Texte publié l'année dernière dans une anthologie, le titre est un peu une private de joke de mauvais gout que je condamne en réalité, le texte est un égo trip qui est bcp plus autocritique qu'il n'y parait, mais j'assume le parti pris à fond ahahaha
6000 mots, pas besoin de vous acharner sur les corrections j'en ferai rien de plus de ce texte, j'attends pas grand chose mais toujours curieuse de voir comment il sera reçu ici mdr
bonne lecture en tout cas !

Les minutes défilent en accéléré sur l'écran, en fois cinq, même pas le temps de voir passer les secondes. Stop. Une heure seize et quarante secondes, ça doit être par là. Un vieux type grisonnant rigole dans le fauteuil. Non, c'est l'invitée suivante qui l'intéresse. Elle râle. L'enregistrement sur lequel elle a enfin mis la main est une version non coupée, beaucoup plus longue que l'émission diffusée à la télé à l'époque. Un enregistrement que personne n'a vu. Elle sera la première – elle et les colonies de bactéries qui se développent dans les dix-sept noodle cup en train de pourrir autour de son écran et à ses pieds. Le mail de la personne qui lui a envoyé le fichier est encore ouvert sur un de ses cinq écrans, il attend qu'elle regarde en première.
L'émission ne l'intéresse pas en elle-même, c’est un vieux talk-show faussement décontracté des années 2030 qui faisait déjà vieillot à l'époque, la même formule rincée à l’os depuis plus de vingt ans. Les mêmes présentateurs immortels que tout le monde oublie aujourd'hui, avec les mêmes rires gras et faux-cul venus vendre la soupe que nos grands-parents buvaient déjà. C'est un passage en particulier qui l'intéresse, devenu presque légende et qui a valu l'évidente non-diffusion de cette émission. Ça la fait marrer d'avoir une version complète, avec des caméras qui cadrent mal entre les prises, les questions posées plusieurs fois pour avoir le meilleur effet, les longues pauses maquillage et verre d'eau. Hop hop hop, voilà ce qu'elle cherche. C'est elle. Elle l'a, enfin c'est ici. Retour en arrière en fois deux et : c'est parti.
« Mais trêve de blabla, ouvrons désormais notre page littéraire de l'émission. Notre prochaine invitée a aussi bien fait les pages scandales des magazines people que les couvertures des journaux les plus sérieux, elle a su se faire un place dans les librairies grâce à son style tapageur – et je ne parle pas que de sa plume – nous accueillons aujourd'hui l'écrivaine transgenre : Aléa Gérite. »
Musique. Transgender de Crystal Castles retentit. Une femme arrive dans le fond du plateau, silhouette en longue tunique blanche que l'on aperçoit de loin, dans un premier temps, car les caméras filment les expressions impressionnées des autres invités. Gros plan sur elle. La madone. C'est tout ce qui lui vient à l'esprit en voyant les images. Elle en a vu des photos et des défilés de cette autrice alors cinquantenaire, c’est un nom que certaines lui donnaient parfois, ce jour-là ce titre s'imposait à elle plus que jamais. Elle se souvient alors qu'elle a déjà vu cette robe, tachée de sang sur d’autres photos de très mauvaise qualité. L'écrivaine s'avance lentement, en procession, les mains tendues à plat vers le ciel, comme si elle priait. Son regard bleu planté dans la caméra. Elle ne regarde pas le présentateur, pas les invités, pas même le siège où elle se dirige. Par dessus sa longue tunique blanche à la romaine, des pièces d'armures en argent, rutilantes, sur ses épaules, ses poignets et son cou. Un collier de perles tombe dans son décolleté. La musique s'éternise, trop forte pour permettre aux gens de parler. C’est long, les invités s'impatientent. Cette séquence aurait sans doute été coupée au montage. La touche finale de sa tenue, ce sont ses cheveux. Ramenés en chignon, les pointes, rouges comme à son habitude, ont été montées en pics autour de sa tête. Comme un soleil. Ou un paon. Et comme si ça ne suffisait pas, sa coiffure est ornée d'une demi couronne légèrement surélevée, donnant l'air d'une auréole christique, un croissant de lune dans le soleil de ses cheveux de feu. La madone.
Elle s’assoit enfin et s’autorise alors à sourire. Son petit effet a l'air de l'amuser. Le show peut commencer.
« Je dois dire que vous nous avez habitués à des entrées spectaculaires, mais celle-ci ! On prépare une occasion particulière aujourd’hui ?
– Ça se pourrait, je vous laisse le suspens. Mais c’est toujours une occasion particulière de venir sur votre plateau mon cher Laurent.
– Oh vous me flattez, c’est comme chez vous ici vous le savez bien. Vous aimez ça affoler les réseaux, pas vrai ? Vous savez qu’ils surveillent chacune de vos apparitions, c’est pour eux que vous faites ça ?
