaptés, si bien que je subissais les effets secondaires: apathie, tremblements, essoufflements… ce qui m'amenait à les arrêter, jusqu’à nier la maladie et sombrer à nouveau dans une crise.
Un excès de mélancolie me traversait. Mais par chance, mes crises s’exprimaient par une grande créativité et me permettaient d’associer délire et imagination.
Je pouvais rester des nuits sans dormir à dessiner et peindre avec frénésie pendant des jours entiers… comme envoûtée. C’était mon exutoire, une certaine liberté que je m’offrais. Mon naturel créatif m’aidait beaucoup.
Je ne désespérais pas à me forger une vie active. Durant les six premières années de ma vie d’adulte, je naviguais entre soins et espoirs. Enfermée dans un certain mutisme, avec pour seule échappatoire la foi en un ailleurs meilleur. Comme désireuse de parfaire ma vie sur un chemin devenu inaccessible.
Je développais, malgré les déconvenues sociales, une force intérieure. Ma rancœur s'exprimait parfois en sourdine contre le système tout entier. Car je me sentais enchaînée, arrimée à une ancre bien attachée, alors que le navire continuait d’avancer. J’avais l’impression de stagner et que le monde évoluait à grande vitesse autour de moi. Qu’un fossé s’élevait  entre ma famille, la société et moi. Les sauts de géant que je m'efforçais de faire ne suffisaient pas pour m’insérer dans cet environnement hostile.
J’avais le sentiment que tout pouvait s’écrouler sans vraiment m'atteindre. Malgré mon hypersensibilité, j’étais comme imperturbable. J’arrivais à mettre en sommeil ma haine et mon dégoût du monde. Parfois, mon idéalisme prenait le dessus, je me raccrochais à mes premières années, à ma tendre enfance, pour continuer à croire en un avenir heureux.
Je naviguais entre des méandres abscons et lucides. Pareille à la flamme d’une chandelle, je dansais au rythme d’un souffle timide et aléatoire. À chaque saison, mon être muait dans une sorte de métamorphose sans me donner réellement de répit.
Je devenais au sein de ma famille et pour moi-même un mystère et un jeu d'interrogations. Si bien qu' intuitivement, une impression de secret me concernant planait au-dessus de ma tête. Les tabous, les non-dits gravés dans le roc s’élevaient comme un ostracisme inaudible.
Je devais me réinventer, d'autant plus que les électrochocs m'avaient temporairement fait perdre la mémoire à court terme.
« Modifié: 19 Janvier 2026 à 18:05:27 par Feather »
Les larmes sans pleurs sont une lanterne.

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« Réponse #1 le: 14 Janvier 2026 à 19:13:43 »
Grâce à l’allocation qu’on m’attribua, je pus gagner en autonomie en m'installant dans un petit studio à Rennes ; un rez-de-chaussée de vingt et un mètres carrés, que j'avais décoré avec goût et qui me correspondait. C'était mon refuge, où je passais une partie de mon temps à composer des poèmes sur ma machine à écrire. J'empruntais des livres à la bibliothèque municipale, c’est là que je découvris de vrais trésors: l’oeuvre d'Alberti sur la perspective, les écrits de Kandinsky sur l’art abstrait... Je m’étais trouvé une nouvelle passion pour l’Histoire de l’Art et ne cessais de peindre et de dessiner. Munie de mon carnet, je consacrais des après-midi à croquer les passants, les ruelles, les placettes, les jardins de la ville…
Je retrouvais dans le parc du Thabor des sensations d'antan, riches d'inspiration. Je me ressourçais à ma manière en admirant les bienfaits d'une nature florissante. Les essences et les parfums floraux égayaient mon esprit d'une légèreté temporaire. C'était ma façon de sourire à la vie, de croire en un nouvel optimisme . Curieusement, lors de ces sorties, tout s'effaçait et tout s'éclairait.
J'arrivais à profiter pleinement de ma présence. Le temps se suspendait à la délicatesse sensorielle. Le souffle du vent donnait par magie à ma peau une saveur délicate. Je ressentais mes cheveux emportés par la brise. Ils allégeaient ma silhouette frêle. Je décollais du sol et m'émerveillais de cette sensation précieuse.
C’était ma bouffée d’oxygène. J’avais plus où moins trouvé un équilibre. Cependant, tiraillée entre un besoin de me normaliser et de me protéger, je peinais à trouver ma voie dans une société exigeante où le handicap mental n’avait pas sa place. Je me sentais marginalisée et incomprise.
On m'avait mise sous curatelle, ce qui renforçait cette position d'assistance et d'incapacité.
Ce parcours de soins me faisait perdre confiance. J'étais à nouveau dans une grande errance personnelle.
J'en perdais mes repères. Il m’arrivait, par manque d'objectivité, d'édulcorer mes sensations. Ma naïveté naturelle m'aidait cependant beaucoup. En minimisant les effets des symptômes de la maladie, je trouvais la force pour affronter les lendemains difficiles.
Je passais la plus grande partie de mes soirées à lire ou à écouter la radio. Parfois, il m’arrivait de sortir prendre l'air au milieu de la nuit et de m'arrêter dans un troquet pour y boire un verre de vin blanc.
Je venais de rompre avec un garçon avec qui j'avais vécu une belle romance. À l'époque, mon instabilité émotionnelle ne me permettait pas de me projeter, et, paniquée par le sérieux de la relation, j'avais préféré fuir… Mon naturel à saborder mon bonheur n'était plus une surprise pour moi.

Je fis la connaissance de Pierre. Il était sympa de premier abord et parlait beaucoup. Étudiant en économie, il expliquait avec une totale passion le pouvoir du boursicotage. Sa personnalité volubile m'intriguait.
Un jour cet homme fut très insistant, il m'avait violemment soumise à son désir de me posséder sexuellement. Je n'avais rien vu venir. Ce fut comme un tsunami. Cela laissa une plaie dans mon corps fragilisé et renforça un sentiment d'instrumentalisation.
Dans les années quatre-vingt-dix, MeToo n'existait pas. J'étais une de ces femmes qui portaient la honte sans me rendre vraiment compte de l'injustice de cet acte impardonnable.
Et puis quelques mois plus tard, je rencontrai Fred, lors d’un anniversaire. Je me sentais vraiment bien en sa présence. Il avait ce supplément d'âme et un charme hypnotique. Son écoute bienveillante inspirait le respect. Je lui racontai mes errances personnelles avec honnêteté. Alors que je pensais être vouée au châtiment… Des possibles s'ouvraient à moi. Le week-end, nous nous échappions à Saint Malo. Les promenades passionnées sur les remparts étaient nos moments privilégiés.
La simplicité des rapports laissait entrevoir une osmose naturelle. Je n'avais jamais rien connu d'aussi spontané. Progressivement mes sentiments grandissaient, par circonvolutions apaisantes, comme imprégnés d'un doux souffle enivrant. L'amour naissant enrayait toute une partie sombre de ma personne. J'étais une femme heureuse et épanouie. Il avait une belle sensibilité et une extrême pudeur. Entre ses bras tout devenait possible. L'essence de sa chair s'harmonisait avec l'odeur de mon corps, je découvrais un érotisme sensuel. Et, j'appris à apprivoiser mon corps que je maltraitais.
                             
Nos discussions interminables modifiaient la représentation que j'avais de moi. Je libérais ma parole en toute sécurité affective. Cet amour naissant rayonnait comme une évidence.
 