– Les réseaux, vous savez...
– Vous ne les regardez plus ? »
Elle prend un air désolé.
« Au contraire. J'ai fait un pari avec un ami, sur combien se classerait ma tenue du jour dans les tops de mes meilleurs styles.
– Combien alors ?
– Je ne m’habille pas pour être numéro deux. »
Quelques rires. Une invitée prend la parole, une chanteuse, impossible de se rappeler son nom.
« Ça faisait longtemps qu'on ne vous avait pas vu en armure, vous faites un retour aux sources ?
– La dernière fois que vous êtes venue, vous étiez habillée couleur saumon : le retour aux sources se confirme. »
Rires forcés du public. Aléa a croisé les mains, elle garde un sourire en coin, patiente. Elle est sans doute rodée à ce genre d'émission, mais pour celle qui regarde – pour la première fois en entier la télé – ce faux rythme de questions-blagues la plonge dans un état de neurasthénie profond.
« Adèle n'a pas tord, on s'attendait à vous voir débarquer en enquêtrice alcoolique chic aujourd'hui. Peut-être que je me suis trompé de livre, rassurez-moi, il n'est pas censé parler de chevaliers ?
– Je brise la tradition ce soir, pas de tenue dans le thème de mon roman. C’est une nouvelle ère pour moi. Ma trilogie cow-boy a duré plus de temps que prévu, j'ai besoin de revenir aux racines. C’est dans ce genre de tenue que je suis née médiatiquement, c’est là-dedans que je voudrais qu’on se souvienne de moi. J'avais un peu peur de reporter cette armure je vous avoue, j'ai un peu vieilli depuis. Et un peu grossi aussi. »
Ruquier s'exclame parce qu'elle exagère. la spectatrice de l’émission souffle, les tailles mannequins sont insupportables. Sur les grands écrans du plateau défilent des images des tenues mythiques de l'écrivaine, ses tenues de cow-boy Dior, mais aussi ses inspirations japonaises Miyake, des outfits tout droit sorties de films de science-fiction et d'autres plus classiques au sens le plus classe du terme.
« Quand je parle de grossir, je parle de mes seins. »
Hilarité générale. Derrière son écran elle pouffe.
« Aléa comme vous le savez cette semaine est un petit peu particulière, puisqu’on célèbre mes cinquante ans à l'écran. »
Applaudissements nourris.
« Et pour cette occasion on a reformé les « dream teams » de mes émissions. C'est pas de chance pour vous parce que l’équipe de ce soir est plutôt coriace. Ça vous fait quoi d'être en face de madame Léa Salamé ?
– Vous lui avez posé la question à elle ?
– Je suis là, je vous signale. Moi ça va, j'en ai vu d'autres. »
Mi-blasée, mi-amusée, stylo à la main qu'elle a l'habitude de pointer comme une baguette, toujours.
« Laurent je suis heureuse que Léa soit en forme, je trouvais vos derniers chroniqueurs un peu mous. Ils n’auraient pas mérité d’être là ce soir. »
Rire masochiste de Ruquier : outrage teinté de plaisir.
« En tout cas madame Gérite j'ai lu votre livre et malheureusement je serai très brève dessus.
– Bon ou mauvais signe ?
– Je vous laisse tirer vos propres conclusions. Brève ne signifie pas que je n'ai rien à vous dire, au contraire.
– Eh bien on va passer un bon moment. »
Aléa porte la main sur sa joue, sourire en coin, elle a dit ça avec douceur, mais sa jambe s’agite, elle a l’air stressée ou impatiente, c’est inhabituel pour elle qui contrôle toujours si bien son image ; Salamé est penchée vers l'avant, prête à attaquer. Ruquier aux anges. On va passer un bon moment, c'est le nom de l'émission.
« Ça commence fort ! Votre livre, Bambi & Xanax, puisqu'on va en parler tout de même...
– Ce n’est pas si important, je ne suis là que pour la lumière des spots. »
Plan sur Salamé qui roule des yeux.
« D’une certaine manière, votre livre est dans la lignée des précédents. Arrêtez-moi si je me trompe, mais après avoir exploré les westerns, les péplums, les super-héros, l'archétype du « François Pignon », vous remettez aujourd'hui à la mode le genre de l'enquête.
– Je sais que j'ai l'air prétentieuse, mais tout de même Laurent, le genre du policier se porte très bien sans moi. On parle d'un type d'enquête bien particulier, omniprésent dans les séries des années 2000 : la dynamique des consultants. Des duos avec un enquêteur et un spécialiste d'un métier qui n'a rien à voir.
– Et où ce sont ses compétences particulières qui aident le policier, souvent un peu dépressif on ne va pas se mentir, à résoudre des crimes franchement tordus.
– Exactement. J'ai toujours trouvé ça stupide, mais ça cartonnait à l'époque. On a totalement laissé de côté cet archétype, et je me suis beaucoup amusée à le revisiter. J’avais juste besoin de me détendre. J’étais assez stressée ces derniers temps, J’ai un nouveau projet qui va sans doute faire parler un peu.
– Une exclusivité ?
– Je ne peux rien dire pour le moment, mais ça arrive très bientôt.
– Alors cette spécialité de votre personnage, parlons-en : c'est simplement qu'elle est trans. Dans votre roman c'est sa connaissance des hormones, des opérations, de comment se comporte un homme ou une femme, qui l'aide à trouver des pistes auxquelles son collègue n'aurait jamais pensé. C'est un métier pour vous d'être transgenre ?
– I mean, regardez-moi. »
Quelques sourires ; la caméra traîne sur son corps de mannequin qui n’a pas pris de ride.
« Ça m'amusait d'utiliser le kitsch des ces tandems d'enquête, pour pousser le ridicule de la situation à un point où ça en devient absurdement intelligent. De toute façon tout le monde se moque des trans, pas vrai ? Même ici. J’ai juste voulu me marrer sans que ça soit trop débile non plus.
– Il y a beaucoup d'humour en tout cas dans votre roman, comme d'habitude, on sait à quoi s'attendre quand on vous lit. Il y a par exemple ces pistolets dotés d'intelligences artificielles, qui développent des personnalités propres en fonction des discussions avec leurs propriétaires, et qui se révèlent être bien plus moraux que les policiers, au point de choisir quand ils veulent bien tirer ou non. Il y a des scènes comme ça où j'ai beaucoup ri, c'était hilarant. Je suis sûr que même madame Salamé ça l'a fait rire ! »
Il ne lui laisse pas le temps de répondre.
« Elle en parlera peut-être tout à l'heure. Malgré le fait que ça soit sans doute l'un de vos romans les plus loufoques, j'ai aussi l'impression que c'est l'un de vos romans les plus sombres. »
Elle a un éclat de rire aigu qui paraît disproportionné.
« Vous pensez ?
– Je ne peux pas trop en dire pour ne pas casser le suspens – qui est très bon, à se demander d'ailleurs pourquoi vous n'avez pas fait de policier avant – mais il y a quelque chose de pessimiste dans ce monde futuriste, c'est indéniable. Vous disiez être une écrivaine de la lumière, que se passe-t-il ? Je m'inquiète pour vous, j'espère que vous n'avez pas de peine de coeur ? »
L’autrice regarde dans le vide. Ça dure cinq secondes qui paraissent bien longues ; Ruquier met en ordre ses fiches en les tapant sur le bureau. Elle a l’air triste. Aléa lui lance un petit signe de tête lui indiquant de reprendre. Il refait sa dernière phrase avec un peu plus de compassion.
– Je suis toujours optimiste, dans le fond. Mais je crois qu’au point où on en est, il faut mettre un bon coup de pied dans tout ce merdier. Parce qu’on en crève. Je veux dire, pas moi, mais… Ce que j’ai écrit, c’est pas vraiment un futur, plutôt une science-fiction un peu cassée, qui malfonctionne. Ça m’étonne presque qu’on la voit comme de la SF d’ailleurs, même si c’est ce que j’ai voulu, parce que c’est la vie d’aujourd’hui. Oui, il y a enfin des voitures volantes, mais de toute façon personne n'a les moyens de les faire voler, alors elles roulent. Je me souviens qu’avant on s’inquiétait du climat, de la pauvreté dans le futur : on est en plein dedans, mais on dirait que tout va mieux. On s’est quand même tapé cinq ans d’un gouvernement fasciste putain, y’a des milices qui tabassaient à mort tout ceux qui leur revenaient pas en toute impunité et ce qu’on a maintenant est toujours pire que ce qu’il y avait avant. Y’a vraiment des gens qui crèvent de tout ça. Tout le monde s’en branle ici, je pisse dans un violon en disant ça à la télé, c’est pour ça que je me tais d’habitude. Je joue le jeu. Vous couperez ça j’imagine. C’est pas grave. »
Dans ses recherches sur l’enregistrement manquant, elle avait écouté beaucoup d’interview de l’écrivaine : jamais elle ne l’avait entendu parler de cette façon. Elle a l’air de se reprendre un peu, tirer sur sa robe pour se remettre bien en place. Un énervement féroce se lit sur son visage. Le présentateur lui assure qu’ils diffuseront tout ; elle a toujours été exemplaire, il comprend que parfois on soit un peu à cran, ça sera peut-être dur à faire accepter à la production, mais il s’engage auprès d’elle à couper le moins possible. Le gouvernement dont elle parle, c’est le même au pouvoir depuis 2017. Le même encore en place des années après cette émission, toujours plus autoritaire, la plupart des partis d’oppositions sérieux ayant été dissolus peu à peu à force d’être traînés devant une justice complice. Autant dire que ce genre de discours, ça ne passait pas à la télé. La seule coupure que ce régime a connu fut durant un mandat du RN qui avait fait beaucoup de dégâts, les classes populaires acquises au thèses racistes s’étaient senties trahies. C’est surtout les minorités qui avaient pris cher. Gérite était partie à l’étranger durant cette période. Le reste du temps, la communauté trans avait longtemps reproché à l'autrice son manque de radicalité, sa compromission dans le cirque médiatique juste pour vendre des romans de gare pas assez engagés à leur goût. Le peu qu'elle faisait suffisait pourtant à la faire passer pour une sulfureuse rebelle gauchiste dans les médias bourgeois. Une attraction inoffensive. Elle boit un peu d’eau et reprend, plus calme.