Avant lui, j’étais imparfaite. Mes membres se disloquaient sous l’impulsion d’une désorganisation marginale. j’étais l’expression d’un rejet. Mais dans ses bras, j’existais. Dès lors, nous ne nous sommes plus quittés…

Inspirée par cette union, j'avais repris la peinture.
Je'excécutais sur de grands formats. J’abordais une esthétique abstraite. Avec son soutien, je pus exposer mes œuvres et commencer une existence d'artiste peintre.  Mes différentes expositions furent  des occasions inoubliables. Je m’étais rapprochée d’un atelier. Entre passionnés nous échangions sur nos pratiques et nos affinités artistiques. Je pouvais passer des heures à fréquenter les musées, à décrypter méticuleusement les techniques en m'imprégnant des différents styles. L’art m’aida beaucoup à canaliser mes émotions. Manipuler les pigments et les collages me libérait d’une certaine emprise mentale.
Deux ans après notre rencontre, au printemps, nous scellions notre union.
Ma sœur Anne présidait la cérémonie. Cela se déroula dans une charmante commune du bord de mer. C'était un jour de fête. Le soleil rayonnait, tout était promesse de bonheur et de chance. Le repas fut donné en petit comité, sous une tonnelle au cabanon de mes parents. Je me souviens des facéties de mon père et de la bonne humeur qui y régnait. Le repas fut constitué de produits de la mer apportant une fraîcheur supplémentaire à cet instant exceptionnel. Enivrée par le champagne et l'événement, j’étais émue. Bien que je ne mesurais pas encore le sens de cet engagement, j’en appréciais toute l'exception par l'effet apaisant que cela me procurait. Enceinte de quelques mois, la rondeur de mon ventre laissait entrevoir une silhouette naturellement belle. Ce fut un jour mémorable.
Quelques mois après, Stan naissait.
La maternité fut pour moi une révélation. Aidée d'un hypnothérapeute, j'avais arrêté mon traitement afin de ne pas contaminer le fœtus. Je vécus toute la beauté de la maternité, épanouie. Je pratiquais l'haptonomie et la stimulation musicale, rien n’était laissé au hasard. Je pus allaiter avec le plus grand plaisir. Ce rapprochement sublimait mon rôle de mère. Je devenais quelqu'un de respectable. C'était merveilleux.
Nous avions déménagé dans un petit village loin du tumulte de la ville. La vie était paisible. Orienté sud, le salon était baigné de soleil, l'ambiance chaude de la pièce laissait échapper un doux réconfort. La couleur violette des rideaux se mariait délicatement avec le jeté orange du canapé et le bois de la table. À l'étage, en sous-pentes, se trouvaient les chambres. Celle de Stan était en vis-à-vis de la nôtre. Joliment colorés, les meubles que j'avais personnalisés s’harmonisaient avec les quelques tableaux que j’avais peints. C'était gai, à l'image de notre humeur de jeunes parents.
Nous profitions de chaque instant… Immortalisant avec notre appareil photo argentique les moindres sourires de Stan et les scènes de vie heureuse.
Fred et moi étions en osmose et admiratifs de ce petit être magnifique. Je voulais tout apprendre sur la parentalité et l'éducation. Pour parfaire mon rôle de Mère, j'étudiais la psychologie de l'enfant, je m'intéressais aux différentes découvertes des modes opératoires, et à la finesse des trouvailles sur l'attachement mère-enfant, je regardais assidûment l'émission “les maternelles” présentée par Maïtena Biraben. 
Je me souviens des premiers corps à corps avec Stan. Les siestes où, allongé sur mon ventre, il dormait paisiblement, fusionnant avec moi. Tout était douceur : la chaleur de nos peaux, la délicatesse de son grain sous mes doigts effleurant ce petit être plein d'amour.
Le ravissement des sourires sur ce petit visage potelé, les éclats de rire lors du bain et les babillages qui en disaient long sur les plaisirs que les éclaboussures pouvaient lui procurer. Je découvrais tout un univers. Celui d'une complicité maternelle. Cependant, après les quatre premiers mois d'allaitement, une fatigue se fit ressentir. Je repris mes consultations chez le psychiatre, et ma psychanalyse afin de comprendre ce revirement émotionnel.   
J'étais à nouveau plus ou moins stabilisée quand j’entrepris un grand voyage en Chine. Fred avait accepté une proposition de travail à Wuhan. Un mois après son départ, je le rejoignais pour un an.
Le voyage fut une expédition ; je n'avais bien sûr jamais parcouru un trajet aussi long avec un enfant. Stan ne marchait pas encore. D'une main, je trainais ma valise et de l'autre, je tirais la poussette. En transit en Allemagne, un homme m'aida et me soulagea de ma charge. Et quelle charge : je ne sais pour quelle raison, mais j'avais emporté des bouquins, et notamment le petit Robert, qui pesait très lourd. Certes, c'était totalement incongru. Je décidais de me délester de certains livres sur une banquette à l’aéroport de Francfort. Après plusieurs heures de vol, je débarquais en Chine.
Ce fut un soulagement de retrouver Fred.
A notre grande surprise, deux semaines après notre arrivée, Stan faisait ses premiers pas dans les couloirs du Novotel où nous louions une confortable chambre.
La vie des premiers jours fut remplie de surprises. Il y avait des travaux de grande envergure: la ville était en mutation économique, une nouvelle ère s'ouvrait sur un monde aux apparences capitalistes. La sobriété des immeubles anciens côtoyait l’extravagance des gratte-ciels Ultramodernes, les petites échoppes laissaient place à de grands complexes commerciaux. L'eldorado Chinois n’était plus un mythe pour les Occidentaux qui voyaient dans cette conquête une opportunité internationale. Les gens s'affairaient dans tous les sens. Le bruit ambiant contrastait avec la tranquillité de notre Hôtel. Le week-end, nous nous échappions tous les trois dans de grands parcs, pour nous ressourcer et admirer les Gingko biloba, les magnolias, les pruniers, toute une variété d'arbres dont la structure formait des volutes élégantes. Le spectacle des oiseaux siffleurs tenus en cages par des vieillards traditionnels ravissait nos oreilles novices.
Nos soirées, nous les passions au bord du Yangtsé, où la musique et les néons donnaient une couleur à l'ambiance. Cette vie nocturne était fabuleuse et c'était un vrai dépaysement. Curieux, les gens s'arrêtaient devant Stan. Son profil européen, cheveux blonds et yeux clairs, les émerveillait. Il arrivait qu'il soit comparé au fils de Ken et de Barbie.
J'entamais une nouvelle vie. Le dépaysement m'avait fait oublier ma maladie. Je n'étais plus le résultat d'un diagnostic médical mais une jeune maman devant composer avec un nouveau quotidien. J’étais une femme neuve. Mes errances passées se volatilisaient. Une sensation de renaissance prenait tout son sens. Captivée par mon désir de profiter entièrement, je vivais des instants inoubliables. Nous étions en osmose dans ce pays exotique.