« On n'a jamais eu l'effondrement que tout le monde pressentait dans les années 2000. Juste une lente détérioration de tout. Avec des terribles coups durs, des stagnations qui ont donné quelques améliorations temporaires pleines d’espoirs. C'est marrant que mon livre vous semble pessimiste, parce que je crois que c'est la première fois depuis longtemps que j'ai voulu écrire réaliste. Et dans le réel, même quand c'est la merde, on trouve toujours un moyen de se marrer un peu. C'est ce que j'ai voulu faire. »
Ça lui fait bizarre d'entendre la voix d'une vieille trans, à elle derrière l'écran qui galère avec son voice training quotidien. On dirait qu'elle en avait plus rien à foutre, ses intonations sont moins variées, plus rocailleuses et un peu graves. Elle s'était déjà fait cette remarque : ça n'est pas une particularité des vieilles trans à vrai dire, mais de toutes les femmes plus âgées. Passé un certain âge, les femmes s'encombrent moins d’ajouter de la féminité à leur voix. Et c'est carrément classe. Elle était encore ado quand Aléa Gérite est morte, loin de briser son oeuf. Elle voit : les rides aux coins des lèvres, sur son front, cachées par le maquillage mais pas trop. Elle voit : sa façon de s'asseoir, elle devine son tucking qui la force à se positionner d'une certaine manière. Elle écoute.
« Je reviens tout de même là-dessus Aléa : pourquoi cette volonté de faire revivre des genres passés de mode ? Vous avez déjà dit que vous étiez une grande nostalgique, c'est pour cette raison ?
– Je suis souvent nostalgique de l'année passée, je me désespère là-dessus, mais non ce n'est pas que pour ça. Je n'ai pas fait de grandes études, vous savez, moi ce qui m'a nourrie et fait de moi l'écrivaine que je suis, c'est la culture populaire. Les gens « intelligents » n'aiment pas trop ça, tant pis pour eux. Je préfère qu'on voit mes livres comme stupides et que ceux qui les lisent puissent y voir plusieurs niveaux de lecture, ou pas on s’en fiche, c'est fait pour eux.
– Ça ne répond pas totalement.
– J'y viens. »
Ruquier s'impatiente, il imagine sans doute toutes les coupes qu’il faudra faire.
« Ces genres-là s’ils ont marché c’est parce qu'ils étaient efficaces. Structure simple, originalité, un sens de l’épic et c’est bingo. C’est mon côté sorcière, j’aime bien trifouiller dans notre inconscient collectif pour réactiver des choses oubliées. En fait, il y a quelque chose qui m’énerve : je veux dépasser le cinéma par là d'où il vient. Les genres dont on parle, le ciné a tout pompé, depuis le début il se gave sur les narrations des romans. Et qu'est-ce qu'on a branlé en littérature pendant ce temps ? Rien. On a pris la poussière. La vidéo ça vient capter deux sens, la vue et l'ouïe, c'est énorme, notre corps adore, il en redemande ça fait taire le cerveau, encore, encore du montage sous stéroïde qui défonce tout, pitié maître on en redemande. Le corps et le cerveau ils se détestent la plupart du temps. Pendant ce temps en littérature comment on a écrit ? Comme avant. Les styles se sont épurés comme des Iphone. Lisses, concis. Putain vous allez pas me dire qu'on peut pas développer de quoi écrire de manière rythmée ? On a un avantage en plus, c'est qu'on peut faire des choses que le cinéma ne peut pas. Moi ce que je propose c’est qu’on inverse les choses : à partir d’aujourd’hui les livres s’inspireront des films et vous proposeront des spectacles que les séries ne peuvent pas vous offrir. Retenez bien ça. »
La caméra part alors aux fraises : pause de deux minutes annoncée. Une maquilleuse vient refaire le teint de l'écrivaine, les autres boivent de l'eau et tapotent sur leurs portables. Elle ne savaitt pas que ces émissions duraient aussi longtemps, qu’est-ce que ça a l’air chiant. On entend Ruquier dire à Aléa que c'est toujours agréable de bosser avec elle, qu’elle est toujours efficace dans ses réponses, qu’elle ne doit pas s’inquiéter si aujourd’hui elle ne se sent pas bien, elle est parfaite. Il lui confie tout de même qu'il n'est pas sûr de garder la dernière, un peu longue et trop de niche sur la littérature. Elle admet s'emporter un peu trop aujourd’hui, elle rit en disant qu’elle ne sait pas ce qui lui arrive. Hier elle a fait un tirage de tarot, ça lui a dit que quelque chose de grave et d’important aller arriver bientôt. Ensuite elle lui tient un peu la jambe, c’est un peu malaisant à voir, Ruquier a envie de partir et elle tente de lui faire promettre que cette émission sera bien diffusée, quoi qu’il arrive. Il ne comprend pas trop où elle veut en venir, oui, bien sûr, évidemment. Il a un peu d’inquiétude dans son regard, pour elle qui n’a pas l’air d’être dans son assiette. Peut-être qu’il se demande si elle s’est remise à boire. Même avec ce qu’il se passa plus tard, l’écrivaine pensait réellement que l’émission serait diffusée. Ensuite, Aléa demande à une assistante si le prochain invité est déjà là, elle lui dit que oui et Ruquier s'en amuse, a-t-elle hâte de le voir ? L’écrivaine a un rire tendu pour seule réponse. Celle qui regarde en profite aussi pour aller aux toilettes et en tirant la chasse d’eau elle entend l’émission reprendre comme s'il n'y avait jamais eu de pause.