Je m'organisais pour l'intendance quotidienne, notamment pour les courses, et ce, avec une volonté décuplée. Je surpassais les barrages de la langue et de la culture. Bien que l’Anglais fut pour nous la langue d’usage, j’appris les rudiments idiomatiques du chinois pour pouvoir me déplacer librement.
Après notre passage au Novotel, nous emménageâmes dans un appartement dans une tour ultramoderne au 15 ième étage.
La vue était superbe donnant sur un lac parsemé de lotus et de quelques pagodes. Cependant, l'immeuble était en construction et les avaries techniques ne nous rassuraient pas. Malgré le cadre luxueux, je ne me sentais pas en sécurité. Nous décidâmes alors de nous installer dans un appartement au Shangri La. Je dois dire que les premiers mois furent sensationnels… Je fusionnais avec mon fils qui grandissait sous mon regard émerveillé. J’avais du temps à lui consacrer et nous profitions de l’étendue des surprises que nous offrait la ville.
Nous nous étions équipés d’une guitare et d’un clavier. Nous passions également notre temps libre, Fred et moi, à composer des textes et de la musique. Cet air nouveau nous propulsait vers une créativité dont les harmonies se mariaient avec notre légèreté du moment.
Stan avait intégré quelque temps une crèche privée Chinoise, et s'épanouissait dans cet environnement où on lui prêtait une attention particulière. Les enfants chantaient chaque matin l'hymne national à la mémoire de l' ère maoïste révolue. Il y régnait une discipline mêlée à un encadrement attentif au développement de ces bambins privilégiés. L'anglais y était enseigné et les activités ludiques se faisaient dans un cadre respectueux.
Nous profitâmes de ce séjour pour découvrir Hong-kong, cette ville aux multiples facettes avec ces constructions vertigineuses, sa population dense ainsi que ses ruelles colorées par les enseignes lumineuses. Il y avait une ambiance charismatique. Pékin et ses vestiges historiques, les plages de QingDao dont l'air salin se mêlait à l'odeur des restaurants bordant le littoral. La région de Yangshuo et la baie de Guilin où l'atmosphère tropicale laissait échapper une agréable odeur d'humus légèrement suave, le goût de la canne à sucre fraîchement pressée…
Après l'euphorie des premiers mois, le mal du pays se fit ressentir. Je n'étais plus aussi optimiste sur cette terre aux multiples exotismes. Une majorité des personnes attachée à leurs cultures et traditions subissaient l'exclusion et les revers de cette course au modernisme. Le nouveau paysage de ce pays avait laissé une population désemparée. Les marchands ambulants qui vivaient modestement étaient exclus des centres-Villes. Leurs habitations détruites sauvagement laissaient place à des avenues de plus en plus grandes. Les échoppes qui étaient jadis des restaurants de quartier se transformaient en lieux d'attractions touristiques, ou en des lieux luxueux auxquels la majorité n'avait pas accès.
La grippe aviaire sévissait en campagne, et accroissait la misère de familles entières.
Je décidai, après dix mois de cette vie aux allures mitigées, de rentrer en France avec Stan.
Ma séparation avec Fred fut difficile, perturbée, je développais une jalousie maladive. Je passais de longues journées à pleurer, à remettre en question cette vie qui me submergeait. Ma lucidité se noyait dans un vaste et nébuleux terrain. Je perdais pied et nourrissais de la rancœur envers moi et les autres. Une simple contrariété devenait une ascension de l’Everest.
À la période des moussons, Fred nous rejoignit en Bretagne.
Il s'écoula trois mois avant que nous repartions à l'étranger en tant qu’expatriés en Roumanie.
Stan grandissait, était de plus en plus agile, il était adorable, et malgré nos déplacements, il arborait un sourire enfantin. Il était en âge de sociabilisation, et curieux de tout. Nos propriétaires, des personnes charmantes, veillaient à notre bonne intégration. La langue Roumaine, de racine Latine, l’intérêt des Roumains pour la francophonie et leur maîtrise de notre langue facilitèrent nos échanges. Nous décidâmes de découvrir les curiosités de ce pays aux multiples facettes. À Noël nous partîmes dans la station de ski de Poiana Brasov. Stan y découvrit les plaisirs de la neige, les barbecues extérieurs. L'atmosphère poétique du lieu nous enchantait par son aspect exceptionnel. Le souvenir du goût de la cannelle des kurtos kalacs, une brioche cuite à la broche, que nous dégustions au pied du “château de Dracula” à Bran… Ces échappées nous apportaient un air frais et nécessaire à notre quiétude familiale.
À chaque arrivée sur une terre nouvelle, je débordais d'énergie, happée par un sentiment de découverte. Depuis notre passage en Chine, je m'intéressais au taoïsme et au bouddhisme. Dans ces philosophies tout est lumière et tout se rejoint dans une sagesse inspirante où le vivant s'harmonise avec une intemporalité céleste et terrestre. Cette spiritualité m'aida à surpasser mon ennui et mon inactivité qui jour après jour grandissaient. Cependant la confusion s'insinuait dans mon esprit de moins en moins libre. Je commençais à épuiser mon inventivité au regard des journées de plus en plus longues.  Et les angoisses me terrassaient.
Un jour, alors que je me promenais seule, je fus interpellée par la police et reconduite chez nous. Je soupçonnais mon entourage, nous étions surveillés et peut-être sous écoute. L'apparence bienveillante de nos hôtes revêtait une attention toute particulière laissant planer un doute sur leur sincérité. Paradoxalement je ressentais une insécurité. Et mon intimité s'en voyait ébranlée. Cette terre a priori accueillante n'avait pas perdu certaines habitudes de la dictature de Ceaușescu.
Je ne savais plus à qui me confier. Et je sombrai dans une solitude pernicieuse. Notre relation de couple commençait à se détériorer, Fred travaillait beaucoup et nous consacrait peu de temps.
Ce n'est que quelques mois plus tard que nous décidâmes de rentrer en France. Ma famille me manquait, je regrettais d'avoir privé Stan de l'attention de ses grands-parents, cousins et cousines. Finalement, ces voyages n’étaient-ils pas une stratégie de fuite? Une quête impossible vers une aventure où l'exotisme devenait un déracinement perdu? Nous nous croyions invincibles, notre amour invulnérable. Et pourtant les tensions venaient contrarier celui-ci, partagé entre déraison et impulsivité. Cependant, on continuait de croire en notre vie commune, aux vœux que l'on s'était exprimés le 8 juin 2002. On s'accrochait dans l'espoir de surpasser cette tourmente et de revivre les meilleurs instants de notre rencontre. On ne pouvait rester égoïste, il y avait Stan: notre consécration.
Nos périples nous avaient appris beaucoup sur notre fragilité. Le dépaysement revêtait ses travers. Le mal du pays se faisait ressentir après l’exaltation de l’effet de surprise. L’éloignement était un épuisement sans fin que seul l’amour pouvait surpasser. Les efforts que j’avais déployés pour m’adapter m’avaient éreintée. J’avais dressé une frontière entre mon esprit et mon corps. Je gravissais pas à pas les difficultés par ricochets.
A mon retour, je fus surprise d’être perçue comme une étrangère, une revenante. Ce qui m’était familier devenait imprévisible. Je développais une timidité. Je n’étais pas forcément la bienvenue. Je voyais bien que mon retrait des manifestations familiales avait entaché ma notoriété. En attendais-je peut-être trop? Etais-je exigeante? La simplicité manquait dans les rapports ; comme une contrainte involontaire que l’on ressent lorsqu’il n’y a plus de spontanéité.
Cependant, je compris l’intérêt de l’union fraternelle me reliant à mes origines. Malgré une gêne occasionnée par le décalage, le plaisir des retrouvailles fut alimenté d’histoires anecdotiques. Mes neveux et nièces avaient grandi et mes parents avaient pris de l'âge, mes sœurs ne manquaient pas d’énergie. La vie avait continué son cours durant mon absence. Mon confinement m’avait privé d’une vie passionnée et familière..
Je dus déployer plus d’efforts pour me réadapter à la France, à mon entourage.
Cette impression d'étrangeté s'abattait comme une punition. Désertant ma région, j'avais creusé un fossé entre moi, les us et coutumes Bretonnes. Une incompréhension alertait mon esprit, dissociant mon être par une gêne encore inconnue. Il me fallut plusieurs mois pour me réhabituer à cette nouvelle réalité. Mon amour porté à Stan et à Fred m'aida beaucoup. Je comprenais dès lors l'importance et la singularité du noyau familial. Sa simplicité m'apaisait. Nous nous installâmes à la périphérie de Versailles pour deux ans. En région parisienne tout m'apparaissait plus facile. Je me voyais pousser des ailes. Nous avions entrepris des travaux de rafraîchissement dans notre appartement. D’un naturel rêveur, on se projetait comme de futurs marins, nous avions acheté un petit dériveur en bois. Il resta toute une année remisé dans notre garage jusqu'à la revente. Nous étions heureux et amoureux. On associait Stan dans nos projets les plus rocambolesques.
Nous ne comptions pas nos dépenses inutiles. Notre jeunesse nous aveuglait. On avait acheté un petit 4x4 décapotable et nous aimions nous balader autour de la forêt de Rambouillet, c'était la belle époque ! Insouciants et libres, nous abordions le quotidien inconditionnellement.
Stan était rentré en maternelle, et parlait peu, mais Éric, son instituteur, l'aida  à s'intégrer. L'apprentissage du vélo se fit dans les jardins du château de Versailles. Cet espace prestigieux était propice à la détente.  Les pique-niques du dimanche sur l'herbe étaient de vrais moments de partage.
Bref, nous goûtions aux plaisirs ordinaires. Après avoir voyagé, nous apprécions notre vie sédentaire. Je continuais à me former à distance en psychologie, mon intérêt pour les sciences humaines m’apportait beaucoup, notamment une compréhension sur les rapports humains et sur la connaissance de moi-même. Mais je restais fragile, et ma santé mentale relativement bonne ne me préservait pas des déconvenues.