« Léa ? Quelque chose à dire à cette Aléa qui est, ma foi, bien sérieuse ce soir ?
– On n’en a pas l’habitude en effet, je suis étonnée ! Par où commencer ? Déjà pour répondre à monsieur Ruquier qui ne m'a pas laissée en placer une tout à l'heure : non, je ne me suis pas « marrée » en vous lisant.
– Si vous étiez connue pour votre humour, ça se saurait.
– J'aime beaucoup rire pourtant, mais j'ai toujours été déçue par les tentatives comiques de vos livres. Je les trouve puériles, téléphonées et bas de gamme. Mais ça plaît, personnellement ça m’horripile de savoir que c’est ça que vous voulez donner à ceux qui lisent peu, mais admettons, je ne suis pas le public. En revanche, et c'est là tout ce que j'ai à dire sur votre roman, pourquoi revenir, encore une fois, sur la transidentité ? Pourquoi cette obsession de la signifier, encore et encore ?
– Ce n’est pas pour défendre madame Gérite, Léa, mais il me semble que c'est rare qu'elle traite de la transidentité dans ses romans.
– Quatre sur seize, pour être exacte. Qu'est-ce qui vous dérange autant là-dedans madame Salamé ?
– Vous êtes malhonnête pour commencer, dans quatre de vos romans c’est un élément central, mais dans quasiment tous on retrouve un personnage trans ou une référence ici ou là. C'est omniprésent chez vous.
– Vous ne vous dites pas qu'il y a une raison à cela ?
– Et laquelle je vous prie ? C'est bien ma question ! »
L'écrivaine ne répond pas, elle se contente de faire des têtes, de plus en plus insistantes et grotesques, jusqu’à faire le geste d’un pénis qu’elle masturbe entre ses jambes pour désigner l'évidence. Ruquier rigole.
« Voilà c'est ça que je vous reproche madame Gérite, on ne peut pas parler avec vous sans que vous tourniez la chose au clownesque, c'est insupportable. Tout de même, vous l'avez évoqué il y a eu des temps difficiles pour les personnes transgenres en France. Aujourd'hui, la situation est bien meilleure. Cette année on a observé le taux de tolérance le plus haut jamais que le pays ait jamais eu envers votre « communauté ». Moi je pense que les personnes comme vous, tout ce qu'elles veulent, c'est avoir une vie normale, être acceptées en tant que femmes et ne pas être ramenées sans arrêt à ce changement de sexe.
– De genre.
– Ça c'est un autre sujet.
– C'est le même. Je vous sens un peu troublée de parler de pénis de femme.
– Ne m'emmener pas sur ce sujet, ce n'est pas ce que je voulais dire.
– J’ai pourtant clairement entendu que les femmes trans devaient toutes se zigouigoui la zigounette, ce sont vos mots madame Salamé.
– Parce que ce n'est pas ce qu'elles veulent, madame Gérite ? Il y a des femmes qui ne peuvent pas la faire, cette opération, pensez à elles. La psychiatrie a avancé sur ces sujets de nos jours, il serait peut-être temps de cesser de propager cette confusion dangereuse que vous entretenez en permanence.
– On y arrive. Écoutez, je dois vous avouer quelque chose, qui va sans doute vous terrifier, mais vous ne m’en laissez pas le choix. Il m'arrive, en effet, de profiter quand je me balade en forêt de ce dangereux privilège : je pisse debout. Voilà. Je sors ma bite à l’air libre. La France tremble, je sais. Je vous offre ce scoop, Fabrice préparez les grands titres pour demain. « L'écrivaine transgenre Aléa Gérite sort son sexe pour uriner dans la forêt d'Armainvilliers, analyse d’une déchéance nationale. »
– Mais tout de même...
– Parlez-nous encore de votre angoisse du pénis madame Salamé, d’où ça vient ? Sérieusement, vous espérez une réponse intelligente à une question stupide, je ne peux pas vous répondre autrement. Insistez si vous voulez, on peut continuer longtemps, mais dans ce cas on arrête de prétendre parler de mon roman et je vous annonce mon premier one woman show, ça sera plus cohérent.
– Tout de même, vous exagérez.
– Moi ? Exagérer, moi ? Jamais. You just broke my heart, madame Salamé.
– Et ça continue. Cette provocation constante, pour moi c'est le grand échec des luttes LGBT+. À force de vouloir vous distinguer, il ne faut pas s’étonner qu'on vous traite différemment – et je ne parle pas du point de vue des droits, je tiens à le préciser.
– Pour vous il n'y a que Houellebecq qui a le droit de provoquer ?
– Un peu de respect, ne vous comparez pas, il vient juste de décéder.
– Tant mieux. »
Le plateau est partagé entre gloussements et scandale.
« Vous n’avez aucun respect, madame Salamé.
– Vous ne ressentez pas la honte. Vous êtes un modèle et tout ce que vous faites, c’est donner du ridicule pour votre seul plaisir. Vous le dites vous même, vous aimez faire « buguer les gens » en gardant une part d’androgyne. Pourquoi entretenir la confusion ? Pour qu’on continue à vous voir comme trans et avoir le soutien de votre communauté ?
– Regardez où j’en suis, vous pensez que j'ai besoin de la communauté trans aujourd’hui ?
– Alors pourquoi continuer d'en parler ? Vous allez dans les endroits les plus huppés de Paris, vous êtes loin de ce que vivent les autres personnes trans et vous ne voulez pas admettre que leur situation s’est améliorée. »
L’écrivaine a l’air acculée, bras croisés, de la haine presque qui retrousse ses lèvres ; Salamé attaque dur, les yeux écarquillés. Ça faisait longtemps qu’elle n’avait pas regardé un débat transphobe.
« Vous n'avez aucune idée de ce que vivent mes soeurs.
– Et voilà encore votre vocabulaire sectaire.
– Pour l’amour de Dieu, donnez-nous cinq minutes de respect une fois dans votre vie. Je suis une créature, je prends cette place parce que je suis votre petit frisson, une fantaisie qui parle bien et qui vous fait rire. Je suis compatible dans votre monde de dégénérés. C’est un doigt d’honneur pour moi d’y être, mais ça me donne la nausée parfois. Vous n'avez aucune idée de ce qu'on vit. Vous ne voulez pas nous écouter, très bien. Alors prenez le temps de nous lire, sans la pression du jugement des autres, seule avec vous-même. Lisez Bergeron, Calvo, Crowdagger. Lisez Altfem pour comprendre nos angoisses, nos espoirs, nos amours, nos imaginaires. Vous comprendrez à quel point nous avons besoin de beauté. En 2038, après des années de répressions sous un gouvernement qui nous a interdit avec votre silence complice, vous ne nous laissez encore que des miettes de tout. Ça fait de nous des êtres qui n'aspirent qu'à la beauté, à la vie, à l'égalité, avec pessimisme et naïveté. Parce qu'on n'a que ça. Et moi je suis là, je me pavane sur les podiums et je vous donne bonne conscience. Si je suis là, c'est que tout va bien, non ? Eh bien non. Je suis là pour vous redire que même libres, vous ne nous contrôlerez pas. Et je viens nous le rappeler dans la joie. Lisez. Si mon livre vous amuse, tant mieux. Il porte plus que ça. Vous abrutir un peu vous rendra sans doute moins con dans le futur. Je ne peux pas effacer ce que je suis, car j’ai rencontré des personnes qui me font encore rêver qu’un futur meilleur arrive.
– Et quel futur vous voulez ?
– Nous ? Il y a autant de futurs que de personnes, lisez-nous, vous verrez. C’est ça qui nous en construit un en commun. Mon futur à moi il arrivera dans dix ans, il est pour dans six mois, il est pour ce soir, ça aussi vous verrez. Il est à prendre sur place et à emporter.
– Voilà, c’est ce que je voulais vous entendre dire. Je vous remercie d'être sortie un peu de la provocation habituelle.
– Vous êtes une vicieuse madame Salamé.
– Je sais que vous m'appréciez pour ça.
– C'est bien la seule chose que j'apprécie alors.
– Voyons c’est vous qui me blessez maintenant. Dans le fond je vous apprécie, je regrette simplement que vos romans ne se prennent pas un peu plus au sérieux.