Tiraillée entre une vie tranquille et mes désirs inassouvis, je me sentais seule. Il me manquait des relations. J'étais dans l’incapacité à entretenir des liens, je sombrais par moments dans un no man's land social. Un jour, exténuée et désabusée par cette solitude, je déposais Stan chez sa Nounou et pris le train sans prévenir pour Valence. Je m’ouvrais enfin à autre chose, à des sensations totalement libérées de contrôle. Je vivais dès lors, pour moi. Cette escapade fut ma bouffée d’oxygène. J'avais envie de ne rendre de comptes à personne. Je m’offrais cet air nouveau. J'étais arrivée de nuit. J’avais déambulé dans les rues jusqu'à m’en étourdir la tête, pour finir dans un petit hôtel du centre-ville. Je m'étais allongée toute habillée sur le lit. Je me réveillais au petit matin au son d'un dessin animé que Stan adorait “Oggy et les Cafards”. Visiblement la télévision était restée allumée toute la nuit. Je décidai d'appeler Fred pour l'avertir de mon échappée et pour le rassurer. Également anxieux par son nouveau poste, il communiquait peu. Je crois que je le craignais à l'époque. Il pouvait être exigeant. Ses silences pouvaient me terroriser. Il ne comprit pas sur l’instant cette fugue. Il s'inquiétait pour ma santé mentale. Je lui enviais son travail, ses amis. Je lui reprochais ma vie de recluse. Dans un excès de rage et en pleurs, je fracassais sa guitare sur le sol. J'étais paralysée. Je l'accusais de tous mes maux, je voulais lui faire mal, le faire réagir, gagner son attention afin qu’il me vienne en aide. Car seule, je ne voyais aucune issue. La haine m'habitait. Je n'arrivais pas à en identifier l'origine. C’était l’envie de créer une brèche dans l’iceberg qui m'envahissait le cœur. Mais il arriva ce drame… Les mots m'échappèrent. Il attrapa le combiné du téléphone, poussé à bout, il me frappa au visage. Mon chemisier était maculé du sang jaillissant de la déchirure formée au-dessus de la lèvre supérieure.
Stan était resté dans sa chambre à jouer à la console et n'avait rien vu de la scène. Fred malheureux de son geste resta tétanisé, la vue du sang le fit paniquer. J'eus le réflexe d'attraper la bétadine et de m'en asperger. Je me pressai une compresse sur la chair en lambeaux. Je le sommai de m'emmener aux urgences. La tête froide, je le rassurais et c'est en compagnie de Stan que nous arrivâmes à l'hôpital où je fus prise en charge tout de suite. J'avais certainement mes torts, nous avions certainement chacun nos torts.
Les jours qui ont suivi furent plus apaisés. Je me fis prescrire un tranquillisant. Nous décidâmes d'aller consulter un thérapeute de couple, il suffit d'une seule séance pour comprendre que nous étions faits malgré nos déboires, l’un pour l'autre. Nous avions appris de cet épisode. Ma vie était de vraies montagnes russes. Les mots pouvaient développer des réactions irrationnelles capables de faire surgir nos parties les plus viles.
J'oscillais entre des désirs profonds de grande félicité et de grands désarrois. Je m'attachais à notre bonheur qui malgré les difficultés était irremplaçable. Nous croyions en notre histoire et à tout ce qui unissait notre existence. Nous décuplions d'attention réciproque et nous nous promîmes de ne pas tout gâcher par des comportements insensés.
Seule la maternité m’apportait un équilibre. Le phénomène hormonal me transformait et rien ne pouvait égaler cette jouissance féminine. Un an plus tard, c'est dans un climat de joie que Charline naquit entourée de notre affection… C’était un bébé éveillé. L'allaitement était un privilège qui me mettait dans un état primaire, naturel, et me transcendait. Un souffle nouveau se répandait sur ma personne. Ma peau était perméable aux sensations, mon corps s'imprégnait des moindres odeurs. Comme réveillés d’un long sommeil, mes sens s’exprimaient. Cet amour pouvait se qualifier de plein, de rond, de tout! Il y avait ce quelque chose de supplément d’âme qui me rendait bienveillante et tolérante. C’était un bienfait de la nature que rien ne pouvait perturber.
Nous passions nos vacances chez mes parents dans la maison familiale. Grâce à notre proximité avec la Bretagne, j'avais renoué avec mes parents et mes sœurs. Nous aimions les retrouvailles annuelles. Bien que la maison s'élevait sur trois étages, lorsque nous séjournions là-bas, nous dormions tous les quatre dans une même chambre. Nous étions inséparables. Nous étions comme dans une bulle. Au fil des années, Fred et moi avions construit ce microcosme protecteur que la terre entière ne pouvait nous retirer. C'en était devenu notre raison de vivre!
J'aimais l'air marin et le folklore de cette région empreinte de culture et de liberté. Je fis découvrir à mes enfants les fest noz. Nous nous retrouvions tous réunis chez ma tante pour les régates organisées au bord de mer le quinze août. La maison adorable, laissait apparaître sa terrasse ouverte sur la grève sur laquelle nos pieds dénudés foulaient le sable chauffé par le soleil. Les courses à la nage, le jeu de mât de cocagne arrimé sur une berge au-dessus de l'eau nous amusaient. Les dériveurs glissaient et gitaient dans l'anse du petit port, leurs voiles colorées faisant des rondes au son de musiques Bretonnes. La parade des lampions, le bal du soir…c'était la fête estivale où la bonne humeur nous faisait oublier les affres d'une vie compliquée: nos responsabilités de parents.
Les plateaux d'huîtres et le poisson fraîchement pêché, cuisiné amoureusement par mon père, ravivaient tout un sentiment nostalgique aux arômes gourmands. C'était toute ma jeunesse que je revivais et j'étais heureuse de le faire partager à mes enfants.
Retraçant de mon pas assuré les sentiers familiers de la côte, je m'évadais, enivrée de la saveur sucrée des genêts, de la bruyère violacée. Ravivée par les embruns d'une mer agitée, je me laissais envahir par l'espace sauvage et préservé de toute main civilisée. La nature était à l'état pur, propice à la méditation et au ressourcement. Cette âme Bretonne était en moi, sa substance colorait mes états dépressifs de chatouillantes lueurs. C'en était vital comme viscéralement indispensable à mon équilibre.
Fred accepta un travail à Grenoble et nous déménagions quelques mois plus tard. La campagne Grenobloise était belle, avec ses sommets enneigés en hiver, ses prairies tapissées de coquelicots et de pissenlits au printemps. Chaque changement nous propulsait vers quelque chose de rafraîchissant. L’air y était agréable, je découvrais les plaisirs du ski, des randonnées en raquettes, on avait initié très rapidement les enfants à la glisse. Ce qui participait à notre intégration, nous étions de vrais montagnards. Nous avions adopté un chien, et représentions la famille idéale. Mais très vite nous dûmes nous en séparer pour des raisons d’organisation. Les jours et les semaines se succédèrent avec succès, nous avions pris nos marques. Cela nous réussissait plus ou moins bien. Mais je ne sais pourquoi, je souffrais de claustrophobie. Peut-être était-ce le manque d’horizon? Effectivement, le fait d’être entourée de montagnes me faisait suffoquer. Ma tête devenait lourde, oppressée, je sentais la tension monter dans mon corps et une envie de crier. Cette souffrance, pareille à un étau que l’on referme sur le crâne, me perturbait. Sans en inquiéter mon entourage, je vivais cette errance, sans l’exprimer réellement. Intellectuellement, j’étais malgré cela épanouie, j’assistais le soir à des conférences de philosophie et m’étais inscrite auprès d’une association Lacanienne. Ma passion pour les sciences humaines ne m'avait pas quittée. Je poursuivais mon analyse et j’enrichissais mes connaissances sur les profondeurs de l’inconscient. Un jour, je fus prise à nouveau d’une envie soudaine de fuir. Je partis sans prévenir avec ma petite voiture en Bretagne. L’appel de la mer me guidait vers ma région natale. Une liberté folle s’empara de moi, heureuse, je retrouvais une énergie comparable à un ballon de baudruche duquel on libère l’air emprisonné dans son enveloppe en polymère. Cette métaphore me caractérisait bien, je compris dès lors l’importance de mon attrait pour l’évasion. J’avais tant donné pour ma famille qu’il me fallait me ressourcer. Après cet épisode, mon mental s’est dégradé, et ma difficulté d’adaptation se fit ressentir progressivement. J'avais de plus en plus de comportements bizarres. Je m’imaginais des scénarios alambiqués, mon imagination m’emportait très loin. Je me souviens d’un jour où je me croyais dotée de pouvoirs surnaturels. Je correspondais avec les astres. Mon imaginaire se confondait avec ma réalité oppressante. Je dois dire que je jouissais de cette créativité car elle me faisait m’échapper de ce réel mortifère.
Jusqu’au jour où, pris de panique, inquiet, Fred me fit interner sous contrainte.  Dans un premier temps, je ne compris pas cette mesure et revendiquais mon droit à la liberté. Qu’avais-je fait de mal pour être retirée à mes enfants, et à nouveau enfermée? Et ce fut, le commencement d’une série d'hospitalisations qui signèrent les abus d’autorité sur ma personne.
Je savais que mon manque de sommeil des dernières semaines m'avait mise dans un état second. Les circonstances avaient entaché l'opinion que je me faisais de mon mari. Je croyais le connaître, que nous n’avions aucun secret. Mais lorsqu'il a appelé le médecin de garde pour avérer mon altération mentale, j'avais l'impression que ce dernier ne m'entendait pas. Je passais pour quelqu'un de fantasque à la création débordante. Cependant, je ne voulais faire aucun esclandre, résignée ne pouvant contester cette décision, je finis par accepter la situation et l'obligation de soins. Dans ma vie je ne me suis quasiment jamais révoltée. J'ai, je pense, un instinct de survie bien plus bas que la majorité des personnes. Je profitais de ce temps pour me reposer et travailler sur moi. Finalement, cette parenthèse permit également d'établir un diagnostic et un traitement. J'étais schizophrène selon le médecin qui me suivait. La condition pour que je sorte de cette hospitalisation était que j'accepte ce diagnostic sans le moindre déni.
Mais au fond de moi je ne pouvais être réduite à cela. Au début, nous étions soulagés de pouvoir mettre des mots sur ce qui s'était passé. Je devais accepter dès lors d'être cataloguée. Ma famille faisait pression pour connaître la conclusion médicale. Leur impudeur m’affecta beaucoup. Ils ne se rendaient pas compte des désordres que cela pouvait causer chez moi.
Il se passa plusieurs années sans épisode psychotique, j'étais stabilisée.  Ce qui me permit d'entamer des études et d'obtenir un diplôme en psychologie. J'avais toujours voulu venir en aide aux plus faibles. Et mon altruisme naturel me permit d'exceller dans ce domaine. Je pus exercer à mi-temps. C’était gratifiant.
Mes enfants s'épanouissaient et leur scolarité se passait bien.
Puis s'en suivit une période malheureuse, je perdis la même année mon oncle et ma tante… je fus anéantie par le chagrin. Je regrettais mon éloignement et pris conscience du temps qui passait, laissant derrière lui de merveilleux souvenirs.
J'arrêtais mon traitement de façon irréfléchie, pensant que je n'en avais plus besoin. Je commençais à errer, désœuvrée. Je me terrais dans un mutisme. Un soir, Fred s'inquiétait et n'arrivait plus à me raisonner, c'est alors que les gendarmes débarquèrent chez moi, suivis d'ambulanciers. Cette décision coercitive me fit paniquer et par un sursaut de peur je me suis dirigée vers le balcon. J'étais sur le point de sauter du sixième étage. C'est alors que j'ai pensé à mes enfants. Puis, j'ai obtempéré désabusée, et j’ai suivi les infirmiers sans un mot. 
J'étais calme en arrivant dans l'unité psychiatrique. On me remis un pyjama, on me fit allongée sur un lit, on m'attacha les pieds et les bras comme une criminelle, avant de me faire une injection. Je m'entends encore dire à la femme qui se trouvait à ma gauche:
- Arriverez-vous à bien dormir, après ce que vous me faites? …Et je me suis assoupie.
Durant tout mon séjour, comme à l'accoutumée, une délégation de médecins et d'étudiants passait dans ma chambre. J'étais devenue un sujet de thèse. Un jour, alors qu'on me refusa une permission, excédée, je me suis mise nue dans le couloir pour exprimer ma tristesse et mon impuissance. J'avais même appelé une chaîne de radio Iséroise pour leur informer de ma détention. Mon oncle Yvon m'avait dit que nous n'étions pas libres dans notre société.  Cela faisait écho en moi et à la lourdeur d’une administration totalitaire. J'étais viscéralement sous l'injonction de tout un système. 
Cet internement dura quelques mois. Après cela, mon regard sur la psychiatrie s'altéra. Et je remis en doute ses compétences.
Aux yeux de certains j'étais folle, mais je savais au fond de moi que c'était une méprise et que mon malheur n'était qu'un mal de vivre dans un monde qui n'était pas fait pour moi.
Ma vie n'était pas stabilisée et je continuais de souffrir de mon manque d'oxygène. Je m'apprêtais à quitter mon mari et mes enfants. Je menaçais de divorcer. Alors que j'étais sur le point de partir, j'avais rempli ma voiture d'effets personnels. Fred utilisa à nouveau son droit de pression et je me retrouvai à nouveau prisonnière dans une nouvelle unité.
J'aurais souhaité que les choses se passent différemment. Et peut-être vivre dans un pays moins policé. Je connaissais ma faiblesse mais cela était-ce vraiment justifié?
Une autre fois, je me retrouvais seule en Bretagne sans Fred et les enfants. Ma sœur m'avait accueillie dans sa maison. La perspective de me sentir libre m'avait transformée. Je quittais l'exiguïté d'un petit appartement où j'étouffais pour un espace avec un jardin. D'autant plus que c'était l'ancienne maison où gamine je passais mes vacances au bord de mer. Les essences des fleurs, le bourdonnement des mouches, l'odeur de la pierre fraîche, tout excitait mes sens, si bien que le choc culturel me mit dans une création invraisemblable. Je fis des décoctions de plantes et de fleurs, j'essayais d'exalter mes sens tout entiers, je me baladais pieds nus, je pouvais chanter à tue-tête sans déranger le voisinage. Je me baignais à moitié nue dans une mer capricieuse. Je mangeais sans horaire fixe, sans les trois repas imposés par une coutume qui me détraquait l’organisme. J’exultais enfin. C'était la vie que j'avais tant aimée. Je pouvais m'adonner au dessin des nuits entières et me réveiller au petit matin, ravie d'entamer une belle journée. J'étais enfin heureuse. Une joie immense m'habitait, comme la joie innocente de mon enfance.
Ces moments restent inoubliables. Et resteront gravés à jamais dans ma mémoire.
Mais le bonheur à une fin. Et ces occupations furent prises pour des élucubrations, un délire par mes sœurs. Et encore une fois, je fus hospitalisée sous contrainte. Je souffrais en silence d'être incomprise. La société n'accepte pas l'excentricité et nous conditionne malgré nous. Je faisais tache pour des esprits formatés par une société matérialiste.
Cette fois-ci, c'était dans un hôpital breton, dans un ancien bâtiment religieux. Ma chambre était l'ancienne chapelle, des phénomènes paranormaux se produisirent. Je fus prise d'une dévotion incroyable et je me mis à chanter la nuit, inspirée par des voix divines, des quantiques. Ce fut une série de cauchemars, j'étais prise de médiumnité et une revenante venait hanter mes songes. Suite à cela, on me changea d'unité. Tout d'abord, on m'enferma dans une grande pièce vitrée qui donnait sur un parterre de fleurs. Il y avait un grand écran de télévision où passaient des dessins animés. Je profitai de la salle de bains attenante pour me rafraîchir. Au centre de la pièce était posé un futon. Je dois dire que l'endroit était plutôt spacieux et zen. Ce temps me permit de méditer. Puis après deux heures passées là, un médecin me rendit visite et me questionna. Je fus ensuite affectée à une autre chambre. Durant mon séjour, je dessinais, j'avais même recouvert les murs de ma chambre de dessins, très esthétiques d'un style néocubiste . À l'extérieur, sur le sol en macadam, j'avais reproduit le profil d'une grande partie des patients.
Après trois semaines, je fus convoquée par le médecin en chef qui m'informa que j'étais bipolaire, que l'endroit n'était pas assez sûr pour moi. Cela me surprit. Il y avait, selon lui, des personnes dangereuses, il s'inquiétait pour ma sécurité.