– Je vais peut-être bouder. »
Elle fait la moue mais ses yeux pétillent. Un jour sur un plateau elle a dit qu'elle allait bouder : elle n'a alors répondu aux questions que par des gestes et des roulements de yeux jusqu’à la fin. Passé la tension de son refus de parler, l’interview avait fini en fou rire général à cause de ses expressions hilarantes.
« Je vous promets que très bientôt vous allez en avoir du sérieux. »
La séquence se finit là-dessus de manière un peu brutale. La caméra décadre, on entend beaucoup d'agitation. Musique à fond le temps qu'Aléa quitte le fauteuil principal pour prendre place à côté des autres invités. Le ballet des maquilleuses et des assistants. Elle accélère la vidéo en fois quatre. Aléa Gérite ne bouge pas. Elle la fixe ; tout le monde autour s'agite et elle n’a pas un mouvement. À quoi peut-elle penser ? Est-ce qu’elle a été bien, elle aurait peut-être dû aller plus loin, quelle trace cette interview va-t-elle laisser, elle s’est trop égarée, Ruquier va bien la diffuser ? La romancière regarde autour d'elle, girouette blanche dans ce monde qui va à cent à l'heure. On dirait un fantôme. Pour celle qui regarde, c'en est un. Elle doit surtout penser à ce qui va se passer. Tout le monde se rassoit, les techniciens repassent derrière les caméras. Ruquier main à l'oreillette. L'émission reprend. On y est.
« L'invité principal de ce soir, ça ne vous aura pas échappé, c'est le Premier Ministre du gouvernement et principal candidat aux prochaines élections. C’est un honneur qu’il ait choisi notre plateau pour sa première apparition publique depuis des mois. Il va répondre aux questions aiguisées de nos chroniqueurs, nous allons revenir sur les récentes polémiques qui ont secoué le parti du Président Darmanin ; merci d'accueillir : Gabriel Attal. »
Le ministre arrive guindée dans son costume à plusieurs milliers d'euros, sourire de vendeur d'aspirateurs. La musique jouée est celle des « Officiels République », hymne du gouvernement et autres. Un mélange lancinant de classique et de musique électronique qui monte en puissance. Des années plus tard il est devenu le générique obligatoire de toutes les émissions, toutes les radios, toutes les vidéos. Le ministre s'assoit en réajustant son costard.
« Bonjour monsieur Attal, merci de venir passer un bon moment avec nous, comme on dit. Le livre de madame Gérite vous allez le lire, ça vous a convaincu ? »
Ils ricanent tous les deux. C'est la question pour le détendre et commencer gentiment, il à l'habitude et ne se laissera pas déconcentrer.
« Celui-là non, je n'ai pas le temps en ce moment, mais bien sûr que j'ai déjà lu des romans de Gérite.
– Et vous aimez ses romans, monsieur le ministre ?
– Ça se laisse lire, personne ne peut nier son talent. Mais j'ai souvenir d'un texte, dans un recueil de nouvelles il y a trois ou quatre ans, où elle fait assassiner un ministre, alors je m'inquiète un peu.
– Elle va peut-être vous défier en duel avec son armure !
– Vous ne savez pas ce que je cache sous ma robe.
– Nous avons déjà parlé de votre épée tout à l’heure. »
Tout le monde rigole – Ruquier rajoute une deuxième couche de rire, plus aigu, pour bien appuyer le sous-entendu sexuel de sa blague – et après un dernier gros plan sur Aléa qui a un rictus méchant, l'interview commence pour de vrai. Sérieuse. Chiante. Les sujets lui paraissent obscurs, trop ancrés dans leur temps ; ils ressemblent aux mêmes polémiques et corruptions qu’aujourd’hui, sans que rien n’ait changé. Elle accélère un peu. Pas trop pour ne pas passer à côté de ce qu’elle cherche. Les autres invités ont l'air de se faire chier. Aléa elle semble bouillonner. Elle intervient une fois pour porter contradiction au discours du ministre. Elle écoute cette partie : l'autrice est véhémente, dure, le public l'applaudit chaudement, entièrement rangé à ses propos. À quoi elle joue ? Elle va jusqu’au bout faire comme si l’interview sera diffusée ? Sachant ce qu'elle s’apprête à... Merde, c'est là.