Je regagnai, pour la suite de mes congés, la maison de mon autre sœur où Fred m'attendait. Les retrouvailles furent heureuses.
Après ces périodes de crises, je compris  toute la complexité de la situation.
Les événements parachevaient ma vie, traînant dans leur sillon, tout un imaginaire sensoriel et fallacieux. Elle était loin la petite fille naïve qui adorait croire en une belle nature, capable de transcender un esprit pur en une angélique beauté!
Ce séjour en hôpital psychiatrique m’aida à calmer mes hallucinations. J’étais de plus en plus convaincue de sa nécessité. Ce fut à nouveau un chapitre de ma vie où l’incompréhension se muait dans un abysse obscur. Quelle était cette maladie ? Etais-je docteur Jekyll et Mister Hyde à la fois? L'ambiguïté de cette recherche perpétuelle, me tiraillait. Faisant grandir une sagesse empreinte de tolérance et d'abnégation, je devenais un être entièrement nouveau à chaque nouvelle crise.

Je suis ce que je suis, et ce que je donne à voir.
J'aime et j'aimerai ma vie car elle m'a permis de pardonner et de me pardonner. C'est donc au travers de la tourmente que je me suis construite.
fin
« Modifié: 19 Janvier 2026 à 18:11:07 par Feather »
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Re : L'étiquette
« Réponse #2 le: 15 Janvier 2026 à 15:16:34 »
Bonjour Feather.

J'ai regroupé tes deux extraits pour permettre aux lecteurs de n'avoir qu'un seul fil à suivre et non deux. C'est plus logique, plus simple et en accord avec nos petites habitudes.

Ceci dit, 2 petits conseils : tu pourrais justifier ton texte, il y a quelques trous bizarres, des espaces en trop qui proviennent sûrement du "copier/coller" depuis ton traitement de textes. Ensuite, aérer un peu pour faciliter la lecture. C'est un tantinet long et compact.

Sinon, quelques retouches de bricoles et quelques remarques perso sur un premier extrait, je reviendrai pour la suite :


Citer
Il y a des symboles plus ou moins forts, où la déception revêt sa peau de chagrin et l’espoir  devient une sombre lueur. Il m’était parfois difficile de savourer les instants de paix  sans éprouver de la nostalgie. Les moments tendres restaient parfois des monceaux de joie indescriptible, laissant leur traîné de peine sur le chemin étriqué de mon existence. Et c'est avec un plaisir enfantin que mon âme saisissait alors le bonheur par des voies entrelacées de regrets et de plaisirs spontanés .
espace en trop entre espoir et devient. Idem après paix - traînée au féminin

Citer
Le Temps passait et les événements poursuivaient doucement leur trajectoire dans ma mémoire, pour finir par s’inscrire et par parfaire mon identité d’une kyrielle de lumières.
Pourquoi une majuscule à Temps ?

Citer
J’étais une petite fille épanouie, heureuse de vivre dans une famille unie. Protégée et aimée, insouciante, je n’avais aucune arrière pensée.
Arrière-pensée

Citer
Je passais mes mercredis après-midis, après l’école, à profiter des plaisirs du jardin de ma grand-mère
Après-midi sans s


Citer
Il y avait aussi les diverses cueillettes de pommes, de framboises, de fraises qui titillaient les papilles, et les tartes que nous cuisinions en chantonnant dans la cuisine au parquet à damiers blancs et noirs…mes sens étaient en éveil.
Espace après les ... Et majuscule à Mes


Citer
je glanais des pépites de joie inaltérables, des trésors saisis à la moindre occasion.
Je majuscule.

Citer
Nous étions des idéalistes à notre manière. Chacune de mes sœurs avait            sa particularité : Manue la hippie, Claire la sportive, Laurence le cordon bleu et Anne la lectrice .
Décalage après avait - cordon-bleu


Citer
Chacun laissait ses querelles de voisinage le temps des festivités. Un bouquet d’humanisme planait sur ma terre natale. Enfants et adultes partagions à l'unisson ce moment unique.
Je reformulerais ici : partageaient ou alors un nous avant mais ça alourdit la phrase, tu es en mode narration au début de ce petit paragraphe.



Après lecture, ce premier extrait est d'une douceur, d'une tendresse fleurant l'amour de son village, pays. Très narratif et bucolique, une description peut-être un peu fournie qui parfois reproduit les mêmes images. Mais c'est agréable à lire, j'ai bien aimé.

Il y juste ce passage "avant la maladie" je l'aurais plutôt placé à la transition entre le bonheur parfait et la suite.... que je lirai plus tard si tu veux bien.
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Re : L'étiquette
« Réponse #3 le: 15 Janvier 2026 à 17:27:43 »
Bonjour Claudius,

Merci  pour tes corrections, j'ai essayé d'en tenir compte et d'apporter les modifications nécessaires.
Ton aide m'est bien précieuse.  :)
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Re : suite L'étiquette
« Réponse #4 le: 16 Janvier 2026 à 10:57:07 »

Citer
C' était mon refuge, où je passais une partie de mon temps à composer des poèmes sur ma machine à écrire.
Espace en trop C'était


Citer
je décollais du sol et m'émerveillais de cette sensation précieuse.
Majuscule à Je

Citer
C’était ma bouffée d’oxygène. J’avais plus où moins trouvé un équilibre.
Ou sans accent


Citer
Ce parcours de soin me faisait perdre confiance. J'étais à nouveau dans une grande errance personnelle.
Soins au pluriel


Citer
Alors que je pensais être vouée au châtiment!… des possibles s'ouvraient à moi. Le week-end, nous nous échappions à Saint Malo. Les promenades passionnées sur les remparts étaient nos moments privilégiés.
Un ! en trop après châtiment et une majuscule à Des.
                             


Citer
Je m'excécutais sur de grands formats.
executais

 
Citer
La couleur violette des rideaux se mariait délicatement avec le jeter orange du canapé et le bois de la table.
Jeté sans r


Citer
Nous profitions de chaque instant… immortalisant avec notre appareil photo argentique les moindres sourires de Stan et les scènes de vie heureuse.
je ne suis pas sûre de la profusion de ... Mais, si tu y tiens majuscule à Immortalisant.

Citer
Pour parfaire mon rôle de mère, j'étudiais la psychologie de l'enfant, je m'intéressais aux différentes découvertes des modes opératoires, et à la finesse des trouvailles sur l'attachement mère-enfant, je regardais aassidument l'émission “les maternelles” présentée par Maïtena Biraben. 
Mère enfant et assidûment

Citer
J'étais à nouveau plus où moins stabilisée quand j’entrepris un grand voyage en Chine.
Où sans accent.


Citer
Le voyage fut une expédition ; je n'avais bien sûr jamais parcouru un trajet aussi long avec un enfant. Stan ne marchait pas encore. D'une main, je trainais ma valise et de l'autre, je tirais la poussette.
traînais

Citer
A notre grande surprise, deux semaines après notre arrivée, Stan faisait ses premiers pas dans les couloirs du Novotel où nous louions une confortable chambre.
À

Citer
La sobriété des immeubles anciens côtoyait l’extravagance des gratte-ciels ultra modernes, les petites échoppes laissaient place à de grands complexes commerciaux. L'eldorado Chinois n’était plus un mythe pour les occidentaux qui voyaient dans cette conquête une opportunité internationale.
Ultramodernes et Occidentaux

Citer
Le week-end, nous nous échappions tous les trois dans de grands parcs, pour nous ressourcer et admirer les gingko biloba,
Ginkgo biloba

Citer
Son profil européen, cheveux blonds et yeux clairs, les émerveillaient.
émerveillait (le profil)


Citer
Bien que l’Anglais fut pour nous la langue d’usage, j’appris les rudiments idiomatiques du chinois pour pouvoir me déplacer librement.
fût ?

Citer
Je dois dire que les premiers mois furent sensationnels… je fusionnais avec mon fils qui grandissait sous mon regard émerveillé. J’avais du temps à lui consacrer et nous profitions de l’étendue des surprises que nous offrait la ville.
Encore les ... Si oui majuscule à Je

Citer
On s’était équipé d’une guitare et d’un clavier. Nous passions également notre temps libre, Fred et moi, à composer des textes et de la musique. Cet air nouveau nous propulsait vers une créativité dont les harmonies se mariaient avec notre légèreté du moment.
Nous nous étions équipés peut-être ? Ce on dénote un peu du reste du texte avec ce nous, plus chaud et moins impersonnel.


Nous profitâmes d’être en Asie pour découvrir Hong-kong, cette ville aux multiples facettes avec ces constructions vertigineuses, sa population dense ainsi que ses ruelles colorées par les enseignes lumineuses.
Nous profitâmes de ce séjour, plutôt que d'être, formule un peu lourde.

Citer
Je n'était plus aussi optimiste sur cette terre aux multiples exotismes. Une majorité des personnes attachée à leurs cultures et traditions subissaient l'exclusion et les revers de cette course au modernisme. Le nouveau paysage de ce pays avait laissé une population désemparée. Les marchands ambulants qui vivaient modestement étaient exclus des centres ville.
Je n'étais plus et centres-villes.

Citer
Ma séparation avec Fred fut difficile, perturbée, je développais une jalousie maladive. Je passais de longues journées à pleurer, à remettre en question cette vie qui me submergeait. Ma lucidité se noyait dans un vaste et nébuleux terrain. Je perdais pieds et nourrissait de la rancœur envers moi et les autres. Une simple contrariété devenait une ascension de l’ Everest.
Je perdais pied et nourrissais - un espace en trop l'Everest.
 
Citer
Il s'écoula trois mois avant que nous repartions à l'étranger en tant qu’ expatriés en Roumanie.
Espace en trop qu'expatriés

Citer
Les efforts que j’avaient déployés pour m’adapter m’avaient éreintée.
J’avais

Citer
Je n’étais pas forcément la bienvenue. Je voyais bien que mon retrait des manifestations familiales avait entaché ma notoriété. En attendais-je peut-être trop?

Espace manquant avant ?

Citer
Etais-je exigeante?
Accent sur étais - décoller le ?

Citer
Mes neveux et nièces avaient grandis et mes parents avaient pris de l'âge, mes sœurs ne manquaient pas d’énergie. La vie avait continué son cours durant mon absence. Mon confinement m’avait privé d’une vie passionnée et familière..
grandi et les ... ou .


Citer
On avait acheté un petit 4x4 décapotable et nous aimions nous balader autour de la forêt de Rambouillet, c'était la belle époque! Insouciants et libres, nous abordions le quotidien inconditionnellement.

decoller les !