En plein milieu d'une phrase, elle se lève, sort un flingue de sous sa robe et le pointe sur le ministre. Stupeur, tout est suspendu, les visages ont l'air stupide et les plus réactifs se sont penchés sous leurs bureaux ou mis en boule ; stupeur avant premier cri ; stupeur avant que les gardes du corps s'approchent du plateau, quelques secondes plus tard. Stupeur d'abord, panique ensuite. Aléa semble aussi désorientée, le public et des invités hurlent, tout le monde hurle. Elle pointe d'abord son arme sur les vigiles qui reculent en levant les mains, tentent de se rapprocher en l’encerclant. Des gens dans le public se dirigent vers la sortie. C'est là où la caméra tombe, le technicien s'est barré. Le cadrage filme en biais la main qui tient le flingue et les mains levées du ministre, on aperçoit Ruquier derrière qui tente de la raisonner. Salamé fait de même, ils parlent en même temps sans s’arrêter et on ne comprend rien. Alors elle tire en l'air et il n'y a plus un bruit ni mouvement. Les micros se coupent à cet instant. Fait chier. C'est là. Elle parle. D'abord elle menace Ruquier et s’adresse au public, puis elle se place doucement dos à ces spectateurs. Quelqu'un arrive sur le plateau – elle reconnaît un assistant parlementaire, proche du ministre, l'autrice a sans doute réclamé sa présence en échange d'une promesse de ne faire de mal à personne. Elle parle de manière ininterrompue. Un micro non coupé, lointain, permet d'entendre légèrement ; elle a beau monter le son c'est compliqué de comprendre. Il va falloir travailler là-dessus, mais on va enfin pouvoir entendre ce qu’elle a dit ce jour-là. Les vigiles restent à distance, on aperçoit les jambes d'un policier qui s'est déjà joint à eux. Elle les pointe parfois de son canon. Personne n'osera tirer avec autant de monde derrière elle. C'est ce qu'elle cherchait, cette scène, cet instant, cette configuration pour ce discours mythique qui a tellement marqué certaines des personnes y ayant assisté. Elle sait, pourtant, que ça ne sera jamais diffusé, que si quelqu'un la prend en vidéo à cet instant, la police la supprimera. Le studio est coupé du monde mais elle se comporte comme si des millions de personnes la regardaient à travers les caméras déjà éteintes. Coup de feu. Ça lui pète les tympans, elle avait mis le son à fond. Le ministre s'écroule, on voit son sang tacher le bureau du présentateur.
La suite est connue et n’apparaît plus sur cet enregistrement. On la voit simplement attraper l'assistant parlementaire, flingue sur sa tempe. Par réflexe, elle va chercher sur Internet les vidéos des médias de l'époque, pendant que les images du plateau défilent. L'arrivée des pompiers, des policiers et spectateurs sous le choc qui partent petit à petit. Sur un autre écran, Aléa Gérite dans les rues de Paris, non loin du studio, avec sa robe blanche magnifique tachée de sang. Une épaulière de son armure manquant. L'air folle avec ses yeux exorbité, de la bave aux coins des lèvres. Dieu sait comment elle a réussi à récupérer une voiture. La course poursuite qui s'ensuivit a duré près de vingt minutes sur les boulevards de la capitale que la police fermait en urgence. Elle n'a même pas essayé de s'enfuir de la ville, au contraire même. L'autrice a traversé tout le centre. Certains théorisent qu'elle voulait se rendre à un endroit précis, la place Ovida Delect, dans le marais, premier lieu dans toute la France nommé d’après une femme trans. Une poétesse. Elle a été abattue rue Rivoli, près de la tour Saint Jacques. Les médias ont indiqué qu'elle avait assassiné dans la voiture l'assistant parlementaire, mais des vidéos prouvent qu’il aurait été un dommage collatéral de la police. La seule chose qui manquait, c’est ce qu’il s’est passé avant. Maintenant elle sait.
Sur un troisième écran et sans couper aucune vidéo, elle commença à écrire sur une messagerie cryptée.
« Feldup, on l'a. »
Le plus étonnant, c’est que sept ans après la mort de l'autrice, des nouveaux romans continuaient à sortir à son nom. Elle avait tout prévu. Durant ses dernières années, elle s'était consacrée entièrement à l'écriture. On a découvert qu'une maladie incurable lui avait été déclarée, ne lui laissant que quelques années à vivre. Dans une lettre, elle avait dit qu'elle avait passé ses années à vivre, entièrement et pleinement, et que maintenant que la mort s'était annoncée à elle, elle allait en profiter pour ne plus rien faire d'autre qu'écrire, nuit et jour. Ses romans sortis publiquement à cette époque étaient légers, du pur divertissement, si bien que ses fans de la première heure la critiquaient pour s'être ramollie par l'argent, alors que de l'autre côté son public s'était grandement élargi. La lettre indiquait l'ordre dans lequel sortir les dix romans qu'elle avait écrit en cachette, un par an. Et chacun de ses livres était une claque qui avait pris aux tripes aussi bien anciens lecteurs que nouveaux. Le gouvernement n'avait rien pu faire pour interdire les romans de la meurtrière à cause de l'engouement populaire.
Sonnerie. Elle décroche sur son quatrième écran. Un visage aux cheveux longs et bouclés, mangé par une énorme barbe grisonnante et des lunettes carrées. Sur son bureau, elle caresse le livre qui vient juste de sortir, « Ne mourrez plus je vous en prie », d'Aléa Gérite.