 Les pique niques du dimanche sur l'herbe étaient de vrais moments de partage.
Pique-niques


Citer
Étant dans l’incapacité à entretenir des liens, je sombrais par moment dans un no man's land social.

Un participe présent qui ouvre une phrase, humm c'est un peu lourd, reformuler peut-être ? et moments au pluriel

Citer
Un jour, exténuée et désabusée par cette solitude, je déposais Stan chez sa Nounou et pris le train sans prévenir pour Valence. Je m’ouvrais enfin à autre chose, à des sensations totalement libérées de contrôle. Je vivais dès lors, pour moi. Cette escapade fut ma bouffée d’oxygène. J'avais envie de ne rendre de comptes à personne. C'est donc sans prévenir que je m’offrais cet air nouveau.
Répétition de "sans prévenir", je dirais que la seconde phrase est inutile.

Citer
Mais il arriva ce drame…Les mots m'échappèrent.
Les trois points, espace manquant après


Citer
Les jours qui ont suivis furent plus apaisés. Je me fit prescrire un tranquillisant.
suivi et fis

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Je m'efforçais de continuer à croire en notre bonheur qui malgré les difficultés était irremplaçable. Nous croyions en notre histoire et à tout ce qui unissait notre existence. Nous décuplions d'attention réciproque et nous nous prometâmes de ne pas tout gâcher par des comportements insensés.
Répétition de croire et promîmes pas prometâmes.

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  C'en était vitale comme viscéralement indispensable à mon équilibre.
Vital singulier

.
Citer
La campagne Grenobloise était belle, avec ses sommets enneigés en hiver, ses prairies tapissées de coquelicots et de pissenlits au printemps. Chaque changement nous propulsait vers quelque chose de rafraichissant.
Rafraîchissant

Citer
Dans un premier temps, je ne compris pas cette mesure. Et revendiquais mon droit à la liberté.

J'aurais lié ces deux phrases,

Qu’avais-je fait de mal pour être retirée à mes enfants, et à nouveau enfermée?
Décoller le ?

Citer
Cependant, je ne voulais faire aucune esclandre, résignée ne pouvant contester cette décision, je finis par accepter la situation et l'obligation de soins.
Aucun esclandre (masculin)

Il s'en suivit malgré cela une période malheureuse, je perdis la même année mon oncle et ma tante… je fus anéantie par le chagrin. Je regrettais mon éloignement et pris conscience du temps qui passait, laissant derrière lui de merveilleux souvenirs.
Il s'en suivit, je ne sais pas si c'est correct, tu pourrais reformuler peut-être ?  et majuscule à Je fus

Citer
J'étais calme, mais en arrivant dans l'unité psychiatrique, je n'ai rien compris. On me remis un pyjama et me fit allongée sur un lit et on m'attacha les pieds et les bras comme une criminelle, avant de me faire une injection.
On me remit et le fit allonger... mais je trouve aussi cette phrase mal mise.

Citer
Alors que j'étais sur le point de partir, j'avais rempli ma voiture d'effet personnels.
effets personnels


Citer
Je fis des décoctions de plantes et de fleurs, j'essayais d'exalter mes sens tout entier, je me baladait pieds nus, je pouvais chanter à tue-tête sans déranger le voisinage.
Entiers - et baladais

Citer
Je faisais tâche pour des esprits formatés par une société matérialiste.
Tache sans accent - avec accent c'est un travail, une activité.

 
Citer
Je profitai de la salle de bain attenante pour me rafraîchir.
Salle de bains plutôt traditionnellement

Citer
Ce séjour en hôpital psychiatrique m’aida à calmer mes hallucinations. J’étais de plus en plus convaincue de sa nécessité. Ce fut à nouveau un chapitre de ma vie où l’incompréhension se muait dans un abysse obscure.
Obscur

Citer
Quelle était cette maladie? Etais-je Docteur Jekyll et Mister Hyde à la fois? L'ambiguïté de cette recherche perpétuelle, me tiraillait. Faisant grandir une sagesse empreinte de tolérance et d'abnégation, je devenais un être entièrement nouveau à chaque nouvelle crise.
Décoller le ? Étais-je avec un accent


Lu en entier.
La première partie m'a semblé fluide et plutôt agréable à lire. La seconde partie, par contre, j'ai trouvé le phrasé plus maladroit parfois. Je n'ai pas tout relevé en première lecture.

Sur le plan général. La ponctuation : trop de ... parfois inutiles, les ? et ! collés au mot précédent, en Français on sépare, mais je sais que dans d'autres langues (comme l'Espagnol) ces signes sont collés au mot précédent. Les majuscules après les ...
Des espaces souvent après l'apostrophe.

En conclusion, un texte introspectif, assez fort pour arriver après des années de lutte à une compréhension de soi. J'ai pensé dès le départ à une personne bipolaire et pas du tout schizophrène. Un texte qui pourrait être un peu allégé, quelques répétitions de verbes, mais sur dans l'ensemble, c'est bien mené avec les chauds et froids d'une existence perturbée.

À bientôt sous un autre texte. :coeur:

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Re : L'étiquette
« Réponse #5 le: 16 Janvier 2026 à 13:01:18 »
Bonjour Claudius,

Que de travail effectué! Grand grand merci à toi!
 (je suis surprise par certaines erreurs que j'ai pu commettre)
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Re : L'étiquette
« Réponse #6 le: 16 Janvier 2026 à 13:40:14 »
 :coeur:

J'y ai passé du temps, mais si ça t'est utile alors c'est la meilleure des récompenses au travail effectué. Je ne suis pas experte, mais je t'ai donné mon ressenti à la lecture. J'ai sûrement oublié quelques bricoles, je relirai quand tu auras fait quelques retouches si tu le souhaites.

Bonne journée à toi.
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Re : L'étiquette
« Réponse #7 le: 19 Janvier 2026 à 17:33:34 »
Bonjour Claudius,
J'ai corrigé certaines répétitions de mots et de verbes et quelques expressions maladroites.
Les larmes sans pleurs sont une lanterne.

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Re : L'étiquette
« Réponse #8 le: 19 Janvier 2026 à 19:01:14 »


Ok, je relirai dès que je peux.

 ;)
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Re : L'étiquette
« Réponse #9 le: 20 Janvier 2026 à 09:53:02 »
Salut Feather

Désolé, vous n'êtes pas autorisé à afficher le contenu du spoiler.


bonne continuation  :mafio:
« Modifié: 20 Janvier 2026 à 09:54:55 par Auteur »
Mes écrits de Fantasy (mais pas que) : voir mes textes

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Re : L'étiquette
« Réponse #10 le: 21 Janvier 2026 à 21:50:55 »
Bonsoir Feather,

J'adore les souvenirs d'enfance lumineux. Ils m'ont fait pensé à une phrase dans un livre d'Amélie Nothom : "je savais que la vraie histoire se jouait dans l'enfance. Le reste n'est qu'un long épilogue".
Merci pour ton partage.


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Re : L'étiquette
« Réponse #11 le: 22 Janvier 2026 à 07:22:25 »
Bonjour EmyMarty,

Cette citation d'Amélie Nothom est très évocatrice, et me parle également. L'enfance  peut être un socle, un repère permettant la résilience et aidant à la cicatrisation des écueils d'une existence parfois malheureuse.
Merci pour ton passage.
Les larmes sans pleurs sont une lanterne.

 


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